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B. — A.\AT0JI1E ET AGE DU CHEVAL

Lorsque j’ai pris possession de la chaire d’anatomie kYÉcohd’AVotl, elle n’était pas encore parvenue à sa spécialisation actuelle. A peine dégagée du fardeau de la physiologie, elle avait encore à pourvoir à l’enseignement de l’histologie, de l’embryologie, de la tératologie et de l'extérieur du cheval. Étant donnée l’importance de ces sciences, mes prédécesseurs, débordés par l’abondance des matières, s’étaient résignés à ne professer que les questions dont la connaissance était le plus indispensable aux étudiants vétérinaires. Dans l’ordre dogmatique, leurs cours étaient forcément incomplets; dans l’ordre des travaux pratiques, les exercices ne donnaient pas les résultats qu’on en attendait, vu l’impossibilité d’une organisation satisfaisante.

Mon unique souci a été de montrerdans mon enseignement magis-

Irai tout ce que j’avais à décrire, d’élaguer les théories pour mettre les faits seuls en relief, avec l'importance relative qui devait résulter plus tard de leur application à la mécanique animale, l'extérieur, la physiologie, l’histologie, l’embryologie, la tératologie, l’anatomie pathologique, la chirurgie, l’obstétrique, la pathologie médicale, l'inspection sanitaire des viandes et la zootechnie. La création, en 1898, d’une chaire d’histologie normale et pathologique dans les Écoles vétérinaires m’aenfm permis d'atteindre à peu près complètement ce but.

Aujourd’hui, pendant la leçon qu’il écoute, l’élève a entre les mains la pièce d’ostéologie ou d’arthrologie qui lui est décrite. Les champs d’insertion des muscles lui sont exactement dessinés sur les os mêmes et peints de couleurs différentes pour les rendre plus apparents et éviter de les confondre. Dès qu’un détail important devient trop petit pour être observé sur la pièce par l’auditoire entier, il donne lieu à un dessin très exact que je reproduis par la photographie et que je montre il tous, avec l’amplification nécessaire, au moyen des projections lumineuses.

Pour les démonstrations de myologie, de splanchnologie, d’angéiologie et de névrologie, il est toujours fait usage, à côté des pièces fraîches ou desséchées, d’une profusion de moulages, de dessins, de schémas ou de projections.

Mon enseignement pratique complète d’une façon satisfaisante les leçons de choses qui caractérisent particulièrement mon enseignement dogmatique. Sur ce point j’ai réalisé, par rapport aux maîtres qui m’ont précédé, des progrès considérables dont quelques-uns ont même devancé ceux qui ont conquis aujourd’hui droit de cité dans les Facultés de médecine ; mais il faut se reporter à près de vingtcinq ans en arrière pour en apprécier la nouveauté dans les Écoles vétérinaires.

Les élèves de l” année, au cours de leur premier semestre, sont appelés tous les jours, par sections de vingt environ, à venir étudier dans un local ad hoc les pièces d’osléologie, aussi nombreuses que variées, mises chaque année à leur disposition. Ceux de 2’’ année, divisés de la même façon, se livrent parallèlement à l’étude des

moulages ou des pièces desséchées qui se réfèrent à la splanchnologie.

Mais les travaux pratiques que j’ai le plus perfectionnés ont trait aux dissections. Avant moi, seule la présence des élèves y était rendue obligatoire ; le personnel de la chaire, accablé de besogne, ne pouvait .s’occuper de faire à chacun sa part, ni surveiller l’exécution des préparations. Pénétré de l’importance de ces exercices, qui ne montrent pas seulement au débutant la situation, les rapports, les caractères des organes, des vaisseaux et des nerfs, mais qui l’initient en outre à l’usage des instruments et lui permettent d’acquérir peu il peu la'dextérité chirurgicale dont il aura besoin plus tard, j’ai tenu il les organiser de telle sorte que chaque élève eût une tâche déterminée il remplir et qu’une note fût la sanction des efforts accomplis.

