‹ Titres et travaux scientifiques du Dr Henri BénardChapitre 23 sur 27 · PROPRIÉTÉS OSMOTIQUES DES MUSCLÉS · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS OSMOTIQUES DES MUSCLÉS

HYDROPHILIE COLLOÏDALE.

PÀTHOGÉNIE DES ŒDÈMES.

(N“^ 5, 56 et 61)

Les expériences de Loeb, de Cooke et d’Overton ont montré qu’un muscle plongé dans une solution hypotonique s’imbibe et augmente plus ou moins rapidement de poids. Ainsi que l’a établi Fletcher, cette augmentation passe par un maximum, après quoi le muscle diminue progressivement. Pour les auteurs précédents, la membrane de la cellule musculaire agirait comme une véritable membrane semi-perméable et, pour Fletcher, c’est la perte de cette hémi-perméabilité, fonction de la distension mécanique, qui expliquerait la baisse de poids du muscle dans la seconde partie de la courbe d’imbibition.

Avec M. Laugier, nous avons montré que la membrane (1) du muscle n’était pas une membrane hémi-perméable au même titre que les membranes artificielles

(1) Par membrane limitante nous entendons simplement la zone périphérique des protoplasmes sans nous préoccuper de savoir si elle a une individualité his|,plogique.

réalisées par Pfefïer, mais une membrane partiellement perméable, permettant les échanges dans les deux sens (diosmose) et n’apportant simplement, comme dans les expériences de Dutrochet, qu’une perturbation aux lois habituelles de la diffusion (Girard).

La membrane limitante de la cellule musculaire n’est pas une membrane hémi-perméable, car, dès que le muscle est plongé dans l’eau, il abandonne au liquide ambiant une partie de son suc intérieur. D’autre part, on ne saurait soutenir non plus qu’un muscle plongé dans une solution hypotonique a perdu ses propriétés osmotiques lorsqu’il commence à redescendre de poids, car, si à ce moment on le plonge dans une solution plus hypotonique encore, il s’imbibe à nouveau (courbe 1, p. 134).

La membrane limitante, outre ses propriétés osmotiques, est douée d’une élasticité notable. Elle se tend en même temps que le muscle s’imbibe. Cette tension équilibre bientôt les forces endosmotiques, tandis que ■l’exosmose continue de s’effectuer. La pression osmotique intra-cellulaire diminue alors progressivement en même temps qiiÇ la membrane revient sur elle-même et que le muscle diminue de poids.

L’influence de la tension de la membrane limitante sur la grandeur du phénomène d’osmose est facile à mettre en évidence : un gastrocnémien de grenouille, soumis à une traction de 500 grammes et placé dans l’eau distillée, s’imbibe beaucoup moins qu’un muscle de même poids, non soumis à la traction (courbe 2, p. 134),

Le passage dans ce dernier milieu (entre 8 et 2), en pleine période de descente, est suivi d’une réascension brusque de la courbe représenta-

; {Journ. de Phys, et Path. gén., juillet 1911).

Influence de la traction sur la courbe d'imbibition.

En haut gastrocnémien gauche non soumis à la traction. En bas gastrocpémien droit soumis à, une traction de o30 gr.

[Journ. de Phys, et Path- gén., juillet 1911',

Ces différentes expériences montrent combien il faut être réservé dans l’emploi du terme hémiperméable appliqué aux membranes cellulaires. La nature réalise des expériences de Dutrochet et non des expériences de Pfeff'er.

Dans ces phénomènes de perméabilité cellulaire interviennent toute une série de facteurs,la concentration en électrolytes, la qualité des ions en jeu, la viscosité, l’état électrique des surfaces, leur tension élastique, etc. Tous ces facteurs laissent entrevoir la complexité des conditions physiques qui règlent les échanges entre les cellules et leur milieu, échanges à caractères souvent électif et que, faute de mieux, on a attribué à une activité vitale propre de la cellule.

Dans deux articles d’ensemble (N® 56 et 61), nous sommes revenu, avec E. Biancani, sur ce phénomène d’imbibition des muscles et des protoplasmes en général. Nous avons étudié en détail cette propriété qu’ont les colloïdes protoplasmiques de fixer de l’eau : ïhydrophilie colloïdale. Nous avons passé en revue les différents facteurs susceptibles de l’influencep^ concentration en électrolyte^ équilibre acido-basique, équilibre ions»salini coefficient lipocytique,etc.,et montré la part considérable qui revient aux modifications de cette hydrophilie colloïdale dans le problème éminemment complexe de la pathogénie des œdèmes.

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