Du mouvement de la population en France
(Revue des deux mondes, 1867.)
59. — De Vinfluence du recrutement de l’armée sur le mouvement de la population.
(Gazette hebdomadaire, 1867.)
Les deux articles ont trait à la même question. Des recherches entreprises en 1865, alors que j’étais chirurgien des Enfants assistés, sur les
résultats produits en France par la suppression des tours, m’avaient fait constater, depuis 1828, une diminution continue du nombre des naissances par rapport au chiffre de la population. Ce déficit relatif, qui avait échappé à l’attention du Bureau de statistique du ministère de l’agriculture et du commerce, avait une importance capitale, puisqu’il détruisait dans leur base tous les raisonnements établis sur les statistiques officielles. La discussion ouverte à l’Académie m’engagea à approfondir cette importante question : je pus montrer que le nombre des naissances relativement au chiffre de la population, décroît dans une telle proportion, que le déficit annuel, par rapport à la période de 1820 à 1830, est aujourd’hui de plus de 100000 enfants; que la mortalité en France n’a pas diminué ; que l’âge moyen de la mort, c’est-à-dire la vie moyenne, n’a pas augmenté ; que le nombre des mariages n’a pas diminué, et que leur infécondité tient surtout à l’âge auquel ils sont contractés ; que la proportion des célibataires et des hommes mariés est inverse en France et en Anglegleterre ; que l’égalité se rétablit après l’âge de trente ans ; que ce retard au mariage est dû à la trop longue durée du service militaire, et que la France ne double sa population qu’en cent quatre-vingt-dix-huit ans, tandis que le doublement s’opère en moins de quarante ans pour l’Angleterre et pour la Prusse.
Ce mémoire, sur lequel se sont appuyés plusieurs des orateurs du Corps législatif et que le gouvernement par son silence a semblé regarder comme rectifiant légitimement les déductions erronées de la statistique officielle, a contribué à faire abaisser à six années la durée du service militaire.