STABILISATION DES VÉGÉTAUX
Conservation et stérilisation des noix de Kola fraîches (en collaboration avec M. Arnould). — Bull. Sc. Pharm., 14, p. 159-161, 1907.
La stérilisation des plantes médicinales dans ses rapports avec leur activité thérapeutique (en collaboration avec M. le Perrot). — Bull. Ac. de Méd., 62, p. 97, 1909. Rapport de M. le P’’ Guignard ; Bull. Sc. Pharm., 16, p. 381-390, 1909.
Une nouvelle forme galénique; les extraits physiologiques végétaux
(en collaboration avec M. le P’" Perrot). — Bull. Soc. Thér., p. 517-524, 1909. Bull. Gén. Thérap., 158, p. 906-911, 1909.
La Stabilisation des végétaux. Ses conséquences. Son avenir. — Presse médicale, p. 542-543 , 2 juillet 1913. Pharmacie française, 17, p. 385- 390, 1913.
Au cours des recherches sur la Kola, mes expériences furent constamment entravées par la difficulté de se procurer les noix fraîches au moment voulu. J’avais bien essayé de conserver les graines dans une atmosphère confinée, méthode insuffisante, car elle n’assurait qu’une conservation de deux mois, alors que les arrivages de la côte africaine étaient bisannuels.
D’autre part, sur ces noix contenant 50 à 60 % d’eau de végétation, le traitement à l’alcool bouillant ou à l’acétone (liquides miscibles à l’eaul s’imposait. Les essais d’extraction devaient donc se faire obligatoirement sur un extrait alcoolique ou acétonique et cependant il eût été préférable
d’employer directement l’éther, le chloroforme ou l’éther de pétrole comme agents de dissolution des principes à isoler.
Pour obtenir la destruction des ferments, cause de l’altération des noix, j’ai fait agir la vapeur d’eau sous légère pression pendant un temps très court. Les noix ainsi traitées conservent la même composition chimique que la noix fraîche. On peut les sécher à l’air libre ou à l’étuve, les noix blanches gardent leur couleur, les noix rouges deviennent violettes.
Les poudres ainsi obtenues ont toujours la même composition et les essais fournissent des résultats toujours comparables. D’autre part, séchées, elles se prêtent admirablement aux traitements par les solvants les plus divers.
Frappé de ces avantages, j’ai entrepris avec M. le P’’ Perrot toute une série de recherches comparables sur les plantes les plus diverses et sur les différents organes de ces plantes.
Pour les tissus plus délicats que ceux des graines, des racines ou des écorces, nous avons eu recours aux vapeurs d’alcool comme agent stérilisant, celui-ci étant le solvant volatil le moins coûteux. En stérilisant des feuilles de Digitale à l’autoclave par les vapeurs d’alcool, nous obtenions des feuilles qui conservaient leur aspect, leur couleur, leur souplesse, leur saveur, leur odeur. La plante était stabilisée. Ces feuilles donnaient une poudre inaltérable de belle couleur verte, avec laquelle on pouvait préparer toutes les formes pharmaceutiques courantes : pillules, teintures, extraits, macération, infusion, etc. Aux préparations courantes de la Digitale sèche venait donc s’ajouter toute une série parallèle de préparations faites avec la Digitale stabilisée possédant les mêmes propriétés que la Digitale fraîche.
Lorsque nous avons voulu préparer l’extrait mou de feuilles stabilisées, nous avons remarqué plusieurs inconvénients.
La stabilisation, en détruisant tous les ferments, s’oppose à l’oxydation de la chlorophylle qui se dissout alors très facilement dans l’alcool et qu’on retrouve en grande quantité dans l’extrait. D’autre part, il est peu rationnel de soumettre à la chaleur des préparations dont la matière première a été traitée avec tant de précaution. Nous avons donc cherché à perfectionner notre mode de préparation. Par évaporation de la colature à froid, dans le vide, jusqu’à concentration convenable, on obtient un extrait auquel on enlève la chlorophylle par un lavage à l’éther anhydre.
Le même traitement a été appliqué à d’autres végétaux.
Aux extraits ainsi préparés, nous avons donné le nom d’Extraits physiologiques végétaux.
La stabilisation nous a donc conduit logiquement à cette forme pharmaceutique.
Cette méthode peut-elle être généralisée et doit-on toujours recourir à la stabilisation, préalablement à tout autre traitement pharmaceutique ?
Nous ne voudrions pas être aussi absolus. Pour chacune des plantes médicinales, il faut faire des essais comparatifs entre la plante stabilisée et la plante séchée et l’on ne retiendra que les préparations pour lesquelles il est avantageux d’avoir recours à la stabilisation. C’est un inventaire qui est long à établir, car il ne peut se baser uniquement sur les méthodes d'essais chimiques, la pharmacodynamie, la thérapeutique et la clinique devant également apporter les résultats de leurs observations et de leurs comparaisons. Mais il n’est pas douteux, et l’expérience l’a déjh montré, que pour certaines drogues, les préparations faites après stabilisation sont avantageuses, soit en raison d’une activité plus grande des formes obtenues, soit en raison d’une modalité spéciale de leur action, comparée à celle des formes préparées dans les conditions ordinaires. En tout cas, il faut aussi remarquer l’important progrès réalisé par ce fait que poudres stabilisées et préparations qui en dérivent se conservent sans altération ultérieure et que leur activité pharmacodynamique demeure constante.