INFECTIONS DU GLOBE OCULAIRE ET DES MEMBRANES INTRA-OGULAIRES
Mes recherches ont porté d’une part sur les infections pénétrantes à la faveur d’un traumatisme opératoire ou accidentel, et d’autre part sur les localisations infectieuses oculaires au cours de différentes maladies infectieuses.
Infections traumatiques.
L’infection oculaire consécutive à une intervention, constitue la principale préoccupation de l’opérateur. Grâce aux procédés de stérilisation, tout ce qui entre en contact avec le champ opératoire peut ctre aseptisé. Mais le champ opératoire lui-même, le sac conjonctival ne peut être soumis qu’à une désinfection relative. Le perfectionnement technique a réduit à un très petit nombre les cas de complications infectieuses postopératoires. Si l’on fait la part des infections par faute technique, il subsiste néanmoins un certain nombre d’infections irréductibles, relativement bénignes dans leur évolution, si on les compare aux infections destructives qui suivaient autrefois les interventions dans une proportion de 10 à i5 0/0.
L’étude de ces infections opératoires comporte d’une part la connaissance de l’état de septicité du sac conjonctival à l’état normal et pathologique et d’autre part la détermination de la nature des agents infectieux constatés dans les lésions observées.
L’analyse bactériologique systématique du sac conjonctival a montré l’existence constante de quelques espèces saprophytes dont un bacille du type pseudo-diphtérique prenant le Gram : le bacille Massué ou bacille du
l’infection était due
21 fois au pneumocoque ;
9 fois au staphylocoque ;
3 fois h des bacilles mal déterminés.
Dans les ^infections limitées au segment antérieur, du type iridocyclite,
du Xérosis et une fois un bacille non déterminé. y ^ ’ e
Au point de vue clinique, les complications infectieuses des plaies opératoires peuvent être dites immédiates, lorsqu’elles débutent dans les trois jours qui suivent l’intervention ; ces infections immédiates peuvent être aiguës et rapidement destructives de la fonction visuelle par panophtalmie ou subaiguës et limitées au segment antérieur.
Lorsque les suites opératoires ont été normales au cours des trois premiers jours et que la complication infectieuse ne se manifeste que passé ce délai
on la qualifie de tardive. En laissant de côté les cas où une réouverture de la plaie opératoire replace l’œil dans les conditions d’une infection immédiate, il y a lieu de créer deux catégories d’infections tardives.
Dans la première catégorie, l’infection n’est nullement dépendante de l’état de la plaie opératoire ; son évolution sera bénigne ou maligne sans qu’il soit possible de le prévoir aux premiers symptômes. La variété maligne sera représentée par l’uvéite sympathique.
La seconde catégorie diffère étiologiquement de la première par ce fait contrôlable par l’examen au microscope cornéen d’un pincement capsulaire ou irien ou d’un renversement du lambeau conjonctival créant une fistulisation de la plaie opératoire. J’ai rencontré le pneumocoque, dans le pus oculaire, dans un fait appartenant à cette catégorie de complications ; ce que nous savons de la fréquence du pneumocoque dans le sac conjonctival normal, de sa rapide prolifération au niveau de toute perte de substance épithéliale cornéenne ou conjonctivale nous fournit une interprétation facile de ce type d’infection tardive.
Par contre, nous n’avons pas encore élucidé l’étiologie des accidents infectieux de la première catégorie. La plaie étant close régulièrement nous sommes amenés à admettre que l’agent infectieux n’a pu pénétrer dans la chambre antérieure qu’au moment de l’acte opératoire. Comme nous ne pos sédons qu’un très petit nombre de faits suffisamment étudiés il est impossible de fournir une interprétation définitive. On peut néanmoins discuter les hypothèses proposées. On a admis que ces infections tardives résultaient d’une infection atténuée causée par les saprophytes du • cul-de-sac conjonctival et pour établir l’action pathogène possible de ces saprophytes de la muqueuse humaine on a injecté dans le corps vitré du lapin des quantités importantes de culture de ces microbes. A mon avis cette expérience ne démontre rien, car en tout état de cause la pénétration des saprophytes dans la chambre antérieure, au moment de l’acte opératoire, ne peut pas être assimilée à l’injection brutale d’un très grand nombre de bacilles ou de cocci.
