SYSTÈME NERVEUX ET ORGANES DES SENS
IV. — RECHERCHES SDR LES RELATIONS QUI EXISTENT ENTRE LES PHÉNOMÈNES PHYSIOLOGIQUES ET L’ACTIVITÉ PSYCHIQUE
1° Étude expérimentale sur l’état du pouls carotidien pendant le travail intellectuel (Thèse de doctorat, 1881).
2° Essai critique sur les conditions physiologiques de la pensée. Etat du pouls caro tidien pendant le Iravail intellectuel (Arch. de Physiol., septembre 1881).
3° De l'influence du travail intellectuel sur la température générale (Soc. de Biol., 26 avril 1884).
sentations mentales (Soc. de Biol., 5 juillet 1884).
(Bulletins de la Soc. de PsychoL physiol., 26 février 1889)°
6“ Notes sur le haschich — en collaboration avec MM. Ch. Richet et P. Rondeau (Bull, de la Soc. de Psychol. physiol., 30 mars 1885).
Mes recherches sur les modifications du pouls pendant le travail intellectuel, poursuivies sur moi-même durant presque toute une année, ont été faites en même temps que celles, bien connues, du professeur Mosso (de Turin) sur la circulation cérébrale chez l’homme. Elles portent sur l’état de la circulation artérielle, du cœur et de la respiration pendant le repos et l’activité du cerveau. J’ai montré, au moyen de la méthode graphique, que, sous l’influence de l’activité intellectuelle, la pulsaLion de l’artère carotide augmente notablement d’amplitude, que la ligne d’ascension devient plus rapide, que les ondulations secondaires se multiplient sur la ligne de descente, etc., tous caractères qui sont en rapport avec un écoulement plus facile du sang dans les branches terminales de 1 artère explorée. J’ai montré, de plus, que ces caractères sont d’autant plus marqués, en général, que l’attention est plus forte, ce qui établit
une corrélation évidente entre le phénomène psychique et le phénomène physique, — et qu’ils persislent un certain temps après que l’activité cérébrale a cessé. — Observant, d’autre part, que le pouls radial diminue d’amplitude et prend les caractères d’un pouls de forte tension, j’ai vu dans ce fait « seulement ce qu’on y doit voir, c’est-à-dire un phénomène vaso-moteur inverse de celui qui se produit dans les vaisseaux du cerveau », et je n’ai pas subordonné « l’exagération de la circulation cérébrale à l’augmentation de la pression dans les artères périphériques ». (François-Franck, Gaz. hebd. de méd. et chir., 5 août 1881.) — Enfin, après avoir montré l’indépendance de ces modifications de la circulation artérielle par rapport aux contractions du cœur et aux mouvements respiratoires, j’étais en droit d’admettre leur provenance vaso-motrice et de les attribuer à une influence de même ordre que celle qui préside aux modifications du calibre des vaisseaux dans une glande qui fonctionne, c’est-àdire à une action vaso-dilatatrice.
En résumé, comme l’écrivait M. François-Franck dans l’article cité ci-dessus, « quand le cerveau passe de l’état de repos à l’état d’activité pendant le travail intellectuel ou sous l’influence d’une émotion, il reçoit une quantité de sang plus abondante. Ce fait, qu’on devait prévoir, étant donné la connaissance des phénomènes circulatoires qui accompagnent l’état fonctionnel des organes, a été démontré d’une façon positive par une série de travaux récents, parmi lesquels il faut citer surtout ceux de Mosso et de Gley. »
Les résultats de ces recherches ont été souvent cités depuis, et utilisés par les psychologues, à l’étranger comme en France. Ces expériences doivent être rangées parmi les premiers travaux où les phénomènes psychiques, qui ont paru pendant si longtemps inaccessibles à l’expérimentation proprement dite, aient été étudiés à l’aide des procédés physiologiques. Aujourd’hui l’application de ces procédés à la recherche psychologique est devenue générale.
Dans-le même ordre d’idées, j’ai cherché à déterminer, au moyen d’un thermomètre spécial construit dans ce but, les variations de la température centrale sous l’influence du travail intellectuel. Les nombreuses mesures prises sur moi-même, et chaque fois pendant plusieurs heures de suite, ont permis de tracer la courbe de ces variations thermiques et montré que l’élévation de température due à cette influence est d’un peu plus d’un dixième de degré par heure. J’ai d’ailleurs discuté la question de savoir s’il faut considérer cet effet comme dépendant réellement d’une augmentation dans la production de chaleur, liée à l’exercice même de la pensée, ou comme tenant simplement à des actions vaso-motrices de provenance centrale et périphérique.
A côté de ces travaux où la physiologie du cerveau est intéressée à l’égal de la psychologie, j’en placerai d’autres qui relèvent davantage de cette dernière science.
Des recherches de Chevreul, publiées en 1833 et 1854, sur la baguette divinatoire, le pendule dit explorateur et les tables tournantes au point de vue de l’histoire, de la critique et de la méthode expérimentale, et bien connues des psychologues, ont montré que, parmi les mouvements musculaires, il en est un grand nombre qui ne sont ni connus ni voulus de celui qui les exécute. Ce sont ces mouvements que l’on appelle aujourd’huiinconscients. Le fait, annoncé en 1833 par Chevreul, a été confirmé par d’intéressantes observations de M. Ch. Richet en 1881; de mon côté, j’avais entrepris quelques recherches, de sorte que, peu de temps après, je pus fournir la première preuve, je crois, véritablement expérimentale de la réalité de ces mouvements musculaires inconscients. J’étais en effet arrivé à les enregistrer et j’en présentai des tracés démonstratifs.
Plus récemment, j’ai imaginé et réalisé une expérience nouvelle qui fournit des résultats aussi probants, ainsi que le démontrent les fac-similés d’écriture inconsciente que j’ai publiés.
En même temps, j’ai rattaché tous ces phénomènes à la théorie, si importante et qui a pris une si grande place dans, la psychologie contemporaine, du rapport entre les images mentales et les mouvements. J’ai, par exemple, établi qu’il y a une relation étroite entre l’intensité des mouvements et l’intensité même des images. C’est ainsi, pour ne citer que cette expérience, que, sous l’influence du haschich, qui augmente énormément la vivacité des images, les mouvements musculaires inconscients de l’ordre de ceux que j’ai rapportés tout à l’heure deviennent très énergiques. Ces expériences ont été faites sur moimême, très démonstratives, puisqu'il l’état normal je ne présente pas de tels mouvements.
V. — L’EXCITABILITÉ DE L’ÉCORCE DD CERVEAÜ (Gaz. méd. de Paris, 12 et 19 juillet 1884.)
Étude critique des recherches effectuées sur cette question : résumé historique; exposé détaillé des expériences positives; examen critique des objections dirigées contre ces expériences.