I. — METHODES CHIRURGICALES
t. IX, p. 81 ; année 1858, t. XL, p. 112; Gazette médicale, année 1840, p. 209, 227, 893; année 1841, p. 241 ; année 1858, p. SI ; Bulletin de l’académie de Belgique, année 1849, t. VIII, p. 423.)
La méthode sous-cutanée, que l’auteur a exposée dans une série de mémoires lus devant l’Académie des sciences depuis 1839, repose sur un fait physiologique nouveau, Vorganisation immédiate des tissus divisés sous la peau et maintenus à V abri du contact de l'air; d’où résulte une conséquence capitale pour la chirurgie : t absence de toute inflammation suppurative.
Dans une première série de mémoires, l’auteur s’est efforcé d’établir, par des expériences nombreuses et répétées dans toutes les conditions, le fait de Yinnocuitê absolue des plaies sous-cutanées, quels que fussent leur siège, leur dimension, quels que fussent les tissus intéressés depuis les tendons qui sont les organes les plus inertes de l’économie, jusqu’aux nerfs qui en sont les organes les plus irritables. Il s’est occupé ensuite de déterminer le caractère physiologique du travail qui se fait entre les parties divisées sous la peau, et maintenues à l’abri du contact de 1 air. Or, ce travail n’est ni un amoindrissement du processus inflammatoire des plaies ouvertes, ni la reproduction sous une forme quel-
conque de ce qu’on est convenu d’appeler l’ inflammation adhésine des plaies réunies par première intention. Il consiste, pour tous les tissus, dans un acte de réparation et de reproduction entre les parties divisées et séparées, lesquelles s'organisent immédiatement sans la moindre trace d’inflammation suppurative. Dans cette œuvre admirable de reproduction immédiate, l’économie supprime et enjambe, en quelque façon, la période pathologique des plaies ouvertes : c’est là son caractère indélébile, certain, absolu, à la faveur duquel la chirurgie a pu entreprendre et réaliser une révolution à laquelle elle n’avait jamais songé.
Dans une seconde série de mémoires, l’auteur a fait connaître les applications les plus importantes de la méthode, applications dont il avait donné lui-même la première indication ; ces applications se rangent sous deux catégories : les sections et les ponctions.
Dans une troisième série de mémoires, l’auteur, étudiant avec plus de précision et de profondeur toutes les conditions et toutes les modalités du fait de l’organisation immédiate, a établi de nouveaux principes propres à éclairer le mécanisme de la régénération des tissus divisés sous la peau, et a déterminé les conditions en vertu desquelles le blastème organique, fourni par les extrémités divisées, produit les tissus similaires ou le tissu cicatriciel seulement.
Dans une dernière série de mémoires, l’auteur, essayant de relier entre elles toutes ces études physiologiques et les applications pratiques qui en découlent par les liens de leur commune origine, a indiqué les caractères à l’aide desquels on peut les reconnaître toutes, comme émanant d’une même idée et se rattachant toutes à cette idée. Il a fixé les règles propres à assurer, dans toutes les conditions, le résultat général de la méthode, et le bénéfice de cette dernière dans chacune de ses applications pratiques. C’est par ce travail, auquel il a cru pouvoir donner le litre àe généralisation de la méthode sous-cutanée , qu’il s’est efforcé d’imprimer à son œuvre le cachet d’originalité, de précision et de généralité dont elle est susceptible.
En effet, depuis quinze ans que la méthode sous-cutanée a été mise à la disposition de la chirurgie, elle s’est répandue dans le monde entier, elle a été adoptée par tous les chirurgiens, et elle a donné lieu à d’innombrables complications aussi propres à confirmer les promesses du passé, qu’à encourager les espérances de l’avenir.
On se bornera à rappeler ici les plus importantes complications de la méthode sous-cutanée réalisées jusqu'à ce jour.
La myotomie sous-cutanée comprend la section des plus forts muscles du corps humain, comme des plus petits; elle a donné lieu à une multitude d’opérations d’une grande étendue,et intéressant des masses musculaires tout entières. En raison des dangers inséparables des grandes plaies musculaires faites par les méthodes ordinaires, personne n’avait songé et n’aurait osé songé à tenter ces opérations. Ce n’est que du jour où elles ont pu être sûres de bénéficier du caractère: d’immunité de la méthode générale, qu’on a connu les services que * l’on pouvait tirer de la myotomie. L’histoire des applications successives de cette méthode met cette vérité hors de doute.
