Brièveté congénitale de la voûte palatine
(.Annales des maladies de l'oreille et du larym, 1893.)
4. — 1895. Exposé critique de quelques cas rares. (Communication faite à la Société française d'ototogk et de laryngologie i Bulletins et Mémoires de la Société, 1898, t. IX, p. 280.)
J’ai classé mes observations en cinq groupes principaux, suivant
qu’il s’agissait d’affections : 1“ Des cavités buccale et pharyngienne ; 2” du larynx ; 3“ du nez ; V des oreilles ; 5" des organes connexes (corps thyroïde, œsophage, etc.).
V Bouche et pharynx.
J’ai pu à maintes reprises constater le rôle important que joue le nervosisme du sujet dans les manifestations morbides de la région. J’ai relevé, dans mes fiches d’observations, trois cas d’ulcérations ou tumeurs imaginaires de la langue, trois cas d’hypochondrie avec hypertrophie très faible des amygdales, ou avec des granulations pharyngiennes. J’ai rencontré d’autre part un cas d’ulcération tuberculeuse de l’amygdale droite contrôlée par l’inoculation à un cobaye, et traitée avec succès par des cautérisations à l’acide lactique.
2’ Chez quatre tuberculeux du larynx, je viens d’observer la voix eunuchoïde d’une tonalité exceptionnellement surélevée ; or ces malades n’ont presque exclusivement que de la cordite tuberculeuse et je me demande quelle est l’explication du phénomène. Serait-ce qu’au larynx, comme ailleurs, la tuberculose provoque des contractures musculaires permanentes de voisinage et que cette hypertension directe ou indirecte des cordes hausse considérablement le diapason de la voix? Ce n’est qu’une hypothèse, mais elle me semble d’accord avec les données de la physiologie pathologique. Sur les larynx tuberculeux, j’ai très souvent rencontré, au début de la deuxième période, l’usure du bord libre des cordes, qui s’exulcèrent dans leurs contacts réitérés. On dirait qu’une petite gouge a été passée d’arrière en avant sur ce qui fut le bord tranchant de la corde. Pour le traitement de cette affection, il me parait qu’à la première période le mieux est de s’abstenir de toute intervention directe intralaryngée. Le traitement général m’a rendu, à cette période initiale de signalés services. J’y ajoute des pulvérisations chaudes antiseptiques (acide borique, salicylique, etc.), qui, par leur température élevée décongestionnent la muqueuse en imminence d’ulcération. Pour la deuxième période, je suis resté fidèle à l’acide lactique ou au naphtol camphré. A la troisième indépendamment des gargarismes cocaïnés, je maintiens les pulvérisations antiseptiques, car en désinfectant les parties
malades, elles atténuent leur réaction inflammatoire et les rendent moins sensibles dans les mouvements de la déglutition.
La plupart des polypes laryngés étaient de petits fibromes implantés sur les cordes inférieures au voisinage de l’extrémité antérieure de la glotte. Comme cause, j’ai cru pouvoir invoquer la fatigue de l’organe ; souvent même il n’était pas possible d’en admettre d’autre. C’est ainsi que la grande majorité se rencontrait chez des instituteurs ou des institutrices.
Dans les quelques cancers du larynx que j’ai observés, j’ai retrouvé la lenteur de la marche et l’absence d’adénopathies appréciables bien que plusieurs fussent développées dans un des sinus pyriformes.
J’ai rencontré quelques cas d’aphonie hystérique dans l’un et l’autre sexe, guéris dès la première séance, soit par suggestion, soit même par des exercices d’élocution bu vocalisation.
Enfin, les cas de fatigue vocale, conséquences de surmenage ou malmenage, représentent un contingent nombreux dans mes relevés.
