V. — PERFUSION RÉNALE
Nous avons, avec P. Carnot et P. Gérard, fait de longues recherches expérimentales concernant la perfusion rénale.
Nous avons tout d’abord cherché à établir une technique personnelle, mettant le plus possible à l’abri des nombreuses causes d’erreurs auxquelles s’étaient heurtés les expérimentateurs qui avaient jusqu’ici tenté cette opération (fig. 25).
Nous avons ensuite étudié, grâce à cette technique, le rôle du système nerveux dans la sécrétion urinaire, et l’influence des divers facteurs sur la sécrétion urinaire.
Nous avons alors abordé l’étude expérimentale des diurétiques.
Technique de perfusion rénale (235).
Nous perfusons sur le chien vivant, le rein restant en place. Les seuls traumatismes (non négligeables, il est vrai) sont la pose des canules dans l’artère, la veine et l’uretère. C’est l’introduction dans l’artère rénale qui lèse le plus le plexus rénal; l’introduction de la canule dans l’uretère produit presque toujours des phénomènes d’inhibition qui finissent par céder plus ou moins rapidement.
Notre liquide de perfusion esb du sang de chien citraté à 4 p. 1.000; autant que possible nous perfusons avec le propre sang
LE REIN
du chien. Mais il nous faut, le plus souvent, ajouter le sang d’un autre chien; au cours de la perfusion, nous oxygénons le sang sorti de la veine rénale à l’aide d’un appareil, composé de deux flacons reliés l’un à l’autre et mis en communication avec un manomètre à mercure. On fait passer sans arrêt le liquide de perfusion è une température de 39°, sous une pression déterminée (18 à 20 centimètres de Hg).
Nous ne faisons pas durer la perfusion plus de deux heures.
Nous commençons toujours l’opération en mettant la canule dans l’artère afin de ne jamais produire de surpression.
L’urine recueillie est claire, limpide; il ne s’agit donc pas d’une simple filtration, mais d’une sécrétion.
Nous pouvons examiner le liquide perfusant (sang) et le liquide perfusé (urines) à différents points de vue (sucre, urée, chlorures).
Nous pratiquons enfin un examen histologique du rein après la perfusion.
D’après celte technique, tout en évitant une série de causes d’erreurs, nous ne prétendons pas obtenir une sécrétion absolument normale, mais nous nous en rapprochons beaucoup.
Influence de l’état du parenchyme rénal.
Nous avons étudié 'les différences entre le rein perfusé chez l’animal à rein normal et chez l’animal présentant de la néphrite chronique.
Influence du système nerveux sur la sécrétion rénale (238).
Grâce à notre technique de perfusion, nous avons pu aborder ce problème d’une façon assez différente de celle employée jusqu’ici par les expérimentateurs.
Pour supprimer l’action du système nerveux, nous tuons l’animal par section du bulbe, au cours de la perfusion, sans modifier le régime circulatoire de celle-ci. Il se produit alors aussitôt après la mort une augmentation immédiate du rendement, non seulement de l’eau, mais encore des substances dissoutes. Cette augmentation
PERFUSION RÉlNALE
de rendement nous paraît démontrer l’existence de nerfs frénosecréteurs du rein.
Nous avons parfois modifié les conditions expérimentales, soit en saignant lentement le chien, soit en sectionnant d’abord les 2 pneumogastriques, puis en sectionnant ensuite le bulbe.
De certaines conditions influant la perfusion rénale.
Nous avons étudié : l ü l’influence de la composition du liquide perfusé; la perfusion avec du sérum physiologique, du liquide de
Fig. 25. — Dispositif expérimental pour la perfusion du rein.
Ringer Locke est défectueuse; les cellules rénales sont modifiées, tous les corps passent à travers la cellule rénale comme à travers un papier filtre. La perfusion avec du sang diluée, utilisée par Gabriels, doit également être rejetée. Seule, la perfusion avec du sang pur citralé, avec adjonction ou non d’urée, de NaCf, de glucose donne des résultats acceptables.
2° L’influence de la pression et de la température du liquide perfusé.
LE REIN
3» Nous avons pu enfin perfuser les 2 reins séparément chez le même animal et comparer les 2 sécrétions; les différences sont peu marquées d’un rein à l’autre.
Rôle de la tension et de la viscosité sur le débit
sanguin, sur la diurèse et la tension intra-uretérale (216).
Les augmentations de pression artérielle sont accompagnées d’augmentations correspondantes du débit veineux.
Les augmentations de pression artérielle sont suivies d’une augmentation correspondante du débit urinaire.
Les augmentations de pression artérielle sont suivies d’une augmentation de tension intra-urétérale.
Sécrétion de Purée, de chlorure de sodium et du glucose au cours des perfusions rénales (236-239-269)
A. — Lorsqu’on perfuse un sang normal sans addition d’aucune substance, 1 urée, le NaCI et le glucose restant dans le sang au taux ou ils existaiènt au moment de son recueil, on obtient les résultats suivants :
a) L’urée subit toujours une concentration dans l’urine.
b) Le NaCI est toujours dans l’urine à un taux inférieur à celui où il se trouve dans le sang.
c) Pour le glucose, par suite de la glycolyse qui se produit dans le sang, le chiffre de la 2 e perfusion ne peut être comparé de façon absolue à celui de la première.
Dans la très grande majorité des cas, la concentration dans l’urine a été moins forte que dans le sang.
B. — Lorsqu’on perfuse avec du sang additionné d’urée, de glucose, ou de NaCI, on obtient les résultats suivants :
Sang uréilié. — L’urée est toujours beaucoup plus concentrée.dans l’urine que dans le sang.
Sang glucosé. La concentration du glucose est souvent plus élevée dans l’urine que dans le sang, mais le fait n’est pas constant.
PERFUSION RÉNALE
On peut conclure de ces recherches que l’urée subit une concentration, les chlorures une déconcentration, le glucose le plus souvent une déconcentration, parfois une concentration; ce dernier cas semble se rencontrer surtout lorsque le sang a été chargé en glucose.
Il se fait donc au niveau du rein pendant la perfusion un véritable acte sécrétoire.
La technique de la perfusion rénale appliquée à l’étude des diurétiques.
Nous avons étudié l’action de différentes diurétiques : allylthéobromine, caféine, chlorure de potassium, lactose, extrait hypophysaire, digitale.
On peut isoler circulatoirement le rein du reste de l’organisme cérébral auquel il n’est relié que par son système nerveux. En introduisant le diurétique tantôt dans la circulation générale, tantôt dans le liquide de perfusion, on peut dissocier son action indirecte par voie nerveuse et son action directe sur le rein.