INFLAMMATIONS
L’inflammation peut être regardée comme la série des phénomènes observés dans les tissus et les organes analogues à ceux produits expérimentalement, sur les mêmes parties, par des agents irritants, physiques, chimiques ou parasitaires. Les bactéries en sont une des causes les plus communes. D’où la nécessité d’étudier d.’abord les inflammations expérimentales.
Inflammation expérimentale du grand épiploon, en commun avec M. Ranvier. — Dans les expériences faites sur les cobayes adultes, chez qui le grand épiploon est formé de mailles de tissu conjonctif tapissées de cellules plates, on observe d’abord, à la suite de l’injection de quelques gouttes de solution de nitrate d’argent au centième, une tuméfaction trouble des cellules qui se détachent des travées de la membrane, et deviennent libres. Ces cellules entrent en prolifération, présentent plusieurs noyaux, et lorsque l'inflammation touche à sa fin, elles se montrent étalées de nouveau à la surface des travées, tout en conservant un certain temps un protoplasma tuméfié et de gros noyaux (Société de biologie). La recherche de la karyokinèso faite récemment par MM, Toupet et Cornil a montré un grand nombre de figures de division nuclaire au moment où les cellules tapissent de nouveau les mailles de l’épiploon. Dans les parties vascularisées de cette membrane, les cellules endothéliales des capillaires sont souvent en karyokinèse.
Recherches histologiques sur l’action toxique de la cantharidine et de la poudre de cantharides. (Communication à l’Académie des Sciences, 26 janvier et 8 mars 1880). — Inflammations causées par la cantharidine.— La cantharidine injectée sous la peau, à la faible dose de 1 centigramme chez le lapin, produit des accidents d’intoxication mortels.
Une demi-heure après l’injection, j’urine contient déjà de l’albumine, et les globules blancs passent des vaisseaux des glomérules dans la capsule de Bowmann; quarante minutes après l’injection, sur les coupes du rein durci par l’acide osmique, on voit, autour du bouquet glomérulaire, dans la capsule de Bowmann, un exsudât granuleux contenant une grande quantité de cellules lymphatiques. Les cellules
plates de la capsule sont restées en place, bien qu’elles-soient un peu tuméfiées. Tout le svsteme vasculaire du rein est gorgé de sang. Les cellules des tubes urinifères contournés sont toutes tuméfiées et comme noyées dans un exsudât granuleux.
Deux heures après l’injection, les cellules plates de la capsule ne sont plus en place, ou même elles ont disparu. A ce moment apparaissent de nouvelles lésions portant sur les cellules des tubes droits et des gros tubes collecteurs. Ces cellules, qui sont cylindriques à l’état normal, se tuméfient, se segmentent, deviennent irrégulièrement pavimenteuses ou polygonales par pression réciproque, remplissent la cavité des tubes droits et perdent leur qualité de cellules de revêtement. Des cellules lymphatiques migratrices s’interposent dans les interstices qu’elles laissent entre elles en se moulant sur leurs surfaces. Quelques globules
tubes urinifères.
Si les animaux ne succombent pas à cette intoxication, la néphrite dure peu; 24 ou 48 heures après l’injection, on voit un exsudât colloïde dans la cavité des glomérules; des cellules encore tuméfiées se réappliquent sur la membrane de Bowmann.
La cantharidine détermine donc d’abord dans le rein, presque aussitôt après son introduction sous la peau, la sortie des globules blancs et des globules rouges des vaisseaux glomérulaires, le gonflement des cellules de la capsule de Bowmann et un état granuleux des cellules des tubes contournés ; peu de temps après, un catarrhe très intense des tubes droits et collecteurs.
La vessie est atteinte d’un catarrhe superficiel une heure après l’injection. De grosses cellules, contenant de deux à huit ou dix noyaux, se desquament à sa surface en même temps qu’on y observe des cellules lymphatiques.
La muqueuse du tube gastro-intestinal et celle des voies respiratoires offrent les lésions du catarrhe aigu. Bien que la cantharidine soit injectée sous la peau, l’intestin des lapins se remplit d’une sécrétion muqueuse abondante contenant en suspension des globules blancs et une infinité de cellules cylindriques caliciformes détachées de la surface des villosités. Sur les coupes de la muqueuse, on voit les villosités en partie ou en totalité dépouillées de leurs cellules de revêtement ; certaines villosités couvertes de cellules lymphatiques ou de petites
cellules cubiques et infiltrées de cellules lymphatiques ressemblent à des bourgeons charnus. D’autres sont restées minces, bien qu'altérées comme les précédentes.
La trachée, les.bronches et les alvéoles pulmonaires sont altérés de la même façon que l’intestin et le rein. Deux heures après l’injection, le revêtement épithélial de la trachée et des bronches, plus épais qu’à l’état normal, présente des cellules migratrices qui s’interposent aux cellules cylindriques. Celles-ci disparaissent par places et sont remplacées par des couches superposées de cellules rondes dont les plus superficielles possèdent des cils vibratiles. Dans certaines parties du tube trachéal, on trouve parfois des elevures constituées par une accumulation des cellules du revêtement épithélial mêlées à des cellules lymphatiques.
Les bronches, et tout particulièrement les plus petites, sont plus ou moins remplies par des cellules épithéliales proliférées et par des cellules'lymphatiques: Celles-ci s’accumulent d’abord à la base du revêment épithélial, et elles soulèvent les cellules cylindriques ou bien elles
Les alvéoles pulmonaires, dans les lobules les plus enflammés, sont complètement remplis de cellules rondes comme dans une pneumonie catarrhale; d’autres sont simplement congestionnés.
Les petits vaisseaux pulmonaires, artérioles et veinules, offrent presque tous une couche adhésive, continue, de globules blancs accolés à leur membrane interne.
Les vaisseaux capillaires du foie sont parfois obstrués par des globules blancs qui y forment, de distance en distance, de petites thromboses capillaires.
Tout porte à penser que ces lésions multiples, causées par la cantharidine, sont dues d’abord à une action irritante directe produite par cette substance sur la membrane interne des vaisseaux, d’où il résulte une désintégration de l’endothélium et une diapédèse des globules sanguins. Bientôt une action analogue se produit sur les revêtements épithéliaux des muqueuses et du rein. (Académie des Sciences, 26 janvier et 8 mars 1880, journal de Kobin, 1880, avec 2 planches lithogra¬
phiées).
M. Comil a étudié ensuite l’empoisonnement lent par la eantharidine et trouvé, dans les reins de chiens qui ont servi à ces expériences,