Pour étudier le rôle éventuellement pathogène des saprophytes conjonctivaux, j’ai recherché ce qui se passe chez des accidentés ayant des corps étrangers intraoculaires. L’extraction du corps étranger faite dans les conditions d’asepsie rigoureuse, celui-ci est ensemencé sur les différents milieux de culture. J’ai pu, par ce moyen, constater la présence du bacille massué et du staphylocoque blanc, en très petit nombre. Et cependant les suites furent normales ; il ne se produisit pas la moindre réaction inflammatoire immédiate ou tar-
J’en ai conclu que l’hypothèse d’une inflammation saprophytique devait être écartée.
Ulbrich ayant constaté la présence d’un bacille du groupe subtilis dans une iridocyclite tardive succédant à une extraction du cristallin (il s’agissait
cyclite et un abcès oristallinien causé par la prolifération d’un bacile filamenteux aérobie, sporulé, sans aucun rapport avec le groupe subtilis mais suivant toute probabilité d’origine tellurique. A la température de 87°, les spores résistent alors que les bacilles sont tués.
Ce bacille sporulé s’est montré pathogène pour l’œil du lapin à la condition de créer, au moment de l’injection, une cataracte traumatique. Par le chauffage à 87* il est facile de n’injecter que des spores vivantes. Nous avons vu que dans ces conditions les symptômes inflammatoires se sont produits dans les mêmes conditions que lorsqu’on injectait la culture entière et que dans aucune expérience il n’était possible de mettre en évidence la persistance d’une spore dans le cristallin cataracté alors qu’on y retrouvait le bacille i4 jours après l’inoculation.
(V. Morax : Recherches bactériologiques et cliniques sur l’étiologie des conjonctivites aiguës et sur l’asepsie dans la chirurgie oculaire. Th. Paris 189/1). — Etiologie des infections post-opératoires subaiguës et tardives. Rapport présenté à la section d’ophtalmologie du 16 e Congrès International de Médecine, Budapesth 1909. — Discussion on the cause of thé infection after the extraction of senile cataracte. Rapport présenté au Congrès Ophtalmologique d’Oxford. Juillet 1921. Transactions of the opht. Society of the United Kingdom 1921 p. 375).
Ophtalmie sympathique.
Le mystère enveloppant cette affection singulière qui a pour résultat fréquent la perte fonctionnelle des deux yeux à la suite de la blessure d’un seul globe n’est pas encore complètement éclairci ; nous ne connaissons pas l’agent infectieux qui après avoir franchi la coque scléralc ou cornéenne à la faveur du traumatisme provoque des lésions inflammatoires particulières de l’uvée de l’œil blessé puis peut se propager par voie sanguine à l’uvée de l’œil sain.
Cette conception infectieuse de l’ophtalmie sympathique n’est cependant encore qu’une hypothèse qui s’accorde mieux avec nos connaisances de pathologie générale que les conceptions anciennes. Elle repose néanmoins sur une base anatomique : l’identité des lésions uvéales développées dans l’œil sympathisant (œil blessé) et celles qui apparaissent dans l’œil sympathisé. Ces lésions consistent dans une. infiltration lymphocytaire de l’iris ou de la choroïde, infiltration qui forme une véritable nappe donnant lieu à un épaississement considérable de la choroïde ou dans d’autres cas à de petits nodules disséminés dans l’uvée. L’étude de ces lésions a été faite par Lenz, Ruge, Fuchs, Wagen-
>ù l’ophtalmie sympathique
odmèrent rapidement. L absence de toute autre localisation sporodécelable compliquait singulièrement le diagnostic étiologique, nve que le sporotrichome initial peut passer inaperçu. En présence choroïdite d’étiologie imprécise il ne faudra pas omettre l’hypothèse trichose, même en l’absence de tout autre symptôme de cette infecdiagnostic ne peut être fixé, il sera prudent de recourir à la thé-
Société d’Ophtalmologie de Paris 1906, p. i35. — Formes rares d’iritis : iritis au cours du psoriasis ; iritis récidivant blennorhagique. Annales d’Oculistique 1893, t. GV1IÏ, p. 368. — Des localisations oculaires ou périoculaires au cours de la staphylococcie. Annales d'Oculistique 1910, t. GXLIV, p. 10. — Uvéite sporotrichosique avec gomme sporotrichosique épiscléralc. Absence de toute autre localisation sporotrichosique décelable. Annales d’Oculistique 1915, t. CLII, p. 273. — Iritis au cours d’une infection intestinale dysentériforme. Annales d’Oculistique 1917, t. CUV, p. 45. — Les affections oculaires dans la trypanosomiase humaine. Annales d’Oculistique 1908, t. XL, p. 89).
(V. Morax et Kerandel. Un cas de cyclite dans la trypanosomiase, humaine. — B. de la Société de Pathologie exotique 1908, p. 398).