‹ Titres et travaux scientifiques (volume 2)Chapitre 7 sur 10 · Structure du bacille tuberculeux · texte numérisé non relu

Structure du bacille tuberculeux

(N os 35, 38 et 49.)

a) Les corpulences chromophiles du bacille (n° 35)

Dès ses premières recherches sur le bacille de la tuberculose, Koch avait montré l’existence, dans le corps de celui-ci, de corpuscules réfringents qui, comme Gram lui-même le montra peu après, gardent la réaction dé Gram. Nous avons réétudié ces corpuscules dans des cultures, et montré, avec M. le Professeur Bezançon, qu’ils présentent une grande affinité pour les teintures. Aussi avons-nous proposé de les nommer corpuscules chromophiles. Ils sont les premiers à se teinter, et quelquefois les seuls éléments qui gardent la couleur, après la réaction acido-alcoolo-résistante; ils se colorent en bleu foncé par le bleu de Urina, par le Giemsa prolongé, et par la coloration vitale de Nakanishi, le corps bacillaire restant bleu clair, ils prennent et gardent la coloration dite de Gram. Enfin, pour

les étudier, la meilleure façon de les colorer est d’employer la technique de Fontes (coloration successive et rapide par la fuchsine et le violet phéniqué, réaction de Gram, recoloration au bleu de méthylène aqueux). Ainsi coloré, le corps bacillaire est teint en rouge, et les corpuscules en violet foncé. Les corpuscules paraissent être au nombre maximum de six, répartis assez également. Parfois il n’y a qu’un seul corpuscule, qui est , central et allongé, le bacille paraît effilé en pointe. Dans d’autres bacilles, il y a deux corpuscules subterminaux, et l’élément rappelle l’aspect en haltère du bacille diphtérique, avec ses corpuscules métachromatiques. Souvent, il y a un corpuscule central, plus gros, et deux subterminaux; le bacille peut-être coudé au niveau d’un corpuscule.

On trouve aussi des bacilles aoorpusculaires. Enfin, dans lés cultures dissociées, on voit très fréquemment des grains violet isolés, qui sont très nettement des corpuscules libérés. Dans les crachats, la réaction de Gram est trop banale pour pouvoir accorder quelque valeur’à la constatation de grains violets j arrondis.

b ) Structure des colonies de bacille tuberculeux (n° 49)

Pour étudier la structure des voiles de bacilles, On s’était contenté de faire des frottis ou des décalques sur lames. Appliquant pour la première fois avec M. le Professeur Bezançon la méthode des coupes histologiques (à la paraffine) à l’étude des colonies microbiennes, nous avons étudié de cette façon les voiles de bacilles tuberculeux. La technique est simple, quoique délicate. Nous coulons directement le voile dans la paraffine et pratiquons au microtome des coupes de 1/300 de millim. d’épaisseur. Les coupes sont ensuite disposées sur lames, sur de l’eau tiède et traitées comme des coupes histologiques. La coloration qui donne les meilleurs renseignements est celle du Ziehl bleu, et surtout celle de Fontès (voir ci-dessus).

Le voile est constitué par trois éléments:

1° Une substance cyanophile, présentant de l’affinité pour le bleu; cette substance forme le squelette de la portion examinée et délimite des aréoles qui sont vides. Elle se dispose en bandes dessinant des colonnes qui se recourbent et se rejoignent; se tasse en une bande longitudinale à la base comme à la superficie du voile; elle présente une structure membraniforme et fibrillaire, suivant l’axe des colonnes ; des filaments aberrants,

•de l’épaisseur du bacille, traversent parfois les aréoles; elle présente aussi parfois une sorte de ponctuation. Cette substance ne prend ni le violet, ni la fuchsine; elle n’est pas acido-résistante.

2° Une substance fuchsinophile, qui présente l’aspect et la morphologie des bacilles tuberculeux. Les corps bacillaires sont disposés dans les travées de substance cyanophile, parallèles entre eux, parallèles à la striation longitudinale de la travée ' et suivant la torsion de celle-ci. Sur les fdaments aberrants, on les trouve parfois disposés en file.

Ils sont soit juxtaposés, soit substitués aux fdaments. Ils sont nettement fuchsinophiles par le Fontès, nettement acidorésistants par le Ziehl, mais ne gardent pas le Gram.

3° Les corpuscules gentianophiles, gramophiles, réfringents: les corpuscules chromophiles du bacille. Ils sont disposés dans les bacilles rouges, on en voit aussi le long des filaments bleüs, en longue file, de taille inégale; ils existent aussi, en apparence libérés, dans la substance cyanophile. Ils sont constants, très abondants.

La répartition de ces trois éléments varie suivant l’âge de la culture examinée.

