Destruction du sucre dans l’économie
(Travail lu à la Société d’hydrologie médicale de Paris, Gazette hebdomadaire, 1854 )
Pour M. Mialhe, quelle que soit la source du sucre dans l’économie, qu’il provienne de la transformation des amylacés par la diastase animale, ou qu’il soit sécrété par le foie, les difficultés de sa destruction sont les mêmes. Comment à l’état physiologique ne se rencontre-t-il amais dans les sécrétions, et disparaît-il si rapidement du sang, que, quelques heures après son introduction, il ne laisse point de trace appréciable? comment est-il décomposé, détruit, pour servir aux besoins dcd’économie?
§ I. — Etude des réactions chimiques de la glycose en dehors de J!organisme. —Chauffée à la température de 140 degrés,, la glycose perd de l’eau, et se convertit en caramel ; chauffée davantage, elle donne des gaz inflammables composés d’oxyde de carbone et d’hydrurê de métyle, de l’acide carbonique, des huiles brunes, de l’acide acétique, de l’acétone, une matière amère appelée assamare, enfin un résidu de charbon.
Avec les acides chlorhydrique ou sulfurique, étendus et bouillants, elle se convertit en une matière brune ou noire, ulmine , acide ulmique et acide formique; à froid ou à la température de 32 degrés., avec les mêmes acides étendus, elle ne subit aucune transformation.
Chauffée avec la soude, la potasse ou leurs carbonates, elle forme des combinaisons que l’on est convenu d’appeler glycoscites. combinaisons éphémères qui se détruisent presque aussitôt et donnent lieu à un produit rougeâtre contenant de fulmine, de l’acide formique, de l’acide glycique et de l’acide mélassique. Ces substances, par des métamorphoses ultérieures, se convertissent en eau, acide carbonique et produits ulmiques bruns ou noirs, différant seulement par des quantités d’oxygène et d’hydrogène dans les rapports qui constituent l’eau.
Si la glycose peut déplacer les acides faibles, tels que l’acide carbonique et l’acide sulfhydrique, elle est complètement sans action sur les seïs formés par des acides forts , tels que l’acide phosphorique, l’acide sulfurique, et, mise en présence des phosphates alcalins, elle ne donne lieu à aucune décomposition, à aucune coloration semblables à celles qui s’effectuent en présence des carbonates.
On avait admis jusqu’à présent que la glycose a beaucoup d’affinité pour l’oxvgène et qu’elle réduit certains oxydes métalliques, notamment le bi-oxyde de cuivre. Des expériences multipliées démontrent qu’elle n’acquiert la propriété réductive qu’en présence d’alcalis libres ou carbonates, lesquels la transforment en matières ulmiques seules propres à absorber l’oxygène et à opérer ces réductions.
§11. — Des faits analogues se passent dans l’intérieur de l’organisme.
On a constaté des phénomènes de réductions métalliques dans les intoxications et les expériences faites avec le cyano-ferrure rouge de potassium, les sels de cuivre, le sublimé, etc.
D’autre part, on a reconnu dans le sang et dans diverses excrétions, des produits résultant de la décomposition de la glycose, tels que l’acide formique, des formiates, des substances ulmiques, etc.
On est autorisé, en présence de phénomènes identiques, à conclure que, dans l’économie animale, la glycose est soumise aux mêmes lois chimiques qu’en dehors de l’organisme, et qu’elle ne peut se transformer en matières ulmiques et s’unir à l’oxvgène qu’avec l’intervention des carbonates alcalins.
A l’état normal, ces carbonates alcalins existent en grande proportion dans le liquide sanguin. La glycose trouve donc dans l’économie toutes les conditions favorables à sa transformation et à son oxygénation .
§ III. — La destruction du sucre dans l’économie est une véritable combustion.
La glycose est, en dedans comme en dehors de l’économie, soumise aux mêmes lois chimiques.
Elle ne peut s’unir à l’oxygène qu’après avoir été décomposée, sous l’influence indispensable des alcalis libres ou carbonatés, en produits nouveaux: acides ulmique, formique, glycique, mélassique, qui forment avec les bases de nouveaux sels.
La combinaison de ces produits avec l’oxygène est une combustion comme celle des tartrates et des citrates, qui donne lieu à des résultats toujours identiques : eau, acide carbonique, matières ulmiques.
Dans l’organisme, c’est le liquide sanguin qui fournit les éléments de décomposition et de combustion : carbonates alcalins et oxygène.
Si ces éléments sont en quantité suffisante, la glycose se détruit complètement et ne laisse aucune trace; s’ils sont en quantité insuffimialhe. 7
Conclusions.
santé, la glycose non assimilée est rejetée par tous les appareils de sécrétion.
Traitement du Conséquemment, pour remédier «à l'affection diabétique, il faudra diabete. replacer l’économie dans les conditions nécessaires à la décomposition et à la combustion de la glycose, en administrant les carbonates alcalins et en activant les phénomènes de circulation et de respiration.
Opinion de « Cette théorie du diabète, que M. Mialhe soutient depuis longtemps, l’a Lehmann. amené à proposer l’usage modéré du bicarbonate de soude, et particulière¬
ment de l’eau de Vichy. Or, l’expérience a largement sanctionné les brillants résultats de cette méthode curative chez un grand nombre de diabétiques dont la maladie ne présentait pas de complication. »
(Lehmann,, Scfmidfs Jahrbucher, 1856, n° 1, Leipzig.)
62. Note sur cette question: Les eaux de Vichy peuvent-elles donner lieu à la formation des calculs phosphatiques ? '
(•Gazette hebdomadaire , 1854.)
