SUR LES TROUBLES CÉRÉBELLO-LABYRYNTIQUES DE L’INTOXICATION ALCOOLIQUE
Le diagnostic de l’état d’ivresse d’un individu est un problème qui se pose dans un certain nombre de circonstances que nous préciserons et nous montrerons aussi l’impossibilité légale de recourir à un prélèvement de sang ou d’urines sur un prévenu, car sa personne est inviolable.
C’est pourquoi il faut songer à perfectionner la méthode de diagnostic clinique.
Les psychiatres ont bien donné des descriptions très complètes des perturbations psychiques dues à l’ingestion de l’alcool. Mais les réactions de cet ordre n’indiquent généralement qu’un degré élevé d’intoxication et en outre échappent à une appréciation objective un peu exacte.
Aussi, nous semble-t-il qu’il y a intérêt à compléter
l’investigation médico-légale par l’étude neurologique des troubles cérébello-labyrinthiques de l’état d’ivresse.
Les intoxications alcooliques expérimentales auxquelles nous nous sommes soumis nous ont fourni la possibilité de faire rechercher, avant la ponction veineuse, les signes cérébelleux, vestibulaires et psycho-moteurs que nous présentions et que nous pouvons mettre en regard du taux alcoolique obtenu à l’analyse du sang.
Avec d’autres auteurs, nous avons constaté que l’intoxication alcoolique déclanche des phénomènes d’hypercxcitahilité vestibulaire et des phénomènes de déficit cérébelleux.
Mais nous avons noté que, pour une imbibition alcoolique à 2 "/oo, les troubles cérébello-labyrinthiques ne sont pas encore très marqués et nécessitent un examen clinique pour être dépistés. Celui-ci peut donc apporter une aide à l’expertise médico-légale.
Une autre remarque se dégage de nos observations: Peu de temps (30 minutes) après l’ingestion, alors que la teneur alcoolique du sang n’a pas atteint le maximum, apparaissent un certain nombre de signes d’excitation cérébrale, motrice et cérébello-labyrinthique qui constituent une sorte de syndrome d'attaque dû au premier contact de l’alcool avec les cellules nerveuses. Chez les cobayes, dès le début de l’intoxication, nous avons souvent observé de l’excitation motrice qui disparaît après un moment.
Cette phase d’excitation cérébrale et nerveuse, qui marque le début de l’imprégnation alcoolique, est intéressante à connaître au point de vue médico-légal. Certaines personnes abstinentes la ressentent très vivement dès qu’elles ont absorbé quelques verres de vin et, pourtant, le taux alcoolique du sang est bien inférieur dans ce cas à celui qui entraîne l’état d’ivresse manifeste.