Des hernies en général
(Nouceau Dictionnaire de médecine et de chirargie pratiques, t. XVII, p. 513-629.)
Les travaux de Malgaigne sur les hernies, les vives discussions auxquelles ils avaient donné lieu, la thèse d’agrégation de P. Broca, les leçons cliniques de Gosselin avaient rajeuni ce sujet tant de fois abordé et resté; obscur dans quelques-unes de ses parties. Il y avait intérêt à constituer avec ces documents modernes une étude d’ensemble résumant l’état de la science, après les débats contradictoires soulevés par les publications énumérées à l’instant.
■ L’article dont je fus chargé m’offrait l’occasion de mettre la questionau point, en utilisant les nombreux éléments d’appréciation, de jugement, de sélection que tous ces travaux récents mettaient à ma disposition ; mais il fallait eh même temps faire oeuvre de critique, montrer le faible
et le fort des; théories,, écarter celles dont l’observation clinique avait démontré le peu de fondement, et surtout poser des conclusions où l’on pût voir non pas une cote mal taiUée, mais une base plus solide pour un traitement plus rationnel et plus efflcaoe des complications souvent trèsgraves, interprétées jusque-là de façons très différentes. Nous sommes aujourd’hui un peu trop loin de cette époque d’incertitude pour qu’ij soit permis d’entrer dans le détail de cette vaste question telle qu’elle se présentait il y a trente-cinq ans. Certainspoints ont passablement perdu de leur intérêt, surtout en ce qui concerne les hernies non compliquées.
A propos du traitement de ces dernières, quelques pages ont été consacrées à l’historique des méthodes anciennes de cure radicale complètement délaissées avant l’ère antiseptique. Il ne pouvait être question des procédés absolument modernes, dont les premiers, nés dé 1875 à 1880, ont eu une longue suite non encore épuisée.
1* La deuxième partie de l’article est 'consacrée aux accidents des hernies, question encore brûlante alors, où il importait de porter plus de précision. Il s’agissait de tenir la balance entre l’engouement, l’inflammation et l’étranglement, ces brandons de discorde qu’avaient agités avec passion toute une série de chirurgiens éminents, polémistes opiniâtres ordinairement irréductihles.
Malgré la grande autorité des maîtres qui s’étaient faits les champions ardents de certaines théories, je rejetai ce qu’elles avaient de trop absolu, et je résumai mes idées personnelles dans les propositions suivantes :
1» L’inflammation des hernies est un fait incontestable, aussi bien pour les entérocèles que pour les épiplocèles ;
2» Elle peut succéder à l’engouement, à la présence d’un corps étranger, aux traumatismes, à la marche prolongée, aux efforts répétés ;
3» Elle peut parcourir toutes ses phases sans amener l’étranglement (grosses hernies).
Ces cas correspondent au peudo-étranglement de Malgaigne ;
4» Quand la hernie enflammée est petite ou moyenne, parfois même, exceptionnellement, malgré son volume notable, le gonflement amène l’étranglement par le collet ou par les anneaux fibreux c’est l’étranglement consécutif correspondant, avec les pseudo-étranglements, à l’étranglement par engouement de Goursaud ;
5“ Enfin il y a une nombreuse classe détranglements que V inflammation est impuissante à expliquer : ce sont les étranglements primitifs aigus,.
correspondant aux étranglements avec inflammation de Goursaud.
Pour ce qui est de la cause mécanique qui empêche l’anse intestinale, une fois poussée au dehors par un effort, de rentrer dans l’abdomen, j’ai cru pouvoir trouver dans les théories d’O’Beirn (arrivée brusque des gaz) et de Roser (plissement valvulaire de l’intestin) une explication satisfaisante. C’est peut-être aller chercher bien loin que d’imaginer d’autres -théories plus compliquées.
Les règles du traitement sont ainsi résumées : peu de taxis, opérer hâtivement. Aujourd’hui je dirais : un faible, très faible taxis, très court, sous le chloroforme, peut réduire une anse très peu étranglée.
Opérer encore plus hâtivement, le plus tôt possible après le début des accidents. C’est à l’heure actuelle la pratique générale.