INFECTIONS DES PAUPIÈRES ET DE L'APPAREIL LACRYMAL
SpOROTRICHOSE PALPÉBRALE PRIMITIVE.
Nous avons eu l’occasion d’étudier le premier cas de sporotricliose palpébrale primitive chez un malade de 70 ans qui présentait une lésion ulcéreuse
marginale de la paupière supérieure et une série de petits abcès superficiels avec cordon lymphangitique de la joue et adénopathie préruriculaire et sousmaxillaire.
Dans une autre observation, la lésion sporotrichosique primitive siégeait dans la région lacrymale et simulait une fistule lacrymale. L’infection sporo-
trichosique au début étant facilement enrayée par le traitement ioduré, il importe de savoir dépister ces lésions primitives sous leurs multiples aspects. (V. Mokax et Ph. Garlotti : La sporotrichose palpébrale. Annales d’Oculistique, 1908, t. CXXXIX, p. 4i8.)
(V. Mobax : Sporotrichose primitive des paupières simulant une fistule lacrymale. Annales d’Oculistique, igiî, t. CXLIV, p. t83).
lisation primitive de l’infection sporotrichosique. J’en ai relaté un cas des plus démonstratifs chez un ^omme de 4o ans, qui présentait depuis quelques semaines des symptômes de dacryocystite suppurée. La région du sac lacrymal était soulevée par une collection fluctuante du volume d'un pois et très sensible à la pression. Les ganglions préauriculaires étaient augmentés de volume et le malade avait noté leur présence dès le début de l’affection lacrymale. La nature sporotrichosique de l’inflammation lacrymale avait été cliniquement soupçonnée en raison de cette adénopathie et de quelques petits phénomènes anormaux tels que la présence de deux nodosités, l’une siégeant dans l’épaisseur de la joue et l’autre au-dessus de la branche horizontale du maxillaire inférieur. La confirmation du diagnostic fut apportée par l’analyse bactériologique du pus. après incision de la poche laorymale, et par la guérison complète obtenue par l’emploi seul de l’iodure de potassium.
(V. Morax : Sporotrichose primitive du sac lacrymal. Annales d’Oculistique, iqn, t. CXLVI, p. 4q).
C’est une des mycoses les plus anciennement* connues de l’appareil visuel. Elle donne lieu à de» concrétions formées par un feutrage mycélien qui obstruent, en le dilatant, le canalicule lacrymal. Il suffit d’écraser un peu de la concrétion pour mettre en évidence le parasite, le streptothrix de Focrster, champignon filamenteux. Cette mycose est fréquemment décrite sous le nom d’actinomycose des canalieules lacrymaux.
Dans les concrétions lacrymales, le parasite se montre sous la forme do
réactions colorantes et par leur structure des bactéries filamenteuses. Les filaments se fragmentent en tronçons plus ou moins grands donnant ainsi
naissance à des formes bacillaires ou à de pseudo microcoques. Cette fragmentation est le seul mode de reproduction de cet organisme.
Dans les cultures, la morphologie est la même, mais on rencontre parfois des filaments renflés à leur extrémité.
La culture et l’isolement du parasite est difficile si l’on utilise les milieux
milieux anaérobies. Elles Offrent certaines analogies avec le Discomyces Israeli, parasite fréquent de l’actinomycose humaine, mais sont tout à fait différentes de l’actinomyces bovis. Le Streptothrix ou plus exactement le Discode terre, ni sur carotte.
(V. Morax : Note sur les concrétions des canalicules lacrymaux.
Annales dVculistique , i 9 o 5, t. CXXX1Ï1, p. 188).
(Pinoy et Morax : Note sur les concrétions des voies lacrymales. Etude mycologiquë. B. de la Soc. d’ophtal. de Paris 1911, p. 9 5).
Infection palpébrale par i.a bactéridie charbonneuse.
J’ai eu l’occasion d’étudier, au point de vue clinique et bactériologique, un cardeur de laine, atteint de pustule maligne de la paupière supérieure que j’ai pu suivre à partir du troisième jour de son affection jusqu’à sa guérison. 11 présentait les symptômes classiques de la pustule maligne. Après une période de délire et d’hyperthermie, on constate au septième jour un brusque abaissement de la température. Jusqu’au dixième jour, il semble que la guérison se poursuive rapidement. Malgré des lavages buccaux répétés, on voit évoluer à partir du douzième jour une infection phlegmoneuse putride de la joue n’ayant qu’un rapport indirect avec l’infection initiale.
Pendant l’évolution de la pustule maligne on constatait facilement par l’examen microscopique et les cultures, la présence de la bactéridie au niveau des paupières, mais malgré l’oedème considérable de la face et du cou, il ne fut pas possible de retrouver la bactéridie en dehors de la zone palpébrale. La sérosité et le pus du phlegmon ligneux de la joue ne renfermait pas de bactéridies charbonneuses mais plusieurs espèces microbiennes aérobics et anaérobies.qui firent penser à une origine buccale de l’infection secondaire.
L’œdème de la joue, au cours de la pustule maligne, avait comprimé la muqueuse buccale au niveau d’une molaire carriée et provoqué la formation d’une eschare qui devint la porte d’entrée de l’infection mixte secondaire.
