N° IX
VALERIA MATRI NA VIXIT ANNIS XXXV CVI VIR I FE • CIT DONVM ET ERNALE ANN POR <?XCI
Diis Manibus sacrum. Valeria Matrina vixit annis tri ginta quinque, cui vir pius fecit domum eternalem, anno provinciæ DXCI.
L’année de la province 591 répond à l’année 558 de l’ère vulgaire.
M. Hase, qui a publié et expliqué toutes ces épitaphes dans
le Journal des Savants (cahier de juillet 1837), les accompagne de quelques réflexions qui méritent d’avoir ici leur place, attendu qu’elles nous paraissent fort justes et trèspropres à notre sujet. « Ces épitaphes, dit-il, appartiendraient, suivant M. Bureau de la Malle, aux années de J. -G. 454, 465, 472, 478 et 482. C’est l’époque de la grande persécution où les Vandales, étant ariens, eurent la cruauté et l’imprudence de vouloir forcer les opinions religieuses d’une nation entière. Sans doute, la foi triomphait déjà depuis longtemps dans la cité latine dont nous ignorons encore le nom (1); maisnul ne peut dire quelles furent alors les conditions de son existence et ses rapports avec les conquérants maîtres de la Numidie,de la Bizacène et de l’Afrique proconsulaire. Située à l’extrémité de la province, dans un bassin isolé, protégée de tous côtés par de hautes montagnes ou par les nombreux affluents de la Tafna, cette ville, dont la population devait être catholique orthodoxe, étaitelle entièrement soumise aux rois vandales résidant à Carthage, ou bien avait-elle, grâce à sa position, conservé une sorte d’indépendance ? Et, dans ce cas, n’est-il pas probable qu’elle ait servi d’asile à beaucoup de catholiques, à une partie du moins des indigènes opprimés qui, pour se soustraire aux traitements les plus cruels, fuyaient vers les côtes de l’Espagne (comme les habitants de Tipasa. Victor Vitensis,Z)e persecutione A fric. „v.6 : Omnis simul civitas
(1) Ce nom est aujourd’hui connu: c’est Pomarium ou Pomaria, comme l’a établi M. le colonel de Caussade, dans sa Notice sur les. traces de l’occupation romaine dans la province d’Alger.
evectione navali de proximo ad Hispaniam confugit ) et jusqu’à Constantinople? Cet accroissement de la population explique-t-il le nombre considérable d’épitaphes appartenant à une époque de décadence dont les monuments, en Afrique, sont assez rares ? Car il serait possible que les inscriptions nos 17 et 6, dont il conviendrait d’examiner de nouveau les dernières lettres, fussent aussi du même temps (1) . Si, au contraire, les chiffres 590 et 591 se trouvent réellement sur la pierre, ces deux monuments appartenant aux années 557 et 558 de l’ère vulgaire, prouveraient que la ville romaine existait encore après la destruction de l’empire des Vandales. Il est vraisemblable qu’elle reconnaissait alors l’autorité de Mastigas, roi des Maures, ou celle de ses successeurs, puisque Césarée fut la seule place, dans cette partie de la Mauritanie, dont Bélisaire put s’emparer après avoir pris Carthage, en 533. »
C’est à cette époque qu’il faut, selon moi, rapporter un précieux débris des antiquités religieuses de la contrée : c’est une brique carrée, arrondie seulement dans sa partie supérieure, et présentant sur l’une de ses deux faces la figure d’une croix. Cette croix repose sur une base dont le haut se termine en triangle et sur laquelle se voit une autre croix de moindre dimension. Les deux figures sont moulées en
(1) Nous pensons que ces lettres sont tracées exactement et que les chiffres qu’elles donnent se rapportent, pour la première de ces deux inscriptions, c’est-à-dire la dix-septième (n° 7 dans notre travail), à l’an 557 de J.-C. ; et pour la sixième (n° 3, p. 11 4), à l’an 558 de la môme ère.
relief, et la brique entière est recouverte d’une couche de vernis ou de chaux blanche. Elle offre 0,001m. d’épaisseur, 0,008 m. de large dans sa partie moyenne, et environ 0,015 m. de long. Un trou percé au-dessous et dans l’épaisseur de la brique semble indiquer la destination de ce petit monument, qui avait été sans doute fait pour être placé audessus d’un autel, d’une chapelle ou d’un tombeau chrétien. 11 fut trouvé le 15 mai 1845 , à Lella Maghrnia, par un officier de l’armée d’Afrique (1), et se trouve aujourd’hui en la possession d’un capitaine d’artillerie, M. Azéma de Montgravier, chez qui je l’ai vu en octobre 1846, lors de mon passage dans la ville d’Oran. L’on peut en voir le dessin de grandeur naturelle à la fin de ce volume parmi les pièces justificatives.
