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R.BLANCHARD

la vaccine ne peut être considérée comme une variole atténuée par passage sur les bovidés. Dans un virus atténué, écrit-il en substance, les propriétés fondamentales s’éclipsent, elles ne sont pas détruites et peuvent reparaître dans des conditions de cultures favorables à l’exaltation du virus et ce n’est pas là le cas de la vacciné. Les propriétés fondamentales de la variole ne sont pas éclipsées mais détruites.

La pratique des inoculations sur l’homme nous montre.ces deux maladies comme autonomes, irréductibles l’une dans l’autre. Il existe des vaccines faibles et des vaccines fortes, des varioles bénignes et des varioles graves ; mais la variole faible ne correspond pas à une vaccine forte et la vaccine la plus généralisée, si voisine par ses tributs extérieurs de la variole, ne dégénère jamais en cette dernière. Les pratiques séculaires de variolisation n’ont jamais abouti à la vaccine; depuis que les médecins militaires assistent en Afrique à cette pratique toujours en honneur chez les Arabes, ils n’ont jamais vu une éruption vaccinale répondre a l’inoculation variolique. Depuis Jenner, la vaccine a traversé des milliers de générations sans manifester un retour vers la variole.

Et si, pour un instant, nous nous rangions avec ceux qui, invoquant la similitude des lésions anatomiques, tiennent le corps de Guarnieri comme l’unique agent des deux entités, il nous resterait a expliquer comment deux états morbides engendrés par la même cause gardent (en dehors du domaine des faits attribués à la variolo-vaccine et n’obéissant à aucune méthode expérimentale) une individualité que la nature s’est montrée impuissante a détruire. Mais sur le terrain des spéculations que peut susciter l’histoire présente de la variolo-vaccine et dont on ne saurait méconnaître le prodigieux intérêt, il convient de n’avancer qu’avec prudence 1

Les faits que nous avons recueillis avec l’unique souci de la vérité comportent leur enseignement qui défie toutes critiques. Nous nous sommes bornés à les exposer, tout en montrant les raisons et l’importance du litige qui sur cette grave question continue à diviser de façon absolue l’opinion française et étrangère. Toute interprétation personnelle serait prématurée. Il nous faut continuer à observer et à expérimenter encore jusqu’à ce que les méthodes de transformation variolo-vaccinale soient précisées et découvertes les lois de cette métamorphose.

Essais d'inoculation par voie cutanée de la variole au lapin. En collaboration avec

M. Duvout. (Comptes rendus des séances de la Société de Èiologie, 12 février 1910.)

Les conditions dans lesquelles peut être réalisée la variolisation du lapin restent discutées.

En 1900, H. Roger etE. Weil déterminèrent par inoculation sous-cutanée de pus variolique la mort du lapin en dix à vingt-cinq jours après un amaigrissement rapide. Ils observèrent aussi, dans certains cas, une éruption papuleuse comparable à celle que l’on observe dans la variole du nouveau-né. Dans tous les cas le résultat positif de l’inoculation fut prouvé par la mononucléose sanguine et parla réaction delà moelle osseuse en tous points comparables aux réactions de l’organisme humain au cours de la variole. Le sang des lapins variolises prélevé au quatrième jour et inoculé au singe lui conféra, vis-à-vis de la vaccine, une immunité tantôt absolue, tantôt faible, malgré la réaction leucocytaire spéciale provoquée par cette inoculation. Celle-ci peut entraîner la mort du singe avec réaction myéloïde et. normoblastique du sang. Inoculé à d’autres singes, le sang de l’animal mort peut provoquer une immunité abso-

L’inoculation de la variole au lapin fut depuis 1904 tentée à diverses reprises, avec des résultats différents, par lès médecins vaccinateurs allemands, dans le but de se procurer une souche variolo-vaccinale. — Les uns, comme Meder(1908), ne purent réaliser cette inoculation; d’autres, comme Pfeiffer (1908), la réussirent facilement. — Yoigt (1904) provoqua tantôt un simple érythème susceptible cependant de déterminer par inoculation, en second passage à la génisse, tantôt une éruption papuleuse variolique légitime, tantôt une éruption pustuleuse absolument semblable à la lapino-vaccine. Nous avons insisté ailleurs sur les causes d’erreur qui frappent de suspicion ces expériences. Freyer (1908) vit se développer sur le dos des lapinsune carapace brun clair qui, après l’abrasion, offrait l’apparence d’une bonne lapino-

Nous avons inoculé une série de lapins avec de la semence variolique recueillie sur les varioleux de l’hôpital Claude-Bernard. Ces produits étaient de

la pulpe variolique transparente ou opaque, ancienne ou réeente, et des croûtes fraîches ou conservées plus ou moins longtemps à la glacière et converties, soit au moment de l'emploi, soit quelques jours auparavant, en une sorte d’électuaire par le broyage avec de la glycérine et de l’eau salée à 7 pour 1000.

