III. - RECHERCHES SUR L’INFECTION URINAIRE
I. — Vaccination des animaux. — Nous avons employé trois méthodes vaccinales :
A. —Vaccination par inoculations répétées de cultures vivantes. — Cette méthode, déjà émployée par d’autres auteurs, est incertaine dans ses résultats ; les cultures peu virulentes ne confèrent pas une immunité solide et persistante ; les cultures virulentes risquent toujours de tuer l’animal. Aussi les échecs de cette méthode sont-ils d’autant plus fréquents que l’animal inoculé est plus réceptif pour le bactérium coli.
B. — Vaccination par inoculations de filtrats de macérations d’organes d’animaux morts d’infection colibacillaire. — Ces filtrats provenant du cobaye, du lapin ou du chien, sont toujours toxiques; mais les effets toxiques qu’ils provoquent (hyperthermie, amaigrisse-
survivent pendant quelques jours, on voit parfois survenir un abaissement de température qui ne dure que deux ou trois jours ; la température remonte ensuite et dépasse souvent la normale ; les animaux
employés
vivantes serait au moyen des t<
Cela nous expliquerait pourquoi les lapins vaccinés par la méthode alternante supportent l'intoxication à laquelle succombent les lapins vaccinés uniquement par les cultures vivantes.
Les expériences suivantes semblent d’ailleurs confirmer cette hypothèse:
C. — Action du sérum des animaux vaccinés sur les cultures du colibacille. — Le sérum des animaux vaccinés n’empêche pas la .végétation du bactérium coli urinaire, soit qu’on y ensemence direc-
Lorsque le sérum provient d’un animal vacciné par les toxines seules, les cultures sont à peine modifiées. Lorsque le sérum provient au contraire, d’un animal vacciné par les cultures vivantes seules, ou même par la méthode alternante, son addition aux cultures jeunes du bactérium coli déterminel’agglutination des bacilles : le milieu s’éclaicit et la culture se rassemble au fond du tube sous forme d’un dépôt grumeleux constitué par des bacilles immobiles et agglutinés.
dans le foie d’un lièvre qui avait été soumis à notre examen, nous permit de faire de cette lésion et de son microbe pathogène une étude assez détaillée.
Les cobayes inoculés soit avec les exsudats pathologiques, en série, soit avec les cultures, présentaient des lésions plus ou moins généra-
durée, elle-même, est en raison directe delà dose de l'injectio^ et varie pour une même dose, suivant l’endroit de l'inoculation : très courte lorsque celle-ci a été pratiquée dans la cavité péritonéale, elle est plus longue quand on la fait sous la peau du ventre, plus longue encore lorsqu’on la fait sous la peau de la cuisse.
11 se fait, au point inoculé, une plaie suppurante absolument comparable à la lésion connue sous le nom de chancre tuberculeux chez les animaux inoculés avec le bacille de la tuberculose.
Les lésions portent principalement sur le foie, la rate, le grand
veuses qu’aux follicules tuberculeux, dépourvus de cellules géantes, et dont la structure ne saurait guère, par conséquent, justifier le nom de pseudo-tuberculose.
Il est intéressant de signaler que souvent, dans le foie, au milieu de nodules évoluant vers la sclérose, on voit sur le prolongement de travées hépatiques, une double rangée de petites cellules à gros noyau présentant l’aspect de pseudo-canalicules biliaires de certaines cirrhoses.
Jamais, au sein de ces lésions, aucune méthode de coloration ne nous a permis de révéler la présence de microbes. Et pourtant toujours l’ensemencement de ces exsudats donnait des résultats positifs. Seul, l’ensemencement du sang demeure presque toujours négatif, sauf dans les cas.où la marche de l’infection a été suraiguë.
L’agent pathogène est un bacille mobile, aérobie, se cultivant facilement sur tous les milieux habituellement employés, décolorant les plaques de gélose fuchsinée (méthode de Gasser), moins complètement et moins rapidement toutefois que ne le fait le bacille d’Eberth. Lors même qu’on le puise dans ses cultures, ce bacille se colore mal et se décolore facilement.
