‹ Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nomChapitre 20 sur 54 · ARIA POSV PER P . FL · texte numérisé non relu

ARIA POSV PER P . FL

CLEMENTE PROC . SAX N SVR . POM/R MP . XXVliil SIG MP. XXXV! .

Imperator Cæsar Marcus Aurelius Antoninus pins, felix, augustus,miliaria posuit per Publium Flavium Clementem , procuratorem suum, antistitem Severianum . Pomaria, M.P. xxix. Siga, M. P. xxxvi, ou vu, vin, viiii.

De Lella Maghrnia à Siga, ville bien connue, la distance était donc de trente-six à trente-neuf milles, et de la même localité à Pomaria l’on en comptait vingt-neuf, ce qui fait environ douze de nos lieues , distance qui sépare en effet ce poste militaire de la ville moderne de Tlemcen, et par conséquent d’Agadyr. L’empereur Marcus Aurelius Severus Antonin, plus connu sous le nom de Caracalla, a régné entre les années 211 et 217 de notre ère.

Le nom de Pomaria, qui en latin signifie vergers, fut sans doute donné à la colonie de Tlemcen à cause du magnifique bois d’oliviers, des arbres de toute espèce, des sources et

des jardins qui faisaient de cette localité comme un vaste verger.

Pomaria devait être dans le principe un camp romain fixe, castra stativa, avec ses portes prétoriennes et décumanes, son vallum, son prétoire, son forum et son quæstorium, tel en un mot que ceux dont on voit les ruines à Lella Maghrnia, à Nédromah, à Ouchdah. 11 est probable que ces constructions militaires sont restées debout jusqu’à l’invasion musulmane ; il est même permis de conjecturer que les Arabes s’en sont servis à leur tour pour tenir le pays en respect, et que le ribat ou citadelle dont on voit encore les ruines à Agadyr, n’est rien autre que l’ancien camp romain.

C’est dans l’enceinte de la ville romaine que le dieu Aulisva avait probablement son temple, car c’est là qu’ont été découvertes les deux inscriptions qui portent son nom. La première ne contient aucune indication de l’époque, même approximative, où elle dut être gravée ; il n’en est pas ainsi de la seconde. Les mots ÂLAE.... GORDiANAE qui désignent un corps de cavaliers, de la ala gordiana, connue par d’autres monuments (voyez Journal des Savants, juillet 1837, page 431), nous indiquent que le monument n’est pas antérieur au règne des Gordiens (238-244), ni probablement postérieur à celui de Constantin le Grand.

Le minaret dans la base duquel sont incrustées les cinq inscriptions qui viennent d’être relatées, fut construit entre les années 637 et 681 de l’hégire (1239 et 1282 de J.-C.) par les ordres de Ghamoràcen , premier roi de Tlemcen.

Yahia ben-Khaldoun (1) et Mohammed el-Tenessy (2) racontent que lorsque l’édifice fut achevé, on demanda à Ghamorâcen s’il voulait que l’on inscrivît son nom sur le monument. « Non, répondit-il dans la langue desZénètes, houhou yssents Reubbi, Dieu le sait (3) » , voulant témoigner par là que, comme il n’avait fait ériger le minaret qu’en vue de la gloire de Dieu, il n’attendait aussi sa récompense que de lui : réponse bien digne de ce grand prince et qui montre la solidité de sa piété et la profondeur de sa modestie.

Nous ferons remarquer en passant que l’architecte musulman qui a présidé à la construction du minaret, a fait preuve d’intelligence en plaçant dans le mur les inscriptions latines, de manière à pouvoir être lues, car il aurait pu cacher dans la partie intérieure du mur le côté de ces pierres sur lequel ont été gravés les caractères, et la science

(1) Histoire des Déni Abd’ el-Wâdy , fol. 14 r° de mon manuscrit.

(2) Tohbfel eUMoloul:, p. 84 de mon manuscrit.

(3) La langue des Zénètes est la même que le berber, auquel appartiennent effectivement les mots que nous avons cités d’après Yahia ben- Khaldoun. Dans le Dictionnaire de la langue berbère, de Venture de Paradis, p. 1 52, la troisième personne masculine du verbe savoir est écrite isin et > isen (racine ) ; mais, d’après celui qui a été composé et publié par les ordres du ministre de la Guerre (Paris, 1844), ce même mot s’écrit et se prononce issen ou issin avec deux sin, ce qui est conforme à l’orthographe de mon manuscrit. Le O té qui termine le mot est le pronom masculin de la troisième pers. sing. Les Berbers de la province de l' Est de l’Algérie exprimeraient la proposition : Dieu le sait, par J ^.^1 reubbi ag issenL

historique eût été peut-être à jamais privée des données utiles fournies par la lecture de ces antiques monuments.

Derrière le minaret s’élevait jadis une mosquée dont il ne reste plus aujourd’hui que quelques pans de muraille. C’est en 1845, à ce que m’ont assuré les gens de mon escorte, et pendant le siège de Tlemcen, que cet édifice fut rasé par les Français; mais il est certain qu’avant cette époque la mosquée était abandonnée depuis longtemps et qu’elle tombait en ruines faute de réparations et d’entretien.

Parmi les décombres de ce monument, je découvris l’inscription suivante que je crois inédite :

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