Contribution expérimentale à l’étude du rem {C. R. de
l’Associalion des Anatomistes, 1906, p. 6).
222. - Sur quelques points d’histogenèse du rein définitif (Société
de Biologie, 16 mars 1907).
En étudiant les colorations intra-vitales du tissu osseux, je vis les substances colorantes s’éliminer par le rein. Je cherchai à deter-
miner par quels éléments rénaux ces substances sont séparées du sang. De plus, pour activer les fonctions du rein, je pratiquai aux cobayes des injections sous-cutanées de chlorure de sodium, d’urée ou de bleu de méthylène. Ces injections furent répétées chaque jour pendant une semaine environ; seulement les animaux qui reçurent la même quantité de substance en injection souscutanée furent nourris les uns avec du son {régime sec), les autres avec des feuilles de chou [régime humide).
Les résultats essentiels de ces recherches expérimentales sont les suivants : le tissu conjonctif ou stroma du rein est très réduit chez les cobayes soumis au régime sec, c’est-à-dire anuriques, tandis qu’il prend un grand développement chez ceux qui sont soumis au régime humide, c’est-à-dire polyuriques.
Quant aux tubes glandulaires, ils diffèrent également pendant l’anurie et la polyurie. Dans l’anurie, les cellules épithéliales sont denses et homogènes; leur protoplasma est rempli de fines granulations très serrées. Dans le rein polyurique, au contraire, ces granulations sont disposées aux points nodauxd’un réticulum dont les mailles s’élargissent, se remplissent d’un hyaloplasma plus abondant qui figure des vacuoles. Les cellules épithéliales se multiplient et le revêtement épithélial montre plusieurs rangées de noyaux. Ensuite, lorsque la lumière du tube a disparu par la prolifération des cellules épithéliales, les cellules centrales se désagrègent et tombent en deliquium pendant que le noyau se ratatine ou subit la caryolyse. Dans le rein polyurique, les débris épithéliaux sont entraînés et balayés à mesure qu’ils se produisent, tandis qu’ils restent en place et figurent un magma ou cylindre central dans les tubes du rein anurique.
Le bleu de méthylène, injecté sous la peau, permet de suivre, dans la cellule épithéliale, le mode d’élimination de cette substance. Le bleu apparaît dans les cellules périphériques du tube rénal; il s’amqsse,ensuite dans les cellules moyennes et s’élimine par les cellules centrales, au fur et à mesure que ces dernières subissent la désagrégation.
Je conclus : la portion de la cellule rénale qui tapisse la membrane propre choisit dans le sang et s’imprègne des matériaux étrangers ou des déchets qui y sont contenus. A mesure que la
cellule évolue vers le centre du tube, elle s’en charge de plus en plus. Arrivée vers la lumière du tube et au terme de son évolution, la cellule se désagrège et débarrasse en même temps l’organisme des produits étrangers ou des déchets qui s’y sont produits ou accumulés. Les éléments épithéliaux des tubes urinaires naissent par division des cellules préexistantes; ils s’accroissent et meurent comme ceux d’une glande sébacée : durant cette évolution, ils séparent du sang les déchets organiques, les incorporent et les entraînent au dehors pendant qu’ils se désagrègent.
Sur un enfant de huit ans, qui a exxpeu d'urine pendant vingt-cinq jours, nous avons observé, avec M. Tilloy, des tubuli dont les uns étaient à lumière ouverte, les autres à lumière fermée, ces derniers présentant deux rangées de noyaux.
Tout récemment M. A. Lelièvre a, au laboratoire du professeur Gilbert, expérimenté sur les souris en employant une méthode analogue à la nôtre (1) : il a nourri ces animaux, les uns avec du son (régime sec), les autres avec de la viande de cheval (avec boisson), il confirme, au point de vue de l’évolution des cellules rénales, mes résultats : l’épithélium rénal se renouvelle de dehors en dedans et se dispose, surtout pendant le régime sec, en assises stratifiées dont les internes sont en voie de régression.
L’épithélium du canal rénal ou bourgeon du canal de Wolff donne naissance, par prolifération et transformations cellulaires, aux tubes collecteurs et sécréteurs, ainsi qu'au stroma rénal (n“ 222). Pendant la plus grande partie de la vie fœtale, nombre de tubes sécréteurs sont dépourvus de lumière et possèdent la forme et la constitution de cordons pleins, analogues à ceux du rein d’un cobaye soumis au régime sec. Les corpuscules de Malpighi sont des amas continus à leur périphérie avec le stroma rénal; la cavité capsulaire résulte de la fluidification dune zone cellulaire, selon un processus identique à celui qu’on observe dans le développement des cavités articulaires (n” 88).
(I) C. B. de la Société de Biologie, 1907, pp. 59 et U9.