CHIMIE VÉGÉTALE
A. — RECHERCHES SUR LE NÉTÉ (Parkia biglobosa Benth.)
Recherches sur la pulpe et la farine de Nété. — C. R. Ac. Sc., 146, p. 187-188, 1908.
Recherches sur la pulpe de Nété (en collaboration avec M. Crêté). — Bull. Soc. Acclimat., 55, p. 92-97, 1908.
Sur une cause d’erreur dans la détermination du pouvoir rotatoire de certaines pectines (pectine du Nété) (en collaboration avec M. Crêté) — Bull. Sc. Pharm., 17, p. 71-76, 1910.
La pulpe de Nété, improprement appelée farine de Nété, est produite par les gousses du Parkia biglobosa Benth. Les graines sont entourées d’une pulpe d’origine endocarpienne, de formation comparable à celle du Tamarin, mais alors que dans ce genre la pulpe est compacte et a une consistance d’extrait, elle est au contraire, chez le Parkia, sèche et friable à la maturité. Les noirs sont très friands de cette pulpe et^l’utilisent comme substance alimentaire.
Cet emploi est parfaitement justifié, car nous avons montré qu’elle renferme près de 50 % de matières sucrées dont 26 % de saccharose et 20,50 % de glucose et lévulose (sucre interverti). La pulpe contient également une forte proportion d’une pectine qui se caractérise par son pouvoir dextrogyre très élevé.
Au sujet de cette pectine nous avons été amenés à faire une remarque concernant l’obtention du pouvoir rotatoire de ces substances hydrocarbonées.
Lorsqu’on prend le pouvoir rotatoire d’une pectine, il est indiqué de retrancher le poids des cendres du poids de la substance dissoute. Cette précaution n’est pas suffisante en ce qui concerne certaines pectines et en particulier les pectines de fruits. Ces dernières peuvent entraîner, lors de leur précipitation, des sels organiques eux-mêmes actifs sur la®
lumière polarisée et qui interviennent pour diminuer le pouvoir rotatoire; peu de sels organiques ont en effet une déviation polarimétrique aussi élevée que celle des pectines.
Il est préférable dans ce cas de dialyser la pectine par de l’eau chlorhydrique à 6 pour 1000, puis finalement par l’eau distillée. On précipite alors de nouveau la pectine ainsi purifiée.
La pectine de Parkia avant dialyse avait un pouvoir rotatoire positif an = -l 209°66 ; après traitement on trouve an = -1 233“91.
B. recherches sur le marron D’INDE
[Esculus Hîppocastanum L.)
l'huile de Marron d’Inde (en collaboration avec M. Crète). Pharm., 14, p. 68-72, 1907; C. R. Soc. Biol., 62, p. 117, 1907
De l’utilisation du Marron d’Inde. — C. R. Ac. Sc., 165, p. 346-347, 1917.
Le Marron d’Inde contient trois substances qui ont été utilisées tour à tour par l’industrie ou la thérapeutique ; la saponine, l'huile, l’amidon.
La saponine est un vaso-constricteur employé fréquemment contre les hémorroïdes. Avant de prendre place parmi les médicaments les plus efficaces contre les affections veineuses du petit bassin, le Marron d’Inde était couramment employé dans la médecine populaire.
L’huile qui fut préconisée contre certaines affections rhumatismales ne peut s’obtenir ni par pression, ni par action d’un dissolvant sur la graifte fraîche. La méthode qui permet de la préparer est tout au moins curieuse. Il est indispensable de faire fermenter le marron pour en extraire l’huile. Voici le résumé de cette préparation d’après Genevoix. Les marrons sont râpés et abandonnés pendant quelques jours à une fermentation libre. La pulpe est ensuite chauffée avec de l’eau, puis additionnée d’acide sulfurique dans la proportion de 2 pour 100. Après deux heures d’ébullition, la fécule est transformée en dextrine et glucose. On continue l’ébullition pendant deux heures en renouvelant l’eau évaporée. L’huile contenue dans le marron surnage; elle est séparée et filtrée Pour certains auteurs, la production de la matière grasse serait le résultat d’une fermentation ou d’une action microbienne s’exerçant aux dépens de la matière amylacée.
La réalité est bien plus simple ; l’huile ne résulte pas d’une fermentation Elle existe toute formée dans la graine où elle se trouve émulsion- • née et retenue par la saponine du marron. Cette émulsion n’est pas dé-
truite par les solvants, tels que le sulfure de carbone, l’éther acétique, le chloroforme, la benzine, la ligroïne.
Le dédoublement par action de l’acide détruit la saponine et libère l’émulsion, ce qui permet l’extraction de la matière grasse sans intervention d’action fermentaire.
L’amidon que l’on a songé à utiliser comme substance alimentaire aux époques de disette existe dans le inarron d’Inde dans la proportion de 20 à 25 %. Parmentier en avait déjà proposé l’emploi en 1771. Au cours de la guerre, le marron d’Inde fut récolté et l’amidon qu’il renferme fut utilisé pour préparer de l’alcool. Pressenti par le service de l’Intendance sur la possibilité de l’employer dans l’alimentation (fabrication de pâtes alimentaires, etc.), nous avons montré que l’on pouvait parfaitement priver la farine de marron d’Inde de l’amertume que lui communique la saponine par un simple lavage à l’eau chlorhydrique au 1/1.000 suivi d’un lavage à l’eau ordinaire. Des féculeries ont été autrefois installées aux environs de Paris pour l’extraction de l’amidon du marron ; elles ne purent réussir par suite de difficultés économiques (ramassage, transport, etc.) qui pouvaient se surmonter plus facilement pendant la guerre au moyen d’une organisation bien établie.
L’emploi restreint de la graine, le peu de valeur du bois, la coloration des écorces qui ne sont guère utilisables en tannerie, sont autant de raisons pour entraver l’avenir économique du Marronnier d’Inde, contrairement à une opinion assez répandue.