Néplirltes douloureuses et néphrotomie
(Compte renia du XII^ Congrès français de chirurgie, 1098, p. 34.)
Les douleurs rénales, pour l’explication desquelles on ne pouvait pas faire entrer en cause la présence de calculs dans le rein, ont été, depuis Chopart, considérées comme de nature névralgique et désignées sous le nom de néphralgie. Un travail de Legueu, paru en 1891, consacre cette interprétation. Mais déjà, à cette même époque, Block avait eu l’idée que des néphrites partielles pouvaient être la cause de ces douleurs. Harrisson fait intervenir la même interprétation en 1896. Aselin, l’année suivante, corrobore l’opinion et les observations de Block et de Harrisson.
Ce fut l’année suivante, en 1898, que je publiai à mon tour six faits qui me permirent démettre une affirmation très catégorique. J’écrivais alors : « Il existe une forme de douleurs rénales qui rappelle de si près les symptômes de la lithiase qu’un diagnostic précis est tout à fait impossible. Ces douleurs paroxystiques sont en corrélation non plus avec de simples poussées congestives, mais avec de la néphrite, et même avec diverses formes de néphrites totales ou partielles. »
Un important mémoire d’Israël vint, en 1899, fournir un solide appui à cette opinion. Depuis lors, eïle estdevenue absolument classique. Un de mes anciens élèves, M. Félix Marsan, a résumé cette question si digne d’attention dans une thèse récente intitulée : Les néphrites et périnéphrites chroniques douloureuses et leur traitement chirurgical. Le traitement de choix est actuellement la néphrotomie associée à la réno-décortication. J’avais déjà montré en 1898 les avantages du simple débridement de la capsule propre et de la néphrotomie.
le cas de tumeurs liquides des bourses (hématooèle et hydrocèle).
{Études de'clinique chirurgicale, 1892, p. 180.)
Quelques praticiens,avaient pu remarquer que, chez les sujets atteints d’hydrocèle et d’hématocèle de la tunique vaginale, le testicule n’est pas toujours englobé dans la tumeur, Ils avaient pu le remarquer à la suite d’erreurs de diagnostic causées par cette anomalie; mais personne, avant la publication de cette leçon, n’avait attiré l’attention sur elle sous une forme dogmatique et ainsi mis en garde les cliniciens contre des méprises quelquefois difficiles à éviter. 11 peut arriver que la saillie du testicule soit aussi marquée que si la tumeur liquide était un kyste de l’épididyme. Cependant, dans cette dernière circonstance, la mobilité et l’extériorisation du testicule sont habituellement plus prononcées.
Cette situation exceptionnelle est en corrélation avec certaines anomalies de la tunique vaginale consistant en ce que ses rapports avec le testicule sont moins étendus, moins larges. Les recherches anatomiques de mon ancien élève M. Sebileau ont complété par une confirmation précise mes observations cliniques.
7. — Les lymphangiomes pédiculés (tumeurs constituées par des vaisseaux lymphatiques) du canal inguinal et des bourses chez des sujets atteints de filariose.
{Compte rendu du Congrès international de médecine de Moscou, 1897, Sect. IX, Chirurgie, p. 230, et Rev. de chir., 1898, p. 1.)
On connaissait les varices lymphatiques du cordon spermatique, constituant dans la région inguinale et dans le canal de ce nom des masses plus ou moins épaisses, mais régulièrement allongées dans le sens des autres éléments du cordon. On n’avait pas encore décrit de véritables tumeurs formées par des vaisseaux lymphatiques dilatés et enroulés, pédiculées et réductibles ainsi que des hernies, très difficiles à distinguer de ces dernières, et spécialement des hernies épiploïques (fig. 9).
J’ai fait connaître au Congrès de Moscou les premiers cas de ce genre que j’avais observés, et j’en ai communiqué plusieurs autres inédits à mon neveu le D” René Le Dentu pour sa thèse intitulée : La filariose, et ses rapports avec t adénolymphocèle, le varicocèle lympatique et le lymphangiome pédiculé inguino-setoral. (Bordeaux, 1907).
Ces tumeurs représentent une des complications les plus curieuses et les plus rares de la lymphangite chronique des pays chauds. Elles sembleront peut-être moins rares qu’auparavant, maintenant que leur existence a été démontrée par maints exemples, et l’on commettra moins ■ souvent l’erreur consistant à les prendre pour des hernies inguinales épiploïques.
L’ablation de ces tumeurs peut se faire sans danger, et, lorsqu’elle a été aussi complète que possible, la guérison peut se maintenir très longtemps, peut-être indéfiniment. Elles sont toujours plus ou moins en corrélation avec la lésion dont il va être question,'et qui elle-même se présenté à des degrés excessivement variables.
8. — Éléphantlasls primitif du testicule indépendant de celui des bourses.
