CHOC TRAUMATIQUE
Dès mon arrivée à l’Ambulance de la Division marocaine, je m’efforçais de rechercher les causes multiples des étals que nous étiquetions choc traumatique. Dans un court mémoire rédigé en collaboration avec mon médecin-chef le D^ Monéry (Janv. 1918), nous cherchions à préciser la nature des faits que nous avions observés. Nous séparions aisément du choc les étals d'anémie aiguë et d’infection caractérisée, mais nous ne nous étions pas encore trouvés en présence de cas relevant nettement d’une intoxication par destruction tissulaire aseptique. Le fait que j’attendais se présentait à mon observation quelques mois plus tard, et dans des conditions qui lui donnaient la valeur d’une expérience décisive.
11 paraissait pouvoir être interprété comme une démonstration frappante de la réalité de ces phénomènes purement toxiques sur la nature, la fréquence, et la gravité desquels MM. les Professeurs Quénu et Pierre Delbet appelaient depuis quelque temps l’attention.
Voici l’observation que M. le Professeur agrégé Lenormant a bien voulu présenter en mon nom à la Société de Chirurgie:
Un soldat de 20 ans, vigoureux, remarquablement bien musclé, est blesse le 20 juillet 1918 à 4 heures du matin, après deux jours de fatigues et de combats : une balle de mitrailleuse lui brise le bras gauche; l’hémorragie qui se produit est, séance tenante, arrêtée par l’application d'un garrot élastique. *
Le blessé part, à pied, vers un poste d’évacuation ; pris sous des tirs de barrage, il s’arrête, s’égare, et finalement arrive à l’Ambulance à 9 heures du soir, à la salle d’opérations à 11 heures ; il y entre debout, causant, racontant ses mésaventures du matin, et tenant de sa main saine son avant-bras gauche fléchi, collé au corps.
Le visage est sans altération, la voix bien timbrée; l’homme monte sans aide sur la table d’opérations.
La racine du bras gauche est enserrée par trois tours d’un tube élastique, appliqué après extrême tension, et maintenu par un crochet
métallique. — Entre des tissus qui paraissent sains ce garrot plonge jusqu’à l’humérus, au contact immédiat duquel il paraît appliqué.
Au-dessous de lui le membre est blanc, décoloré. La peau fine, souple, sans œdème, sans marbrure, sans ecchymose, glisse sur les plans profonds, et dessine le relief des tendons et de masses musculaires volumineuses. A la face postérieure du bras, au tiers supérieur du membre, un peu en dedans de la ligne médiane, un orifice à bords nets marque l'entrée d’un petit projectile; à la hauteur du coude, en bas de l’olécrâne, l’orifice de sortie est légèrement éclaté.
Le membre est rigide : les muscles, ceux du bras, ceux de l’avantbras, ceux de la main, sont d’une dureté de bois; leur volume n’est pas augmenté; autour d’eux nul œdème, nulle infiltration ; on les palpe aussi aisément que ceux du côté sain; on les dirait fixés par une injection conservatrice.
L’avant-bras fléchi sur le bras, les doigts rétractés dans la main, opposent aux tentatives d’extension une invincible résistance. Le contact, la piqûre, la pression profonde, rien n’est perçu au niveau de ce membre.
On enlève le garrot ; le pouls reparaît plein, vibrant. Après quelques instants, une rougeur diffuse couvre le tégument depuis l’épaule jusqu’aux doigts.
Rapidement on débride le trajet du projectile : l’humérale profonde saigne en jet, le nerf radial est rompu, l’humérus largement fracturé. Le triceps compact, ferme à la coupe, forme un bloc homo. gène de coloration brune; de sa tranche vitreuse aucun liquide ne s’écoule : pas une goutte de sérosité, pas une goutte de sang. Autour de lui le tissu cellulaire paraît absolument intact : il ne présente pas trace d’infiltration séreuse ; tissu cellulaire et tissu osseux saignent abondamment.
L’humérale profonde est liée, et je décide d’attendre quelques heures avant de sacrifier ce membre inutilisable, en surveillant étroitement le blessé, reporté dang son lit à 11 h. 3ü.
