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II. — Étode moupiiologiqoe et bioeociode

Il Pst. difficile, à vrai dire, d’être très exactement renseigné sur la structure intime de ces vers, qui, pour être bien étudiés, doivent être examinés vivants et sans aucune coloration. Les diverses méthodes colorantes ont en effet pour résultat de teinter uniformément le ver tout entier, d’en masquer ainsi les diverses parties constituantes : et lorsqu’on les examine à l’état de cadavres, l’imbibition par le liquide stercoral rend l’interprétation des détails encore plus délicate.

C’est seulement sur les êtres vivants qu’il est possible de se rendre compte, chez le mâle par exemple, de la disposition exacte du spiculé et de ses mouvements; chez la femelle, des modifications de l’orifice vulvaire, et, sur les vers adultes, des alternatives de rétraction et d’allongement du tube œsophagien si vraisemblablement musculaire.

Les angmllules femelles, notablement plus volumineuses, atteignaient les dimensions moyennes de 1“'",290 de longueur sur 60 à 84 p. de largeur (Oc. 2, obj. 5, Veriek). Certaines étaient plus courtes ou plus étroites; la largeur dépendait, avant tout, du nombre des œufs renfermés dans l’utérus et du développement de ces œufs.

La forme des anguillules femelles est cylindrique; il suffit, en effet, de laisser glisser la lamelle sur la lame porte-objet pour voir alternativement la face ventrale ou la face dorsale du ver et distinguer ainsi d’une façon plus précise tantôt le système digestif, tantôt le système génital. Leur extrémité anterieure ou céphalique est un peu amincie, conique; l’extrémité postérieure ou caudale est effilée en pointe mince et filiforme, mais ne nous a jamais paru contournée en spirale. Leur enveloppe est lisse, transparente, non striée.

A l’orifice buccal dépourvu de tout appareil perforateur ou de crête chitineuse mais nettement limité par une cuticule plus épaisse, fait suite l’œsophage qui vient faire saillie dans le veslibule. Cet œsophage, qui représente la partie la plus visible, la mieux délimitée du tube digestif, est constitué par des parois vraisemblablement musculaires dont l’épaisseur, variable selon les points, détermine des renflements; il est traversé d’un canal central, aboutissant à la portion terminale ou estomac, dans lequel l’appareil de trituration se

remarque avec sa disposition en Y bien connue. A la portion bulbeuse de l'estomac fait suite l’intestin un peu élargi à l’entrée, et figuré par un canal central à parois minces peu visibles. Ce canal parcourt la longueur du corps sans décrire de sinuosités, limité de chaque côté par deux masses linéaires symétriques de granulations jaunes; il se termine à une certaine distance de l’extrémité caudale par un court rectum qui aboutit en définitive à un anus latéral figuré par un petit mamelon.

L’œsophage, grâce à ses parois musculaires, est susceptible d’allongement ou de rétraction; il n’en est pas de même de l’intestin qui se laisse assez facilement refouler ou déplacer. Les granulations disséminées en amas assez nettement circonscrits par des espaces linéaires très fins, paraissent de volume et de coloration différents; les plus volumineuses sont d’un jaune brun; moins nombreuses, elles sont disposées assez régulièrement le long de la paroi du ver et près de l’intestin; les autres, plus petites, de teinte jaune plus claire, parfois fusionnées, sont réunies en amas glandulaires.

La vulve, située au côté droit de l’anguillule, nous a toujours paru placée à peu près à égale distance de la tête et de la queue et même plus voisine do la tête chez toutes les femelles que nous avons pu examiner; elle est entourée d’un anneau musculaire. Elle donne accès dans une cavité utérine régulièrement contournée et formant deux prolongements, l’un céphalique, l’autre caudal. Le prolongement céphalique semble se terminer au niveau de l’estomac, le prolongement eaudal se poursuit jusqu’au niveau du pore anal; fun et l’autre se réunissent en un canal commun pour former le vagin et la vulve. A l’extrémité de chacun des culs-de-sac se trouve disposé un amas de granulations, considéré par les auteurs comme représentant l’ovaire.

Les an^uillules miles, moins volumineuses que les anguillules femelles (880 p. à 1 millim. de longueur sur 50 à 40 p de largeur), possèdent un appareil buccal et un système digestif absolument comparable à celui de la femelle.

A la partie initiale de l’intestin, et proche de l’estomac, on note la présence d’un amas finement granuleux, de coloration gris foncé, assez allongé (largeur 20 p, longueur 100 p environ), que Bavay semble considérer comme, le testicule. Il est difficile à notre avis de suivre le tube génital et d’en distinguer nettement les parties constituantes même sur l’animal vivant. On ne peut voir d’une façon précise que l’existence d’un spiculé (nous n’avons pu en effet

en constater qu’un seul), sorte de pénis protractile long de 50 p environ, creusé d’un canal et qui fait saillie hors du cloaque immédiatement en arrière du pore anal. Les mouvements de ce spiculé se font dans une direction postéro-antérieure et aulour d’un point fixe situé au niveau du cloaque; le spiculé se recourbe en avant et semble maintenu dans cette situation par la tension d’une sorte de corde musculaire disposée en arrière de lui et dont un des points d’insertion se fait sur le spiculé lui-même. A l’état de repos le spiculé est renfermé dans le corps de l’être ou fait à peine saillie.