Les évêques de Tlemcen, comme ceux des cités voisines, telles que Timici, Quiza, Xenitana, Tigava, Arsennaria et autres, durent être en butte à la persécution des ariens et souffrir sous le règne cruel dellunéric (484) pour leur attachement à la foi orthodoxe. La paix rendue aux catholiques à la suite des armes triomphantes de Bélisaire, profita, sans doute, à l’église de Tlemcen, quoique très-éloignée de la métropole ecclésiastique, et il est probable qu’ alors la chaire épiscopale de cette ville fut occupée de nouveau pa r un pasteur légitime. Environ cent ans plus tard, lorsque l’Afriqueseptentrionale tomba au pouvoir des musulmans, beaucoup de chrétiens s’embarquèrent pour l’ Espagne, la Grèce ou l’Italie, disant un éternel adieu au sol de la patrie ; cependant le
(t) M. Mackintosh.
nombre de ceux qui n’abandonnèrent pas leurs foyers fut plus considérable , car un écrivain arabe qui florissait à Cordoue en 352 de l’hégire (963 de J.-C.), Abou Obéid al-Bekry, nous apprend que de son temps, parmi les monuments antiques que l’on remarquait à Tlemcen, il y avait des églises fréquentées par les chrétiens ioUjlil
i LoJJLj ÿèC (1), ce qui suppose une nombreuse population professant cette religion, et un clergé suffisant pour l’exercice du culte.
Ce fait n’étonnera personne, quand on saura qu’environ cent ans plus tard, du temps de Léon IX, en 1053, l’ancienne province proconsulaire, devenue alors l’un des foyers du mahométisme les plus ardents, comptait néanmoins cinq évêques, lesquels se disputaient la dignité de primat d’Afrique (2) ; que vingt ans après, sous le pontificat de saint Grégoire YII, cet ennemi infatigable de l’hérésie et des tyrans, Cyriaque, primat de Carthage, se distingua par son zèle pour le maintien de la discipline ecclésiastique et mérita les éloges du Saint-Siège (3); que, vers la même époque, c’est-à-dire en 1076, il y avait sur le siège d’Hippone, un évêque du nom deServandus, que le Souverain Pontife avait sacré lui-même et envoyé à cette Église sur la prière du sultan de Bougie, Al-Nâcir ben-Ala el-Nès (4) ; qu’enfin
(1) Yahia ibn-Khaldoun, Histoire des Béni abd el-Wâdy (manuscrit de ma collection, fol. 4 r°).
(2) Voyez Baronius, ann. 1053, n° 41 ; et Labbe, t. ix, p. 971.
(3) Labbe, t. x, lib. 1, epist. 22.
(4) Voyez Aperçu historique sur l’Eglise d'Afrique, p. 15 et suiv.
en 1114, sous le règne d’Al-Aziz Billah, arrière-petit-fils du sultan Al-Nâcir, il y avait encore à Kaleah, capitale des Beni-Hammad, une église et un évêque (1) ; qu’enfm, la ville de Tunis a eu des évêques pendant tout le moyen âge. Quant à la partie occidentale de l’Afrique qui obéissait aux rois de Maroc, le nombre des chrétiens n’y était pas moins considérable, comme le prouvent les faits suivants. En 1233, le pape Grégoire IX érigea dans la capitale de cet empire un siège épiscopal en faveur des catholiques qui se trouvaient parmi les infidèles. En 1246, Innocent IV, ayant appris que le sultan du Maroc était fort bien disposé pour les chrétiens de ses états, lui adressa une lettre pour le prier de leur accorder des places de sûreté contre leurs ennemis. Il le remerciait en même temps de ce que, à l’exemple de ses prédécesseurs, il favorisait l’Église dans ses états et avait même doté libéralement l’évêché de Maroc: « Prædecessorum tuorum, lui disait-il, vestigia' imitando, quiMarocliitanam Ecclesiam multis libcrlatis privilegiis munierunt, plurimorumque bonorum largitione dotarunt (2).
