‹ Titres et travaux scientifiques de Albert GorisChapitre 16 sur 37 · A. — URÉE ET URÉASE CHEZ LES CHAMPIGNONS SUPÉRIEURS · texte numérisé non relu

A. — URÉE ET URÉASE CHEZ LES CHAMPIGNONS SUPÉRIEURS

Sur la présence de l’urée chez quelques Champignons supérieurs (en

collaboration avec M. Mascré). — C. R. Ac. Sc., 147, p. 1488, 1908; Bull. Sc. Pharm., 16, p. 82-85, 1909.

Sur l’uréase et l’urée chez les champignons (en collaboration avec M. Costy). — C. R. Ac. Sc., 175, 539-641; 998-999, 1922.

Sur l’uréase des champignons (en collaboration avec M. Costy). — C. R. Ac. Sc., 176, 412-414, 1923.

Urée et uréase chez les champignons supérieurs (en collaboration avec M. Costy). — Bull. Sc. Pharm., 30, 65-76, 1923.

En 1907, au cours de recherches sur la composition chimique des Champignons supérieurs, nous avons obtenu du Tricholoma Georgii Fr., un corps cristallisé que nous reconnûmes être de l’urée. Il était nécessaire, avant de le publier, de répéter nos recherches en nous mettant à l’abri de toute cause de souillure extérieure. En 1908, en 1909, nos résultats furent confirmés.

Nous avons attaché le plus grand intérêt à cette découverte. L’urée n’avait pas encore été signalée chez les végétaux. En 1903, Bamberger et Landsiehl avaient bien obtenu de l’urée à partir du Lycoperdon bovista L. et du Lycoperdon gemmalum Fl. dan., mais leur découverte demeura inaperçue et nous-mêmes ne la connûmes que beaucoup plus tard au cours de nos expériences. L’urée fut recherchée chez d’autres champignons. Nous obtînmes des résultats positifs très nets chez le Psalliota eampestris L. récolté dans les prés. D’autres champignons, dont beaucoup, il est vrai, ne purent être récoltés qu’en petite quantité, ne nous donnèrent pas d’urée : Tricholoma pessundatum Fr., Tricholoma album Sch., Lepiota procera Scop., Lactarius piperatus Scop., Collybia maculata

Alb. et Sch., Coprii

comatiis Fl. dan., Psalliota xanlhoderma, Gene-

Pourtant, pour certains d’entre eux, nous demeurions convaincus de la présence d’urée, la technique utilisée, trop peu sensible, ne permettait pas de présenter comme positifs des résultats qui, sans être absolument négatifs, étaient cependant douteux. Aucune des méthodes alors connues pour caractériser ce principe ou l’isoler n’était assez sensible et assez précise pour s’appliquer aux petites quantités existantes.

Fosse, grâce à la méthode de caractérisation et de dosage de l’urée qu’il a proposée (combinaison de l’urée au xanthydrol), a pu montrer depuis la présence de l’urée dans un grand nombre de végétaux. Ainsi se trouvent confirmées et considérablement étendues les données que nous avions acquises et dont l’insuffisance des techniques connues ne nous avait pas permis de poursuivre l’étude.

Avec la collaboration d’un de mes internes M. Costy, j’ai repris ce travail en utilisant le réactif très sensible proposé par Fosse pour la caractérisation et le dosage de l’urée. Grâce à cette technique, j’ai pu retrouver et doser l’urée chez vingt-trois espèces de champignons, appartenant aux genres Amanita, Lepiota, Tricholoma, Clitocybe, Pluteus, Clitopïlns, Psalliota, Coprinus, Paxillus, Lycoperdon, Bovista. La quantité d’urée qu’elles renferment est très variable et les variations ne dépendent pas seulement de l’espèce, mais aussi de l’âge des individus; de plus, l’urée est inégalement répartie dans les divers tissus. Je rappellerai seulement quelques chiffres.

Teneur des champignons en urée.

Amanita pantherina Fr.

— phalloïdes Vr..

— rubescens Fr..

— solitaria Bull..

Lepiota procera Scop. .

— excoriata Schæff.

— rhacodes YiU.

Tricholoma gambosum Fr

— nudum Bull.