Les eaux de vichy Le but de cette note est de combattre par des faits chimiques lieu uTgraveiie l’opinion reprochée aux eaux de Vichy de favoriser et d’augmenter la phosphatique. déposition des phosphates triples (phosphate de chaux ammoniacomagnésien) sur les calculs d’acide urique ou oxalique, et de donner lieu à des calculs alternants.
Pour résoudre cette question, M. Mialhe fait remarquer que l’eau de Vichy, versée dans les urines normalement acides, ne détermine, par son bicarbonate alcalin, aucun précipité; il se fait un échange de base entre les phosphates acides-en dissolution dans l’urine et le bicarbonate introduit, de sorte qu’il se forme des bicarbonates de chaux et de magnésie, tous sels solubles et parfaitement stables à la température animale, et ne précipitant que par l’ébullition.
Tandis que l’ammoniaque versée dans des urines normalement acides, donne un précipité plus ou moins abondant formé par du phosphate de chaux, du phosphate de magnésie et par une certaine quantité de phosphate d'ammoniaque. Les deux premiers sels étaient en dissolution dans l’urine à l’état de phosphates acides; le dernier a
pris naissance au moment où les deux phosphates acides solubles ont passe à l’état de phosphates insolubles, c’est-à-dire au moment où leur excès d’acide a été saturé par l’ammoniaque.
Or, l’expérience a appris à l’auteur que les urines rendues alcalines pendant l’ingestion des eaux de Vichy présentent les mêmes réactions.
Par leur mélange avec ces eaux bicarbonatées elles restent claires, limpides, et ne donnent lieu à aucun précipité; si on les soumet à l’ébullition, on chasse l’excès d’acide carbonique qui tenait les bases en dissolution et balançait la puissance de l’acide carbonique; ce dernier en présence des carbonates simples reprend ses bases de chaux et de magnésie, et forme un précipité auquel se joint une plus ou moins grande quantité de carbonates ; précipité absolument semblable à celui qui prend naissance lorsqu’on chauffe un mélange d’urine normale et d’eau de Vichy.
L’ammoniaque ajoutée à ces urines alcalisées donne également lieu à un précipité plus ou moins abondant; le bicarbonate de chaux fit le bicarbonate de magnésie, ainsi que le phosphate de soude, sont décomposés ; il se forme des phosphates insolubles de chaux, de magnésie et d’ammoniaque, propres à constituer le calcul phosphatique triple, appelé calcul fusible.
Donc, en dehors comme en dedans de l’économie, c’est seulement sous l’influence de l’ammoniaque que $e forment les dépôts phosphatiques triples dont la réunion constitue les calculs fusibles.
Ces faits expliquent pourquoi les calculs phosphatiques s’observent journellement en l’absence de toute médication alcaline, et pourquoi les personnes qui font un usage quotidien d’eau de Vichy, mais qui ont un appareil urinaire parfaitement sain, c’est-à-dire impropre à donner naissance à de l’ammoniaque, parla transformation moléculaire de l’urée, ne deviennent point calculeux.
63. Nouvelles recherches sur la précipitation des phosphates dans l’urine.
Depuis l’époque de la publication précédente, l’auteur s’est assuré
par une longue suite de recherches (qui feront le sujet d’un prochain mémoire), qu’il n’est pas exact de penser que la précipitation des phosphates terreux dans l’urine soit toujours le résultat de la présence de l’ammoniaque, cette précipitation peut être également due à ce que l’acide libre est trop peu abondant dans le liquide urinaire pour tenir ces phosphates en dissolution.
11 y a deux graveiies II y a, en réalité, deux sortes de gravelles phosphatiques parfaite-
phosphatiques. ment distinctes : l’une est une gravelle contenant, outre les phosphates terreux existant dans l’urine, une certaine quantité d’ammoniaque, c’est la gravelle phosphatique ammoniacale dont il a été question plus haut ; l’autre est une gravelle uniquement constituée par des phosphates terreux, c’est-à-dire pardes phosphates de chaux et de magnésie.
La gravelle phosphatique ammoniacale est due à une inflammation de la membrane muqueuse de la vessie ou de ses annexes : c’est une affection purement locale.
La gravelle phosphatique non ammoniacale est le plus souvent une affection générale, reconnaissant pour cause une lésion quelconque du système nerveux qui préside aux fonctions chimiques s’accomplissant dans les glandes rénales pendant l’excrétion de l’urine. Le rein, dans cette variété de gravelle, a perdu ses propriétés acidifiantes , pour employer l’expression du docteur Prout, qui, le premier, a signalé ce genre d’affection gravelleuse.
La gravelle phosphatique ammoniacale est admise par tout le monde ; l’existence de la gravelle phosphatique simple, c’est-à-dire non ammoniacale, est niée, ou du moins mise en doute, surtout en France, parla majorité deschirurgiens qui s’occupent des maladies des voies urinaires. L’auteur croit que si ces deux espèces de gravelles ne sont pas également connues des thérapeutistes, c’est qu’elles sont loin de donner lieu aux mêmes désordres pathologiques.
La gravelle phosphatique ammoniacale donne très-fréquemment naissance à des graviers et même à des calculs; ce qui n’arrive presque jamais avec l’autre gravelle. Voici l’explication de ce phénomène : Dans la gravelle ammoniacale, l’ammoniaque, qui est la cause de la précipitation des phosphates terreux, est également la cause de la
production d un mucus vésical, sui generis , très-propre à favoriser l’agglomération des sels phosphaliques et à servir déciment aux calculs. Tandis que dans la gravelle phosphatique, non ammoniacale, la vessie ne donnant lieu à aucune sécrétion muqueuse, les phosphates précipités dans cet organe ne trouvent aucun obstacle à leur complète évacuation par les urines, ce qui fait que les personnes qui en sont atteintes ne s’en préoccupent presque jamais.