. . (BuU. delàSqc. dechir., 1887, *■ XIII, p. 615.)
Sous ce nom, j’ai décrit une hypertrophie des testicules accompagnée d’une dureté pierreuse, dont j’avais observé les premiers exemples plus de dix ans avant la date de cette, publication. Cette lésion ressemble, à s’y tromper, à de la syphilis tertiaire de cet organe. Or elle consiste essentiellement en une lymphangite chronique, succédant parfois à des poussées aiguës, ou primitivement chronique.
L’examen histologique d’un testicule ainsi altéré, dont j’avais été contraint de faire l’amputation, a établi ce fait d’une façon irréfutable. Cet examen histologique a été communiqué en 1890 â l’Académie de médecine (3® série, t. XXIV, p. 258). '
Le fait clinique intéressant, qui ressort de ces observations, indépendamment de la différenciation histologique de la lésion, c’est que la coexistence de V éléphantiasis testiculaire avec V éUphantiasis même volumineux du scrotum est exceptionnelle. Telle est la raison pour laqueJle les cliniciens avaient passé à côté de cette hypertrophie sans la remarquer. La lésion du testicule consiste en des dilatations lymphatiques compliquées de sclérose hypertrophique (épaississement fibreux).
L’analogie et même la ressemblance entre cette lésion et l’éléphantiasis des bourses ou des membres me semble indiscutable. L’histologie légitime la désignation d’cléphantiasis du testicule dont je me
Dan» les cas déjà nombreux qui ont passé sous mes yeux, les bourses étaient intactes, ou bien, si elles étaient altérées, c’était par des lésions élépbantiasiques peu accentuées, ou par cette combinaison de Téléphantiasis avec des varices lymphatiques tronculaires ou vésiculaires qu’on nomme lympho-scrotum. L’éléphantiasis du testicule peut coexister avec un varicocèle lymphatique ou même avec un lymphangiome inguino-scrotal pédicule ; mais souvent, dans ces derniers cas, la lymphangite intratesticulaire ou épididymaire est peu marquée, et le développement des lymphatiques du cordon parait indépendant de •toute lésion semblable de la glande séminale.
J’ai douté longtemps de la possibilité de guérir ces éléphantiasis du testicule autrement que part l’extirpation, qui en général ne s’impose nullement. Je n’ai pas eu recours à Vexorchidopexie (exposition du testicule en dehors des bourses) recommandée par M. Audain (de Portau-Prince). Un fait que je n’ai pas encore publié me fait penser que le traitement de l’avenir consistera dsimïa. résection des lymphatiques du cordon spermatique, toujours plus ou moins développés en pareille circonstance.
9. — La crête médiane postérieure de l’utérus envisagée comme signe des rétro-déviations.
(BaU. de la Soc. de chir., 1895, t. XXI, p. 214.)
On sait que la face postérieure de la matrice est formée par deux plans obliques, qui, en se rencontrant sur la ligne médiane, donnent naissance à un angle dièdre généralement obtus, mais quelquefois très voisin de l’angle droit. Or, quand cet organe se renverse én arrière, en version simple ou en flexion, la crête formée par cet angle dièdre se met en contact avec le cul-de-sac vaginal postérieur, et le doigt introduit dans le vagin jusqu’à ce oul-de-sac la sent très nettement dans la très grande majorité des cas, et, lorsqu’on est familiarisé avec cette recherche, dans la presque totalité (fig. 10).
J’ai indiqué ce signe comme pouvant beaucoup aider au diagnostic, lorsque le cul-de-sac vaginal est occupé par une masse ou une tumeur quelconque dont il s’agit de connaître la nature exacte. Dans la pratique courante, mes élèves et moi en avons maintes fois tiré grand profit. On ne doit pas perdre de vue que, dans le cas de torsion plus ou moins marquée de l’utérus sur lui-même, cette crête peut être attirée latérale-
ment et se présenter moins directement à l’extrémité du doigt. Pour bien la sentir, il vaut mieux recourir au toucher unidigital qu’au toucher bidigital.
10 . — Mains creuses congénitales avec pouce renversé é. angle droit vers la paume de la main.
{Bull, de la Soc. de ehir., 1907, t. XXIII, p. 438.)
Je n’ai pas pu trouver un seul exemple de cette double lésion congénitale, que j’ai observée jadis sur un jeune homme. Elle était symétrique et d’aspect identique aux deux mains. L’appareil osseux était normal, sauf un peu d’hypertrophie de la tête du deuxième métacarpien rendue saillante par la déviation des pouces.
Il a été possible, au moyen de deux opérations autoplastiques, de ramener ces derniers à une position normale, à très peu de chose après, et de rendre à ce jeune homme l’usage de ses mains. Celles-ci sont figurées, avant et après l’intervention, au tome X de notre Traité de chirurgie clinique (p. 1228.)