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LA RÉACTION DE WEIL FÉLIX DANS LE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE

Nous avons eu l’occasion d’observer en Orient, avec MM. Vialatte et Collignon, une quarantaine de malades atteints de typhus exanthématique et de rechercher chez eux la réaction proposée alors tout récemment par Weil et Félix : l’agglutination du Proteus X 19.

On sait que ces derniers auteurs ont montré que le sérum des sujets atteints de typhus exanthématique agglutinait, à un taux élevé et d’une façon pour ainsi dire spécifique, certaines races de Proteus isolées chez leurs malades et tout particulièrement une souche spéciale : le Proteus X 19.

Voici les résultats que nous avons obtenus ;

Tous nos malades examinés entre le 4*= et le jour ont agglutiné le Proteus X 19, tandis que 12 sérums témoins, appartenant à des sujets normaux ou à des malades atteints d’infections diverses, ont donné une. réaction négative, même à 1/50.

La réaction est apparue d’une façon précoce ; elle était déjà positive à 1/250 chez 2 malades examinés le

4^ jour et à 1/500 et 1/1000 chez 2 malades examinés le

6® jour. , *• t

D’abord relativement faible, le pouvoir agglutinant s’élève rapidement pour atteindre son maximum au voisinage de la défervescence. C’est du 8” au 20" jour que les taux d'agglutination les plus élevés ont été observés, 1/1000 11 fois, 1/5000 1 fois, 1/10000 et même au delà 9 fois.

Le pouvoir agglutinant ne se maintient pas longtemps à des taux au ssi considérables. Il diminue en effet assez vite et tend à disparaître 5 ou 6 semaines après avoir atteint son maximum.

Trois malades examinés les 30", 34" et 36" jour ont donné une réaction positive à 1/500 et 2 réactions positives à 1/250. Chez 3 autres malades examinés plus tardivement, au voisinage du 50" jour, la réaction s’est montrée 2 fois positive à 1/100 et 1/50 et une fois négative.

Comme on le voit, ces résultats sont entièrement favorables à la méthode de Weil et Félix dont on ne saurait contester la haute valeur pratique dans le diagnostic du typhus exanthématique.

LA LIPOMATOSE SYMÉTRIQUE

Nous avons eu l’occasion^ avec le professeur Ménétrier et M. Derville, de faire une étude clinique et anatomique assez complète d’un cas de lipomatose symétrique.

Il s agi.ssait d un homme de 36 ans, chez lequel étaient apparues, par poussées successives, depuis l’âge de 28 ans et jusque vers la fin de sa vie-, toute une série de masses molles, lobulées ou pseudo-fluctuantes, à limites imprécises, occupant surtout, mais non exclusivement, les régions dites ganglionnaires et reproduisant, par leur ensemble, l’aspect bien connu depuis les descriptions de Launois et Bensaude.

Chez notre sujet, la réaction de Bordet-Wassermann se montra négative. '

La tension artérielle oscilla autour de

Ma; = 20-24. Un = 10-12.

Le métabolisme basal, mesuré à plusieurs reprises, donna des chiffres entre 33 c, 4 et 39 c. Il ne parut pas influencé par 1 extrait d’hypophyse ni par l’adrénaline et s’éleva faiblement sous l’action de l’extrait thyroïdien.

Le malade put être suivi pendant une période de huit mois, durant laquelle il fut soumis, sans succès, à l’opothérapie

hypophysaire et à l’opothérapie thyroïdienne. Son poids resta stationnaire aux environs de 77 kilogrammes.

En octobre 1923, noire sujet passa dans le service du pro-

Bull. el Mém. Soc. Méd. Uûp., 4 juillet 192i.

fesseur Hartmann pour y subir 1 ablation d’une des tumeurs inguino-crurales. Cette intervention eut lieu le 2 novembre et porta sur le lipome du côté gauche; la cicatrisation en fut très lente.

Le 29 février 1924, à la suite de quelques troubles consistant en légère oppression, bradycapdie peu prononcée, obnubilation intellectuelle, le malade mourut, sans avoir présenté aucun phénomène aigu, ni brutal.

