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Recherches théoriques et pratiques sur les purgatifs

(Mémoire lu à l’Académie de médecine, le 11 avril 1848.)

(Union médicale, 1849.)

Dans ce mémoire, M. Mialhe a eu pour but de résoudre une partie

des difficultés qui naissent de l’emploi des purgatifs, de leur opportunité dans certains cas, de leur mode d’action tant physiologique que chimique, des phénomènes consécutifs de leur absorption, enfin de leur action générale ou dynamique

La purgation n’est pas toujours due à la même cause. Elle peut être produite par :

1° Les corps solubles et coagulants qui se combinent directement avec les tissus et les irritent fortement, comme le sublimé corrosif, l’huile de crôton-tiglium ;

2° Les corps solubles et non coagulants qui agissent autant par endosmose que par sapidité, comme le citrate et le sulfate de magnésie, le sulfate et le phosphate de soude, le sel de Seignette, la manne;

3° Les corps solubles et non coagulants qui n’agissent que par sapidité seule, en stimulant fortement la membrane muqueuse et la faisant sécréter sympathiquement, comme le colchique, la coloquinte ;

/i° Les corps naturellement insolubles, mais susceptibles de devenir solubles dans le sein de l’économie par une réaction chimique quelconque; lesquels sont absorbés et se comportent comme les classes précédentes, exemple : le calomel, les résines (aloès, gommegutte, seammonée, jalap), l’huile de ricin, la magnésie;

5° Enfin, les corps insolubles qui, ne pouvant être modifiés ni absorbés par les humeurs vitales, n’agissent sur la muqueuse intestinale que par irritation mécanique, exemple : le charbon.

Résines. —De l’étude des résines, il résulte : 1° Que les purgatifs résineux portent spécialement leur action sur le gros intestin, comme on l’a toujours remarqué; qu’ils se localisent ainsi en raison des sucs alcalins propres à leur dissolution et existant seulement à la partie inférieure du tube digestif; 2° que les alcalis ne peuvent, par leur quantité bornée, saturer qu’une certaine masse de résine; qu’ils ont, par conséquent, une limite d’action, ce qui explique comment une dose plus élevée de médicament résineux n’ajoute pas à l’intensité de leur effet; 3° que l’association des acides aux corps résineux est, sinon nuisible, du moins inutile; h° que l’addition d’une certaine quantité d’alcali rend au contraire leur action plus énergique et plus mialhe. 5

prompte, en leur permettant d’être absorbés en plus grande quantité ; 5° mais qu’il n’est pas toujours convenable de les alealiser, parce qu’on doit éviter les nausées et les vomissements qui résultent alors de leur action, nausées qui ne se présentent généralement pas quand les résines sont administrées seules.

Résumé et corollaires. — Il résulte de ce Mémoire que les purgatifs agissent en raison de leur solubilité, de leurs propriétés coagulantes ou non coagulantes; en raison de l’endosmose, de la sapidité, des réactions chimiques secondaires qui ont lieu dans l’économie .en présence des acides, des alcalis, des chlorures alcalins; enfin en raison d’une irritation locale toute mécanique de la part des substances insolubles.

D’après ces considérations, les ^purgatifs doivent être divisés en trois classes, suivant qu’ils ont :

1° Une action générale sur toute la longueur du tube digestif, tels que l’huile de eroton, les matières salines, le calomel.

2° Une action localisée dans certains organes, tels que la magnésie dans l’estomac, les résines et les huiles dans les intestins.

3° En outre de l’effet évacuant, une action spéciale modificatrice de l’économie, tels que le calomel, la vératrine, etc.

Choix du purgatif .*—Quand l’indication d’un purgatif se présente, le choix du médicament doit être basé sur l’effet plus ou moins prompt qu'il produira, sur l’action générale ou localisée qu’il exercera sur le tube intestinal, sur la modification secondaire qu’il imprimera à l’organisme.

Après avoir discuté le choix du purgatif pour l’état de santé ou pour divers états pathologiques, il sera nécessaire de tenir compte de l'influence de; l’état anormal des humeurs vitales, de l’influence de la diète, de l’alimentation, car l’emploi du purgatif devra encore être basé sur ces données.

Influence de la proportion d’eau ingérée. — La proportion d’eau à ingérer n est pas indifférente pendant l’administration des purgatifs. Il ne faut pas d’eau à la magnésie, qui doit se dissoudre dans l’estomac, ni au calomel. Les résines et les huiles, au contraire, nécessi-

tent une forte ingestion de liquide pour arriver promptement dans les intestins, où elles se dissolvent à l’aide des alcalis qu’elles y trouvent.

Association des purgatifs. — Ces associations, lorsqu’elles sont bien entendues, peuvent être des plus utiles. C’est ainsi que lejalap associé au calomel ajoute à son action et empêche la stagnation dans les intestins, stagnation qui, parfois, peut rendre le calomel dangereux.

Considérations générales. — La purgation, outre ses effets immédiats, concentre le sang, augmente la vitalité et excite les fonctions digestives appelées à réparer les pertes que l’économie vient dé faire.

Comme base de traitement, l’abus de la purgation est moins à craindre que l’abus delà saignée.

51. Mémoire sur cette question : Les matières insolubles‘peuvent-elles passer du canal intestinal dans le torrent circulatoire ?

