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SUR LA THÉRAPEUTIQUE INFECTIEUSE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE

LA MALARIATHÉRAPIE

Plusieurs années d'expérience de la malariathérapie au cours de la paralysie générale permettent d’en préciser la technique, les indications et d’en apprécier les résultats.

Le seul hématozoaire susceptible d’une utilisation pratique en thérapeutique humaine est le plasmodium vivax, agent de la tierce bénigne ; à là Clinique Sainte- Anne c’est toujours, depuis 1924, la même souche qui est utilisée, entretenue par passage direct de malades à malades. Les accès fébriles déterminés par l’inoculation sous-cutanée de 5 à 10 centimètres cubes de sang prélevés chez un sujet porteur de plasmodium, sont du type tierce ; ils s’accompagnent d’une élévation thermique qui atteint 40 ou 41° ; si les accès fébriles sont irréguliers et faibles, il suffit d’injecter du nucléinate de soude pour déclancher des accès francs. La période d’inoculation est d’environ huit à douze jours ; on laisse généralement évoluer 10 à 12 accès ; l’interruption des accès s’obtient très aisément par la quinine à raison de 1 gramme par jour, pendant trois ou quatre jours ; il est très exceptionnel qu’il soit besoin de recourir à la quinine intra musculaire ou au novarsénobenzol intra-

veineux. Pendant la période des accès, le malade doit .être surveillé de très près et il faut faire porter spécialement son attention sur le cœur, le foie et la rate ; touléfois les accidents sont rares et bénins : lypothymie, confusion mentale avec délire onirique, arythmie, hypotension artérielle, ictère léger ; d’une façon habituelle on note de l’amaigrissement, de l’anorexie, de l’anémie, une insuffisance hépatique légère, de la splénomégalie. Le danger de contagion est nul dans nos régions qui m'hébergent pas d’anophèles.

Toutes les paralysies générales ne doivent pas être systématiquement traitées par la malariathérapie, une discrimination s’impose ; doivent être exclus tous les cas où l'état général précaire ne peut faire les frais du traitement ; il faut écarter les sujets âgés, les malades cachectiques, tuberculeux, arlérioseléreux, les cardiaques mal compensés, les alcooliques. Les formes les plus accessibles au traitement sont les cas au début, à syndrome humoral moyen, ou s’associant à un syndrome tabétique fruste.

Au traitement par la malariathérapie doit s’associer un traitement antisyphilitique ; avant l’impaludation il faut préparer le malade par un traitement arsenical spécifique à petites doses, auquel on associera des injections de bismuth ; tout de suite après la période des accès il est recommandé d'avoir recours au cacodylate de soude en attendant de reprendre le traitement arsenical ou bismuthique.

La statistique porte sur environ 150 malades ; les résultats ont été les suivants: 10,5'% de déeès ; 33,6%

de résultats nuis gu défavorables ; 40 % de résultats favorables ; restent 15% de casqui n’ont pu être suivis. Parmi les décès, un seul peut être imputable au paludisme lui-même ; les autres sont dus à des complications imprévues ou auraient pu être évités avec des contre-indications mieux fixées.

L’amélioration de l’état général est presque constante après malariathérapie ; l’appétit est excité, le poids augmente et on assiste au rétablissement des fonctions organiques troublées : hépatiques, rénales, endocriniennes, neuro-végétatives. Les signes neurologiques sont peu influencés par le traitement ; seuls le tremblement, la dysarthrie diminuent fréquemment, cette dernière peut même n’être plus décelable. Mais tout l’intérêt des résultats est concentré sur le syndrome mental et le syndrome humoral. On ne peut préjuger du succès ou de l’insuccès définitif de la malariathérapie dans les premières semaines qui suivent la fin des accès ; il faut savoir attendre et c’est souvent assez tardivement que l’amélioration se manifeste. Au point de vue humoral on constate presque toujours une chute de la leucocytose et de l’albuminose avec atténuation de la réaction des globulines. La réaction de Bordet-Wassermann devient souvent partiellement positive et les réactions colloïdales s’atténuent; exceptionnellement le syndrome humoral devient complètement négatif (2 cas). Ce n’est que très rarement que les troubles mentaux peuvent être aggravés ; toutefois dans trois cas la démence a paru être accentuée par l’impaludation ; parfois l’état mental ne subit pas de modifications, mais

alors, il peut s’établir une fixation de la démence, avec syndrome humoral atténué et évolution sur un mode qui ne rappelle que'de loin la paralysie générale. Le plus •souvent les troubles psychiques s’améliorent, le délire disparaît, de même l’excitation et les gros troubles de la mémoire ; le sujet est capable de reprendre, sous surveillance, la vie familiale ; à un degré de plus, le jugement, l’attention, s’améliorent, les sentiments affectifs s’affinent ; le paralytique critique son état, et est très susceptible de reprendre ses occupations et de subvenir à ses besoins ; c’est « la guérison sociale », sans qu’il soit possible cependant d’affirmer le retour à l’état antérieur.

Il existe parfois une dissociation entre l’amélioration humorale et l’amélioration mentale ; nous avons observé une malade chez qui la malariathérapie avait complètement négative le syndrome humoral sans modification de son état démentiel.

En définitive, la malariathérapie, malgré ses insuccès, les réserves qu’il faut faire, réalise un progrès réel sur toutes les tentatives thérapeutiques; elle est la méthode de choix, toutes les fois qu’une contre-indication formelle ne se pose pas.

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