Il est certain que jusqu’à la fin du quinzième siècle, les sultans du Maroc eurent à leur solde des troupes chrétiennes commandées par des officiers chrétiens : c’est ce qui est attesté par tous les historiens arabes et par les bulles mêmes des Souverains Pontifes. A l’appui de ce fait, qu’il me soit permis de citer un document très-peu connu, dont le texte a été publié récemment pour la première fois dans la Bi-
(t) Pagi? année 1114, n° 3.
(2) Wadding, Annales Minorum, t. »i, ann. 1246, £ 16, p. 151.
bliothèque de l'école des Chartes (1). C’est une bulle de Nicolas IV, de l’année 1290. La voici :
Nicolaus, episcopus, servus scrvorum Dei, dilectis filiis nobilibus viris baronibus, proceribus , militibus , et ceteris stipendariis christianis , Marrochitanni, Tunitii et Tremiscii regum servitio constitutis.
Etsi omnes qui Christiane fidei cultura tenent, ut suas Deo lucrifaciant aniiftas ad recte vivendi regulam dirigi cupiamus, illos tarnen, qui in regione infidelium et cum infîdelibus conversantur, ut fide, opéré ac virtutc perfecti se incontaminatos corarn Deo et borainibus exhibentes, laudabilis vite meritis, exemplis infidèles etiam protrahant ad salutera,potiori desiderio exoptamus, omnem in se ipsos justitiam, rectitudinem et rnodestiamadimplere, ipsosque abstinere ab omnibus per que fidei Christiane religio possit in populis blasphemari. Sane cumillius, licct immeriti, vicem gerentis in terris, quipro generis humani salute de suesolio iVIajestatis a summo celo in medium exterminii nostri terram exilions, trabea nostre humanitatis assumpta, ut temporali morte legem mortis aboleret eterne, pro nobis dignatus est proprio sanguine fuso mori, et üiros crucis perpeti cruciatus, ad animarum profectum intentionis nostre aciem totaliter dirigamus, et pro incredulis convertendls, apostatis revocandis, confirmandis nutantibus, et fidelibus roborandis omni sollicitudine laborantes, quia répugnante natura presentialiter diversis locis simul adesse non possumus, venerabilem fratrem nostrum Rodericum, Marrochitanum episcopum, virum utique providum et discretum, ad partes Africe, commisso sibi plenelegationisofiicio, destinemus, nobilitatem vestram rogamus, monemus et h ortamur attente, quatinus eundem legatum, et nuntios ejus devote recipientes et honeste tractantes, eis in hiis que ad cultum divini nominis pertinent ampliandum, im-
(t) Deuxième série, t. m, juillet-août 1837, sixième livraison. Article de M. Mas-Latrie, p. 517 et suiv.
pendatis consilium et auxilium opportunum, et verba vite eterne que vobis proponent cum gaudio audientes, eorumque salubribus consiliis acquieseentes, Christiane professionis propositum firmo ferretis animo et constanti, ut sic inter increduîosvosexhibere vita et conversatione probabiles studeatis, caritate magistra, et pietate perduce, in divinis benepîacitis vos jugiter exercendo, ac abstinendo ab omnibus per quedetrahi valeat nomini christiano ; quod tam fideles qui in partibus ipsis degunt, quam etiam infidèles, ad frugem melioris vite vestro proficiant, et informentur exemple ; et nos in vestris laudibus delectabiliter in Domino gloriantes, vobis pro vestre devotionis etfidei sinceritate, reddamur favorabiles et benigni.
Datum Rome, apud Sanctam Mariam Majorem, V Idus Febr. anno secundo.
TRADUCTION
Nicolas, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses fils bienaimés, hommes nobles, barons, seigneurs, soldats, et à tous autres chrétiens qui reçoivent une paye au service des rois du Maroc, de Tunis et de Tîemcen.
