II. — Sur les Myxobactéries
1“ Sur la nécessité d’une association bactérienne pour le développement d’une Myxobactérie. (C. B. Acad, des Sciences, t. 157, p. 77, 1913).
2” Sur les Myxobactéries. {Ann. Inst. Pasteur, t. xxxv, p. 487, 9fîg., 1 planche, 1921).
Les Myxobactéries, groupe isolé par Thaxter en 1892, sont des Bactéries remarquables par les formes très différenciées de leurs colonies.
Par l’étude du Chondromyces crocatus qui est l’une des espèces les plus évoluées du groupe, P. montre que la condition « sine quâ non » pour obtenir son développement complet est qu’il soit associé à une Bactérie particulière voisine du Micrococcus luteus. Si, sur une plaque de gélose à la graine de lin ou au lait, on ensemence par stries simultanément les kystes de la Myxobactérie et le Micrococcus, on constate que ce dernier se développe d’abord en donnant des traînées opaques jaune blanchâtre, puis, au milieu de ces traînées apparaissent, au bout de trois à quatre jours, des taches claires, transparentes, circulaires à bord surélevé qui envahissent progressivement la culture du Micrococcus. Les taches claires sont formées par la Myxobactérie qui a solubilisé le Micrococcus dans les points où elle s’est développée.
Au bout de huit à quinze jouis, des appareils de fructification d’un jaune orangé vif apparaissent soit au centre, soit plutôt sur le bord des taches. Chacun d’eux est formé par les éléments végétatifs de la Myxobactérie, disposés en alignements réguliers et groupés de manière à constituer un pied et une tête plus ou moins arrondie sur laquelle s’insèrent des kystes ovoïdes, formés de môme par des alignements de bâtonnets. Ces alignements de bactéries pour donner le pied, la tête et les kystes, s’enrobent d’une substance unissante jaune, de consistance dure. Les fructifications sont souvent composées ; le pied se ramifie au point de former un arbuscule dont chaque hranche porte à son extrémité un groupe de kystes.
P. a réussi à obtenir le développement de Chondromyces cro catus en culture pure, en ajoutant au milieu de culture sur lequel il ensemençait les kystes un extrait chloroformique de culture de Micrococcus liiteus. On rencontre dans ces cultures des formes en Y semblables à celles que donne la Bactérie des nodosités des Légumineuses. P. rattache aux Myxohactéries la Bactérie des nodosités des Légumineuses ; car celle-ci forme à l’intérieur des cellules, des productions que certains auteurs ont considéré comme des suçoirs et qui sont comparables par leur forme, leur structure et les réactions microchimiques aux kystes myxohactériens.
Les expériences de P. montrent que la haute différenciation des colonies de Myxohactéries est due à leur vie symbiotique avec une autre espèce bactérienne. 11 est possible, d’ailleurs, de modifier la forme des fructifications en faisant varier les conditions de la symbiose ; par l’addition aux cultures de Chondromyces crocatiis, de Bactéries étrangères {B. fluorescens, B. pyocyaneiis), P. a obtenu en effet des formes anormales dont la plus intéressante, avec ses kystes disposés en chapelet, se rapproche heauconp de Chondromyces catenidatus. Ce dernier fait est particulièrement important, car il fournit l’exemple d’une mutation de cause parfaitement déterminée.
'l'HOISIÈME PARTIE
Parasitologie
Sur les Champignons pathogènes pour l’Homme et les Animaux
1" Les Champignons pathogènes. Leur classification d’après les caractères botaniques. [Bulletin de VIndiliit Pasleiiv, t. 1, 11-20 et 21, 1903).
Dans cette revue, P. a classé les Champignons jiatliogènes pour l’homme et les animaux alors connus d’après leurs caractères botaniques et n’a pas négligé de faire rentrer dans le cadre de l’exposé les champignons parasites des végétaux.
2" Sur un cas de Mycétome d’origine aspergillaire observé en Tunisie. [Arch. de Parasitologie, 1 . x, p. 437, 1906. En collaboration avec Ch. Nicolle).
A côté des Mycétomes à grains toujours blancs ou rosés qui reconnaissent pour agent pathogène Nocardia maduræ Vincent, existent une ou plusieurs autres variétés de Mycétomes dans lesquelles les grains peuvent se présenter avec des teintes variables blanche ou noire.