Aujourd'hui, les dissections ont lieu pour les deux premières années, pendant toute la durée du premier semestre, de 8 heures à 11 heures du matin et de midi â 4 heures du soir. Chaque exercice se prolonge pendant huit jours consécutifs pour chaque élève, et porte alternativement sur la moitié de l’une et de l'autre année. Chaque section dispose d’un sujet entier, divisé en six parties ftête et encolure, tronc, et les quatre membres), à chacune desquelles sont affectés deux élèves. Ceux-ci changent de préparation au tour suivant et connaissent à l’avance les dissections successives qu’ils auront à faire pendant le semestre. — En vue de les guider dans leurs recherches, je leur ai rédigé un manuel spécial de technique, orné de dessins et de schémas, qui leur indique, point par point, les opérations auxquelles ils devront se livrer pour voir méthodiquement tous les délails anatomiques que leur préparation comporte, préparation qui est l’objet d’une note distincte à la fin de chaque semaine. — Enfin, â l’expiration du semestre, les élèves qui ont participé aux dissections sont obligés de satisfaire â un examen pratique spécial pour lequel ils sont appelés â exécuter l’une des préparations sur lesquelles ils se sont exercés, faute de quoi ils ne sont pas admis à passer dans le cours supérieur.

J’ai obtenu de la sorte, pour la masse des étudiants, des résultats qui, autrefois, ne s’appliquaient qu’à un très petit nombre d’enlreeux.

Mes publications, en anatomie vétérinaire, se rapportent ii des articles de vulgarisation et à quelques recherches spéciales qui sont énumérés ci-après.

Mais j’ai créé dans mon service et à l'usage de mon enseignement des collections uniques et fort importantes, comprenant plus de 1000 pièces diverses, parmi lesquelles de nombreux moulages coloriés qui sont hautement appréciés des spécialistes.

Les champs d'insertion des muscies sur tes os de ta tâte et des membres, ches le cheval {64 b[s).

Il s’agit de planches autographiées, reproduisant les champs d’insertion des muscles sur des os dessinés au quart de leur grandeur naturelle. Une échelle de teintes annexée à ces planches permet à l’étudiant de ditférencier très facilement les champs à l'aide de quelques crayons de couleur.

Les figures sont calquées très exactement sur des photographies; quant aux pièces, elles ont été préparées avec le plus grand soin dans mon laboratoire et vérifiées par moi. L’ensemble constitue donc un travail essentiellement original, qui est venu compléter utilement les documents contenus dans les ouvrages classiques d’anatomie vétérinaire. J’ai réuni les éléments de planches analogues pour le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc et le chien, mais je ne les ai pas encore rendus publics. Dans un atlas tout récent, le professeur Sclimallz, de Berlin, m’a suivi dans cette voie, mais en donnant à ses figures une perfection que je ne pouvais atteindre avec les modestes ressources dont je disposais.

Précis de technique anatomique {400 bis).

(A l’usage des élèves de l’Éeole d’Alfort.)

J ai écrit ce volume dans le but de remédier à l’insuffisance du personnel préposé à l’enseignement pratique de l’anatomie dans les Écoles vétérinaires.

C’est un guide qui indique à chaque étudiant les procédés de technique à employer pour exécuter, sans gêner ses voisins, les préparations qui lui sont demandées et en Ini montrant, chemin faisant, les détails qu’il doit voir, dans l'ordre où ils se succèdent devant lui.

Celte tentative, tout à fait originale, a été si favorablement accueillie par les intéressés, qu’elle m’a paru répondre ù un besoin et m’a inspiré l’idée de remplacer le Manuel primitif par un ouvrage plus complet, que j’élabore en ce moment, avec la collaboration de mon élève et collègue, M. le professeur Petit, et qui comportera deux volumes : un pour chacune des deux premières années d’études vétérinaires.

Tous ceux qui n’ont pas oublié les difficultés déconcertantes rencontrées au seuil de la salle de dissection, difficultés que n’apprennent point à surmonter les traités classiques d’anatomie, comprendront la nécessité qu’il y avait de combler cette lacune, et apprécieront l’utilité de celte création.

Anatomie comparée de la jugulaire (20).

Dans ce travail, je me suis plutôt placé au point de vue de l’anatomie chirurgicale et de la physiologie qu’à celui de l’anatomie descriptive. Il y est question, non pas seulement du vaisseau, mais encore de la gouttière dans laquelle il se trouve logé, en prenant comme type la disposition qu’on rencontre chez les équidés, pour signaler ensuite les différences que présentent les mêmes parties chez les autres animaux domestiques.

Anatomie comparée de ta langue (21).

L’organe dont il s’agit a de l’importance en physiologie, en pathologie, en extérieur. Après une description anatomique rapide, chez le cheval, j’indique les différences qu’il présente chez les autres animaux domestiques, en ajoutant aux détails classiques un certain

nombre de constatations qui me sont personnelles. La partie physiologique n’est que l’exposé succinct des faits connus; de même, celle de l’extérieur.

