DU FÉMUR SANS ARTHRITE DE LA HANCHE
Chez une fillette de 14 ans, très bien développée, robuste, corpulente, menant une vie active à la campagne, apparurent des douleurs dans la cuisse gauche. Elles n avaient aucun caractère grave au début et on les traita comme de simples névralgies par des frictions locales et des comprimés d’aspirine. Mais, après quelques jours, l’état douloureux s’accentua et la marche fut impossible. L’enfant fut mise au repos et la localisation de la douleur attira 1 attention sur la région de la hanche gauche. Cette articulation était mobile et les douleurs étaient diffuses tout autour. Pendant encore environ huit jours, on donna des calmants. Il y avait de la fièvre qui ne s’atténuait pas; à partir de ce moment, on prit régulièrement la température et on constata qu’elle oscillait entre 38°,5 et 39°. Devant la difficulté du diagnostic, le médecin fit appeler un de ses confrères. Après examen attentif, ils attribuèrent les symptômes à une arthrite aiguë de la hanche gauche. La fièvre s’accentuant, l’état général se trouvant très touché, les douleurs étant toujours violentes, le médecin traitant conseilla de faire appel à un chirurgien. En quelques jours, il s’était produit une aggravation très marquée et l’enfant avait l’aspect d’une typhique.
Lorsque nous fûmes appelé à examiner cette jeune fille, nous la trouvâmes en pleine hyperthermie, sa température axillaire était de 40°, le pouls était petit et rapide, le faciès émacié, le regard obnubilé, la compréhension difficile. La région de la hanche gauche était le siège de douleurs excessives rendant l’exploration difficile; il n’y avait pas de gonflement apparent; avec d’extrêmes précautions on put se rendre compte que la mobilité articulaire était conservée. L’enfant se plaignait quand on la touchait mais répondait mal aux questions, elle était en plein délire.
L’évolution de l’affection : fièvre, impotence, localisation des douleurs au voisinage de l’articulation coxo-fémorale
conduisirent au diagnostic d’ostéomyélite juxta-épiphysaire fémorale.
La gravité des phénomènes généraux, l’état d’affaiblissement de la malade, l’extrême infection à laquelle elle était en proie, indiquaient que les soins médicaux post-opératoires seraient aussi importants que l’opération elle-même. Ces soins ne pouvaient pas être donnés au domicile de la malade. Malgré sa fatigue et les difficultés du transport, nous nous ingéniâmes pour l’amener tout de suite à la clinique.
Elle fut opérée dès son arrivée et pendant les préparatifs opératoires, on lui injecta 250 cc. de sérum salé isonique intraveineux. Elle fut anesthésiée à l’éther.
La région articulaire de la hanche gauche fut abordée par une incision antérieure passant en dehors du nerf crural et du muscle droit antérieur et atteignant dans la profondeur le bord externe du muscle psoas iliaque. Ce muscle étant fortement récliné en dedans, il fut possible d arriver avec netteté sur la face antérieure du col du fémur. Là siégeait une collection peu volumineuse, fluctuante, tendue sous les ligaments capsulaires insérés sur le col. Un assistant mobilisant le membre inférieur, nous permit de constater que la collection n’atteignait pas la cavité articulaire. Ni son volume ni sa forme n’étaient modifiés par ces mouvements. Les éléments capsulaires furent incisés à la base du col d’un seul trait jusqu’à l’os, il sortit du pus qui était sous pression et dont l’expulsion fut soudaine. Les bordures de l’incision fibreuse étant agrandies par des traits transversaux nous arrivâmes avec la curette sur un foyer osseux qui correspondait très exactement à la zone du tissu juxtaconjugal et ne se poursuivait pas dans la tête. Le col fat largement entaillé à la gouge et au maillet afin d atteindre toute l’étendue des lésions. De ce foyer, on ne pénétrait pas dans la cavité articulaire, la membrane synoviale était indemne, elle fut réclinée à l’aide de la rugine.
Cette localisation au niveau du cartilage de conjugaison de l’extrémité supérieure du fémur est rare; ici le mode d’extension du pus concorde avec les données anatomiques. En effet, si le cartilage conjugal cervico-céphalique du fémur paraît englobé dans la zone d’insertion de la synoviale,
en réalité la disposition des fibres capsulaires avec leur insertion descendante sur le col est cause de cette apparence. L’insertion de la synoviale se fait au-dessus du cartilage de conjugaison.Ce cartilage et la portion attenante du col sont englobés dans le manchon fibreux et le cul-de-sac synovial, présente un feuillet qui tapisse la capsule fibreuse et un feuillet réfléchi ascendant qui tapisse le col. Mais celui-ci est très facile à décoller de la surface osseuse et normalement il est même soulevé par endroit par les frenula capsulae.
La plaie fut largement drainée. Malgré tous les soins : propidon, électrargol, sérum salé, l’enfant mourut le deuxième jour.
Depuis le début des premières douleurs, il s’était écoulé environ vingt jours. Mais cette localisation de la suppuration dans la région juxta-conjugale du col fémoral, au-dessous du feuillet réfléchi de la synoviale, sans participation de Varticulation est une forme exceptionnelle.
Le plus souvent le pus, bridé par la puissante capsule fibreuse, fuse dans l’articulation. C’est ce qui explique la fréquence des arthrites de la hanche au cours des ostéomyélites fémorales supérieures.
Au lieu de pratiquer une large arthrotomie, quelquefois amplifiée par la résection, nous avons simplement eu recours à l’évidement du foyer fémoral. i
Le caractère septicémique de l’affection et l’extrême prostration de la malade nous faisaient un devoir d’agir rapidement, d’évider largement les lésions mais d’éviter toute opération choquante.
LA NOTOCHORDE