Les champignons non cultivés et indéterminables décrits dans ces formes offrent un ensemble de caractères communs ; ils représentent dans les lésions sous l’aspect de tubes mycéliens cloisonnés et ramifiés, montrant sur leur trajet ou à leur extrémité des chlamydospores. Leur membrane est parfois brunâtre et le pigment qu’ils secrétent peut diffuser autour d’eux. C’est à cette catégorie de Mycétome cpi’appartenait le cas de Pied de Madura (jui a fait l’objet de cette étude.
Le parasite que Ch. Nicolle a isolé et obtenu en cultures pures
est une variété de VAspergillus {Sterigmaiocijstis) nidnlans Eidam. II s’agit bien du parasite car dans les grains on peut rencontrer des hyphes fertiles portant des conidies. On doit donc admettre l’existence d'un niycétoine aspergillaire. Les travaux ultérieurs ont montré l’importance de cette forme. Brunipt a décrit un mycé- Lome aspergillaire à Aspergillus Boiiffardi. Blanc et Langeron viennent de décrire un mycétonie de la main à Sterigmatocgstis tuneiana nov. sp. P. avec Masson a décrit un mycétome aspergillaire du poumon chez l’àne.
3" Reproduction expérimentale du Mycétome à grains noirs.
(C. R. Acad, des Sciences, t. cxliii, p. 1175, 1906).
Jusqu’ici toutes les tentatives faites pour reproduire expérimentalement les Mycétomes connus ordinairement sous le nom de Pied de Madura avaient échoué, soit ([ue l’on ait inoculé directement les grains, soit que l’on ait inoculé des cultures de Discomgces inaduræ (^hncent), ou (le Sieriginatocgslis nidnlans, var. Nicollei (Pinoy).
P. est j)arvenu à obtenir un mycétome à Sterigmalocgstis nidulans chez le pigeon. Le champignon a été entraîné à se développer dans de mauvaises conditions, à l’abri de l’air, en bouillon sucré, sous une coucbe d’huile de vaseline. La culture a été inoculée dans la patte d’un pigeon et, au bout d’un mois, sur la peau de celle-ci, on voyait pointer des grains noirs de la grosseur d’un grain de cheuevis. Ces grains sont constitués ])ar des filaments fortement pigmentés. Dans certains grains, les lilaments sont moins colorés et réunis par du pigment interstitiel.
Il n’est pas sans intérêt de constater qu’un champignon isolé d’un cas de mycétome blanc chez l’homme peut donner un grain noir typique chez le pigeon.
4" Un cas de Mycétome à grains noirs. Culture et inoculation expérimentale. [Bull. Soc. palh. exul.,i. I, p. 95, 1908).
N. et P. rapportent un cas de Mycétome à grains noirs observé dans le Sud-Tunisien à Tozeur. Le champignon isolé de ces grains
ne donne pas de formes parfaites. Ce champignon a été rapporté depuis au genre Madurella. La structure microscopique desgraiils de ce mycétome est assez spécial. Les filaments de champignon suivent le plus souvent les vaisseaux sanguins et les ramifications viennent former des boudes autour des capillaires. Les éléments (leucocytes mononucléairès, parfois cellules géantes) inclus dans la boucle noircissent d’abord en se colorant par le pigment du champignon et finissent par se transformer en une masse granuleuse, puis vitreuse, amorphe. Un grain peut être ainsi formé uniquement par une boucle mycélienne, renfermant une masse plus ou moins amorphe pigmentée. Le pigment du champignon est dû à la tyrosinase.
5° Les Champignons des Mycétomes. [Congrès des Sociétés Savantes, 1908).
Exposé de la question des Mycétomes.
6“ Sur la fructification des Champignons pathogènes à l’intérieur même des tissus chez l’homme. [C. R. Acad, des Sciences, t. cxuv, p. 396, 1907. En collaboration avec Ch. Nicolle).
Champignon dont lés formes conidiennes ont})u être retrouvées dans le tissu qui entoure le grain. L’étude des parasites des mycétomes montre que les Champignons pathogènes sont capables de fructifier à l’intérieur des tissus chez l’homme, contrairement à l’opinion couramment admise à cette époque.
7° Formes du Sporotrichum Beurmanni dans les lésions humaines. Sa fructification à l’intérieur des capillaires.
(C. R. Acad, des Sciences, t. cm, p. 286, 1911).