Anatomie comparée du larynx (22).

Chez nos animaux domestiques, le larynx est moins intéressant comme appareil de la phonation que comme organe respiratoire. Aussi, dans cette étude, ai-je eu surtout en vue d’en montrer la structure et les fonctions, pour faire comprendre les altérations diverses dont il peut être le siège, ainsi que les interventions chirurgicales importantes qui ont été préconisées pour pallier cerlainesde celles-ci. Chemin faisant, je signale, dans les espèces autres que celle du cheval, quelques faits caractéristiques qui me sont personnels.

Anatomie comparée des lèvres (23).

Simple travail de vulgarisation, dans lequel je n’ai eu qu’à rassembler des matériaux déjà existants, mais dont ceux de l'extérieur et de la tératologie me sont moins étrangers.

Anatomie comparée des lymphatiques {3ti).

Cette étude ne comporte que des détails généraux sur l'ensemble de l’appareil lymphatique et de ses fonctions dans les diverses espèces domestiques ; je me suis borne a indiquer les voies suivies par la lymphe et les faits de structure indispensables à connaître pour bien saisir le rôle physiologique du système et comprendre les altérations qui peuvent le frapper.

Anatomie comparée des mamelles (37).

Le nombre, la situation, Indisposition, le volume, les anomalies, la constitution anatomique de ces organes sont très variables suivant les espèces que l’on considère. J’en fais ici une étude générale, avant

d’indiquer les caractères spéciaux qu’ils revêtent dans chacun de nos animaux domestiques, en m’attachant, comme toujours, h signaler les dispositions qui, à l’époque où j’écris, n’avaient pas été recueillies par les classiques.

Anatomie comparée de l'œil (7t).

Travail de vulgarisation où no se trouvent réunis que des faits d’anatomie et d’extérieur déjà connus.

Morphologie de la trochlée fémorale ehes les mammifères (119).

11 s’agit d’une disposition anatomique connue, mais dont l’inlerpretation n'avait pas été donnée avant moi. A l’aide d’observations recueillies sur les diverses espèces de mammifères, je pense avoir démontré que le développement, la saillie de la lèvre interne de la trochlée fémorale sont en étroite corrélation avec le soutènement mécanique de l’angle fémoro-tibial, nécessaire aux quadrupèdes de gros poids qui ont cet angle peu ouvert, et que leurs conditions d’existence obligent à'rester longtemps debout.

Contribution à l'anatomie des glandes de Cowper, ohes le taureau [122).

Dans un rapport que j’ai eu l’occasion de faire sur un travail de mon confrère, .M. Cocu, vétérinaire à Paris, j’ai publié des recherches personnelles, avec figures à l’appui, sur la disposition anatomique des vésicules séminales, de la prostate et des glandes de Cowper, chez le taureau, dans leurs rapports avec la vessie, l’urètre et les muscles de celui-ci. Les détails auxquels ces recherches se rapportent n’avaient pas encore été indiqués dans les ouvrages d’anatomie comparée.

Particularités de structure des incisives du cheval (24)

Au cours de recherches, faites avec Arm. Goubaux, relativement à l’âge du cheval, il m’a été donné de relever quelques particularités

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de structure, non indiquées ou mal décrites par les auteurs, sur lesquelles j’ai appelé l’attention des vétérinaires. J’ai montré qu’au fond de la cavité dentaire externe, il n’existe pas de cheville émailleuse, telle que l’avaient décrite J. Girard et Lecoq ; que cette prétendue cheville émailleuse n’est autre chose que du cément; que la béguiU doit être attribuée, toutes choses égales d’ailleurs, à la faible épaisseur du noyau cémenteux central, et la fausse béguité à la profondeur exagérée du cornet dentaire externe.

Dans le même travail, je signale des cas de bifidité du cornet dentaire, à son fond, particularité due à la duplicité partielle du germe de l’émail qui élabore cette partie de la dent. — Je montre, on outre, que l’épaisseur du revêtement d’émail est plus considérable sur la face antérieure que sur la face postérieure de la dent, et qu’il descend aussi plus bas ; — que, contrairement à l’opinion de l’époque, les dents du cheval ne croissent plus dès qu’elles ont atteint leurs dimensions normales, mais que les parois alvéolaires les poussent continuellement au dehors pour réparer les pertes occasionnées par l’usure ; — enfin, que si, sur les vieux chevaux, la surface des tables dentaires n’est pas diminuée dans les proportions que comportent les parties de la racine qui les forment, c’est qu’une substance nouvelle, que j’ai reconnue être du cément, se surajoute à la dent, en agrandit et en restaure la surface de frottement trop étroite. J’ai donné à ce travail de restauration le nom de cémentation radiculaire.