Ce bacille semble, en somme, tant par ses caractères morphologiques que par ses propriétésbiologiques et pathogènes,se rapprocher des bactéries étudiées par nombre d’auteurs (Malassez et Vignal,
En 1887, pendant un séjour à Vienne, frappé de la rareté de là fièvre typhoïde dans cette grande capitale, comparativement à sa fréquence à Paris, je cherchai à en découvrir les causes, et je publiai à là Société de médecine publique et d’hygiène le résultat de mes inves-
II s’agissait d’abord de rechercher si la théorie de Pettenkofer trouvait ici une confirmation, et si les oscillations de la nappe d’eau
expliquer la rareté de la fièvre.typhoïde à Vienne, sa disparition progressive, et ses rares expansions épidémiques.
faits mettent en échec la théorie de Pettenkofer. Voici, ^ ~ *
lignes, le résumé de cette étude :
Au point de vue de la constitution
Cette mortalité qui, à part l’épidémie de 1855-56, était en moyenne de 2 p. 1000 habitants, de 1851 à 1858, s’abaisse en 1859 à 1,2 p. 1000, à la suite de travaux faits à la canalisation de Vienne, dans le but de rendre ses parois étanches et d’empêcher l’infiltration qui se faisait
En 1874, le tauxdelamortalité s’abaissa brusquement à 0,58 p. 1000, et depuis lors, le nombre des décès a été continuellement en décroissant, jusqu’à tomber dans ces trois dernières années (1884-87) à
C’est qu’en effet, jusqu’en 1874, la ville de Vienne s’alimentait au moyen d'eau de puits ou d’eau du Danube recueillie par des galeries filtrantes établies le long du canal du Danube. En 1884, on dota Vienne d’eaux de sources captées Sur les deux versants du Schneeberg (pic de 2,000“ des Alpes de Styrie).
L’heureuse influence de ce nouvel approvisionnement d’eau sur la santé publique est formellement prouvée non seulement par cet abaissement si subit et si considérable de la mortalité typhoïdique à
topographique des cas et des décès typhoïdiques survenus à Vienne dépuis cette époque.
Cette étude nous révèle, en effet, que de 1874 à 1882, la mortalité par fièvre typhoïde dans les maisons pourvues d’eau de source a peu varié, puisque ses oscillations ne s’étendent que de 1,97 p. 100 (épidémie de 1875) à 0,86 p. 100 (en 1880). Pendant ce même espace
d’eau de source a varié de 10 p. 100 (épidémie de 1877) à 1,03 p. 100 en 1882. Les épidémies de 1875 (1" semestre) et de 1877 (mars à mai) ont donc uniquement frappé les maisons dépourvues d’eau de
Bien que tout ce qui précède prouve surabondamment l’influence de l’alimentation en eau potable sur l’éclosion et la propagation de la fièvre typhoïde, nous ne saurions négliger une nouvelle preuve qui nous est fournie par une épidémie survenue en 1877.
Cette nouvelle preuve a la valeur d’une expérimentation, car elle nous montre que si dans des quartiers approvisionnés d’eau de source, on vient à distribuer de l’eau de rivière, contaminée, çette
distribution d’eau est rapidement suivie de l’éclosion d’une épidémie
Voici l’histoire résumée de cette épidémie :
: En 1877, par suite des rigueurs de l’hiver et de la congélation de l’eau des Hochquellen, cette eau vint à manquer; et, jusqu’au 10 février 1877, on distribua de l’eau du Danube dans un certain nombre de maisons des I er , II®, VI® et IX e arrondissements.
■ Or, à ce moment précis, survint une épidémie de fièvre typhoïde des plus meurtrières, puisque 2,9 habitants sur 10,000 succombèrent,
L’étude de la répartition topographique des cas et des décès dans l’épidémie sévit presque exclusivement dans les arrondissements qui
■pas d’eau du Danube, et 21,5 dans les arrondissements qui en furent momentanément approvisionnés. C’est dire que les cinq sixièmes
De même, sur 100 maisons, la fièvre typhoïde fut constatée
24,2 habitations pourvues d’eau du Danube,
3,4 —, — de puits,
2,7 — — de source.
