C. — Anesthésiques locaux
I 1 Aclion anesthésiante locale de l’ouabaïne et de la strophantine (Soc. de Biol.. 9 novembre 1889).
Sur l’anesthésie produite par l’ouabaïne et par la strophantine (Soc. de Biol.,
J’ai trouvé que ces deux substances, dont j’avais déjà fait une étude minutieuse au point de vue de leur action cardio-vasculaire (voyez plus loin, II, p. H), sont de puissants anesthésiques locaux. On sait que les substances qui peuvent être considérées comme de véritables anesthésiques locaux sont très rares; en connaissait-on même d’autres que la cocaïne? Or, 4 à5 gouttes d’une solution à 4/4000 soit d’ouabaïne, soit de strophantine anesthésient l’œil pour deux, (rois ou quatre heures; il se produit en même temps un myosis très marqué. On voit que cette action anesthésiante est beaucoup plus intense et persiste beaucoup plus longtemps que celle de la cocaïne; aussi mériterait-elle d’être utilisée en thérapeutique dans certains cas.
Cette étude a permis à l’auteur de montrer que la sensibilité tactile et la sensibilité au froid sont réellement différenciées, cette dernière reparaissant avant la première, sur les yeux ainsi anesthésiés : preuve de plus à l’appui de l’indépendance qui existe entre les diverses formes de la sensibilité du revêtement cutané ou des membranes muqueuses.
D. — Notes sur le haschich.
En collaboration avec MM. Cn. Ricrnrr et P. Rondeau.
(Bull, de la Soc. de Psychol. physiol., 30 mars 1885.)
Nous avons constaté sur l’homme que, sous l’influence de cette substance, comme sous celle de l’alcool, le temps de réaction des sensations tactiles et des sensations auditives augmente notablement.
D’autre part, des expériences faites sur les animaux nous ont montré l’action convulsivante d’abord, narcotique ensuite, du haschich et l’exagération de l’excitabilité psychique, variable suivant le degré de l’évolution mentale des
7° Sur l’action physiologique delacoronilline (Soc. de Biol., 20 avril 1889).
8° Action de quelques principes immédiats du persil sur la circulation (in Recherches chimiques et physiologiques sur quelques principes immédiats du persil, par L.-E. Mourgues, Thèse, Paris, 1891),
9° État de la pression sanguine et de la circulation cérébrale pendant le sommeil produit par le boldo-glucine (Soc. de Biol., 1“ août 1888, et in Recherches expérimentales et cliniques sur l'action somnifère de la boldo-glucine, par R. Juranville, Thèse, Paris, 1888).
10" Action du sulfure d’allyle sur le cœur (Soc. de Biol., 28 juin et 12 juillet 1890).
La sorte des travaux enumeres ci-dessus, du n° 1 au n” 8, constitue une étude assez complète de l’action physiologique de l’ouabaïne et de la strophantine, de la dernière surtout.
Ces recherches ont montré que le strophantus et la strophantine ne peuvent être considérés comme étant des poisons exclusivement musculaires ; le principe immédiat, comme l’extrail de la plante, exerce une réelle action sur le système nerveux bulbo-médullaire.
Mais c’est à l’étude des effets produits par la strophantine sur la fonction circulatoire que je me suis le plus longuement attaché. Dans l’action de celte substance sur l’organisme, les phénomènes cardio-vasculaires sont, en effet, prédominants : activité exagérée du muscle cardiaque; exagération simultanée de la tonicité artérielle (vaso-constriction généralisée). En recherchant le mécanisme de cette action, j’ai montré que la pression intra-artérielle s’élève encore, après qu’on a détruit tout le système nerveux central, par un procédé spécial (voy. ci-dessous, p. 13).
Les résultats de ces expériences ont conduit à d’utiles applications théra-
peutiques de la strophantine. Dans ce but, il avait été fait une étude comparative des extraits de strophantus et des stropliantines mis dans le commerce ; et il a été reconnu que le produit le plus actif, parce qu’il constitue un principe défini et chimiquement pur, est la strophantine, telle que l’a décrite le professeur Arnaud (Comptes rendus Acad, des Sc., 16 juillet 1888).
Toutes ces expériences m’ont amené à rapprocher de la strophantine un autre glucoside,l’ouabaïne, également extrait d’une Apocynée par le professeur Arnaud. Il est, en effet, intéressant de remarquer que cës deux corps, qui ne diffèrent que par un groupe CH', la strophantine CH" O” étant l’homologue supérieur immédiat de l’ouabaïne C*’H“0 1J , ont la même action physiologique, le second étant seulement plus toxique que le premier. Cette toxicité est, d’ailleurs, très élevée, puisqu’il suffit de 1/40 de milligramme de strophantine cristallisée pour que le cœur de la grenouille s’arrête en systole en 12 minutes et de 1/80 de milligramme d’ouabaïne cristallisée pour produire le même effet en 8 ou 9 minutes. La toxicité sur les animaux a sang chaud a été également déterminée.
L’anagyrine et la coronilline sont deux autres poisons cardiaques, dont l’action rappelle celle de la digitaline; ces substances récemment isolées, Tune par Hardy et Gallois (1885), l’autre par Schladenhauffen et Reeb (1888), étaient étudiées pour la première fois.
Dans mes expériences relativement à l’influence de la coronilline sur la circulation, j’ai essayé de distinguer la part qui revient, dans les effets produits, au bulbe, à la moelle, au cœur lui-même, à l’appareil neuro-musculaire des vaisseaux, en même temps que l’excitabilité des nerfs d’arrêt du cœur et du sympathique était interrogée.
L’anagyrine possède en outre une remarquable action sur le système nerveux moteur et sur le muscle.
Les quelques expériences que j’ai faites sur l’actiôn comparative de l’apiol et du cariol, principes extraits du persil, sur la circulation, ont été publiées dans la thèse de M. Mourgues.
L étude des modifications circulatoires produites par un glucocide extrait du boldo a montré que le sommeil, déterminé par cette substance (Laborde), est accompagné d’une diminution notable de l’afflux du sang dans le cerveau.
Des recherches de toxicologie entreprises sur le sulfure d’allyle ont permis
à l’auteur de se servir dé cette substance pour fixer quelques points de la physiologie du muscle cardiaque (voy. Seclion III, p. 28).