A l’occasion de ce fait, j’ai compulsé la littérature ophtalmologique et médicale et j’ai conclu des 5o observations réunies que le pronostic de la
localisation palpébrale de l’infection charbonneuse n’était pas plus grave que celui des autres localisations, mais que néanmoins la mortalité atteignait 3o %, (V. Mobax : Le pronostic de la pustule maligne des paupières. Annales d’Oculistique, 1907, t. CXXXVIII, p. 338).
Si l’on ne prend pas soin de rechercher la cause de l’affection lacrymale dans chaque cas particulier, on ne reconnaîtra pas les cas de tuberculose lacrymale, si ce n’est à une époque tardive, alors qu’un lupus facial è point de départ lacrymal, fait suite à la dacryocystite. Cette tuberculose lacrymale n'est que le résultat de l’extension d’une tuberculose nasale, souvent latente, si bien que l’affection lacrymale devient le premier signe révélateur de la tuberculose nasale du type lupique.
Chez les jeunes sujets, enfants ou adolescente, atteinte d’affection lacrymale, il faudra toujours penser à l’étiologie tuberculeuse des lésions, si la syphilis ou le rétrécissement traumatique des voies lacrymales sont sûrement écartés. L’inoculation au cobaye d’un petit prélèvement biopsique de la muqueuse nasale permettra généralement de reconnaître la nature tuberculeuse de l’affection. Cette démonstration est basée sur l’étude de quelques observations.
(V. Mobax : Le lupus des voies lacrymales. B. et M. de la Société Française d’Ophtalmologie, 1898, p. taa).
Tuberculose du bobd libre palabrai..
Le fait étudié au point de vue histologique et bactériologique, concernait un jeune homme exempt de tout autre symptôme local ou général ; depuis un . an,’ le bord libre des paupières de l’œil droit s’était épaissi et présentait une
attentif montrait, surtout dans le r/3 externe, une irrégularité de la surface épidermique recouverte de croutelles furfuracées, une série de bosselures d’origine nettement meibomiennes et donnant l’impression de petits chalazions. En pressant sur ces formations, on faisait sourdre un peu de substance contenue dans les glandes sous la forme de vermicelles. L’exérèse des lésions, suivie de la réfection autoplastique, nous a permis de faire des inoculations et l’étude histologique des lésions. L’inoculation a montré qu’il s’agissait dé lésions tuberculeuses. L’étude dos coupes fait, reconnaître que le processus
tions du globe oculaire ou du nerf optique. Ce rôle est encore du domaine de l’hypothèse. Dans les faits que j’ai étudiés, le rapport entre le foyer infectieux dentaire et la lésion palpébrale ou orbitaire est plus direct et d’une démonstration plus facile. Il s’agit en général d’une périostite dentaire avec abcès donnant lieu à une propagation infectieuse sous le périoste du maxillaire supérieur, jusqu’au niveau du contour orbitaire. C’est à ce niveau que se collecte l’abcès secondaire, tantôt au niveau de la région lacrymale, donnant lieu à dos suppurations parfois confondues avec les suppuration® d’origine lacrymale, tantôt au niveau de la région malaire. Le siège de cette localisation secondaire est en rapport avec là dent atteinte, incisive ou canine pour les abcès de la région lacrymo-nasale, prémolaire ou molaire pour l’abcès de la région malaire. L’examen du pus de l’abcès permet de différencier ces suppurations d’origine buccale, toujours polymicrobiennes, et contenant des espèces microbiennes anaérobies, des suppurations d’origine lacrymale généralement causées par le streptocoque et dans lesquelles la présence des anaérobies est tout à fait exceptionnelle. En raison de l’origine périostée, la cicatrisation donne toujours lieu à une adhérence ostéocutanéc qui permettra de faire un diagnostic rétrospectif.
(V. Morax : Abcès périostiques orbitaires d’origine dentaire, 1909. B. de la Soc. d'Ophtalmologie de Paris. — Abcès de la région lacrymo-nasale par infection d’origine dentaire, d° 1923.
Infection anaérobie d’origine lacrymale.
Je n’ai rencontré qu’une seule fois, au cours des suppurations qui compliquent l’atrésie des voies lacrymales, un processus infectieux ayant les caractères cliniques de l’infection anaérobique : lésions gangréneuses de la région du sac lacrymal avec pus à odeur fétide, teint terreux, état général gravement affecté. L’analyse bactériologique du pus nous a fait constater sur les frottis la présence du streptocoque, d’un cocco-bacillo et d’un bacille filamenteux ; les cultures aérobies et anaérobies nous ont permis d’isoler le streptocoque (aérobie), le bacillus funduliformis (anaérobie) et un cocco-bacille (anaérobie). Les cultures de ces deux dernières espèces microbiennes anaérobies ont une odeur fétide et leur inoculation sous-cutanée chez le cobaye et le lapin provoquent des abcès avec sphacèle et parfois la mort de l’animal.
Il y a lieu de distinguer les processus de nécrose qui sont assez fréquents au niveau des paupières et qui peuvent être réalisés par différentes infections locales (streptocoques, staphylocoques, bactéridie charbonneuse etc.) du pro cessus de gangrène ou nécrose putride, toujours lié à l’infection par des micro'r
bes anaérobies et reconnaissable cliniquement à l’odeur putride dégagée par le foyer de nécrose. Cette nécrose putride des paupières est exceptionnelle.
(Veillon et Morax : Péricystite gangréneuse. Annales d'Oculistique, 1900, t. CXXIII, p. 175.)
(V. Morax : Nécrose et gangrène des paupières. Annales d'Oculistique , 1902, t. CXXVII, p. 43.)