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LES RÉACTIONS DE DÉFENSE LOCALE DE L’ORGANISME VIS-A-VIS DU CANCER

L’organisme d’un être vivant réagit à l’envahissement tumoral. C’est là une notion bien connue en cancérologie, mais dont l’importance du point dé vue thérapeutique commence à peine à se dégager.

Nous avons eu l’occasion de souligner la valeur que prenait l’observation attentive des réactions de défense efficace de l’organisme, tant générales que locales, ou celle des phénomènes de déficience au cours du traitement des cancers par les rayons X ou le radium. Nous étions donc tout naturellement portés à rechercher si, chez la souris blanche soumise à l’action dy goudron, on pouvait déceler des modifications réactionnelles analogues, tout au moins locales, cet animal se prêtant mal à l’étude des réactions générales.

Les réactions défensives locales de l’organisme vis-à-vis des tumeurs en pathologie humaine ont été particulièrement mises en lumière par Dominici et Rubens Duval. Elles consistent principalement en réactions scléreuses et réactions cellulaires, polynucléaires ou mononucléaires, sans en excepter toutes les formes de macrophagie.

Nous pensons avoir trouvé dans les exemples suivants des faits comparables dont voici la description :

i» Réaction à type métaplasique du tissu conjonctif. — Une de nos souris présente une tumeur volumineuse assez riche en globes cornés, tumeur maligne en raison de son degré d’envahissement profond. Sous cette tumeur, et la séparant partiellement

Fig. 28. — Souris n° 249, au 21j° jour.

Réaction défensive fibroblastique au-dessous d’un épithélioma du goudron : a, revêtement malpighien normal; h, buyaux néoplasiques infiltrant le derme; c, barrière fibroblastique épaisse et serrée, formée par métaplasie progressive du tissu adipeux sous-jacent; d, tissu conjonctivo-graisseux en réaction inflammatoire avec infiltrat de cellules libres; c, masses musculaires;/, globe corné en voie de résorption, représentant un boyau épithéliomateux ayant pénétré profondément; il est entouré par une réaction à la fois fibreuse et cellulaire, visible sur le dessin; à cette réaction s ajoutaient des cellules géantes macrophagiques de corps étrangers qu’on ne distingue

mais d’une façon nette du tissu sous-jacent, on voit une barrière épaisse et serrée de fibroblastes. Ceux-ci tirent nettement leur origine du tissu adipeux plus profond dont les éléments cellulaires métaplasiés s’ordonnent pour opposer un obstacle a l’extension de la tumeur. L’interprétation que nous donnons de cette image histologique est encore renforcée par le fait suivant : au-dessous de la bande fibroblastique néoformée, on trouve dans l’hypoderme un amas corné sans cellules vivantes, entoure d’une réaction macrophagique giganto-cellulaire. Il y a donc la une. signature du rôle défensif du stroma conjonctivo-vasculaire, qui non seulement essaye d’enrayer la progression du néoplasme en profondeur, mais encore concourt à la résorption des masses épithéliomateuses qui avaient déjà pénétré dans l’hypoderme.

Cette réaction de défense paraît évidemment insuffisante, mais sa présence n’en est pas moins .intéressante quant à la superposition exacte qu’on en peut faire avec la reaction fibroblastique et scléreuse constatée dans le cancer humain.

2 o Réac tion à type de polynucléaires. - Il est fréquent de rencontrer au niveau de la base des tumeurs du goudron une infiltration inflammatoire à polynucléaires; nous l’avons déjà signalée tout au début de l’application du goudron. Mais plus tard, quand la tumeur est constituée, cette réaction prend un caractère plus intense et ses effets sont particulièrement importants. , .

La distribution topographique des polynucléaires rappelle la disposition de la barrière fibroblastique signalée plus haut. Ils forment une bande soulignant la tumeur et l’isolant du tissu sous-jacent. Tel est le premier fait dont l’interprétation peut rester douteuse et que nous discuterons ci-après.

Dans quelques cas, nous avons pu remarquer que lors du prélèvement de fragments de tumeurs macroscopiquement importantes, toute la partie centrale de la masse néoplasique s’éliminait sans qu’il soit possible de la maintenir en place. L’examen histologique montre alors qu’il n’existe plus trace de tumeur, mais seulement une ulcération à bords surélevés dont le fond est tapissé par une lame de pus. Il y a là, à notre avis, une véritable élimination spontanée. Il faut remarquer cependant que toute efficace que soit parfois cette élimination, elle n’est pas toujours suffisante, comme le prouvent certains cas ou une moitié seulement de la tumeur a été séparée du tissu conjonctif

sous-jacent, alors que l’autre moitié est restée absolument adhérente.

La présence de ces nappes purulentes pourrait être interprétéecomme une simple réaction inflammatoire secondaire à une ulcération. Nous ne pensons pas qu’il en soit ainsi, car nous

Fig, 29. — Souris n° 294, au 21Ç jour.

Réaction défensive à type de polynucléaires, dans un cas d’épithélioma spino-cellulaire du goudron. La partie droite de la figure montre la zone épithéliomateuse encore en place; à gauche, au contraire, une moitié de la tumeur a été éliminée. — a, zone épithéliomateuse avec boyaux malpighiens à globes cornés; h, couche cornjonctive infiltrée de polynucléaires ; c. zone purulente ayant isolé la tumeur des plans sous-jacents; d, zone conjonctive sous-jacente à la tumeur éliminée; réaction inflammatoire aiguë à polynucléaires; e, tissu conjonctivo-musculaire intact.

avons souvent observé de larges fissures épithéliales où des ulcérations plus ou moins vastes se montraient indemnes de toute réaction supptirée.

En résumé, on retrouve chez la souris blanche porteuse de tumeurs au goudron, des réactions de défense locale de l’organisme en tous points comparables à celles que l’on connaît chez

l’homme. Ce fait de biologie générale présente, du point de vüe expérimental, un intérêt capital, puisqu’il nous mettra en mesure d’étudier sur l’animal les modalités diverses, actions favorables ou défavorables créées par des processus thérapeutiques variables. On peut en tirer enfin cette conclusion d ordre pratique : s’il y a lieu d’étudier le cancer lui-meme, tant humain qu’expérimental, il est aussi important de chercher à connaître les réactions locales de l’organisme qui accompagnent le développement d’une tumeur et concourent parfois à limiter son extension.

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