De même encore, le nombre des cas de fièvre typhoïde qui se sont déclarés dans la garnison a été, sur une proportion de 100 hommes, de:
2,69 — du Danube.
Sans multiplier davantage les preuves de l’influence prépondérante de l’alimentation en eau potable sur l’éclosion de la fièvre typhoïde à Vienne, pendant cette épidémie de 1877, j’ai pu, par un tableau graphique, démontrer que dans les quatre arrondissements qui avaient été momentanément pourvus d’eau du Danube, le sommet
centage des maisons pourvues d’eau de source pure, autrement dit, que le nombre des décès était en raison inverse du nombre des maisons pourvues de cette même eau.
d’eau du Danube, la mortalité fut très peu élevée et le taux en demeura à peu près égal dans chacun de ces arrondissements.
La conclusion de ce mémoire fut que l’eau est le principal agent de transmission de la fièvre typhoïde, et qu'il suffit , pour faire presque complètement disparaître cette affection d'une grande ville où elle est endémique , de distribuer aux habitants de l'eau d'une qualité incontestable et en quantité suffisante.
En 1887, à l’époque où parut ce mémoire, l’étiologie hydrique de la fièvre typhoïde était encore très discutée.
Les Allemands, aujourd’hui ses partisans convaincus, hésitaient à l’admettre, et sous l’influence de Pettenkofer s’accordaient à attirante dans l’étiologie du typhus abdominal.
Cette étude sur les eaux potables et la fièvre typhoïde à Vienne constitue donc une contribution intéressante à cette enquête épidémiologique provoquée par M. le professeur Brouardel, enquête qui devait aboutir au triomphe définitif de la théorie hydrique dont il fut le promoteur.
Ces expériences, faites en collaboration avec M. le D f Wurtz et publiées au Congrès d’hygiène tenu à Paris en 1889, avaient pour but de répéter la première expérience de M. le professeur Grancher et de M. le D r Deschamps, et de contrôler la profondeur à laquelle on retrouve le bacille typhique dans un cylindre métallique rempli de terre, après l’épandage à la surface de cette terre, d’une culture pure de ce bacille.
Nous nous proposions également de rechercher par l’expérimentation si la théorie de Pettenkofer (influence des oscillations de la nappe
pouvait s’accorder avec la théorie hydrique. 11 s’agissait pour cela
de la nappe d’eau souterraine sur le transport du bacille typhique à travers le sol.
Nous avons, pour cette expérience, imaginé un appareil qui se composait de deux tubes cylindriques reliés à leur partie inférieure par un tube de caoutchouc.
L’nn de ces cylindres, fixe, contenait de la terre dont la surface était arrosée avec des cultures du bacille typhique. De 15 en 15 centimètres des trous percés dans ce cylindre permettaient de faire des prélèvements de terre pour la recherche du bacille typhique, à diverses
l’élevant o/l’abaissant, faire varier la hauteur de l’eau et amener son niveau à des distances variables et déterminées de la surface de la terre dans le premier cylindre.
nature des terres employées.
Dans une seconde série d’expériences, nous avons fait arriver la nappe d’eau dans le cylindre fixe, rempli de terre, jusqu’à 56 centi-
et qu’elle séjourne deux à trois jours à 50 centimètres de la surface.
De là, cette conclusion pratique que les conditions de vitalité du bacille typhique ont un rapport immédiat et direct avec la nature des terrains
sur lesquels on le déverse, ainsi qu’avec le contact et l’éloignement de la nappe d’eau souterraine.
Par suite, l’emploi de la terre végétale, de l’humus riche en saprophytes, semblerait dès lors préférable au sable ou à toute autre matière épuratrice filtrante, en ce qui concerne la prophylaxie de la fièvre typhoïde.