III.- RECHERCHES BACTÉRIOLOGIQUES ET CLINIQUES
a) Ulcères et gommes sporotrichosiques ((57).
Avec M. Civatte, nous avons publié un des premiers cas de sporotrichose cutanée à forme ulcéro-gommeuse. L’intérêt de cette observation consiste dans ce fait que la malade présentant ces lésions était depuis longtemps maintenue au lit pour ces accidents considérés comme tuberculeux. L’ensemencement donna des cultures pures de Sporotrichum Beurmani et le traitement ioduré amena très rapidement la guérison de ces lésions.
h) Intradermo-réactions sporotrichosiques positives chez des malades porteurs de lésions cutanées non sporotrichosiques (77).
L’étude de l’intradermo-réaclion faite chez de nombreux malades avec
maninousapermisdcconstaleravecMM. de Beurmann, Gougerolet Verdun
L’examen baclëriologique nous a permis de constater sur lames, dans les tissus et les cultures, un parasite très spécial.
Sur des frottis faits avec le pus, nous avons constaté la présence de bacilles, légèrement incurvés, de 2 {a de long et 0 f*, 2 de large. Colorés par le bleu Borrel, ils montrent un espace clair central avec un grain coloré à chaque extrémité. Par la méthode de Gram, ils présentent le même aspect, quoique plus empâtés. Surtout par la Largin, on distingue bien les espaces clairs et les grains des extrémités. Ils sont le plus souvent isolés, jamais en chaînettes; ils peuvent être groupés et môme enchevêtrés comme le bacille diphtérique et former parfois ces rosettes si typiques qui atteignent 18 g de diamètre. Quelquefois dans le protoplasme des polynucléaires on rencontre des formes bacillaires phagocytées.
Certaines formes bacillaires sont ramifiées, l’extrémité des petites ramifications étant un peu renflée. Jamais nous n’avons rencontré de formes filamenteuses, ni de massues.
Dans les tissus, à part de très rares formes bacillaires très difficiles à reconnaître, le diagnostic bactériologique serait impossible si l’on ne rencontrait pas les formes typiques qui rappellent celles de l’actinomycose.
Pour les trouver, il faut multiplier les coupes, les examiner en série, car ces formations soiît très localisées. Dans cette recherche, l’imprégnation au nitrate d’argent, selon la méthode de Levaditi, donne d’excellents résultats.
A l’intérieur d’un tissu de granulome, on trouve des grains constitués à la périphérie par des massues, et au centre par des filaments excessivement fins ou par de très petites formes bacillaires.
Avec la coloration de Gram et la fuchsine de Ziehl, la couronne de massues reste teintée en rouge, tandis qu’au centre les fo
tantes. De plus, souvent elles s'incrustent, finissent par fusionner et forment des plaques amorphes.
Leurs dimensions sont deux fois plus petites que dans les formes d’actinomycose. La largeur des filaments est trois fois moindre. D’ailleurs les grains sont généralement très petits, ne dépassent guère 80 de diamètre. Les cultures anéarobies donnent au bout de dix jours à 37® des petites colonies blanches translucides. Les cultures aérobies apparaissent au bout du même temps, ressemblant à des gouttes de rosée, puis se soulèvent et émettent des prolongements dans le milieu de culture.
Dans les cultures, le parasite apparaît sous forme de bacilles légèrement
lencc d’une gomme de la pointe du cœur Torroant une symphyse cardiaqu limitée, et dans laquelle nous avons constaté de nombreux bacilles et de grains de forme aclinomycosiquc.
Nous pensons que cette mycose doit être assez rare, car nous n’en avon pas retrouvé d’autre exemple; mais l’attention étant attirée de ce côté cette observation, en montrant que le D. Thibiergii produit des lésion cutanées, osseuses, viscérales, peut devenir le point de départ de rt cherches semblables à propos de lésions de siège et d’aspects très diverî
Nous avons observé avec M. Thibierge une malade présentant dans la région dorsale une grande ulcération aussi étendue que la paume des deux mains. Cette lésion, très minime au début, s’était étendue peu h peu aux régions voisines. Sans bords bien saillants, elle avait un aspect papillomateux très spécial, et cliniquement il était impossible de porter un diagnostic précis.