3° Nez. — D’abord, aux narines, c’est l’eczéma sous ses diverses formes (impétigineux ou sec) que j’ai vu dominer. Assez souvent il s’étendait à une portion de la lèvre supérieure, mais mes investigations sur la coïncidence, qu’on a dite fréquente, entre les eczémas et les rhinopathies diverses ne m’ont rien montré de certain. Parfois il existe en même temps des déviations de la cloison, des rhinoses hypertrophiques ou atrophiques ; parfois au contraire rien d’anormal dans les fosses nasales. Comme causes aux rbinites hypertrophiques, je relève, soit une condition générale, la diathèse strumeuse principalement ; soit une condition locale ; habitude de priser, influenza.
Comme conséquence de ces rhinoses, j’ai trouvé à diverses reprises des polypes muqueux, voir même implantés sur les cornets inférieurs. Cette coïncidence vient à l’appui de l’idée très justement exposée par notre collègue Paul Rougé que rhinite hypertrophique et polypes muqueux sont les deux formes, diffuse et circonscrite d’un même état anatomo-pathologique (myxangiome de la
muqueuse, d’après les travaux de Chatellier et Barbier).
Mes cas d’ozène essentiel s’étaient compliqués souvent d’érysipèle de la face. J'ai vu manifestement un cas d’ozène avec ulcération superficielle de la muqueuse. La plupart des ulcérations ou perforations du septum m’ont paru imputable à l’habitude de se gratter le nez et dues h un mode désintégration septique bien
Dans les épistaxis à répétition, je n’ai pas trouvé aussi souvent que l’indique le statistique de Chiari (22 fois sur 25) des lésions de la partie antéro-inférieure de la cloison, ulcérations ou varicosités. Sur 13 cas de ces épistaxis à retour je note seulement 3 fois cette localisation. C’étaient encore pour les autres cas, des ulcérations sur les cornets moyens ou inférieurs, ou des congestions diffuses. Contre les lésions circonscrites les effleurements au galvano-cautère sombre m’ont paru bien réussir.
J’ai vu deux cas de fracture du nez compliquée de suppuration. Le foyer purulent proéminait de chaque côté de la cloison à l’intérieur des fosses nasales, où il a fallu faire l’ouverture et la désinfection.
Sur la grosse question des tumeurs adénoïdes, j’ai relevé les particularités suivantes ;
a. Nombre d’enfants passent pour avoir des adénoïdes qui ont seulement une scoliose de la cloison ou une voûte du cavum surbaissé dans son axe antéro-postérieur, ou même une paroi postérieure proéminente en avant par une saillie exagérée de l’atlas et de l’apophyse odontoïde. On peut donc paraître adénoïdien sans l’être comme on peut l’être sans le paraître.
b. La paroi postérieure du cavum est plus souvent le siège des adénoïdes que ne l’indiquent les traités classiques.
c. Les grandes irrigations antiseptiques chaudes avec le siphon de Weber peuvent dispenser de l’intervention chirurgicale en débarrassant les malades d’adénoïdites entées sur des adénoïdes petites.
d. Le curetage me semble le procédé le plus radical et le plus préventif des récidives. J’utilise un anneau tranchant de Moritz Schmidt de faible diamètre pour mieux pénétrer dans tous les
recoins du naso-pharynx. Le bromure d’éthyle ne m’a pas donné jusqu’aujourd’hui le moindre mécompte.
4. Oreilles. — Les traumatismes ont principalement consisté dans des contusions ou chutes sur la tête ayant produit diverses lésions ou troubles fonctionnels dans l’organe de l’ouïe, sans qu’il y ait eu commotion cérébrale manifeste. C'étaient des ruptures de la membrane tympanique surtout dans sa moitié inférieure.
J’ai observé 5 cas d’otite moyenne et interne scléreuse manifestement rattachés à de l’hérédo-syphilis.
Vu encore un cas d’otite do Voltolini avec complexus clinique de méningite aboutissant à la surdité. C’était chez une fillette de quatre ans.
L’otalgie, sous ses formes variées, s’est rencontrée maintes fois, soit sans cause appréciable, soit chez des sujets dont la dentition était en mauvais état, soit à la suite d’otites moyennes guéries, soit encore chez des hystériques.
