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ACCIDENTS DU TRAVAIL

Avec MM. Belot et Robin nous avions observé un cas de fracture des épines du tibia, méconnue, à l’occasion d’un accident du travail. Il s’agissait d’un apprenti âgé de 15 ans, renversé par une automobile, ayant présenté, outre des ecchymoses, un gonflement du genou gauche. La radiographie qui avait été faite quelques jours après l’accident n’avait pas montré de lésions osseuses.

Or, ultérieurement, ce jeune homme se plaignait toujours de douleurs dans son genou gauche et d’impossibilité d’allonger sa jambe. L’examen clinique ne montrait que des modifications relativement minimes du genou, mais la radiographie a indiqué qu’il existait une fracture avec déplacement des tubercules inter-condyliens du plateau tibial gauche.

Nous avons conclu qu’il y avait fracture avec déplacement de ces tubercules, et avons estimé l’invalidité à 15 % (quinze pour cent).

Nous avons insisté sur la méconnaissance de ces lésions dans certains accidents du travail, et sur la nécessité de la radiographie qui, seule, dans les traumatismes du genou laissant des sequelles imprécises, permet un diagnostic précis.

Dans une autre observation, il s’agissait d’une luxation totale du métatarse en dehors, non réduite, et en dehors de l’intérêt même de la lésion, bien étudiée par Quenu et Kuss, il importait au point de vue de notre spécialité, d’apprécier la réduction de la capacité ouvrière dans un pareil cas. Or, l’étude des observations montre que les luxations du métatarse en dehors, non réduites, permettent dans bien des cas une marche relativement convenable : dans ces conditions, nous avons estjmé l’incapacité à 18 %. Il est possible, d’ailleurs, qu’avec le temps, il y ait une récupération fonctionnelle.

Enfin, nous avons encore étudié plus particulièrement la question des ruptures et pseudo-hernies musculaires dans les accidents du travail, avec M. Balthazard. Dans la plupart des cas, il s’agit de rupture des fibres musculaires et non pas d’une véritable hernie, constituée par l’issue à travers un orifice de la gaine aponévrotique d’une portion de muscle non rompu.

Dans les trois cas que nous avons rapportés, la lésion siégeait au biceps. La rupture a tendance à se cicatriser, mais elle n’entraîne pas une réparation complète : il existe un allongement musculo-tendineux qui entraîne une gêne fonctionnelle.

Dans un travail d’ensemble, fait avec MM. Balthazard et Vil- LARET, sur la fréquence des accidents du travail dans le temps, nous avons pu, grâce à une statistique considérable, portant sur près de 4.000 cas, fournir des graphiques qui indiquent que les accidents du travail se produisent avec un maximum à certains mois, à certains jours et à certaines heures. Il existe ainsi des

lois très générales qui régissent la foule des travailleurs et les prédisposent, à certains moments, aux accidents ; l’attention devient moins soutenue, la fatigabilité est accrue, les gestes automatiques perdent leur sûreté. Ces recherches, outre la précision qu’elles donnent, nous font soupçonner certaines raisons aux accidents du travail, et si nous les connaissions plus exactement, on serait peut-être conduit à une organisation plus appropriée du travail qui permettrait de faire diminuer les accidents dans la plus large mesure possible, et d’aboutir ainsi à une prophylaxie raisonnée, basée sur l’élimination des facteurs qui dépendent de l’ouvrier.

A propos du rapport de MM. Charbonnel et Massé, sur les résultats comparés des méthodes externes et de l’ostéo-synthèse, dans le traitement des fractures de jambes, j’ai signalé un cas particulièrement grave pour lequel j’ai eu à intervenir comme expert.

A l’occasion d’une dispute, un homme donne un coup de pied à un autre ; celui-ci tombe ; il a une fracture ouverte de la jambe gauche. L’état général s’aggrave après l’intervention chirurgicale (ostéo-synthèse), et un mois après on ampute cet homme, qui présentait à l’autopsie un état d’infection générale extrêmement grave (pneumonie, dégénérescence du foie, augmentation du volume de la rate, etc.).

Aux assises où l’agresseur fut conduit, j’ai eu, comme médecin expert, une certaine difficulté à faire saisir aux jurés et au Président comment la lésion initiale avait pu avoir une telle conséquence, et quelle pouvait être la filiation. L’ostéo-synthèse, dans ce cas particulier, s’est donc terminée par un désastre.

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