Sur le dos préalablement rasé des lapins, les inoculations furent faites suivant deux procédés :

1” Scarifications ou surfaces de dénudation au papier verré que l’on frotta avec les produits varioliques ;

2° Grattage léger à l’aide d’une pipette mousse contenant la semence variolique pure ou diluée.

Un seul lapin, inoculé à la pipette, présenta au quatrième jour une dizaine de nodules disséminés qui rétrocédèrent sans laisser de traces. Ua contre-épreuve vaccinale au quinzième jour fut négative.

Deux lapins inoculés, après dénudation au papier verré, avec des croûtes varioliques, furent recouverts, aux points d’inoculation, d’une véritable carapace jaunâtre analogue à celle décrite par Frayer. Ces croûtes furent grattées et les plaies se recouvrirent de croûtes brunes, d’apparence banale, qui laissèrent des cicatrices gaufrées. L’inoculation vaccinale d’épreuve pratiquée au quinzième jour resta négative. Comme les animaux de H. Roger et E. Weil, ces lapins maigrirent rapidement.

Les croûtes qui composaient cette carapace furent recueillies, pilées et inoculées, en deuxième passage, à un lapin qui, sans présenter aucune réaction, fut cependant complètement immunisé vis-à-vis de la contre-épreuve vaccinale.

Ce fut d’ailleurs là ce qui se produisit le plus fréquemment. Des lapins inoculés par scarification ne réagirent pas, mais présentèrent, à partir du septième jour, une immunité, d’abord partielle, puis totale, envers l’inoculation vaccinale d’épreuve. Leur sérum se montra parallèlement virulicide visà-vis du vaccin.

Le lapin est donc susceptible de contracter la variole, puisque l’inoculation de virus variolique lui confère l’immunité vis-à-vis de la vaccine. Mais la réaction locale de cette inoculation peut être nulle, ou représentée par une éruption discrète noduliforme, sans caractère précis, ou encore affecter l’aspect

de croûtelles jaunâtres qui, en se détachant, laissent des cicatrices irrégulièrement gaufrées. Ces résultats confirment, en définitive, ceux que nous avons observés avec M. Relsch et ses collaborateurs sur la génisse.

Expériences de variolisation sur des singes (M. rhésus et M. nemestrinus) En collaboration avec MM. Duvom et Stévbmis.

I. Comptes rendus des séances de la Société de Biologie, 29 avril 1911.

II. Journal de Physiologie et de Pathologie générales, 15 mai 1911.

Ces expériences poursuivies durant les années 1909-1910, parallèlement aux études sur la variolo-vaccine, ont porté sur 16 singes (M. rhésus et nemestrinus).

Nous les résumons ici, non pour les faits intéressant la réceptivité variolique et vaccinale du singe (nos résultats étant à cet égard conformes aux observations antérieures), mais simplement pour les enseignements qu’elles nous ont donnés touchant la virulence comparée des semences varioliques et l’immunité.

Dans la première série d’expériences dans lesquelles 8 singes furent inoculés (6, de variole; 2, de vaccin), la semence se composa de croûtes de variole humaine conservées depuis plus d’un an à la glacière et broyées au moment de l’usage dans de l’eau glycérinée à 5 pour 100. L’ensemencement préalable sur gélose ou sur bouillon resta chaque fois stérile. La deuxième série d’expériences qui porta sur 8 singes eut lieu dans des conditions particulièrement favorables, car le virus (lymphe hyaline ou purulente) était recueilli par grattage des vésico-pustules, soit sur des varioleux adultes n’ayant subi aucun traitement, soit sur 3 enfants n’ayant jamais été vaccinés, et était immédiatement inoculé à l’animal placé près du lit du malade. Le virus préalablement ensemencé sur gélose et sur bouillon donnait du staphylocoque doré ou du staphylocoque blanc.

L’inoculation de ces virus fut surtout faite par scarifications sur le dos

rasé de l’animal, ou par frictions sur surfaces avivées par la'pointe brisée d’une pipette. Trois singes furent inoculés par voie trachéale (introduction directe dans la trachée, après incision médiane du cou) trois par voie digestive (introduction par la sonde), un-parvoie veineuse.

Les singes soumis à l’inoculation cutanée ou intra-trachéale de croûtes varioliques ne présentèrent pas de réaction locale. On ne peut guère considérer comme réaction locale la rougeur transitoire et la légère irritation qui se manifestèrent les deux premiers jours au niveau des incisions ou de la plaie. Chez tous, la réaction générale fut, réserve faite d’une mononucléose très variable d’importance, symptomatiquement nulle. Durant le même temps deux singes soumis à l’inoculation vaccinale présentaient dans les délais classiques une éruption vésico-pustuleuse confluente typique.

