‹ Titres et travaux scientifiquesChapitre 11 sur 45 · LES MÉTHODES DU DIAGNOSTIC DE L’ÉTAT D’IVRESSE · texte numérisé non relu

LES MÉTHODES DU DIAGNOSTIC DE L’ÉTAT D’IVRESSE

Sur la demande de la défense ou de l’accusation le médecin-expert peut donc être appelé assez souvent, à répondre à la question de savoir si un individu était ivre à tel moment.

Par quels moyens parviendra-t-il à faire cette démonstration?

a) Soit par l’examen clinique;

b) Soit par l’analyse biochimique.

A) L’examen clinique

L’examen clinique consiste à rechercher chez un individu les symptômes de l’ivresse. Pendant longtemps ce fut la seule méthode possible. Mais le diagnostic clinique de l’ivresse alcoolique est délicat et peut exposer à de graves erreurs s’il n est pas établi par un médecin averti. C’est qu’en effet, l’excitation psychique et les troubles de l’équilibre ne suffisent pas à caractériser l’ivresse alcoolique. Ils s’observent aussi bien dans un certain nombre d’affections cérébelleuses, labyrinthiques ou mentales, dans l’intoxication par l’oxyde de carbone, etc.

Aussi, les médecins légistes danois chargés de procéder à l’examen médical des automobilistes soupçonnés de conduire leur voiture en état d’ivresse, ont-ils cherché à perfectionner la méthode clinique. Celle qu’ils utilisent s’adresse surtout aux troubles psycho-moteurs de l’individu ivre.

Ces épreuves n’indiquent qu’un degré élevé d’intoxication. C’est pourquoi, dans un autre travail, nous avons cherché à compléter l’investigation médico-légale par l’étude neurologique des troubles cérébello-labyrinthiques de l’état d’ivresse.

B) Le diagnostic biochimique

En 1896, le professeur NiCLOUX imagina un procédé simple et suffisamment précis de dosage de l’alcool éthylique dans les liquides et tissus de l’organisme, qui lui permit d’entreprendre l’étude systématique de l’intoxication.

Les expérimentateurs constatèrent que l’alcool introduit dans l’estomac passe rapidement dans le sang par le mécanisme de la diffusion. Mais le toxique ne se rencontre pas seulement dans le sang; il imprègne au même degré tous les organes, tous les tissus. Il s’agit donc d’une imbibition

alcoolique, d’un véritable bain d’alcool. Nous appelons taux d’imbibition alcoolique le volume d’alcool absolu contenu dans un litre de sang ou un kilogramme d’organes. GrÉHANT et NiclOUX ont établi que ce taux d’imbibition est proportionnel à la quantité d’alcool ingéré.

a) Recherche de la quantité d’alcool ingéré par un individu

Le professeur Balthazard et Marcelle Lambert eurent l’idée d’utiliser la méthode biochimique pour faire la preuve devant la Justice de l’intoxication alcoolique d’un individu. Ils confirmèrent la valeur de la loi de proportionnalité appliquée à l’homme et énoncèrent la règle qui permet de calculer, en fonction du taux alcoolique du sang, la quantité de boissons spiritueuses absorbées par un individu dans les heures qui ont précédé la mort.

C’est pour préciser la valeur médico-légale des résultats fournis par ce procédé que nous avons entrepris, dans nos recherches antérieures, l’étude des facteurs susceptibles d’exercer une influence sur le taux alcoolique du sang, des urines, du liquide céphalo-rachidien après ingestion d’alcool.

b ) Diagnostic de l’état d’ivresse

La connaissance de la quantité d’alcool ingéré par un individu est déjà un élément médico-légal important. Mais le juge désire surtout savoir si le sujet se trouvait en état clhvresse. Or, cet état n'est pas toujours en rapport avec l’importance des libations.

Il existe, en effet, des inégalités devant l’alcool.

La susceptibilité individuelle peut dépendre de la nature des boissons ingérées. Car, à côté des alcools, les essences, les éthers, les aldéhydes, qui entrent dans la composition des liquides spiritueux, ont des effets toxiques et une action pernicieuse sur le système nerveux, signalés par de nombreux expérimentateurs.

Les femmes et les enfants sont très sensibles à l’action de 1 alcool. La résistance de l’enfant est environ trois fois

moindre que celle d’une grande personne dont le coefficient d’imbibition mortelle se chiffre approximativement à 9 pour 1.000. De même, nous avons signalé chez les abstinents un syndrome d’attaque d’excitation nerveuse dès les premières gorgées d’alcool.

Les susceptibilités pathologiques vis-à-vis de l’alcool sont bien connues et se rencontrent chez les épileptiques, les dégénérés héréditaires, les traumatisés du crâne, les individus atteints de névrose, en un mot chez tous ceux dont les fonctions cérébrales sont atteintes de troubles morbides.

Il existe par contre des tolérances remarquables pour l’alcool chez les individus atteints de diabète insipide.

Il en est de même des dipsomanes, qui résistent très bien à l’intoxication éthylique.

Dans l’interprétation médico-légale du taux d’imhibition alcoolique, il convient de tenir compte de ces considérations avant de porter ou d’éliminer le diagnostic d’état d’ivresse.

Page 1