‹ Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nomChapitre 22 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Tagrart ou la nouvelle Tlemcen. — Sa topographie et son histoire.

Le lendemain et les jours suivants, mes explorations eurent pour objet le quartier de Tagrart ou nouvelle Tlemcen. L’orthographe de ce mot n’est pas constante chez les auteurs arabes. Dans le Meracid el-Ittilâa (1), on lit avec

un qaf ; mais Yahia ben-Rhaldoun écrit avec un

djim (2), et un manuscrit cité par Tornberg (3) présente la leçon ^ ^Lj' avec un djim affecté de trois points.

Tagrart fut fondé par le roi Almoravide Youssouf ben- Teschifm dans l’endroit où il avait établi son camp pendant le siège qu’il fit de Tlemcen, en 462 de l’hégire (1069 de J.-C.). C’est de là que ce quartier fut appelé du nom de Tagrart, qui signifie camp dans la langue des Zénâtah (4). L’on sait qu’il y avait dans le Maghreb une autre ville de

(1) Page 134.

(2) Histoire des Béni Abd’ el-Wâdy, fol. 4 r°.

(3) Annales regutn Mauritaniæ, page 230 de !a traduction.

(4) Yahia ben-Khaldoun, Histoire des Béni Abd’ el-Wâdy, fol. 4 r°.

D’après Venture de Paradis [Grammaire et Dictionnaire de la langue berbère, page 197), le mot 0)^*1» taghrarl, qui ne me paraît qu’une manière différente d’écrire voudrait dire bagage.

ce nom, laquelle devint la capitale des Mecnassah (1) après la ruine de Méquinezpar les Almohades, en 543 de l’hégire (1148 de J.-C.).

Tlemcen, étant tombée au pouvoir du sultan Youssouf ben-Teschifm, en 474, eut pour gouverneur Mazdaly, ce qui dura jusqu’à l’année 508 de l’hégire (1114 de J.-C.), que ce caïd périt en Espagne dans une expédition contre les Chrétiens.

En 539 de l’hégire (1144 de J.-C.), Teschifm ben-Aly, avant-dernier roi de la dynastie des Almoravides, poursuivi par Abd’ el-Moumen, chef de la dynastie des Almohades ou Unitaires, se renferma dans les murs de Tlemcen, où son rival vint l’assiéger. Abd’ el-Moumen avait établi son camp au midi de la ville, sur le versant du mont Sdkharataïn. Le prince Almoravide, réduit aux abois, sortit secrètement de Tlemcen et se réfugia à Oran, où il périt d’une manière malheureuse, étant tombé avec son cheval dans un précipice pendant l’obscurité de la nuit. Le quartier de Tagrart ayant été pris par les assiégeants, les Almoravides se renfermèrent dans Agadyr (2), où ils se maintinrent l’espace

(1) Annales regum Mauritanien, page 166.

(2) Le manuscrit dont s’est servi José de Santo Antonio Moura pour sa traduction, porte wLsr* Bedjâiah (Bougie); mais il est évident que c’est une faute de copiste, car cette ville ne fut prise par les Almohades que trois ans plus tard, c’est-à-dire en 547 de l’hégire (1 152 de J.-C.), comme le rapporte Mohammed ben es-Salehh lui-même ( Historia dos soberanos mohametanos, page 212 et 213). Deux manuscrits, cités par Tornberg, offrent les leçons j&Gadir et Agadjr {Historia regum Mauritanien , page 165 do ta traduction). Ce savaut orientaliste, qui a

de quatre ans, c’est-à-dire jusqu’à l’année 544 de l’hégire (1149 de J.-C.). Agadyr fut alors emporté d’assaut par les Almohades, et le parti des Almoravides se trouva anéanti pour toujours à Tlemcen.

