‹ Titres et travaux scientifiquesChapitre 4 sur 21 · I. — INTOXICATIONS GRAVIDIQUES · texte numérisé non relu

I. — INTOXICATIONS GRAVIDIQUES

1. — Sur la perméabiUlé rénale chez les éclamptiques. —BuUelin médical, février 1898.

Mon attention a été attirée sur l’intérêt que pouvait présenter la connaissance de la perméabilité rénale chez les éclamptiques, et j’ai eu recours pour la déterminer à l’épreuve de celte perméabilité par l’administration du bleu de'méthylène, par le procédé d’Achard et Castaigne.

du bleu, comme il en a été observé chez les urémiques. Cette supposition était légitirne. Mais les

En effet, chez les éclamptiques que je soumis à l’épreuve du bleu, je constatai une perméabilité rénale normale, même chez l’une d’elles qui cependant est morte.

De ces recherches, j’ai cru être autorisé à tirer les conclusions suivantes :

1“ Chez les éclamptiques ou chez les femmes menacées d’éclampsie, le bleu de méthylène peut passer à travers le rein dans les délais normaux:

2" Chez les éclamptiques, il y a des différences dans la durée de l’élimination de la

filtre rénal sain; chez les autres, l’élimination est prolongée. Il semble que la durée de l’élimination soit en rapport avec la gravité de la maladie, et indépendante de l’époque de la pucrpéralité à laquelle les convulsions se produisent;

3* La précocité de l’apparition du bleu dans l’urine n’a aucune signification pronostique en ce qui concerne l’éclampsie. On ne peut s’appuyer sur la constatation de celle précocité ni pour affirmer qu’une femme enceinte, en travail ou accouchée, ne sera pas exposée à l’éclampsie, ni pour juger du degré de gravité des convulsions éclamptiques si elles se produisent ;

i observations que l’éclampsie apparaît t

; préférence chez les

3* Il faut donc chercher ailleurs que dans un trouble de fonctionnement du rein la cause de l’éclampsie puerpérale. Et comme ce fonctionnement, en ce qui concerne l’élimination des principes solubles du sang, est normal ou à peu près, si on en juge d’après l’élimination du bleu, il en résulte que ce n’est pas aux lésions du rein qu’il faut attribuer le rôle principal dans l’étiologie de Téclampsie. Et nous trouvons là une preuve indirecte de l’origine hépatique de cette maladie. On peut donc admettre que les poisons de l’organisme ou restent bloqués dans les tissus, ou, s’ils circulent dans le sang, y circulent à l’état de substances inca-

2 . — li’hémoclasie digestive chez la femme enceinte. —Bull, de la Soc. d’Obst. et de Gynéc., juillet 1921, avec la collaboration de M. Powilewicz.

Apprécier le rôle fonctionnel du foie dans la lutte de l’organisme contre la toxémie gravidique est de la plus haute importance pour l’accoucheur. C’est pourquoi nous avons tout de suite expérimenté l’épreuve de l’hémoclasie digestive qui, pour le professeur Widal, constituerait un véritable « test » de la valeur fonctionnelle du foie, autrement dit du pouvoir protéopexique de la cellule hépatique. Nous nous sommes bornés à l’étude de la leucopénie, mesurée après l’ingestion de lait. Il s’agit alors d’une épreuve de laboratoire facile à exécuter et qui exige simplement du temps et quelques précautions minutieuses que tout clinicien sait prendre. Nous avons éprouvé l’hémoclasie digestive au cours de la grossesse et, quand nous l’avons pu, après l’accouchement.

Nos recherches nous ont permis do constater que les femmes enceintes paraissant jouir d’une santé absolument normale pouvaient être rangées en deux catégories : celles chez lesquelles l’épreuve est négative et indique, par conséquent, l’intégrité de la cellule hépatique, et celles chez lesquelles cette épreuve est positive, c’est-à-dire démontre que la cellule hépatique est en état d’infériorité, la leucopénie apparaissant dans les vingt minutes qui suivent l’administration du lait.

Ces derniers résultats, qui nous ont étonnés tout d’abord, ne sont pas faits à la réflexion pour surprendre, si on songe que les convulsions éclamptiques, qui sont une des manifestations les plus graves de la toxémie gravidique, éclatent quelquefois chez des femmes au milieu d’une santé en apparence parfaite. Mais, certainement chez elles la cellule hépatique est déjà touchée, sans que les signes cliniques ordinaires permettent de le constater. Il s’agit de femmes à insuffisance hépatique insoupçonnée. Conclusion : on devrait, chez toute femme enceinte, pratiquer l’épreuve de l’hémoclasie digestive. Mais est-ce possible dans l’étal actuel de nos laboratoires?

Il y a ensuite le groupe des femmes atteintes visiblement de toxémie gravidique, et en particulier, les albuminuriques et les éclamptiques. Comme il fallait s’y attendre, l’épreuve de l’hémoclasie est toujours positive chez elles, et la chute leucôpéniqüc est considérable, atteignant même le taux de 5.ûoo. Fait intéressant, chez ces femmes l’épreuve hémoclasique montre une atténuation rapide de l’hépalisme après la délivrance.

3 . — La saignée dans le traitement des accidents pré-éclamptiques et des accès éclamptiques. Bull. Soc. Obst., Gynéc. et Péd., 1910, p. 309.

Dans ce mémoire, je me suis proposé de confirmer les bons effets de la saignée dans l’éclampsie confirmée, effets connus d’ailleurs; mais j’ai surtout voulu montrer les résultats surprenants donnés par la saignée dans l'éclampsisme, c’est-à-dire dans la période prémonitoire de l’éclampsie ou stade pré-éclamptique, dont il n’avait pas été parlé. J’ai donc soumis à la saignée copieuse deux femmes qui présentaient les prodromes les plus nets de l’éclampsie et j ai été émerveillé de l’elTet immédiat produit sur elles par la suppression d’une certaine quantité de sang. Les effets sont encore plus nettement évidents qu’au cours de l’éclampsie confirmée.

