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Avec M.P.E. Weil, nous avons étudié,sur la rate, les phénomènes d’hypertrophie compensatrice qu’on observe sur la plupart des organes, à la suite de la destruction ou de l’ablation d’une portion plus ou moins étendue de leur parenchyme.
Sur une série de 6 chiens, nous avons pratiqué l’extirpation des 2/3 ou des 3/4 du parenchyme splénique.
L’animal étant anesthésié à la chloralose, on faisait une laparotomie médiane ; on attirait la rate en dehors de la plaie et l’on plaçait transversalement, à l’endroit voulu, un gros fd de catgut, qui, passant entre deux vaisseaux du hile, permettait d’étrangler l’organe. On isolait ainsi une fraction plus ou moins importante du parenchyme splénique, qu’on évaluait aussi exactement que possible et qu’on extirpait immédiatement après avoir lié soigneusement la partie correspondante du pédicule. La portion de rate ainsi enlevée était pesée après départ du sang, ce qui fournissait indirectement le poids de la partie restante. On en faisait des frottis et l’on fixait des fragments pour l’examen histologique.
Au bout d’un laps de temps, qui a varié dans nos expérieqces entre dix jours et deux niois, l'aninial était réopéré ;
on extirpait le moignon de rate laissé dans l'abdomen, on le pesait comme précédemment, après départ du sang, et on le traitait de même, en vue de l'examen histologique.
Le tableau suivant montre l’augmentation de poids subie par la portion de rate laissée en place chez l’animal. , .
Fraction approximative de rate enievée
de la portion de rate enlevée
Poids
approximatif de la portion de rate laissée
Poids de la rate retirée
lors de la
2’ intervention
Temps séparant
les deux
interventions
47 gr.
25 gr.
17 gr.
17 jours
Si l’on excepte le premier chien réopéré au bout de dix jours, la rate a subi, chez tous nos animaux, une hyperplasie énorme qui, déjà constatable au bout de vingt-cinq jours, persiste encore au bout de deux mois et demi, délai extrême de nos expériences.
La comparaison ' des coupes pratiquées lors de la première et de la seconde intervention permet de préciser les différents éléments de cette hypertrophie compensatrice. Celle-ci porte à la fois sur les deux tissus
fondamentaux de la rate : la pulpe blanche et la pulpe rouge.
Les follicules de Malpighi, qu’on aperçoit déjà à l’œil nu sous forme de gros grains blancs, présentent, en effet, un accroissement considérable de leur diamètre, qui devient double ou triple de celui qu’ils avaient sur le fragment de rate extirpé lors de la première intervention. Un grand nombre de ces follicules possèdent des centres clairs germinatifs. Leurs éléments cellulaires sont, d’une façon générale, hypertrophiés et hyperplasiés, sans qu’on trouve de figures de karyokinèse.
Cette hyperplasie de la pulpe blanche existait chez tous nos animaux, sauf sur le premier d’entre eux, réopéré au bout de dix jours.
Les modifications de la pulpe rouge frappent moins au premier abord, étant moins considérables que celles de la pulpe blanche; Elles sont cependant nettes et même plus précoces que ces dernières, car elles existaient seules chez notre chien réopéré au bout de dix jours.
Elles consistent en une hyperplasie cellulaire qui relève, d’une part, d’une prolifération de lymphocytes et de macrophages, d’autre part, d’uno production abondante d’éléments myéloïdes. On trouve en effet des cellulles souches, des mégacaryocytes, des myélocytes (1) et surtout une quantité remarquable d’hématies nu-
(1) La constatation du myélocyte est rendue malaisée par la difficulté qu’on éprouve à colorer, chez le chien, les granulations leucocytaires,
cléées, présentant un noyau clair ou au contraire plus ou moins foncé.
Il semble que la globulolyse soit un peu plus intense que dans les rates témoins ; on trouve, en effet, dans les rates retirées lors de la seconde intervention, de nombreux amas pigmentaires à différents stades de leur évolution, libres ou intracellulaires.
En résumé, l’ablation d’une portion de rate a été suivie chez nos animaux d’une hypertrophie compensatrice de la partie restante. Cette hypertrophie porte à la fois sur la pulpe blanche et sur la pulpe rouge, traduisant ainsi l’effort de suppléance splénique pour chacune des fonctions de la rate. Ces faits vérifient, une fois de plus, la loi générale des réactions compensatrices et l’hypertrophie d’un organe, dans toutes les circonstances où une lésion quelconque supprime une portion plus ou moins étendue dé son parenchyme.