H. Bouley a bien voulu considérer ces diverses particularités comme curieuses et fort intéressantes, au point de vue des conséquences pratiques qu’on en pouvait tirer pour la détermination plus précise de l’âge du cheval.

Irrégutarités dentaires produites par te tic dit « à t'appui » (S7).

Les chevaux qui sont dits « tiquer » ont l’habitude vicieuse d’avaler de l’air en appuyant leurs mâchoires sur les corps résistants situés à leur portée*. 11 en résulte, à la longue, des usures dentaires

anormales, dont la connaissance importe, notamment, à la détermination de rage. Avec Arm. Goubaux, j’ai décrit et figuré toutes les variétés possibles de ces irrégularités d’usure, en montrant de quelle façon l’animal pouvait les produire.

A l’époque où ces recherches ont été publiées, l’habitude vicieuse en question était encore comprise dans la nomenclature de la loi sur les vices rédhibitoires ; elle pouvait entraîner la résiliation de la vente, si elle ne s’accompagnait pas de l’usure des dents. Il y avait, par suite, une grande importance pour les experts à connaître les variétés d’usure qu’elle pouvait causer; il n’était pas moins intéressant non plus de montrer que si la loi était revisée, il y avait lieu d’en simplifier l’exécution en supprimant la disposition restrictive relative à l’usure des dents. C’est, d’ailleurs, une amélioration qu’a réalisée la nouvelle loi du 2 août <884.

Caractères de la dentition chez les très vieux chevaux (40).

Ces caractères ont été indiqués d'après les mâchoires d’une très vieille jument, morte à 39 ans, qui vivait à l’herbage et ne faisait plus son service depuis deux ans seulement. Son appareil dentaire offrait les signes de la vieillesse la plus avancée, tels que je les avais fait connaître avec Arm. Goubaux. Quelques-uns de ces signes ayant élé signalés par les auteurs comme devant apparaître vers 18 ans, nous nous sommes élevés contre cette affirmation erronée; la présente observation était une nouvelle preuve de la réserve qu'il convient de garder en ce qui concerne l’évaluation de l’âge chez les très vieux sujets.

Sur le « bec de perroquet renversé » (52, 57).

Lorsque les dents de l’arcade incisive supérieure du cheval deviennent, par le fait d’une usure anormale, longues et fortement incurvées suivant leur grand axe, il en résulte une irrégularité à laquelle les vétérinaires donnent le nom de bec ck perroquet. Jusqu’alors, cette irrégularité n’avait été signalée qu’à la mâchoire supé-

rieure ; j’ai proposé de la dénommer bec de perroquet renversé lorsqu’elle’apparaît sur l’arcade incisive inférieure, et j’en ai montré deux exemples fort remarquables, dont l’un établit qu’on peut reconnaître les mêmes causes à cette disposition anormale des dents, quel que soit son siège.

11 s’agit d’une usure irrégulière des arcades molaires dont j’ai expliqué le mode de production, en rectifiant l’interprétation inexacte qu’en avait donnée H. Bouley. Dans les cas dont il est question, les tables des molaires, au lieu de se rencontrer suivant un plan è peu près horizontal, sont tellement taillées de biais, qu’elles se montrent presque parallèles au plan médian et s’entrecroisent à la façon des mors d’une cisaille. Cette usure oblique des tables permet nu côté externe des molaires supérieures et interne des molaires inférieures d’acquérir une longueur énorme, à tel point même que les parties saillantes de ces dents viennent buter, soit en haut contre la voflte palatine, soit en bas contre le fond de la poche de la joue. Tant que l’irrégularité n’est pas très accusée, elle n’est pas grave ; mais elle le devient dès que la longueur des dents s’accroît à l’excès. Le sujet se nourrit mal et des contusions, même des perforations de la voftte palatine, peuvent se manifester. Dans ces conditions, les désordres causés et l’état vicieux des dents sont la plupart du temps irrémédiables.

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