Sur des coupes de gommes sporotrichosiques prélevées par biopsie chez trois malades, P. a pu étudier les, divers aspects de Sporotrichum Reiirmanni dans les lésions humaines. En dehors de la forme décrite pour la première fois par de Beurmann et Gougerot consistant en gros bâtonnets de 3 à ü microns de long
sur 2 à 3 microns de large, basojjiiiles et finement • granuleux, encerclés d’une très fine membrane incolore, on rencontre de très petites formes conidies levures de la dimension des piroplasmes â l’intérieur des macrophages. Enfin, dans l’un des cas où la sporotricliose s’était généralisée, on observait des formes de fructification très nette du parasite à l’intérieur des capillaires.
Le Sporotrichuui Beurmanni vient donc s’ajouter à la liste des champignons pathogènes capables de fructifier à l’intérieur des tissus chez riiomme.
8" Sur les concrétions des voies lacrymales. Etude myCologique. (Üu/Zetm Soc. d’ophicilmologie de Paris, 7 mars 1911. En collaboration avec Morax).
Cette étude est intéressante parce qu’elle jjorte sur l’organisme (pie Colin le premier a décrit sous le nom de Stvepiothrix poersteri.
P. montre ([ue cet organisme est, par ses caractères de culture et sa morphologie, très voisin de Discomgees (Cohnistreptothrix) Israeli, parasite fréquent de l'actinomycose.
9“ Sur une nouvelle forme de Discomycose cutanée. {Ann. de Dermatologie, t. x, 1909. En collaboration avec ,Ravi,iut).
Etude d’un nouveau parasite, Discomgees (Cohnislreptolhrix) Thibiergei, voisin du Cohnistreptoihrix Israeli, ayant produit chez l’homme une Actinomycose généralisée à forme gommeuse simulant la Sporotricliose. Le parasite est constitué par des bâtonnets ou des filaments très tins qui sont difficiles à voir dans les tissus. L’imprégnation argenti(]ue est nécessaire pour les bien mettre en évidence. On rencontre fréiiuemment des grains comparables aux grains actinomycosiipies avec couronne de massues.
10° Actinobacillose à forme méningée observée à Paris chez un Argentin. (Presse Médicale, w" 6 , janvier 1911. Ep collaboration avec Ravaut).
11 s’agit d’un malade (pii, après avoir eu une otite moyenne aiguë suppurée fit une mastoïdite nécessitant une trépanation de la
mastoïdc. Le malade paraissait guéri, lorsqu’il fut pris de céphalée et qu’apparurent successivement en trois jours tous les signes d’une méningite. Les cultures faites à partir du liquide céphalorachidien montrèrent un organisme semblable à l’actinobacille de Lignières.
P. a observé à Paris plusieurs cas d’actinobacillose du bœuf. Il a pu obtenir tles formes massuées en grand nombre sur les milieux peptonés, glucosés à 2 "/o, additionnés d’un tiei-s de sérum de bœuf.
11“ Révision du genre Madurella in Brault ; Isolement dè Madurella mycetomi. [Ann. de Dermal. et Sijph., lô juin 1912).
Genre df«diœe//n Brumpt, cm. Pinoy. Champignons stériles, à filaments cloisonnés, se reproduisant uni(]uemenl par fragmentation du thalle. Les oïdies sont produites secondairement par division en deux des articles des lilaments qui se sont fragmentés. Ces champignons produisent chez riiomme des mycétomes à grains noirs. Ils se développent l)ien à 37".
Madurella mycelomi (Laveran). — Mycélium blanc grisâtre, jaunissant en vieillissant, noircissant les milieux de culture sucrés. Oïdies de dimensions variables depuis 2 jus(pi’à 5 microns. Sclérotes lioirs stériles de 1/2 à 1 millimètre de diamètre formés à l’intérieur du milieu de culture. Peut envahir chez l’homme tous les tissus même les os, donnaid, un mycétome à grains noirs ; les grains sont petits, durs, ari-oiidis, plus ou moins verruqueiix, de morphologie semblable à celle des scléroles observés dans les cultures. Inoculation positive mais inconstante chez le pigeon.
Madurella Tü:euri (Ch. Nicolle (d Pinoy).— Mycélium blanc, devenant jaunâtre en vieillissant, amenant le noircissement des milieux de culture sucrés ; oïdies généralement petites : 2 microns parfois jusqu’à vb microns. Assez rarement ébauche de sclérotes sur la surface du milieu de culture. Occasionnant chez rbomme un mycétome où l’on constate de petites masses diffuses unicpiement constituées ])ar des tilamenls à membrane jaune et des grains noirs de structure amorphe.
Mycétome du poumon chez l’âne. {Bulletin Soc.path. exoiiqne, t. vni, p. 11, 1915. En collahoralioiî avec Masson).