A 4 heures du matin, je le rètrouve absolument méconnaissable ; visage émacié, traits tirés, teint plombé, les yeux cernés, les lèvres desséchées, la voix cassée : il est anxieux, agité, dyspnéique, subconscient ; il vomit, et ces vomissements vont croissant en fréquence et en abondance : verdâtres, porracés, ils s’accompagnent de selles liquides, fétides, noirâtres, qui partent en fusées. Le pouls petit, rapide, fuit sous le doigt; le corps se couvre de sueurs froides. L’avant-bras est sec, comme momifié; le moignon de l’épaule légèrement tuméfié. — Séance tenante, on fait une amputation intra deltoïdienne ultra-rapide.
'l'rois jours plus tard le blessé est évacué en parfait étal.
L’inlerprétalion de ce cas ne saurait prêter à discussion : lors de l’intervention, les tissus ne présentaient aucune trace de réaction septique et la brusquerie d’éclosion, la rapidité de développement des accidents qui étaient à leur maximum quatre heures après la levée du garrot excluent la possibilité d’une infection. Il s’agit bien ici de phénomènes toxiques. L’arrêt brusque et total de la circulation provoque la mort des muscles fatigués, rapidement frappés de rigidité. L’organisme, cependant, tolère ce membre qui lui est devenu totalement étranger, ce cadavre à son contact. Mais la barrière est levée, la circulation se rétablit; sans entraves et sans arrêt, elle entraîne tous les produits de désintégration cellulaire; l’organisme sidéré par une dose massive de poison arrive, en moins de trois heures, aux limites de sa résistance. L’intoxication évolue avec les allures d’un choléra suraigu; l’amputation pratiquée à'la quatrième heure jugule les accidents : libéré du foyer toxique, l’organisme élimine rapidement le poison circulant.
La cure solaire des tuberculoses chirurgicales à Alger Technique et résultat.
En collaboration avec M. le Professeur Gurtillet, inRei>. Méd. d'Alger. Juin 1914.
En juin 1914, nous apportions avec M. le Professeur Gurtillet, les résultats que nous avait fournis la pratique systématique de l’Héliothérapie dans la cure des tuberculoses chirurgicales. Apres avoir décrit notre installation, exposé notre technique, nous insistions sur la nécessité d'une héliothérapie non pas locale mais générale, soigneusement surveillée, longtemps prolongée, et qui ne doit jamais faire oublier l’orthopédie.
Péri-arthrites à pneumocoques chez les enfants.
Eq collaboration avec M. le Professeur Curtillet. in Bull. Soc. d'Obstétrique et Gynécol.
En nous basant sur deux observations, nous décrivions les suppurations péri-articulaires, les hygromas suppurés, dûs au pneumocoque et que l’on observe avec une certaine fréquence chez les enfants, particulièrement chez les tout-petits.
Gangrène traumatique guérie par l’air chaud.
En collaboration avec M. le Professeur Curtillet. Communie, à la Soc. de Méd. d'Alger. Février 1914.
Kystes hydatiques observés chez l’enfant à Alger. Collaboration à la Thèse d’Alberti, Alger, 1913.
Plombage des cavités osseuses.
Collaboration à la Thèse de Mai’guerie. Alger, 1912.
Tétanos anormal. Guérison après injections massives de sérum antitétanique.
En collaboration avec M. le Professeur Curtillet. Communie, à la Soc. de Chirurgie, 1913.
Phlegmons parostaux.
Collaboration à la Thèse de Chaouat (Alger, 1919), résumant l’enseignement de mon maître, M. le Professeur Gurtillet.
A côté des ostéomyélites et des périostites aiguës, il existe des collections suppurées à marche aiguë, qui siègent à la face externe du périoste macroscopiquement intact. Phlegmons parostaux dont la connaissance évitera l’ouverture systématique du périoste qui n’est ni décollé, ni perforé, et l’ensemencement post-opératoire des espaces sous-périostiques susceptible d’entraîner les accidents les plus graves.
Septicémie à streptocoques consécutive à une plaie de l’artère humérale par coup de couteau. Injections de sérum anti-streptococcique. Guérison.
Communie, à la Soc. de Méd. d’Alger. Novembre 1913.
Tuberculose osseuse à foyers multiples. Septicémie tuberculeuse. Tuberculose pulmonaire terminale.
Communie, à la Soc. de Médecine d'Alger. Novembre 1912.