‹ Titus et sa dynastieChapitre 13 sur 15 · Suélone. Vie de l^espasien, xv · texte numérisé non relu

Suélone. Vie de l^espasien, xv

simple particulier. Vespasien commenea par rire de celte hostilité ; il y répondit par des plaisanteries et des quolibets. Mais derrière Hehidiusil y avait les philosophes, les orateurs, les répubhcains, les honnêtes gens, et tout un parti que l'usurpation d'un fils d'usurier ne pouvait réconcilier avec le despotisme. Mucien, l'effronté Mécène de la dynastie, et Titus s'alarmèrent d'une lutte où ils étaient sûrs d'être vaincus. L'abstention du parti stoïcien avait fait tomber Néron ; elle pouvait être aussi funeste à la famille Flavia. Tout usurpateur conçoit contre les âmes droites et les bouches sévères une haine instinctive; il sent que chacun de ses actes sera jugé ; il craint que son hypocrisie ne soit démasquée; le silence même hii paraît une formule suprême du mépris. Titus et Mucien poussèrent à une répression rigoureuse. Les philosophes furent chassés de Rome ; le

sang coula ; la guerre éternelle de la tyrannie contre la conscience et du glaive contre la pensée libre recommença ; Helvidius Priscus, Dionysius, Héras, n'en furent pas les seules victimes.

Tout en marchant à son but avec cette implacable netteté, Titus ne négligeait de satisfaire ni une avidité qui était dans le sang, ni ses passions. Après les monstruosités des empereurs qui l'avaient précédé, tout devait paraître innocent aux Romains. Il fit commerce des charges et des faveurs, ne laissa arriver qu'à prix d'argent jusqu'à l'oreille de l'empereur \ et, comme le champ ouvert à ses rapines était l'univers, il se forma bientôt un trésor qui devait s'ajouter à celui de son père.

1. « Suspecta et rapacitas; quod constabat in cognitionibus patris nundinari prœmiariquo soliluni. » (Suétone, Vie de Titus, VII.)

En même temps, il se livrait à des débauches dont l'empereur Julien a flétri plus tard le souvenir ; il s'entourait d'eimuques et d'hommes infâmes ; il invitait les Romains les plus dissolus à des orgies qui duraient jusqu'au milieu de la nuit, et que ne contrariait point sa liaison avec Bérénice \ L'inceste avec Domitia , femme de son frère, complétait peut-être cette vie de désordre ■. La cruauté, la soif de l'or, le goût des plaisirs, vont d'ordinaire de compagnie, et s'ouvrent du même coup le cœur des puissants. Titus n'échappa point à cette règle : il fut sanguinaire, avide et voluptueux ; il le fut ouvertement, sans fausse honte, comme s'il remplissait un des devoirs de sa situation. Il se serait

1. Suétone, Titus, vu. Tacite, qui ménage Titus, ne peut s'empêcher d'avouer « que sa jeunesse fut livrée aux plaisirs, et qu'il fut plus retenu pendant son règne que sous celui de son père. » {Histoires, livre II, g :2.~

^2. Suétone, Titus, x.

étudié à se rendre odieux qu'il n'aurait pas mieux réussi. Autant Vespasien était aimé, autant son fils était craint. Tout tremblait devant lui; personne n'eût osé affronter sa colère ou sa vengeance, aussi rapide que sa colère ; on pliait d'avance sous sa domination et l'on se faisait à l'idée d'obéir un jour à lui seul. Mais que de vœux pour que les jours du doux Vespasien fussent prolongés ! On était persuadé et l'on disait tout haut que Titus serait « un nouveau Néron'. » Jamais héritier présomptif ne fut plus maître du pouvoir et plus exécré de ses futurs sujets. Mais aussi, quand son père mourut, il ne monta pas sur le trône, il y resta. On ne sentit ni secousse ni transition, il continua de régner. L'histoire ne mentionne même pas les cérémonies de son avènement : elle ne constate

1. « Alium Aeronem et opinabanlur el praidicabaiil. » (Suétone, Vie de Titus, vu.

que la mort de Vespasien. Épuisé par la dyssenterie et la fièvre, l'estomac ruiné par l'eau froide, le vieil empereur, qui travaillait encore à son lit de mort;, voulut se lever pour expirer, modèle jusqu'au bout de Tadministrateur actif et du bon fonctionnaire. La réputation de Titus était alors si détestable, que l'empereur Hadrien ;, dans ses Mémoires ', a pu l'accuser d'avoir empoisonné son père, et que Domitien a pu lui reprocher hautement d'avoir falsifié son testament. Les plaintes de Domitien ne méritent d'attention que parce qu'elles montrent pour la troisième fois Titus compromis par son talent de faussaire. L'accusation d'Hadrien est plus grave. En principe, on peut tout admettre contre les Césars, surtout quand ils se chargent les uns les autres : un crime leur rapportait tant et leur coûtait si peu ! Mais Hait Dion Cassius, lxvi, 17.

drien était jaloux; il aimait à dénigrer, et quoique son témoignage fût alors confirmé ^ par d'autres témoignages , on hésite à l'écouter. L'ambition de Titus était satisfaite : quel intérêt aurait -il donc eu à précipiter la fm de Vespasien ? Le désir de paraître seul aux yeux des hommes et de les étonner par une évolution depuis longtemps méditée ne suffit pas pour expliquer un parricide : Vespasien, du reste, avait soixantedouze ans.

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