Mais indépendamment des règles plus générales propres à assurer la parfaite innocuité de la section sous-cutanée des muscles, l’auteur a fait connaître celles de ces particularités qui décident de l’organisation spéciale du tissu de nouvelle formation ; telles sont: la contraction physiologique provoquée des muscles à diviser dans le but d’en augmenter la tension, le soulèvement et la rigidité ; la formation du pli cutané, la section par pression des cordes tendineuses, etc.
Opération doublement nouvelle, et par rapport à la nature des tissus divisés et par rapport à la méthode employée. D’après les croyances établies jusqu’alors sur le danger particulier des plaies articulaires.
personne n aurait cru qu’on pût diviser impunément les ligaments qui entourent une articulation. Cette opération, pratiquée pour la pr emière fois en 1839 (mémoire lu àl’Aeadémie des sciences, Sur mis plaies soüscutanées DES articulations), a été répétée depuis par l’auteur un grand nombre de fois.
Mais il importe de faire ressortir le caractère le plus original de cette opération. Il ne s’agit pas seulement de la mise en œuvre d’un procédé opératoire exempt de danger, mais du caractère rationnel même de l’opération. Or, dans deux communications faites à l’Académie, l’auteur a posé en principe que le système tendineux et le système ligamenteux jouissent l’un et l’autre de la propriété de se rétracter activement, de participer jusqu’à un certain point au fait général de la rétraction musculaire; dès lors il contribue à la production des difformités articulaires, pour une somme d’action qui règle la mesure et l’utilité rationnelle de la syndesmotomie. Les principales opérations pratiquées à la lumière de ce principe sont: la section des ligaments du pied et du genou, lorsque la brièveté de ces ligaments fait obstacle au redressement de la difformité.
Dans cette opération, pratiquée en présence d’un grand nombre de chirurgiens, parmi lesquels plusieurs membres de l’Académie des sciences, il convient de distinguer deux ordres de résultats nouveaux : le premier, qui est le plus important et le plus général, a été d’établir d’une manière irréfragable le principe et le caractère d’innocuité de la méthode sous-cutanée: aucune des plaies n’a suppuré, et le malade n’a pas éprouvé le plus petit accès dé fièvre. (Un des illustres membres de l’Académie, qui avait assisté à l’opération, s'est assuré que, quelques heures après, le sujet était parfaitement calme et profondément endormi.) Le'second résultat a été de porter remède à une difformité gé-
nérale, considérée jusqu’alors comme tout à fait incurable. On a pu discuter sur l’étendue du service rendu; mais,à quelque degré qu’on l’ait voulu réduire, il a servi de point de départ à une foule d’opérations particulières, dont un cas exceptionnel a été le spécimen général.
(LU Mfowua.'ÎMSé. — Dix-huitième Mémoire’sur les difformitès’du système osseux.)
A l’appui de ce mémoire, dont la doctrine se rattache à la théorie de la rétraction musculaire, l’auteur a présenté des malades guéris de hernies anciennes inguinales et crurales dont la guérison (chez quelques-uns) ne s’est pas démentie. Depuis, l’auteur a répété plusieurs fois cette opération, toujours sans danger aucun et souvent avec un succès complet et durable.
On sait que la cure radicale des hernies est un des problèmes qui ont le plus préoccupé les chirurgiens depuis un siècle.
Ce premier essai d’une opération difficile et imprévue n’avait pas eu d’abord d’imitateurs, parce qu’on la regardait généralement comme impraticable; elle a été répétée et régularisée depuis à l’hôpital Saint- Pierre de Bruxelles, avec de légères modifications. On a substitué, à la section des piliers et de l’anneaü à l’aide d’un instrument à extrémité mousse, la déchirure sous-cutanée de l’anneau avec le doigt.
(Communiqué à l’Académie des sciences, 1840; Comptes rendus, t. XI, p. 116 ; Rapport de la commission des hopitaux, p. 24 ; Gazette médicale, année 1841, p. 353, 517. — Dixième Mémoire sur les difformités du système osseux.)
Dans ces deux communications, relatives à deux applications étiologiques et pratiques nouvelles de la théorie de la rétraction musculaire dans ses rapports avec les muscles du cou, l’auteur a fait connaître la méthode et les procédés particuliers, opérations chirurgicales et appareils mécaniques, à l’aide desquels il a produit la guérison complète d’une difformité qu’on n’avait fait qu’amender jusque-là.