C’est à Tlemcen que prit naissance l’empire des Almohades (1). Le fondateur de cette dynastie, ou plutôt de cette secte, car ils étaient schiyites ou partisans d’Aly, s’appelait, comme tous les imposteurs qui avant ou après lui ont affiché les mêmes prétentions (2), Mohammed ben-Abd’ Allah, et il se disait issu du prophète par Fatime , fille d’Aly.

adopté la première de ces deux leçons, dit, dans une note qui se trouve à la page 403 du dernier volume, qu’il s’agit de Gadir ou El-Ghadyr p JjJI, ville qui est mentionnée par Edrissy, tom. I, p. 238, et qui était située à 18 milles de Mecylah, qui est par conséquent a une distance de plus de 120 lieuesà l’Est de Tlemcen. Une autre ville du nom d’ Agadyr se trouvant à deux pas do la moderne Tlemcen, il est difficile de supposer que l'historien arabe ait voulu parler d’une autre ville de ce nom, parce que, dans ce dernier cas, il aurait eu soin d’en avertir le lecteur. D’ailleurs, d’après le récit de Mohammed ben es-Salehh, les Almohades ne marchèrent à la conquête des villes de la Mauritanie orientale que vers l’an 546 de l’hégire (115! de J.-C.). Par conséquent, il n’a pu être question de l’Agadyr voisine de Mecylah avant cette dernière époque.

(1) Il s’était installé dans la grande mosquée d’Übbed, à une demilieue h l’Est de Tlemcen.

(2) Le fameux Bou-Maazah,qui se disait le Moulé es-Sahah,o\i maître du temps, autre nom que les Arabes donnent a leur futur Mahdi, porte aussi le nom de Mohammed ben-Abd’ Allah. Nous avons vu ailleursque le marabout qui envoya un défi au général Cavaignac, alors gouverneur de Tlemcen, ne s’appelait pas autrement. C’est que, d’après la tradition, le Mahdi se nommera effectivement Mohammed ben-Abd’ Allah.

Il commença par déclamer contre les Almora vides, qui étaient de la secte des Sonnites, puis il s’annonça comme l’ Imam prédit par les prophètes et comme 1 eMahdi qui doit, à l’approche de la fin du temps, paraître parmi les fidèles pour rendre à la religion musulmane sa pureté primitive et faire régner la justice à la place de l’impiété qu’il anéantira pour toujours (1). Tlemcen fut témoin du succès des pre-

(I) Annales regum Maurilaniœ, page 150 de la traduction, et Abd’ el-Wâliid, page 132.

L’on peut voir, sur le Manié el-Sahali et les diverses prophéties qui le concernent, un ouvrage très-intéressant intitulé : Elude sur l’insurrection du Dhara, par Charles Richard. Alger, 1846, pag. 89 et suiv.

Suivant les musulmans, le Malidi a été annoncé par notre seigneur Aïça, qui a dit dans son Évangile : JoJpJb rL.o'A*

a.*.' S*..: i v~. ^c. jJ ! AJ 3 j U) aj J-jjlJl UL c( Nous sommes

des troupes de prophètes qui vous apportons des révélations. Quant h l’explication, elle vous sera donnée parle Paraclet qui viendra après moi. » Comparez ces paroles avec celles de saint Jean, chap.XlV, 16 et 26, XVI, 13, 14.

Le Malidi expliquera également les mystères et les secrets renfermés dans le Djefr ou livre des décrets éternels et de la prédestination divine, livre composé par Aly et conservé par sa famille. (Voyez Lexicon Bibliographicum, etc., tom. II, pag. 932. Leipzig, 1837.) La Société Asiatique de Paris possède un exemplaire manuscrit de cet ouvrage curieux ; il est rempli de tables cabalistiques et du grimoire à l’usage des sorciers et des magiciens.

Longtemps avant Mohammed ben-Toumnrt et sous le règne d’Yahia ben-Mohammed l’Edrissite, en 237 (851-52 de J.-C.), il avait déjà paru à Tlemcen un autre imposteur dont le rôle, beaucoup plus modeste que celui du fondateur de l’empire des Almohades, ne fut rien moins qu’heureux. Il remplissait dans la banlieue de la ville les fonctions demoueddhin

mières prédications de Mohammed, et c’est dans cette ville qu’il attacha pour toujours à sa fortune le célèbre Abd’ el- Moumen, qui devint l’héritier de sa doctrine et de son pouvoir.