5. Organes connexes. — J’ai vu plusieurs cas d’épithélioma de l’œsophage avec paralysie en adduction d’une des cordes vocales. Une fois, la voix était nettement bitonale. Sous l’intonation naturelle, on percevait une note très grave due sans doute à la corde paralysée.
-1901. Ulcérations tuberculeuses du voile du palais.
Le diagnostic des ulcérations du voile du palais est souvent difficile, car, quelle que soit leur nature, elles sont rapidement envahies par les microbes ordinaires de la cavité buccale qui leur impriment une apparence toujours à peu près la même. Une observation bien caractérisée cliniquement présente donc de l’intérêt.
Un jeune garçon de quatorze ans et demi est adressé à ma clinique le 9 mai 190t. Il présente vers le centre de la moitié droite du voile palatin une ulcération dont le diagnostic n’est pas encore fixé. Le malade a remarqué sa présence depuis cinq mois environ. Elle a le
diamètre d’une pièce de cinquante centimes et s’excave en cupule assez régulière. Son fond est d’un gris jaunâtre, les bords sont un peu décollés vers le bas. Les parties environnantes sont souples et sans aucune lésion. La rhinoscopie postérieure montre que l’affection n’atteint pas le dos du voile.
Cette ulcération est indolore, même pendant la déglutition. Aucun ganglion.
Quelques-uns des caractères de cette ulcération et l’exclusion bien fondée des autres causes possibles nous firent penser à de la tuberculose, hypothèse qu’étayait encore l’analyse des antécédents.
Le père est alcoolique. Le jeune malade est malingre d’aspect. Il a eu dans son enfance des séries de bronchites. En 1890, il fut envoyé à Berck, parce que, à la suite d’une chute sur le coude, il menaçait de faire une arthrite tuberculeuse. Des pointes de feu furent appliquées et il guérit.
Depuis un an, il a par l’oreille gauche un écoulement purulent, qui s’est établi de façon torpide, sans douleurs. Il n’a pas de kératite interstitielle et ses dents sont normales. L’examen des poumons, fait au Dispensaire de l’OEuvre des enfants tuberculeux, signale l’existence de lésions tuberculeuses du côté droit.
Cet enfant fut mis en même temps au traitement général antibacillaire et aux cautérisations locales avec la solution aqueuse d’acide lactique à 10 p. 10, deux fois par semaine.
L’ulcération en cupule prit rapidement un bon aspect. Le fond se détergea et se mit peu à peu au niveau de la surface environnante.
La guérison était presque complète, lorsqu’il fut admis pour quelque temps h l’hôpital d’Ormesson.
Ces ulcérations tuberculeuses du voile sont assez rares. Il est plus rare encore qu’elles perforent la cloison membraneuse entièrement, à la différence de la syphilis. Le Professeur Dieulafoy(l) en cite trois de ce dernier genre ; je n’en trouve que trois dans mes recueils
(J) Professeur Dieulafoy, Syphilis naso-buccale (Clinique médicale de VH6tel-Dim de Paris, 1898-1899).
d’observations personnelles. Ces dernières se rapportent à des adultes, deux hommes et une femme. C’étaient des ulcérations multiples, douloureuses à la déglutition, n’entamant qu’une partie de l’épaisseur et coïncidant avec des sommets suspects ou ramollis. Un seul cas put être amélioré.
En somme, ces gommes tuberculeuses du voile se distinguent des gommes syphilitiques et du mal perforant qu'a étudié Baudet (t), ■ par la douleur de la région ulcérée, par l’aspect déchiqueté et décollé des bords, par le fond sanieux et fongueux, les grains jaunes périphériques — mais leur présence n’est pas constante, — par la constatation des bacilles.
Les cautérisations à l’acide lactique :
Acide lactique. 10 grammes.
Eau distillée. 10
semblent bien le meilleur moyen local.