La constatation à l’œil nu des ondulations déterminées par l’anguillule stercorale adulte, faite immédiatement après l’expulsion des matières fécales, a une certaine importance. Elle témoigne de l’existence dans l’intestin des formes adultes et non de leur développement exclusif dans les matières fécales hors de l’intestin de l’homme. C’est là un point sur lequel nous aurons du reste à revenir, qui paraît confirmer l’opinion de Perroncito, fortement battue en brèche par les auteurs, de la génération simple de l’anguillule stercorale et du parasitisme possible de cette anguillule considérée le plus généralement comme la phase libre de Vanguillule intestinale.

Les œufs, que nous avons décrits dans la cavité utérine à des degrés différents de maturité, peuvent arriver à leur complet développement dans l’utérus même, comme en témoignent la présence d’oeufs renfermant l’embryon vivant, ou la présence de l’embryon circulant dans la cavité utérine; l’anguillule stercorale se développe donc par viviparité. 11 semble aussi que la reproduction puisse se faire par oviparité, car le nombre des œufs rencontrés libres dans les matières fécales est considérable.

.A côté des formes adultes' et des œufs on rencontre, en nombre variable, des formes embryonnaires plus ou moins avancées dans Jeur dévelop-

Interprétalion des farts. — On pouvait tout d’abord être conduit à rapprocher ce fait, des faits déjà connus de filariose humaine, d’autant que les embryons constatés dans le sang ressemblaient beaucoup aux embryons de filaire, et que pareille constatation dans la circulation périphérique n’avait pu jusqu’à présent être faite que pour les filaires seules. La question se posait de savoir si l’on se trouvait en présence d’une varieie nouvelle de filaire à ajouter à celles déjà nombreuses de Manson, de Firket, etc., ou s’il

convenait de rapporter aux formes adultes, trouvées dans l’intestin, l’origine des embryons circulant dans le sang.

bes dimensions des formes embryonnaires, avons-nous vu. étaient plus grandes que celles assignées aux embryons de filaire dont la longueur, dépassant rarement 200 p, égale en moyenne 100 à 150 y. et la largeur 6 à 8 (i. A vrai dire, on a pu signaler des larves de filaires qui atteignaient jusqu’à 500 [i de longueur sur 11 p. de largeur. A admettre, d’autre part, la classification de Manson, basée surtout sur l’apparition périodique de la filaire dans la circulation périphérique, il ne pouvait s’agir dans notre cas de la filaria noctuma, ni de la filaria diuma, mais bien plutôt de la filaria perstans, puisque notre parasite, comme cette dernière, se rencontrait indifféremment aux diverses heures du jour et de la nuit. Or, la description donnée par Manson de la filaria perstans diffère quelque peu de l’embrj on constaté par nous. La filaria perstans ne se rencontre pas généralement en 'grand nombre ; ses dimensions ne dépassent guère 200 p do longueur sur 4 y d’épaisseur. Elle n’a pas de gaine, le prolongement caudal, au lieu d’être mince et très effilé, est court et comme tronqué, la grosse extrémité différente dans sa disposition possède un rostre protractde. Ires mobile, du reste, et pouvant même présenter des mouvements de translation sur le porte-objet, elle jouirait, un peu plus que les autres variétés de filaires, de la faculté de s’allonger ou de se raccourcir.. Il faut ajouter que cette variété de filaire, connue seulement dans sa forme embryonnaire, n’a été trouvée, jusqu’à présent du moins, que dans le sang des noirs du Bas-Congo et du vieux Calabar et qu’elle fait défaut chez les noirs des autres parties de l’Afrique. Il est à remarquer en dernier lieu que notre malade n’avait présenté aucune des manifestations qui se peuvent rencontrer chez les individus porteurs de la filaire, à savoir : abcès sous-cutanes, lymphangites, varices lymphatiques, épanchements chyliformes. Restait dès lors seule possible l’idée d’une nouvelle variété d’embryons de filaire, distincte des variétés de Firket et de Manson.

La question de la filariose comportait encore de nombreuses inconnues. Depuis les recherches de Manson, le type primitif de la filaria sanguinis hominis avait été subdivisé, par cet auteur, en plusieurs types correspondant soit à des variétés d’une même espèce, soit à des espèces différentes. Récemment encore, Firket, dans ses études de la filaire chez les noirs du Congo, décrivant

deux types de dimensions différentes, une filaire longue et une filaire courte, se demande s’il s’agit d’embryons d’especes differentes on de stades différents de l’évolution d’une même espèce ; l’une ou l’autre de ces suppositions, d’après ses observations, lui paraît possible, sans que les faits soient toutefois assez nombreux pour autoriser une conclusion ferme, 'foutes les hypothèses restent donc permises, en présence de cette incertitude. Si l’on admet que l’homme acquiert la filaire par l’ingestion de l’eau dans laquelle nagent les larves, on ignore encore ce que celles-ci deviennent après leur arrivée dans l’intestin. On ne sait si elles y séjournent quelque temps, jusqu’à leur passage à l’état adulte, ou bien si elles traversent la paroi intestinale tout en subissant une transformation. En ce qui regarde, par exemple, les embryons de filaire de grenouille, on ne connaît pas leur mode de pénétration dans le sang, tant que les filaires adultes ne sont pas contenues dans le système sanguin ou lymphatique. Peut-être cette pénétration se fait-elle à la faveur d’effractions vasculaires minimes, produites par les filaires adultes.