L’examen de la masse inguinale extirpé chirurgicalement montra la structure habituelle du lipome. La graisse s’y trouve disposée en lobes et lobules hypertrophiques, plus volumineux que ceux du tissu graisseux sous-cutané, et présente une ordination différente, formant tumeur indépendante du pannicule adipeux. Dans cette masse, à la partie correspondant à la zone profonde de la tumeur, on retrouve quelques rares ganglions lymphatiques, inclus dans la ma.s6e graisseuse. Il s’y présentent avec la même disposition que les ganglions lymphatiques situés normalement dans le tissu graisseux sous-cutané de la région inguinale. Ces- ganglions ne font nullement corps avec la masse graisseuse ; ils en sont indépendants et simplement juxtaposés aux lobules adipeux avoisinants. A l’examen macroscopique, ces ganglions présentent un tissu gris rosé d’apparence normale ; ils ne sont pas augmentés de volume. L’examen microscopique les montre avec leur structure exactement semblable à celle de l’état normal, sans mélange d’éléments adipeux et totalement distincts des masses graisseuses avoisinantes.

L’autopsie nous a permis de vérifier par l’examen des autres masses lipomateuses cette même indépendance des très rares ganglions que l’on pouvait retrouver avec le tissu lipomateux hypertrophique. Ici encore, ces quelques ganglions offrent une structure absolument normale.

Ajoutons que l’examen chimique de la masse, graisseuse extirpée chirurgicalement a été obligeamment pratiqué par M. Deval, qui a trouvé les chiffres suivants :

Indice de saponification. 190

— d’iode de Hübl. 78,6

— de réfraction. 1,4692

Cette graisse' paraît, donc légèrement différente de la graisse normale de l’homme, à en juger par la valeur élevée de son indice d’iode qui la rapprocherait de certaines graisses d’origine végétale.

L’étude anatomique que nous avons pu faire de notre cas de lipomatose symétrique ne nous a donc pas montré que le système ganglionnaire lymphatique prit une part quelconque dans l’édification des masses adipeuses. Notre sujet présentait, en effet, plusieurs tumeurs graisseuses en dehors des zones ganglionnaires et, inversement, certaines régions à ganglions étaient dépourvues de productions adipeuses. Du reste, ainsi que nous l’avons dit, même dans les régions ganglionnaires, l’indépendance nous a paru complète entre l’élém,ent lymphatique et l’élément graisseux : les ganglions restaient, en effet, de petites dimensions, difficiles à trouver, refoulés à la face profonde de la masse adipeuse ; leur structure était celle des ganglions normaux, sans la moindre tendance à la transformation graisseuse. En un mot, rien n’autorise chez notre sujet à conclure à la formation de graisse aux dépens des ganglions, non plus qu’à une répartition systématique des tumeurs adipeuses suivant les territoires lymphatiques.

Nous croyons donc que le terme d’adénolipomatose doit être abandonné et remplacé par celui de lipomatose symétrique qui, sans préjuger d’aucune théorie, a l’avantage de souligner un des caractères cliniques les plus remarquables, bien que non absolu, de la forme morbide qui nous occupe.

Quant à la cause intime qui préside au développe-

ment de l’adipose, il faut avouer qu’elle nous est à l’heure actuelle totalement inconnue. L’étude que nous avons pu faire chez notre sujet des diverses glandes à sécrétion interne ne nous a p#s permis d’incriminer plus spécialement telle ou telle d’entre elles. Seule l’hypophyse nous avait paru, à l’examen macroscopique, légèrement atrophiée ; mais l’examen microscopique n’est pas venu confirmer cette première impression.

On en est donc réduit aux hypothèses. Parmi ces dernières, il en est une que nous serions tenté de formuler : un certain nombre d’arguments histo-physiologiques laissent supposer que la cellule graisseuse constitue une véritable cellule glandulaire, appartenant à un système anatomique diffus. Peut-être l’adipose symétrique représente-t-elle une hyperplasie, de cause inconnue du reste, de ce système glandulaire, qui nous démontrerait ainsi son autonomie et ses localisations électives, au même titre, par exemple,que sous l’influence d’un processus leucémique, se révèlent l’individualité et la topographie d’ensemble des systèmes myéloïdes ou lymphoïdes. Ce n’est là, bien entendu, qu’une hypothèse, mais qui nous paraît plus légitime que celle de l’origine adénoïdienne ou lymphatique et que nous proposons, à titre provisoire, en attendant que les progrès de la physio-pathologie nous aient fixés, d’une façon définitive, sur le mécanisme intime de l’adipose symétrique.

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