Les cinq singes inoculés ultérieurement par voie cutanée de virus variolique frais réagirent tout au contraire avec intensité. Une éruption très belle apparut dès le cinquième jour, formée de volumineuses pustules occupant toute l’étendue des traits de scarification, ou de vésico-pustulesdisséminéesau pourtour des zones d’inoculation (PI. II). Un seul des singes présenta sur divers points du corps des pustulettes disséminées, témoignage d’une véritable généralisation. Deux singes furent inoculés comparativement d’un côté à l’autre avec de la lymphe hyaline, ou suppurée, prélevée chez le même malade; sur les deux animaux la lymphe hyaline fut sensiblement plus active. Les singes qui subirent l’inoculation intra-trachéale et intra-veineuse eurent sans doute leur plaie plus ou moins infectée de virus variolique; la cicatrisation en fut tardive mais parfaite et à aucun moment on ne put percevoir de traces de réaction locale spécifique. La réaction générale fut ici encore apparemment nulle, ou réduite à une mononucléose d’importance variable.

Toutes précautions étaient prises pour qu’il ne pût s’agir ici d’une éruption vaccinale; l’inoculation d’épreuve au lapin et à la génisse resta absolument négative.

Un seul singe succomba le cinquième jour de l’inoculation variolique. Tous les autres survécurent; un lot fut soumis a une deuxieme inoculation variolique qui resta stérile; les autres singes furent soumis, dans un délai qui varia de quelques jours à un, trois, six mois, à une inoculation vaccinale d’épreuve. Cette dernière fut positive d’une façon à peu près constante, mais

avortée, discrète, réduite à quelques vésico-pustules se desséchant rapidement ou figurée par une croûtelle melliforme irrégulière. L’éruption parut plus avortée chez les singes qui subirent l’inoculation variolique cutanée; ce sont là d’ailleurs points sur lesquels nous comptons revenir ultérieurement. Le sérum prélevé fut tantôt nettement, tantôt faiblement virulicide vis-à-vis du

Conclusions

Ces expériences furent d’abord pour nous un élément précieux de contrôle en ce qu’elles démontrèrent que l’insuccès des tentatives de variolo-vaccination des bovidés auxquelles nous faisions allusion plus haut ne pouvait être attribué à un défaut de virulence des semences varioliques. Elles confirment également que la lymphe variolique primaire du singe n’est pas plus active pour la génisse et le lapin que la lymphe variolique humaine.

Elles comportent aussi d’autres enseignements :

1° Celui-ci tout d’abord : que, contrairement à l’opinion de certains auteurs étrangers, le virus frais est plus actif que le virus ancien conservé à la glacière, que la lymphe hyaline semble plus active que la lymphe purulente, que toutes deux le sont plus que les croûtes ; 2° que, contrairement à l’opinion classique et conformément à l’opinion défendue par MM. Roger et Weil, Brinckerhotl et Tizzer, si une première inoculation variolique semble complètement immuniser le singe contre une deuxième inoculation variolique, elle ne lui confère vis-à-vis delà vaccine qu’une immunité partielle, variable, inférieure à celle d’une première inoculation de vaccin ; 5“ que l’immunité vis-à-vis de la vaccine n’est pas sensiblement différente, chez les animaux qui n’ont présenté aucune réaction locale apparente, de celle observée chez ceux dont l’inoculation a été suivie d’une éruption spécifique. Ces faits confirment ceux observés par Kelsch et Camus et par nous-mêmes avec ces auteurs lors de nos tentatives communes de variolo-vaccination.

De ce second travail, où se trouve exposé le protocole des expériences nous mentionnerons seulement ;

1" Les études hématologiques. La formule sanguine peut être, comme dans la variole humaine; la mononucléose; mais cette mononucléose est inconstante — parfois, par contre, elle existe avant toute variolisation — en raison peut-être de l’existence de la tuberculose. Il importe donc de faire toute réserve sur l’examen du sang.

2° Les indurations et les ulcérations de la muqueuse gastrique, sur lesquelles nous aurons à revenir sans pouvoir dire dès à présent leur valeur, sans savoir même si elles comportent une signification quelconque.

3* L’action virulieide des sérums recueillis sur les singes, à l’égard du

4° Les expériences de réinoculation vaccinale ou variolique, témoignant d’un certain degré d’immunité; cette immunité étant plus marquée vis-à-vis de la seconde variolisation que vis-à-vis des vaccinations successives.

5° Le fait (que nous détachons d’expériences commencées avec M. Gastinel, dont nous aurons a dire les premiers résultats) observe chez les singes soumis à l’inoculation intra-traehéale de variole, et relatif à l’étude de la réaction de fixation. La réaction de fixation fut absolument négative en se servant comme antigène de liquide vaccinal; elle devint au contraire positive après qu’une inoculation vaccinale d’épreuve eut donné naissance à quelques éléments papuleux.

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