(Lu à l’Académie de* médecine, le 17 août 1848. Commissaires : MM. Chevalier, Jolly,

Bérard et Soubeiran, rapporteur.)

Contrairement à ce qu’a publié M. OEsterlen, l’auteur conclut de Les matières msoses recherches que le passage des corps insolubles dans le torrent "bsorba-

circulatoire est un fait impossible ; bles *

Qu’un médicament ingéré dans les voies digestives ne peut avoir d’action sur l’économie qu’au tant qu’il est soluble ou susceptible de le devenir par suite de réactions chimiques opérées dans le sein des organes;

Que les corps solubles sont seuls aptes à éprouver le phénomène de l’absorption, et que le vieil axiome : Corpora non aguntnisi soluta , est une vérité non moins absolue en physiologie qu’en chimie générale.

Nota. — Un rapport favorable fut tait sur ce Mémoire à l’Académie de médecine en octobre 18^8, l’approbation en fut ajournée, et l’on adjoignit un nouveau membre à la Commission; depuis lors aucune suite officielle n’a été

donnée à ce rapport. Toutefois, M. Mialhe espère que le jugement porté sur son travail par le nouveau membre de la Commission académique, le professeur P. Bérard, dans son Cours de physiologie, sera apprécié avec bienveillance par l’Académie :

» Ce Mémoire (Celui deM. OEslerlen), dit cet éminent physiologiste, produisit certaine sensation, mais les résultats qu’il livrait à la publicité trouvèrent des incrédules et ensuite des contradicteurs. M. Mialhe (1) répéta les expériences de M. OEsterlen sur les animaux, en se mettant autant que possible dans les mêmes conditions: il n’a pu découvrir la moindre parcelle de charbon dans le sang. M. Lebert, dont l’habitude à manier le microscope est connue, examina avec le plus grand soin le contenu des vaisseaux, chez les animaux sacrifiés par M. Mialhe; les résultats furent négatifs,

» Une commission de l’Académie de médecine, chargée d’examiner le mémoire de M. Mialhe, répéta les expériences, et conclut, par l’organe de son rapporteur M. Soubeiran, que le charbon n’avait pas été absorbé. L’Académie désira de nouvelles recherches et m’adjoignit à la Commission : voilà où en sont les choses. Avant de travailler avec la Commission, j’ai entrepris, de concert avec MM. Cl. Bernard et Ch. Robin, des expériences qui ne confirment point celles de M. OEsterlen. Nous avons employé le noir de fumée dont les molécules, excessivement fines, n’offrent point les dispositions anguleuses des molécules de charbon de bois. Ni les veines ’mésaraïques, ni les vaisseaux lactés, ni les ganglions mésentériques, ne nous ont offert la moindre parcelle de charbon. La muqueuse intestinale offrait une teinte d’un noir foncé, qui eût pu faire croire qu’elle était pénétrée par le noir de fumée; mais il suffit d’un filet d’eau pour entraîner cette espèce de Uniment, qui ne faisait point corps avec elle.

» Voici mon dernier mot sur cette question, en admettant que M. OEsterlen n’ait point été dupe d’une illusion, ou que d’autres expérimentateurs confirment les résultats du professeur de Dorpat, je ne verrai point là une absorption. Des molécules du volume énorme de 1/60 à 1/AO de ligne, ne peuvent pénétrer que mécaniquement, et en divisant les tissus qui n’ont point d’ouverture pour des corps de ce diamètre. Les molécules du charbon de bois sont excessivement anguleuses et acérées, comme le reconnaît M. OEsv terlen; il n’y a rien d’impossible à ce qu’elles s’ouvrent un passage dans la substance molle des villosités. Lorsque des aiguilles avalées par inadvertance circulent et sortent par toutes les parties cîu corps, lorsque des morceaux de

(1) Le travail qu’il a communiqué à l’Académie de médecine, et que j’ai entre les mains, est encore inédit.

verre, un grain de plomb, voire même une balle, cheminent dans les grands espaces cellulaires, on n’appelle pas cela une absorption. »

P. Bérard, Cours de physiologie , t. II, p. 723 et 724 (1849).

52. Nouvelles recherches sur la cause et le traitement du diabète sucré ou glycosurie .

(Mémoire lu à l’Académie dé médecine, le 25 juillet 1848.)

Suivant M. Mialhe, l’affection diabétique reconnaît pour cause un vice d’assimilation, ou pour mieux dire de destruction du sucre, par défaut d’alcalinité suffisante dans l’économie animale.

Or les faits prouvent que les alcalis] introduits dans le sang d’un diabétique ont pour résultats :

1° De faire cesser l’apparition du sucre dans les urines en augmentant la combustion physiologique de la glycose.

2° De rétablir la transparence des humeurs, qui, sous l’influence des acides, prennent une apparence laiteuse, et de rendre à la vision sa force et sa clarté.

3° De faciliter la dissolution de”la matière verte du foie et la sécrétion de la bile ; en un mot, de reconstituer les milieux chimiques indispensables à la vie.

Des recherches ultérieures ont modifié les opinions de l’auteur, au sujet de l’étiologie du diabète, ainsi qu’on le verra plus loin, en lui démontrant que la cause première de l’affection diabétique ne réside pas dans une composition chimique anormale du sang, mais bien dans un trouble essentiellement nerveux, ainsi que le professe M. Cl. Bernard.

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