TRAITEMENT DES ICTÈRES INFECTIEUX
Nouvelles recherches sur l'ictère catarrhal, iicrae de médecine, septembre 1887, page 705. Ictère grave au cours de la grossesse : traitement par les bains froids, guérison.
Journal des Praticiens, 18 mai 1895, page 305.
Le traitement de 1 ictère catarrhal par les lavements d’eau froide fut imaginé et employé d’abord par Krull qui obtint de très bons effets thérapeutiques par cette méthode. De si heureux résultats méritaient d’être contrôlés, et nous avons voulu voir si la méthode de Krull assurait vraiment un succès rapide, et permettait de soustraire ainsi les malades aux incertitudes des autres traitements. Les résultats obtenus dans les sept cas publiés furent très satisfaisants. Les malades ont très bien supporté l’administration d’un lavement matin et soir, mais mieux vaut s’en tenir à un seul lavement froid par jour, donné le matin, de préférence. Sous l’influence de ce traitement, l’amélioration apparaît rapidement : l’appétit revient, la sensibilité douloureuse, que provoquait la pression du creux épigastrique ou de l’hypocondre droit, disparaît; le malade pressent et annonce sa guérison prochaine. Si nous apprécions, comme on doit le faire, la guérison définitive par la recoloration hrune des fèces, et par la disparition de la biliverdine urinaire, nous voyons, par nos observations, qu’elle est obtenue en quatre ou six jours. Cette constance dans les résultats thérapeutiques, cette guérison survenant presque à jour fixe, montrent bien qu’il n’y a pas là évolution naturelle et spontanée de l’affection; que l’ictère date de quelques jours, de deux semaines ou même de plus loin, les mêmes délais se montrent suffisants ; n’est-ce pas là la meilleure preuve de l’efficacité de la méthode?
Mais, si l’on admet la réelle efficacité du traitement de l’ictère catarrhal,
uné question se pose, celle du mode d action physiologique de ce traitement. Le premier effet clinique que l’on observe après l’injection rectale de deux litres d’eau froide, c’est la production de coliques intestinales ; cet éveil brusque de la contractilité de l’intestin peut jouer un certain rôle, si tant est que les ondes de contraction péristaltique puissent se propager au duodénum. Mais ce qui nous parait, d’après notre expérience clinique, devoir jouer un rôle bien plus important, c’est l’augmentation subite de tension, dans les voies biliaires obstruées. La muqueuse intestinale devient le point de départ d’un réflexe qui retentit sur la vésicule et les voies biliaires extrahépatiques, provoque la contraction de la paroi musculeuse de ces canaux, et peut-être en même temps détermine une hypersécrétion biliaire. La méthode de traitement de l’ictère catarrhal par les grands lavements est donc aussi rationnelle en physiologie, qu’elle nous paraît sûre et efficace dans son application thérapeutique.
La thérapeutique des ictères infectieux par les bains froids est, au contraire de la précédente, une méthode d’exception, que nous avons eu trois fois l’occasion d’employer. Dans un premier cas, le malade fut baigné avant l’apparition de l’ictère, en raison de son état typhoïde; mais, deux jours après, ictère et purpura apparaissaient et la balnéation fut interrompue ; le malade
Le second malade était un jeune homme de quatorze ans atteint d’ictère infectieux aigu, avec température oscillant autour de 40 degrés, et avec état général presque typhoïde. Les bains froids systématiques furent administrés et semblaient bien supportés, quand brusquement alors que les accidents commençaient a s’atténuer, une mort un peu inopinée survint, sans que l’on pût incriminer la balnéation.
La troisième observation concerne une femme enceinte de trois mois et demi qui présenta un ictère d’apparence bénigne tout d’abord, mais qui vers le douzième jour devint rapidement grave. La fièvre s’élève brusquement jusqu’à 40" 8, la céphalée est très intense, le taux de l’urine et de l’urée s’abaisse, le foie diminue do volume, des épistaxis se produisent. En présence de ces symptômes, tout était à craindre pour la grossesse et la malade, au i avons-nous eu recours à la grande médication des infections fébriles, au trai-
lement systématique par lés bains froids. Toutes les trois heures la température rectale était prise, et un bain donné chaque fois où le thermomètre atteignait ou dépassait 59 degrés. 15 bains ont été ainsi donnés et bien supportés, en six jours ; la malade a parfaitement guéri et sans faire de fausse couche.
Le bain froid peut donc être indiqué dans les cas d’ictère grave hyperthermique, mais il doit être manié avec une grande prudence; l’ictérique supporte moins bien la réfrigération que le typhique, et son myocarde est plus vulnérable : aussi les bains doivent-ils être donnés à une température moins basse (24* et 26*), être moins prolongés, et Ton doit surveiller et soutenir le fonctionnement cardiaque.