— panæolum Fr.

Clitocybe nebularis Bat.

Clitocybe cerussata Fr. 2,55

Pluteus cervinus Schæff. ... 2,54

Cliiopilus orcella Bull. 3,90

Psalliota campestris L. 4,50

— xanthoderma Gen. . 2,10

Coprinus comatus Fr . 1,90

' Paxillus involutus Balsch. . . 0,60

lAjcoperdongemmatum H. dan.. 2,51

— furfuraceumSchæl^. 8,03

— excipuliforme Scop. 1,36

Bovista plumbea Fers.9,23

J’ai abordé ensuite l’étude de l’uréase qui, dans les champignons, n’avait encore été signalée que chez quelques moisissures. J’ai pu la caractériser dans près de 400 espèces. On la rencontre chez presque tous les genres; elle fait généralement défaut chez les espèces où j’ai pu caractériser l’urée.

En faisant agir 0 gr. 60 à 1 gramme de tissu sur une solution aqueuse

d’urée additionnée de toluène.et titrant, après trois et six heures, le carbonate d’ammoniaque formé, j’ai pu mesurer l’activité fermentaire des diverses espèces étudiées et, pour chacune d’entre elles, séparément l’activité du pied, du chapeau, de l’hyménium. L’activité s’évalue par le nombre de centimètres cubes d’HCl N/10 nécessaire à la neutralisation du carbonate d’ammoniaque formé dans les conditions, toujours identiques, de l’expérience. Par ordre d’activité décroissante, les genres étudiés se classent ainsi ; Boletus, Clytocybe, Trametes, Entoloma, Russula, Lactarius, Tricholoma, Polyporus, Cortinarius, Collybia, Hydnum, Telephora. Dans tous les cas, l’byménium est toujours le tissu le plus riche en uréase; le pied et le chapeau sont moins actifs et, le plus souvent, le chapeau se montre plus actif que le pied, ainsi qu’il ressort du tableau suivant :

PIED CHAPEAU HTMÉNIU.M

Boletus edulis Bull.

scaber Fr..

Cortinarius albo-violaceus Pers. .

— tornis Fr.

Ihidnani amicum Quel.

Lactarius torminosus Schæff. . .

— piperatus Scop.

Polyporus squamosus Fr.

Russula foetens Pers.

— cyanoxantha Schæff. . .

Tricholoma album Schæff.

— saponaceum Fr. . . .

Nous nous sommes adressé, pour l’étude du ferment, au Boletus edulis Bull, qui s’est montré le plus actif parmi les espèces observées. Je n’âi pu isoler le ferment sous forme de poudre et j’ai dû faire toutes les expériences sur un liquide fermentaire obtenu en traitant les tubes de l’hyménium, écrasés avec un peu de CO^Ca, par l’eau glycérinée. Une bonne liqueur fermentaire doit, à la dose de 3 cent, cubes, correspondant à 1 gramme de tissu frais environ, hydrolyser complètement l’urée en soixante minutes. Le pouvoir bydrolysant d’une telle liqueur s’affaiblit lentement et finit par disparaître complètement.

L’uréase n’est détruite complètement que vers 76°. La température optimum d’action est 38°. Les acides paralysent ou tuent l’uréase; la dose d’acide nécessaire varie avec l’origine du ferment : le ferment obtenu à partir des tubes jeunes est plus résistant ; l’activité varie aussi avec la température. Les alcalis (soude, carbonate de soude), agissent moins énergiquement; ils retardent, cependant, puis empêchent l’hydrolyse. Il est intéressant de retenir que le carbonate d’ammoniaque, produit normal de la réaction, n’a qu’une action retardatrice très faible, pratiquement négligeable. L’action des sels dépend surtout de leur cathion, le plus actif étant le Ca. Par ordre d’action défavorable croissante, les sels peuvent être clas-

sés ainsi : pour les chlorures : sels de iNH^, K, Na, Ca ; pour les sulfates : sels de Ag, K, NH^, Ca, Na ; pour les nitrates : sels de NH"*, Na, Ca.

Les antiseptiques en général (acide benzoïque, acide salicylique, bichlorure de mercure) inhibent complètement le processus fermentaire.

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