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Il est à l’heure actuelle très probable que la suppuration de la caisse du tympan n'est pas banalement provoquée par n importe quel micro-organisme capable de faire du pus, mais que tel ou tel microbe imprime à l’otite moyenne une allure généralement reconnaissable. Des recherches personnelles nous ont, en particulier, montré l’intérêt qui s’attache à l’ctude des rapports des staphylocoques avec l’otorrhée. Notre travail a pour but de mettre au point cette question encore obscure ; et, en essayant de préciser la façon dont ces microbes parviennent jusqu'à l’oreille, nous pensons être arrivés à des déductions pratiques qui peuvent être de quelque utilité dans le traitement futur des suppurations auriculaires.
Il est d’abord acquis que les otites moyennes aiguës purulentes sont presque toujours mono-microbiennes à leur début : le pus recueilli au moment de la paracentèse ne renferme en général qu’une seule espèce microbienne.
Le streptocoque et le pneumocoque sont les microbes qu’on y trouve communément. Les staphylocoques se montrent rarement à celte période, et presque toujours associés.
Au bout d’un certain temps, de nouveaux micro-organismes viennent se surajouter au microbe de la première heure.
Cette infection secondaire finit même par se substituer à
l’infection pre-
Elle est le fait des staphylocoques , du staphylocoque blanc, en particulier : car on rencontre les staphylocoques 92 fois sur 100 dans le pus des vieilles otorrhées, presque toujours isolés,
Cette infection secondaire mus paraît être la came qui détermine le plus souvent le passage de l’otite moyenne aiguë purulente à l’état chronique ; et l’apport incessamment renouvelé des staphylocoques entretient cette chro-
Resle à préciser comment se réalise cette infection secondaire,
La pénétration des staphylocoques par la trompe d'Eustache est très admissible, puisque telle est la voie qu’ont suivie antérieurement les microorganismes qui, venus du pharynx nasal, ont infecté primitivement l’oreille.
Toutefois, il est vraisemblable que ce mode de surinfection doit être exceptionnel : attendu que, dans cette hypothèse, les staphylocoques auraient dû apparaître dans l’oreille moyenne en même temps que les autres microbes pathogènes, tandis qu’en fait ils ne se montrent, dans le pus de la caisse, que quand s’est laite une perforation du tympan. Tout porte à croire que c’est par celte perforation que les staphylocoques sont entrés dans l’oreille moyenne, et qu en conséquence c’est du conduit auditif qu’ils sont venus.
Les staphylocoques peuvent préexister dans le conduit auditif. On les rencontre dans la sécrétion eérumineuse.
Ils sont la cause pathogène des deux tiers des cas d’otite externe : et on sait que celle-ci est une complication assez fréquente de l’otite moyenne aiguë perforative.
Mais ils nous paraissent surtout apportés par les pansements que malades et médecins pratiquent avec trop peu de précautions. Nos expériences nous ont prouvé que c'est là une source d’héléro-infection de l’oreille externe et consécutivement de l’oreille moyenne, tenue jusqu’ici à tort comme quantité négligeable.
Nous incriminons surtout les objets de pansements non aseptisés, en particulier l’ouate, tant employée dans la thérapeutique auriculaire.
En effet, dans deux séries d’expériences, nous avons mis en évidence, d’une façon presque constante, le staphylocoque (en particulier le staphylocoque blanc que nous considérons comme l’agent principal de Totorrhée) dans les tampons et les plumasseaux d’ouate servant aux pansements ordL naires des oreilles. L’habitude de rouler séance tenante, avec les doigts mal nettoyé», 1 ouate qu’on porte ensuite dans le conduit pour le déterger, est,
à noire avis, le point de départ habituel de l’infection staphylococcique qui inocule secondairement les otites purulentes et lés éternise.
Aussi bien, le moyen le meilleur de prévenir la chronicité de l’otorrhée çonsiste-t-il à prendre les précautions antiseptiques et aseptiques les pliis sévères dans le traitement des otites purulentes aiguës.
Ces précautions portent sur trois points : asepsie des fosses nasales et de la bouche; asepsie du conduit auditif; et surtout asepsie des instruments et des objets de pansements.
11 faut surtout s’attacher à réaliser l’asepsie de l’ouate employée dans les pansements auriculaires.