Une biopsie pratiquée sur le bord de l’ulcération permit de constater qu’il s’agissait d'un cas de blastomycose analogue à ceux qui ont été décrits en Amérique ces dernières anhées. La structure histologique montrait de grosses lésions papillaires avec çà et là de petits abcès^ des traînées d infiltration cellulaire dans le derme, et surtout de gros parasites en forme de levures disséminés dans les infillrats leucocytiques. Ayec beaucoup de difficultés, nous avons isolé un champignon dont nous éludions en ce moment les caractères, et qui rentre dans la classe dos blastomyces.
Le traitement ioduré et des badigeonnages de teinture d’iode ont transformé très rapidement ces lésions qui évoluaient depuis plusieurs mois.
Nous publierons longuement l’étude de ce cas, qui est un des premiers cas français de blastomycose cutanée dont on ail pu retrouver le parasite dans les tissus et les cultures.
imprégnés par cette méthode à des coupes de tissus imprégnés par la méthode ordinaire, au nitrate d’argeut. Au point de vue hactériologique,
recourir à toutes les épreuves et contre-épreuves nécessaires et demander aux examens histologiques, aux inoculations au cobaye et même au singe, la démonstration d’un parasite ou d'une lésion typique, lui donnant la certitude dont il a besoin pour instituer le traitement.
c) Le spirochète pallida de Schaudinn et le diagnostic de la syphilis. Étude de bactériologie clinique et recherches expérimentales (61).
Ce mémoire, paru en avril 1906, est le premier en France dans lequel ait été longuement rapproché le diagnostic clinique du diagnostic bactériologique de la syphilis par l’étude comparée de la recherche du spirochète et l’inoculation au singe.
Après avoir donné les résultats de nos statistiques portant sur de nombreux produits examinés, les résultats de la recherche du spirochète dans les frottis sur lames, les tissus, et ceux des inoculations, nous comparons entre elles ces trois méthodes.
Cette étude nous a montré que la recherche des spirochètes peut échouer sur les lames, tandis qu’elle réussit sur les coupes, et que l’inoculation au singe est un procédé de diagnostic plus sensible que la recherche des spirochètes sur coupes et surtout sur lames.
On peut donc, en se basant sur cette progression croissante de sensibilité, dire que, lorsqu’on devra établir avec rigueur le diagnostic d’une lésion dont la nature syphilitique est douteuse, et spécialement d’une lésion ulcéreuse, on devra recourir d’abord à la recherche du spirochète dans les frottis de sa surface; cette recherche, qui demande une connaissance précise du spirochète, peut être faite assez, rapidement et donne des résultats positifs dans la très grande majorité des cas.
Si elle échoue, on aura recours à la recherche du spirochète sur les coupes de la lésion ; bien que, depuis qu’on connaît la topographie des spirochètes dans le chancre syphilitique, la biopsie nécessaire pour cette recherche puisse ne porter que sur un fragment très restreint de la lésion, elle est déjà plus compliquée que l’examen des frottis.
Si, enfin, le spirochète fait défaut sur les coupes, on pourra recourir à l’inoculation au singe, qui constitue la réaction la plus sensible que nous possédions à l’heure actuelle.
Ces procédés d’examen fournissent au diagnostic des lésions syphilitiques primaires et secondaires une base scientifique et une précision que la simple observation clinique ne peut donner.
Ils sont exactement superposables, dans leur application et leurs résul-
recherche du bacille de Koch.
Nous avons pu le suivre pendant 4 passages successifs et constater, comme nous l’avions déjà fait au cours de recherches purement cliniques, que les moyens pour le déceler sont, par ordre de sensibilité croissante : la recherche sur les frottis, la recherche dans le tissu et l’inoculation.
('.es faits étaient surtout intéressants en 1906, au moment ou la spécificité du spirochète de Schaudinn demandait à être confirmée.