Si nous ne désirons rien tant que de donner de bonnes règles de conduite à tous ceux qui professent la foi chrétienne en vue de la sanctification de leur âme, nous souhaitons néanmoins d’un désir plus ardent que les chrétiens, domiciliés au pays des infidèles et vivant au milieu d’eux, se montrent d’une vie pure devant Dieu et devant les hommes par leur foi, leurs œuvres et leurs vertus, par la pratique de la justice, de la droiture et de la modestie, et s’abstiennent de tout ce qui pourrait être à ces peuples un sujet de blasphémer la religion chrétienne, pour que les mérites et les exemples de leur bonne vie soient un moyen de sauver les infidèles. Tout indigne que nous soyons assurément de tenir, ici-bas, la place de Celui qui est descendu du trône de la majesté pour le salut du genre humain, et du haut Ides cieux a volé au milieu de notre exil, s’est revêtu de notre humanité, a daigné répandre son sang et souiîrir le cruel supplice de la croix.
afin d’abolir la loi de la mort éternelle par sa mort temporelle, nous devons cependant pourvoir, de toute la force de notre volonté, à l’avancement des âmes dans les voies de leur salut, travailler avec une grande sollicitude à convertir les pécheurs, à ramener les apostats, à affermir ceux qui chancellent et à fortifier les fidèles. Notre personne ne pouvant être présente en divers lieux à la fois, nous avons envoyé tous les pouvoirs de légat, pour la province d’Afrique, à notre vénérable frère Rodéric , évêque de Maroc, -homme prudent et instruit. Nous avertissons donc, exhortons et prions vos nobles personnes de recevoir et traiter honorablement le susdit légat et ses messagers ; de les aider de vos conseils et de votre assistance pour étendre le culte du nom divin ; d’écouter avec joie les paroles de la vie éternelle qu’ils vous exposeront; de vous soumettre à leurs bons avis, afin que, professant la foi chrétienne avec un esprit de force et de persévérance, vous portiez tous vos soins à vous montrer parmi les incrédules, d’une conduite et d’une conversation parfaites sous les inspirations de la charité chétienne ; et qu’à l’aide d’une véritable piété, vous n’ayez rien tant à coeur que de faire constamment la divine volonté du Seigneur, d’éviter tout ce qui pourrait faire mépriser le nom chrétien. C’est ainsi que les fidèles qui habitent ces contrées, et les infidèles eux-mêmes, seront amenés et confirmés dans une meilleure vie par vos bons exemples. Quant à nous, en nous glorifiant dans le Seigneur des louanges que vous mériterez , nous récompenserons la sincérité de votre dévotion par nos faveurs et nos bienveillances.
Donné à Rome, à Sainte-Marie Majeure, le 5 des ides de février, l’an II de notre pontificat.
Cette bulle, qui se rattache particulièrement à notre sujet, puisqu’il y est question de troupes chrétiennes enrôlées au service des rois de Tlemcen, contient cependant une erreur de fait que je crois devoir faire remarquer. En effet, à l’époque où elle fut rédigée, il y avait près de trente-six ans que
les rois de Tlemcen n’admettaient plus à leur service des troupes commandées par des chrétiens : c’est Yahia ibn- Khaldoun qui nous apprend le fait et la cause de cette exclusion. « Yaghmorâcen Ier, roi de Tlemcen, dit cet historien, avait à sa solde un escadron de deux mille cavaliers chrétiens qu’il avait tirés des pays soumis à l’empire des Almohades. Le destin voulut qu’il passât un jour en revue toutes ses troupes hors des murs de sa capitale : c’était un mercredi, rebie second de l’année 652. Quand il fut arrivé aux chrétiens, qui formaient les derniers rangs de l’armée, ceux-ci le trahirent et tuèrent son frère Mohammed. Le chef de leurs officiers, s’étant alors jeté sur le roi, le saisit par le corps. Heureusement Yaghmorâcen, plus vigoureux que son adversaire, parvint à se débarrasser de lui ; il appela à son secours les gens de sa tribu, qui dégainant leurs épées, coururent attaquer les chrétiens, et en firent un tel massacre, qu’il n’en échappa pas un seul. C’est là, ajoute Yahia ibn-Khaldoun, la raison pour laquelle les rois de sa dynastie n’ont plus voulu depuis prendre les chrétiens à leur solde (1).