Un excellent procédé consiste à préparer d’avance un certain nombre de tampons d’ouate, it les stériliser à l’autoclave et h les conserver dans des flacons bouchés, d’où on les puise avec une pince flambée au moment voulu.
Toutefois, nous avons imaginé une méthode entièrement nouvelle, beaucoup plus simple, et qui permet de stériliser extemporanément l’ouate au cours des pansements ; elle n’exige pour tout matériel qu’une lampe à alcool et un flacon d’alcool boriqué saturé. Cette méthode est fondée sur les propriétés ignifuges de l’acide borique. Elle consiste à tremper dans l’alcool boriquéle porte-coton garni comme d’habitude et à l’enflammer: le coton, ainsi flambé, se stérilise en quelques secondes, sans présenter la moindre altération et sans perdre ses propriétés hydrophiles. Nos ensemencements sur gélose de l’ouate ainsi traitée sont toujours demeurés négatifs.
Nous appelons accessoirement l’attention sur ce mode de stérilisation de l’ouate, le plus simple et le plus rapide que nous connaissions ; il peut être pratiqué extemporanément, ne réclame aucun appareil et donne toute sécurité. Son application pourrait être étendue au delà des frontières étroites des pansements otologiques. En tous cas, d’ores et déjà il mettra l’oreille à l’abri de l’apport médical des staphylocoques, cause principale qui crée et entretient la chronicité des otorrhées.
A propos du rôle des staphylocoques dans l’otorrhée. — j(En vol. XXII, p. M.
Article de polémique en réponse à une critique faite par Pes et Gradenigo
De l'asepsie en otologie, rhinologie et laryngologie.
(En collaboration avec faim.)— Bulletins et mémoires de la Société française d’otologié, de laryngologie et de rhinologie, 1895.
On sait l’innocuité relative des opérations faites par les voies naturelles sur le.nez, le larynx, l’oreille. Leurs muqueuses, ainsi que l’un de nous l’a montré, sont protégées par l’action bactéricide du mucus qu’elle sécrètent. Cependant, il y a une limite à celte immunité naturelle. L’organisation faiblit dans deux cas : 1° quand il y a inoculation massive, telle que la commettent des instruments sales ; 2° quand une plaie fait brèche et ouvre Une large porte aux microbes.
Il en résulte que si les accidents observés sont hors de proportion avec le nombre excessif d’opérations pratiquées sur le nez, la gorge, etc., cependant ces accidents existent : otites purulentes succédant à l’ablation des végétations adénoïdes ; adénoïdites provoquées par le simple loucher du naso-pliarynx avec un doigt septique ; transmission de la syphilis par le cathétérisme de la trompe d’Eustache....
Il nous paraît que toutes ces complications seraient évitées si la chirurgie spéciale adoptait strictement les précautions usitées en chirurgie générale. A l’époque où paraît notre travail, il est triste de constater que les laryngologistes et rhinologistes se sont uniquement attachés à perfectionner leur dextérité manuelle. Ceux qui s’efforcent de réaliser un idéal de mesures de propreté préventives sont arrêtés par la difficulté de la technique. Or, l’application des méthodes d’antisepsie et d’asepsie ne vaut que par la stricte exécution des détails. L’antisepsie de façade que pratiquent couramment aujourd’hui les spécialistes est plus dangereuse que l’abstention complète, car elle leur donne une fausse sécurité. Ils ont tort de croire qu’il leur suffit, pour désinfecter un instrument, de le tremper pendant quelques instants dans une solution phéniquée !
En l’espèce, l 'asepsie s’impose plutôt que l’antisepsie. La grande sensibilité des muqueuses du nez, de l’oreille, du pharynx, ne permet de contact prolongé qu’avec des solutions très faibles. D’autre part, il faut compter avec un autre facteur important, qui est le pouvoir intense d’absorption des muqueuses, lequel expose à des intoxications graves.
Cependant, l’asepsie est le plus souvent laissée de côté aujourd’hui par
inutile si ces organes ne suppurent pas. Dans le cas contraire, nous pensons que le procédé le moins inefficace pour obtenir une asepsie relative du nez consiste non pas en lavages, mais en insufflations de poudres d'iodol ou d’aristol, qui agissent surtout en sollicitant la sécrétion réflexe du mucus bactéricide.
Dans le larynx enfin, toute asepsie préopératoire nous paraît actuellement irréalisable.