D’une tumeur à grains blancs trouvée par Gésari dans le poumon d’un àno, P. et M. ont isolé un Aspergillus rentrant dans le stirpe de VAspergillus nidulans. P. a résumé dans un tableau les caractères distinctifs des diverses formes de cette espèce rencontrées jusf|u’ici. La structure microscopique de la tumeur était absolument comparable à celle des mycétomes blancs ou noirs (|ue l’ou observe chez l’homme et dus à des champignons cloisonnés.
13“ Traité du sang de Gilbert et'Weinberg. (Baillère,1913-1920). Les Champignons du sang avec 1 planche, vol. I, page 687. Le séro-diagnostic des mycoses, vol. II, page 600.
Recherche de l’agglutination dans la sporotrichose. — Valeur de la sporoagglutinalion. — La réaction de fixation dans la sporotrichose. — Préparation de l’antigène. — Sporoagglutination et réaction de fixation dans les autres mycoses. — Les coagglutinations et les cofixations mycosiques.
11“ Sur une teigne cutanée du singe. (G. B. Soc. Biologie, t. Lxxii, 1912, p. 59). — Epidermophyton du singe. {Bull. Société Palh. exotique, t. v, 1912, p. 60).
P. décrit un champignon causant chez le singe une maladie cutanée. Les lésions existent sur les parties moins poilues à la face et au front. Toute la surface de la lésion faisait une saillie de 3 à 4 millimètres environ.
Au début elle était couverte de petites vésicules pustuleuses qui, en s’ulcérant, tinissalent par donner naissance à des croûtes.
Dans les sipiames existe un réseau de filaments mycéliens composé d’articles quadrangulaires de 4 sur 5-8 microns. L’ensemencement des sf[uames donne une culture jaune orangé avec un mycélium duveteux blanc. Elle donne immédiatement des grappes dressées de fuseaux multiloculaires où le contenu de chaque loge peut s’isoler par une membrane propre et être expulsé successivement par l’une ou par l’autre extrémité du fuseau. On observe
en outre des hypiies sporifères, type acladium de Bodin. Ce champignon est inoculable au cobaye, chez qui il détermine au bout de huit jours une trichophytie cutanée accompagnée de boursouflement de la peau et envahissement de ([uelques poils (type ectoendothrix).
Par les lésions chez le singe, par la morphologie et la disposition des fuseaux, Epidennophyton simii se rapproche de Epidermophylon crnris de l’homme ; par l’existence de ses hyphes sporileres, par l’inoculabilité au cobaye et par le type clinique de la maladie ainsi provoquée, il se rapproche des 'rrichophytons. C’est une forme de passage intéressante. Castellani et Chalmers, dans la dernière édition de leur Manuel de pathologie tropicale, en ont fait un genre nouveau.
l'y Notes on a new ulcerative dermato-mycosis with report on the causative Fung'us. [Briiish med. Journal, 7 oct. 1916. in Castellani).
C. a observé à Ceylan un ulcère particulier qui cliniquement est très caractéristi(|ue. 11 a retrouvé une maladie analogue aux Balkans. Dans tons les cas il a isolé un champignon (jue P. a étudié et classé provisoirement dans le genre Acladium, Acladium Caste llanii Pinoy 1916.
16“ Note sur un Champignon pathogène isolé par Brault d’une tumeur chez un Arabe, (in Brault, Ann. de Dermatologie, 1911).
Enantiothamnus Braulti nv. sp. Pinoy, 1911.
17“ Actinomycoses et Mycétomes. {Bulletin de l’Institut Pasteur, t. XI, lô et dO nov. 1913).
Bevue originale contenant la reproduction de nombreuses préparations et mettant au point la question des Mycétomes. La classification de l’auteur a été adojitéc depuis dans les traités classiques.
18“ Sur une méthode de diagnostic possible de la spordtrichose par inoculation directe de pus au cobaye. (C. R.
de la Soc. de Biologie, t. lxxi, ]). 387, 1911. En collaboraLion avec Magrou). , ; .
L'inoculation intra-testiculaire chez le cobaye à l’aide d'un crin souillé de pus sporotrichosi([ue produit une infection du testicule.
Dans les petits abcès qui se forment, en faisant des préparations de pus et les colorant par la méthode de Claudius, on peut mettre en évidence des formes levures de parasite. A côté de grosses formes mesurant 2 1 /2 sur 2 microns environ, on en trouve de plus petites ne dépassant pas 1 sur 1 /2 micron. Dans des cas douteu.x, ce mode d’inoculation pourrait rendre des services.