Quand l’historien que je viens de citer écrivait ces paroles, il y avait plus de quatre-vingts ans que le fait s’était accompli et que durait l’exclusion dont il s’agit; il y a donc apparence que le pape Nicolas, lorsqu’il rédigea sa bulle, ignorait l’existence de cette exclusion. Quoi qu’il en soit, nous voyons par la teneur de ce curieux document,
(1) lbn-Khaldoun, Histoire des Béni abd el-Wâdy (manuscrit de ma collection, fol. 14 r°). Voyez mon Aperçu historique, p. 29.
qu’il y avait alors, dans la capitale des rois du Maroc, un évêque avec le titre de légat du Saint-Siège et ayant juridiction sur les chrétiens, tant de cet empire, que de celui de Tlemcen et de Tunis.
Le malheureux événement rapporté par Yahia ibn-Khaldoun dut avoir des conséquences fâcheuses pour la population chrétienne établie à Tlemcen et attirer sur elle bien des avanies et des maux ; il est probable que l’une des premières mesures que le fanatisme inspira contre elle, ce fut d’ordonner la fermeture des églises et d’interdire aux chrétiens l’exercice de leur culte ; il est même permis de croire que ces églises, qui s’élevaient dans l’enceinte de la vieille ville, c’est-à-dire dans le quartier d’Agadyr, furent alors démolies, et que le roi Yaghmorâcen, qui était trèsdévot, se servit de leurs débris dans la construction de la grande mosquée qu’il érigea dans la nouvelle Tlemcen. C’est à cette triste époque que se rapporte, sans doute, ce fait que j’ai lu quelque part, que des pères de la Rédemption, appartenant à la nation espagnole, ayant été envoyés à Tlemcen pour y racheter des esclaves, furent eux-mêmes retenus prisonniers et expirèrent ensuite dans les fers. Au commencement du quinzième siècle, les commerçants de Gênes et de Venise s’étant mis en relation avec ceux de Tlemcen, vinrent s’établir dans cette ville, où ils établirent des hôtelleries pour eux et leurs correspondants chrétiens ; ils obtinrent également l’autorisation d’y construire deux églises pour y pratiquer leur religion comme dans les autres villes musulmanes où ils possédaient des établissements.
Ces églises furent visitées en 1581, par un évêque irlandais du nom de Thomas, qui avait été fait esclave par les pirates algériens, et racheté ensuite par les soins du Souverain Pontife, et elles existaient encore au commencement du dix-septième siècle (1).
Avant de terminer ce qui rapporte à l’état de la religion chrétienne dans l’ancienne capitale des Beni-Zéian, il ne sera pas inutile de faire remarquer en général que les églises dont nous venons de parler n’appartenaient pas toutes aux catholiques étrangers qui séjournaient plus ou moins longtemps en Afrique, mais que quelques-unes aussi étaient affectées aux descendants des anciens chrétiens du pays qui suivaient le rite mozarabe et qui dans leur liturgie faisaient usage de la langue arabe, car jusqu’à la fin du seizième siècle, il y a eu dans le nord de l’Afrique des chrétiens mozarabes, comme le prouve ce que Belleforêt rapporte dans sa Cosmographie, savoir que, du temps de Charles-Quint et de Philippe II, quelques-uns de ces chrétiens passèrent en Espagne pour exposer à ces princes le malheureux état où les musulmans les avaient réduits, et les engager à venir à leur secours (2). Que sont devenus dans la suite ces vénérables débris d’une Église illustrée par la science et les vertus des Cyprien, des Augustin et de tant d’autres grands noms dont se glorifie le catholicisme? Hélas! ils ont dû s’éteindre peu à peu sous le souffle incessant de la haine et de la persécution musulmane, et finir par disparaître entièrement
(1) J. -B. Grammaye, Africa illustrata, p. 56 et suiv.
(2) Voyez J. -B. Grammaye, Africa illustrata, cap. vi, p. 57.
du sol africain ; en effet, à partir de la fin du seizième siècle, bien des voyageurs européens ont parcouru en observateurs intelligents ces contrées désolées dont ils nous ont décrit les ruines et les monuments antiques; aucun n’a rencontré sous ses pas vestige d’église, ni ombre de population chrétienne indigène. Je serais porté à croire que cette population, déjà réduite à un très-petit nombre de familles, sous la domination des Barberousse et des Turcs d’Alger, se réfugia ensuite en partie dans les villes du littoral conquises par les armes d’Espagne, où elle se confondit avec les catholiques latins, et en partie dans la péninsule même, et principalement à Tolède, où ils pratiquèrent leur rite qui s’est conservé jusqu’à nos jours.