Cancer du sein. — Étude clinique. — Statistique
(In-8 de 123 pages, 1902 ; J.-B. Baillière et fils, édit.)
Ce travail, couronné par l’Académie des sciences (prix Barbier, 1902), est avant tout l’exposé de ma pratique personnelle de la ville. J’y ai examiné sous tous leurs aspects et analysé minutieusement 53 cas de tumeurs malignes opérées par moi pendant une période de vingt-deux ans, sauf les deux premiers, qui sont plus anciens.
Quoique les résultats ressortant de cette analyse soient très éloignés de l’idéal que poursuivent les chirurgiens pour le traitement du cancer du sein, ils ne laissent pas que d’être encourageants, si l’on tient compte des conditions en général médiocres dans lesquelles un certain nombre de ces opérations ont été pratiquées. C’est ainsi que, sur 36 des opérées mortes au moment de ma publication, à la suite de récidives ou de maladies intercurrentes, la moyenne de la survie après l’intervention avait été de 3 ans6 mois et 15 jours, avec un écart de 5 mcis (minimum) à 13 ans 10 mois et 11 jours. Un groupe de 16 opérées (44,44 p. 100) avaient vécu plus de 3 ans, sur lesquelles 12 (33,33 p. 100) avaient dépassé 4 ans d’une ou de plusieurs années.
Sur ces 53 opérées, 17 citaient encore, et la moyenne de la survie, quel que fût le temps écoulé depuis l’intervention, était de 6 ans 1 mois et 27 jours. Pour 10 cas où la date de l’opération remontait à plus de 3 ans, cette moyenne était de 9 ans et 5 mois, et pour 3 d’entre eux la survie était de 10 à 14 ans.
En 1907, cinq ans après la publication de ce travail, une nouvelle enquête me fit connaître le sort de ces 17 opérées encore vivantes en 1902; 7 étaient mortes à la suite de récidives ou de maladies intercurrentes après avoir eu des survies variant entre 3 ans et 16 ans ; 10 vivaient encore. Il m’a été impossible de retrouver la trace de 2 d’entre elles. Pour les 8 autres, le temps écoulé depuis l’opération était compris entre 6 ans et 19 ans passés, ce qui donnait, pour ces 8 cas; une moyenne de 11 ans 1 mois et 26 jours.
Ces 8 opérées privilégiées jouissaient toutes d’une santé parfaite.
De ce qui précède, il est permis de conclure que l’amputation du sein peut donner de très bons résultats bien plus souvent qu’on ne le croit généralement. L’opinion contraire est malheureusement très répandue dans le public, et même dans le corps médical. Trop de médecins, manquant de conviction, déconseillent l’intervention sanglante ou ne la conseillent que très tardivement. Les opérations pratiquées dans ces conditions ne peuvent être suivies d’un succès durable.
Sauf pour quelques cas mauvais d’emblée, des chances sérieuses de guérison temporaire prolongée, et peut-être de guérison définitive, sont assurées par t intervention précoce et large. Les chirurgiens ne doivent pas se lasser de le répéter, malgré les résultats palliatifs quelquefois remarquables de certaines méthodes toutes modernes ; telles la radiothérapie, la radiumthérapie et la fulguration qui doivent être réservées au traitement des cas défavorables pour l’opération et des récidives.