LES ALBUMINURIES DE LA GROSSESSE
.l’ai été conduit à étudier les albuminuries de la grossesse, sous trois aspects différents, reliés entre eux par un lien étroit : d’une part, les
alhuminuries que j’ai appelées par suppuration, — d’autre part, la pathogénie des hémorragies placentaires, — enfin l’hypertension gravidique.
ALBUMINURIES PAR SUPPURATION
On ne distinguait jusqu’à ces dernières années, dans les albuminuries de la grossesse, que deux catégories de faits : d’une part, des cas exceptionnels d’albuminurie par « brightisme », — d’autre part, des cas fréquents, mais mal définis, désignés sous le nom d’ « albuminuries gravidiques » ; c’est en examinant de près un certain nombre de ces derniers cas, qu’il m’a été donné de constater qu’une partie importante d’entre eux, environ un tiers des cas, était constituée par des « albuminuries par suppuration », suppurations localisées sur un point quelconque des voies urinaires.
J’avais été frappé du fait que certaines albuminuries gravidiques, et non des moindres, se signalant par la présence quelquefois de plusieurs grammes d’albumine par litre d’urine, ne s’accompagnaient pas, la plupart du temps, des symptômes généraux classiques des albuminuries de la grossesse, c’est-à-dire, de céphalée, de troubles de la vue, de douleurs épigastriques, d’œdème, d’hémorragies placentaires, d’amaigrissement ou de mort du fœ.tus. L’aspect macroscopique des urines, très abondantes, troubles, donnant un dépôt purulent considérable, se remarquait principalement chez les femmes albuminuriques qui échappaient aux troubles précédents.
J’ai alors examiné, gn 1905, d’une façon spéciale, au point de vue de la présence du pus, les urines des femmes qui entraient à la Clinique Baudelocque avec de l’albumine dans les urines. Sur une première série de 15 albuminuriques, 6 avaient du pus dans les urines, et on notait chez elles, l’absence des symptômes cliniques habituels de l’albuminurie. Sur mon conseil, mon élève Thébault entreprit pour sa thèse une série de recherches dans cette direction, et, en groupant les cas observés par lui avec ceux que j’avais déjà réunis, il lui fut donné de constater que sur une série assez importante d’une cinquantaine de cas d’albuminune de la grossesse, il s’agissait toujours, dans un tiers des cas environ, d’albuminuries par suppuration.
La palhogénie des albuminuries gravidiques s’écdairait donc, pour un tiers des cas, d’une explication nouvelle à laquelle devait s’adapter une nouvelle thérapeutique, plus spécialement dirigée contre la suppuration des voies urinaires, si fréquemment sous la dépendance d’une infection . colibacillaire sanguine à point de départ intestinal. Cette thérapeutique comprend surtout l’administration de l’urotropine, la prescription d’un régime aussi peu toxique que possible, l’emploi des agents à base de fermentation lactique, et surtout la lutte quotidienne et continue contre la constipation. Depuis, il m’a été donné de grouper, à côté de ces suppurations franches s’accompagnant d’albuminurie, des cas extrêmement fréquents au cours de la grossesse, dans lesquels l’infection des voies urinaires se signale, non par de l’albumine, mais par une simple bactériurie ; donnant lieu à un aspect trouble des urines, à de la polyurie, ii des troubles gastriques très prononcés. 11 s’agit encore dans ces cas d’infection colibacillaire du sang, agissant sur les voies urinaires, et il suffit dans ces circonstances, de s’adresser avec persévérance et énergie ii l’intoxication intestinale, à la constipation, pour voir s’amender des troubles très tenaces, si l’on méconnaît leur origine et leur cause.
En résumé, ces recherches nous ont permis de dégager la pathogénie et la thérapeutique utile d’un certain nombre de troubles de grossesse dont on ne précisait pas habituellement la nature.