Sur les cultures jeunes, sur pomme de terre, le voile est mince, et constitué presque entièrement par la substance cyanophile avec quelques nids de bacilles fuchsinophiles. Sur les colonies hémisphériques que l’on obtient en quatre ou cinq jours sur rate de veau glycérinée, les bacilles rouges sont tellement nombreux, que l’on voit à peine quelques vestiges de la coloration bleue.

Dans les cultures âgées de seize à vingt-cinq jours, le toit et le plancher, la périphérie du voile sont constitués par de la substance cyanophile fibrillaire, presque pure. Le centre se divise en deux parties, l’une inférieure où la substance cyanôphile est remplie de bacilles rouges, l’autre supérieure où les bacilles sont très rares. Les corpuscules sont nombreux dans les bacilles.

Dans les cultures très âgées (deux cents jours et plus), le voile semble presque exclusivement constitué de substance cyanophile, dont la striation est remplacée par l’aspect ponctué. On ne voit presque plus de bacilles rouges; en revanche, les corpuscules gentianophiles, violet foncé, sont extraordinai-

rement abondants, innombrables dans les travées, les filaments : ils criblent la préparation.

Ces faits semblent montrer :

1° Que le corpuscule chromophile paraît représenter la forme durable de la colonie. Nous serions tentés de les interpréter comme les spores durables du bacille; mais cette hypothèse doit recevoir confirmation.

2" Que les bâtonnets fuchsinophiles présentent, presque toujours, des corpuscules chromophiles, d'abord rares puis multiples, mais que ces corpuscules lui survivent. Le bâtonnet fuchsinophile ne paraît avoir qu’une existence éphémère. Sa disparition dans les vieux voiles en est une preuve certaine.

3° Que la substance cyanophile représente peut-être, dans les vieilles cultures, les cadavres de bacilles. Dans cette hypothèse, il faudrait admettre, d’après la disposition dans les cultures jeunes de cette même substance, que la colonie se multiplie par son centre, repoussant excentriquement les parties âgées. Cette hypothèse s’accorderait avec l’existence éphémère du bâtonnet fuchsinophile.

c ) Les corpuscules chromophiles du bacille représententils UN VIRUS FILTRANT? RECHERCHES SUR LA VIRULENCE DU PUS TUBERCULEUX AVANT ET APRÈS FILTRATION (N° 38).

Fontès a avancé que les corpuscules chromophiles traverseraient les bougies filtrantes et seraient susceptibles de déterminer une lésion « corpusculaire » locale chez le cobaye, lésion qui, réinoculée, deviendrait bacillaire.

Nous avons étudié, à ce point de vue, dix' échantillons de pus tuberculeux. Pour chacun d’eux, nous avons:

ï° Pratiqué l’examen direct du pus (coloration Ziehl et Fontès); 2° pratiqué l’examen après homogénéisation du pus Ziehl et Fontès); 3° ensemencé ce pus sur pomme de terre; 4° inoculé ce pus à deux cobayes; 5° le reste du pus est alors filtré sur bougies (Chamberland B. et F. Maillet, et Berkefeld), et le filtrat examiné directement, examiné après homogénéisation, et inoculé sous la peau de deux cobayes.

Les résultats de nos expériences sont les suivants : '

1° Si l’examen direct du pus caséeux permet de voir rarement des bacilles, une fois sur dix, l’homogénéisation nous en a

révélé dans la moitié des cas. Outre l’intérêt de cette constatation pour notre méthode d’homogénéisation, on peut conclure que la tuberculisation des cobayes par le pus caséeux, dans lequel on ne voit pas de bacilles à l’examen direct, n’a rien de mystérieux, puisque, en réalité, ce pus renferme des bacilles.

2° La culture n’a réussi qu’une fois sur deux, sur pomme de terre. Ce procédé est donc inférieur à l’homogénéisation pour le diagnostic de la tuberculose dans ce cas. y

3° La présence de grains gramophiles dans le pus, filtré ou non, constatés à l’examen microscopique, n’implique nullement que ces corpuscules soient ceux du bacille. Dans le pus, il y a trop de produits de désintégration nucléaire, qui se présentent sous forme de grains, pour pouvoir accorder une valeur à ceux-ci.

Dans les exsudats, on ne peut retenir comme corpuscules chromophiles que ceux qui sont nettement contenus dans un bacille, et même dans un bacille qui, par ailleurs, se montre acido-résistant.

4” Tous les cobayes, au nombre de 21, inoculés avec le pus non filtré, sont devenus tuberculeux. Sur les 18 cobayes inoculés avec le pus filtré (l’une des filtrations a échoué), 17 étaient indemnes de tuberculose. Un seul a présenté de la tuberculose, encore celle-ci, non ganglionnaire, était-elle assez particulière — et peut-être dans ce'cas le filtre, imparfait, a pu laisser filtrer les bacilles en même temps que les corpuscules. La virulence isolée des corpuscules, à notre avis, reste encore à prouver.

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