En 540 (ll/j.5 de J.-C.), Abd’ el-Moumen ordonna de réparer les fortifications de l’ancienne ville, d’en exhausser les remparts, d’entourer d’un mur le quartier de Tagrart et d’y construire une cljâmie ou grande mosquée (1). Tagrart ainsi fortifiée fut transformée en citadelle, et elle servit de demeure d’abord au gouverneur almohade et à ses officiers, et plus tard aux rois de la dynastie des Béni Abd’ el-Wàdy et des Beni-Zéyan, ainsi qu’à leurs troupes régulières et aux personnes attachées à leur cour (2). Cette citadelle, ou palais, fut ensuite appelée du nom de Méchouar, qui signifie lieu oui’ on tient conseil, parce que

ou (le crieur sacré, lorsqu’il conçut le projet insensé de se faire passer pour prophète et pour réformateur de la religion musulmane.

Dans un pays où la population est toujours disposée à prêter une oreille docile h la voix du premier fanatique ou enthousiaste qui se présente, le moueddhin ne tarda pas à se voir entouré de nombreux partisans. Comme ses prédications et les rassemblements dont elles étaient l’occasion, causaient de l'inquiétude au gouverneur de Tlemcen, celui-ci ordonna d’arrêter le novateur qui eut le temps de prendre la fuite et de s’embarquer pour l’Espagne. Là, sa réputation et sa doctrine lui firent bientôt un grand nombre d’adeptes. Le khalife de Cordoue, après l’avoir vainement engagé à renoncer à ses prétentions et à ses erreurs, prit le parti de se défaire du nouveau prophète et le condamna au supplice ignominieux de la croix.

(1) Annales regum Maurit., pag. 123 du texte.

(2) Meracii el-Illilâa, pag. 134.

c’était là que les rois de Tlemcen réunissaient leurs ministres pour délibérer sur les affaires de l’Etat.

Le premier gouverneur almohade de Tlemcen fut le cid Abou-Hafs, fils d’Abd’ el-Moumen, à qui son père donna pour collègue et pour conseiller Abou-Mohammed A bd’ el- Hack Oueddyn, et pour secrétaire, Abou ’l-Hacen Abd’el- Melik ben-Ayâsch, lequel devint ensuite chancelier d’Abd’ el-Moumen et de son successeur Youssouf el-Açariyi.

Sous l’administration d’ Abou-Hafs, Tagrart vit croître sa population et s’élever dans son enceinte de nombreux édifices. Mais celui à qui la nouvelle cité fut redevable de son plus grand développement, ce fut Abou-Imran Mouça, fils du prince des croyants Youssouf el-Açariyi, et gouverneur de Tlemcen. Mouça, qui affectionnaitle siège de sa résidence, s’appliqua à embellir Tagrart et à augmenter sa population ; il y fit ériger quantité d’édifices et de monuments, recula les limites de sa circonscription et fit entourer le tout d’un nouveau mur d’enceinte qui fut commencé en 566 de l’hégire (1161 de J.-C.).

Il eut pour successeur le cid Abou ’l-Hacen, fils du cid Abou-Hafs, premier gouverneur de Tlemcen. Celui-ci fit également preuve de zèle pour l’agrandissement de Tagrart, et il acheva de fortifier les remparts de ce quartier commencés sous son prédécesseur, ce qui eut lieu en 581 de l’hégire (1185 de J.-C.). Ce qui contribua à hâter l’exécution de ces travaux, ce fut surtout la vue du danger et la crainte d’une attaque de la part des Beni-Ghaniah, derniers représentants du parti almoravide, qui de l’île de Majorque

dont ils étaient les seigneurs, avaient fait une descente dans les provinces de l’Est de l’Afrique et s’étaient emparés successivement de Bougie, d’Alger, de Médeah et de Milianah, menaçant d’envahir le reste du Maghreb et de ruiner l’empire naissant des x41mohades.

Abou ’l-îïacen, sans perdre un seul instant, mit la nouvelle cité en état de défense, restaura les vieux remparts d’Agadyr qui en quelques endroits tombaient en ruines ou présentaient des brèches, y ajouta des travaux de fortification, creusa tout autour un fossé, et fit ainsi de Tlemcen la place la plus forte de tout le Maghreb.