Stade pré-éclamptique. — La saignée de 5oo grammes a produit une amélioration surprenante do l’état de mes malades. J’ai vu disparaître presque instantanément certains symptômes prémonitoires de l’éclampsie : la céphalalgie, l’agitation, les troubles oculaires. L’hypertension

artérielle s’atténue. Les deux femmes ainsi soignées accouchèrent d’enfants vivants. Depuis cette communication, jai saigne un grand nombre de pre-éclamptiqucs avec les mêmes heureux résultats.

La saignée met, en outre, à l’abri d’accidents nouveaux, en ce sens qu’elle amende ou fait disparaître ceux qui existaient et qu’elle permet d’attendre les cITets d’une diète et d’une hygiène appropriées, en mettant provisoirement la malade à l’abri des convulsions dont l’éclosion était imminente.

Les albuminuriques très intoxiquées, qui viennent seulement d’être soumises au régime lacté, sont encore exposées pendant une semaine aux convulsions. Eh bien ! chez ces femmes la saignée est un moyen d’obtenir immédiatement ce que le régime lacté ne leur assure qu’à la longue.

Stade des accès. — La saignée pratiquée pendant les accès éclamptiques ne donne pas des effets aussi immédiatement sensibles que celle qui est faite pendant le stade pré-éclamptique. Cependant, le plus souvent les crises s’espacent ou cessent, mais clics peuvent aussi se reproduire ; ce{a tient souvent à ce que la saignée n’a pas été assez abondante; il faut alors la renouveler, d’où l’utilité d’une première saignée de 600 à 800 grammes. Sur dix cas, trois fois les saignées ont atteint de 1.200 à i.^oo grammes. Les dix femmes ont giiéri; huit de ces femmes, qui accouchèrent pendant ou après les crises, donnèrent cinq enfants vivants.

4. — Éclampsie puerpérale avec ictère (in Pilliet et Létienxe, Lésions du foie dans l'éclampsie avec ictère ; leurs rapports avec les lésions hépatiques de l’éclampsie vulgaire). — Nouvelles archives d'Obstétrique, 1889, p. 3i6 et 376.

L'observation qui fait le sujet de ce mémoire a trait à une malade qui avait eu des crises éclampti(^ues et que je soumis, à la Maternité où Pilliet et moi étions internes, aux inhalations de chloroforme, d une façon plus ou moins régulière pendant 4i heures, appliquant le traitement alors employé : c’était en 18S7.

L’accouchement se fît spontanément, et la délivrance fut suivie d'une hémorragie qui céda rapidement aux injections intra-utérines très chaudes. Aussitôt après l’accouchement, la malade prit une teinte ictérique et tomba Hans un état comateux qui se termina par la mort.

Les seules lésions importantes constatées, à l’autopsie furent celles du foie, dans lequel on trouva - ce qui, à l’époque, n’était pas encore devenu classique — le piqueté et les hémorragies sous-capsulaires, ainsi que la dilatation des capillaires, les hémorragies et les foyers de nécrose autour des espaces portes.

Ayant eu l’occasion d’observer, en 1887 et 1888, plusieurs autres cas mortels d’éclampsie traités par le chloroforme à doses massives et qui s’étaient également compliqués d’ictère, j’avais pensé, avec Pilliet, que l’ictère était vraisemblablement causé par le chloroforme et qu’il s'agissait dans ces cas d’une éclampsie jaune, devenue jaune du fait de cet anesthésique; nous avions remarqué qu’au contraire les éclampsies au cours desquelles il n’en avait pas été donné, où seulement en très petite quantité, restaient blanches. Aussi, dès que je le pus. je supprimai radicalement l’administration du chloroforme du traitement des convulsions éclamptiques.

5 — L’Êolampsie puerpérale suivie d’ictère. — In Le M.vssos, Thèse de Paris, 1898.

Dans un cas extrêmement grave que j’eus à soigner, l’éclampsie, d’abord blanche, devint rapidement jaune, mais néanmoins la malade guérit. Elle avait été soumise aux inhalations de chloroforme pendant quarante-deux heures, avec seulement quehiucs intermittences ; la dose de chloroforme employée avait été de 600 grammes.

La chorée est apparue pendant la gestation et a déterminé rj semaines seulement après le début des accidents musculaires. La m l’hôpilal parce que rinterruplion de la grossesse paraissait être une dernière ch malheureusement elle était in extremis et succomba quelques heures après son entrée.

Elle ne présentait aucun antécédent pathologique, ni personnel, ni héréditaire. Âgée de 20 ans, elle était enceinte pour la première fois, quand brusquement apparurent des mouvements involontaires qui gagnèrent tout le corps et prirent très vite une telle intensité que la malade dut s’aliter définitivement. Malgré un traitement médical approprié et, énergique, l’état continua à s’aggraver, la température s’éleva, la malade entra dans une sorte de coma et mourut avant même qu’on eut le temps d’évacuer l’utérus, soit après trois semaines de maladie.

Il est difficile de dire si les chorées qui se terminent par la mort sont des maladies de même nature que les chorées assez bénignes qui guérissent spontanément après l’accouchement, ou si elles ne sont que des degrés différents d’une même maladie. En tout cas, chez notre malade il existait une endocardite récente et intense du cœur gauche, dont la présence éveillait l’idée d’une infection à marche aiguë.

Page 1