Dans les cas que nous venons d’étudier, les parasites du sang présentaient des caractères si identiques à ceux des embryons d’anguillules trouvés dans les matières fécales, qn’il était difficile de ne pas admettre que les premiers provenaient des anguillules stercorales et avaient pénétré dans le système circulatoire, après avoir pris naissance dans., l'intestin. Cela était d’autant plus présumable que la fièvre présentée par le malade ayant cessé à la suite d’un traitement qui modifia en même temps la vitalité des anguillules stercorales, les embryons disparurent du sang et qu’il fut facile de retrouver, à la même époque dans les fèces, les traces de petites hémorragies intestinales, indices de ruptures vasculaires ou peut-être d’ulccrations intestinales. Nous étions donc en droit de signaler la présence dans le sang des embryons de l’anguillule stercorale et la possibilité pour les embryons d anguillules de prendre pour ainsi dire, à un moment donné, l’apparence de l’embryon de

11 faut convenir, du reste, que la biologie de l’anguillule stercorale, tout en étant mieux connue que celle de la filariose, reste encore incertaine sur quelques-uns de ses points. Alors que certains auteurs admettent que l’anguilliile stercorale peut se trouver dans le tube digestif tout entier, dans le canal cholédoque, dans les conduits pancréatiques ou biliaires (Normand et Bavay) ;

d’autres — et ce sont, à vrai dire, les plus nombreux — pensent que l’anguillule stercorale doit être rayée de la liste des parasites de l’homme. Ce ver, malgré sa maturité sexuelle, ne représenterait qu’un état intermédiaire se développant librement et faisant partie du cycle évolutif de l’anguillule intestinale, seul parasite de l’homme; l’anguillule stercorale et l’anguillule intestinale ne pourraient coexister dans l’intestin de l’homme. Aussi, pour expliquer pourquoi Normand et Bavay ont pu trouver sur le cadavre l’anguillule stercorale en divers points du tube digestif, admet-on que les embryons nés de l’anguillule intestinale, restés dans l’intestin après la mort, peuvent se développer et donner naissance à l’anguillule stercorale, sans qu’on doive forcément en conclure que ces parasites existaient déjà dans l’intestin durant la vie, ou donnaient naissance aux larves expulsées avec les selles.

11 ne semble pas, à nous en rapporter à ce que nous avons pu constater par nous-même, que cette explication puisse servir à interpréter tous les faits, et, sans nier que l’anguillule stercorale ne soit une phase intermédiaire de l'anguillule intestinale, nous avons tendance à admettre avec Perroncito que l’anguillule stercorale peut être une espèce distincte. Grassi et Segré ont montré, du reste, que les larves dites rhabditoïdes, nées de l’anguillule intestinale, peuvent donner naissance directement à l’anguillule intestinale, sans passer par la phase ; anguillule stercorale. ha présence d’anguillules stercorales, adultes femelles ou mâles, constatée immédiatement après l’expulsion des fèces, non seulement par les ondulations visibles à l’œil nu, mais encore par l’examen microscopique, l’absence constante d’anguillules intestinales, le nombre prodigieux d œufs ou d’embryons de l’anguillule stercorale rejetés chaque jour avec les fèces et identiques à ceux qui se trouvent dans la cavité utérine de l’helminthe, montrent assez que l’anguillule stercorale peut subir son évolution biologique tout entière dans l’intestin, ha résistance des œufs, la vitalité des diverses formes embryonnaires, permettent de supposer, d’autre part, le développement à l’état de liberté de l’anguillule stercorale.

ha fièvre si particulière que notre malade a présentée à l’époque où les parasites étaient constatés dans le sang, et la disparition de ces derniers coïncidant avec la disparition de la fièvre elle-même, rendent vraisemblable l’hypothèse que l’élévation de température était en rapport direct avec la présence des helminthes dans le sang. 11 paraissait également légitime d’attri-

buer à la présence de l’anguillule stercorale, la diarrhée modérée dont le malade était atteint, et l’anémie dont l’existence était suffisamment démontrée par la diminution notable du nombre des globules rouges et de l’hémoglobine.

La seule répétition des petites hémorragies intestinales, que nous avons pu pour notre part constater, peut contribuer à créer cet état d’anémie progressive. Quoi qu’il en soit, chez notre malade, l’amélioration de l’état général, l’atténuation de la diarrhée paraissent avoir coïncidé avec la diminution du nombre des anguillules et l’affaiblissement de leur vitalité, comme pouvait en témoigner l’expulsion d’un nombre de plus en plus grand de cadavres d’anguil-

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