Voici, du reste, les conclusions du rapport de la commission des hô pitaux sur cet ordre de résultats:
« Il n’y a aucun résultat qui ne témoigne de l’efficacité de l’orthopédie pour guérir ou améliorer le torticolis, et quatre d’entre eux peuvent être considérés comme de très beaux succès, confirmant la justesse des vues et des principes proposés par M. J. Guérin, et attestant la valeur des appareils et des méthofles qu’il emploie.
« Sous le rapport des principes, on sait que M. J. Guérin considère le torticolis comme un produit de la rétraction primitive des muscles du cou, lequel est susceptible de varier, de se modifier, de se compliquer eh raison du siège, du degré de la combinaison de la rétraction dans tels ou tels muscles. De plus, U avait signalé dès longtemps un ordre de déformations secondaires, procédant de l’inclinaison consécutive du cou, inverse à l’inclinaison de la tête. Cette étiologie, ainsi précisée, a conduit le chirurgien à des indications aussi variées et aussi nouvelles que les éléments d’action de la cause auxquels le traitement doit satisfaire.
« La méthode de traitement de M. J. Guérin comprend : 1» les sections musculaires sous-cutanées appropriées à chaque variété de la difformité ; 2° trois ordres d’appareils nouveaux : lit orthopédique à casque mobile, collier à extension verticale et ceinture à flexion cervicale. Cette méthode lui a permis de produire des résultats nouveaux, notamment le redressement d’un torticolis par la section du splénius et du
grand oblique droit, et du petit oblique gauche ; et, dans tous les cas, le redresse-
subordonnées à cette inclinaison : tous résultats qui n’avaient pas été obtenus, ni même recherchés précédemment. » (Rapport de la commission dus hôpitaux, iP.40.j3
(Mémoire in à l’Académie des sciences le 25 octobre 1840; Comptes rendus, l. XIII, p. 865; Gazette médicale, année 1842, p. 81, 97, 145, 193, 321. — Vingt-et-unième Mémoire sur les difformités du système osseux).
(Lu & l’Académie des sciences, novembre 1841; Comptes rendus, t. XIII, p. 977 ; Rapport de
La myotomie sous-conjonctivale, qui est une des applications les plus délicates de la méthode sous-cutanée, a sur les méthodes ordinaires des avantages qui ne sont plus aujourd’hui contestés par personne. Elle a surtout pour caractère d’empêcher la saillie anormale du globe oculaire et l’exagération de l’ouverture palpébrale, de prévenir l’abolition du mouvement, inconvénients presque inséparables des méthodes ordinaires et qui ont discrédité l’opération du strabisme, à ce point qu’elle est aujourd’hui généralement abandonnée. Le but et le résultat de la myotomie sous-conjonctivale sont de conserver à l’œil redressé sa forme, son harmonie, ses fonctions.
L’opération ou les opérations imaginées pour remédier au strabisme ■ consécutif (résultant des accidents produits par les méthodes ordinaires) forment le complément de la méthode sous-cohjonctivale: par la première, on prévientles accidents fâcheux des méthodes ordinaires; par la seconde, on y remédie. La légitimité de cette double prétention est attestée par 1 extrait qui suit du rapport de la commission des hôpitaux sur les traitements de l’auteur.
altérés ou détruits par des applications vicieuses de la myotomie oculaire : le tout sans accidents capables de compromettre la santé des sujets ou l’intégrité de l’organe de la vision. » (Rapp., p. 22.)
tifier de tout point ces différentes propositions. » (Rapports sur les traitements
Le premier, l'auteur a fait voir que le scapulum peut, comme l’œil» comme le pied, etc., être entraîné et maintenu déplacé par suite de la rétraction des muscles qui s’y insèrent. La conséquence pratique de cette doctrine a été de diviser sous la peau les muscles rétractés. Plusieurs opérations de ce genre, pratiquées avec succès, ont justifié tout à la fois la doctrine et la méthode.
(Académie de médecine;' Bulletin ;
Les études de l’auteur sur cette difformité et les procédés qu’il a imaginés pour y porter remède ont été l’objet d’une « sions les plus intéressantes-et les plus approfondies dont l’Ac médecine ait été le théâtre. Plusieurs mois ont été consacrés cussion, qui a eu pour résultat de mettre en évidence l’exa' déterminations étiologiques de l’auteur et l’utilité des proc toires qu’il a imaginés. Le problème à résoudre était des p] et des plus délicats; il ne fallait pas seulement redresser mais encore et surtout conserver leurs mouvements après