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CARACTÉRISÉE PAR UNE INFÉRIORITÉ PHYSIOLOGIQUE DES TISSUS

Sur une maladie générale caractérisée par une infériorité physiologique des tissus. Im S emaine mêd., 20 juin 1894, n« 36, p. 28S; Bulletin de l’Académie de médecine, 1898, 3" série, tome XXXIX, p. 433 ; Traité de Chirurgie, Duplay et lieclus, tome Vil, p. 380.

Nous avons décrit après le professeur Bouchard un état pathologique très fréquent et caractérisé par une infériorité physiologique des tissus qui frappe le plus grand nombre des appareils et des organes.

Chez les malades atteints de cette affection, la peau est souvent sèche et jaunâtre, ses rides sont précoces et profondes, sa teinte est celle des'cholémiques de Gilbert. La forme générale du corps est assez caractéristique ; les membres sont relativement grêles, à contours arrondis, avec faibles saillies musculaires ou osseuses, et si cette constatation n’a généralement qu’une importance secondaire

volume. Il n’adhère en aucun point et sa réduction dans la fosse lombaire s’effectue très facilement, h moins que le foie n’ait pris sa place. Nous avons vu cette néphroptose devenir bilatérale. Les malades se plaignent souvent d’un endolorissement de la région des lombes avec une sensation de pesanteur du c6té de l’abdomen, le tout plus marqué à droite. Le Mon est le siège de contractures localisées et fugaces, de véritables spasmes; l’entérite muco-membraneuse est habituelle, et chez plusieurs malades laparotomisés pour des affections intercurrentes, nous avons vu tes parois de l'intestin grêle très minces et transparentes. Le rectum n’est pas indemne ; les hémorroïdes sont fréquentes, le toucher rectal fait constater une paroi molle, flasque.

L’équilibre de Vappareil génital est également rompu. Chez la femme, le toucher montre la paroi antérieure, du vagin flasque et en prolapsus, le col est abaissé, la rétroflexion est fréquente. Cet examen, pratiqué dans la station debout et dans la position genu-pectorale, permet de constater une mobilité notable de l’organe; les annexes sont indemnes. Ces troubles de la statique génitale font partie du cortège habituel de la maladie; elles peuvent dominer la situation ou n’ètre qu’un des éléments secondaires, mais elles sont toujours importantes. Règles régulières, pas ou peu douloureuses, d’abondance et de durée normales, flexions utérines et surtout rétroflexions réductibles, prolapsus de la paroi vaginale, abaissement de l’utérus allant jusqu’à la descente de cet organe au niveau de la vulve, le tout chez des femmes vierges ou nullipares, telles sont les altérations les plus fréquentes. Chez l’homme, on note fréquemment le varicocèle ou l’orchidoptose.

Le système nerveux est également touché ; on constate d’ordinaire tous les troubles dont l’ensemble constitue ce qu’on est convenu d’appeler : neurasthénie; les névralgies si fréquentes dans ces cas acquièrent une importance très grande, car elles sont facilement mises sur le compte des déplacements organiques et pourraient donner lieu à des opérations inutiles.

Du côté du système vasculaire, la dilatation des veines des membres inférieurs est communément observée. Les varices sont le plus souvent bilatérales. Indolentes et elles témoignent bien alors d’une insuffisance du tissu des veines, insuffisance qu’il nous faut bien dire physiologique, puisqu’elle n’est imputable à aucune cause pathologique.

Nous venons de décrire la forme la plus fréquente et la plus nette, mais il existe bien d’autres types morbides constitués par le groupement de cette infériorité des tissus sur quelques régions ou quelques organes. Quelquefois la sangle abdominale, le plancher pelvien et le système veineux sont seuls en état d’infériorité. D’autres fois, il y a flaccidité scrotale, orchidoptose ou dilatation de l’estomac;

les accidents peuvent être plus légers encore, et je fais entrer certaines formes de pied, plat valgus dans le cadre de cet étal morbide.

Cette dystrophie peut s’affirmer et se poursuivre aussi bien sur les tissus pathologiques que sur les éléments normaux. Le tissu cicatriciel chez ces malades est Irès peu résistant. Les cicatrices accidentelles ou chirurgicales s’effondrent avec la plus grande facilité et . rendent d’autant plus aléatoires les opérations plastiques. Les récidives à la suite des cures radicales' de hernies, ou de fixations opératoires d’organes déplacés, sont dues bien plus souvent à ce défaut de plasticité qu’au procédé de suture employé.

Ces faits n’ont pas simplement un intérêt théorique, ils ont une grande importance pratique; en présence d'un rein mobile, d’un utérus prolobé, il ne faut pas se borner à l’application d’un bandage ou proposer une fixation opératoire ; il faut penser qu’il s’agit d’une affection généralisée contre laquelle il faut instituer une thérapeutique générale. Ces femmes qui, à la suite d’opérations plastiques parfaitement exécutées, irréprochables de technique, souffrent encore, même îi longue échéance, rentrent pour une large part dans le cadre de l’infériorité physiologique des tissus; toutes ces opérations, qui échouent indéfiniment, malgré nos sutures les plus parfaites et nos soins les plus minutieux, s’adressent à des organes ainsi altérés, et il y a certes dans les examens incomplets une des causes les plus fréquentes de nos échecs thérapeutiques. C'est plus souvent dans la nature du déplacement que dans notre mode de réparation qu’il faut rechercher la cause de l’insuccès opératoire. Et il ne faut intervenir chez ces malades qu’avec la plus grande réserve.

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