Les villes de Tihart et d’Areschgoul (1), les deux principaux boulevarts des Zénâtah, ayant été saccagées et détruites par les Beni-Hillel (2), pendant la longue et cruelle guerre des Beni-Ghaniah contre les Almohades, les habitants se réfugièrent pour la plupart dans les murs de Tlemcen dont ils triplèrent ainsi la population. Cette ville fut dès lors considérée comme la capitale des Zénâtah et devint la place la plus importante du Maghreb-Moyen.

Le schérif Edrissy, qui florissait sous le règne des Almoravides et au commencement de celui des Almohades (3),

(1) Tihart était située entre le Rif et le Saliarah, a quatre journées au Sud de Tlemcen. Areschgoul ou Raschgoun était bâtie sur les bords de la mer Méditerranée, près de l'embouchure de la Tafna.

(2) La tribu arabe de Ilillel , qui habitait d’abord la province d’Ilrikia, fut envoyée contre les Zénâtah par lçhak ben-Ghaniah en 598 (1202 de J.-C.). Elle envahit le Maghreb-Moyen, où elle mit tout à feu et à sang, et finit par s’établir entre Cran et Tlemcen, où elle est encore fixée.

(3} 11 termina sa géographie en 518 (1151 de J.-C.).

nous fait connaître l’état de Tlemcen tel qu’il était vers la fin de la première moitié du douzième siècle de notre ère. Voici ce qu’il nous apprend : « Tlemcen est une ville trèsancienne, entourée d’une forte muraille et divisée en deux quartiers qui ont chacun leur rempart. Son territoire est arrosé par une rivière qui vient de Sakharataïn, montagne où s’élève un fort qu’avaient fait construire les Masmoudis, c’est-à-dire les Almohades qui étaient de la tribu berbère de Masmouda, et où ils résidaient avant de s’être rendus maîtres de Tlemcen. Cette rivière passe à l’Est de la ville (1), fait tourner plusieurs moulins et arrose les champs situés sur ses bords. On trouve à Tlemcen toutes choses en abondance, et surtout de la viande excellente. On y fabrique des objets d’un débit facile et on s’y livre avec succès au commerce. Ses habitants sont les plus riches du Maghreb, en exceptant toutefois ceux d’Aghmat-Warikah et de Fez : il est vrai que Fez possède un territoire plus vaste, des ressources plus étendues et des édifices plus importants (2) . »

«La ville de Tlemcen, dit-il dans un autre endroit, peut être considérée comme la clef de l’Afrique occidentale ; c’est un lieu de passage des plus fréquentés par les voyageurs (3) . »

Sous le long règne des princës Almohades, la prospérité

(1) Il s’agit de la rivière qui s’appelait autrefois Salfecyf, et que l’on nomme aujourd’hui Safsef.

(2) Géographie d' Edrissy, traduite de l’arabe en français par Amédée Jaubert. Paris, 1830, tom. f, pag. 226 et 227.

(3) Ibid., page 228.

et la gloire de Tlemcen allèrent toujours croissant, le nombre des édifices se multiplia, et l’enceinte de la ville se trouva trop étroite pour contenir tous les habitants.

Les guerres continuelles que Ghamorâcen, premier roi de Tlemcen, eut à livrer ou à soutenir, soit contre les derniers princes de la dynastie des Almohades, soit contre les Beni-Mérin, rois de Fez, arrêtèrent pendant la durée de son règne, qui fut très-long, le développement de la prospérité de Tlemcen et la réduisirent même à la fin à l’état le plus déplorable. Y oici comment un voyageur africain , Abou-Mohammed el-Abdowiyi , qui visitait cette ville en 688 de l’hégire, au commencement du règne d’Othman, fils et successeur de Ghamorâcen, nous la peint : « Ensuite nous arrivâmes àTlemcen. Nous trouvâmes que c’était une ville où demeurait, pour ainsi dire, la mauvaise fortune, et où l’on avait reçu, comme des hôtes, les plus grands malheurs. Elle était semblable à un vase dont même les restes de lait ont disparu et dont on ne peut pas même tirer une seule goutte pour rafraîchir les entrailles de l’homme altéré par la soif. J’ai vu plus de mille de nos pèlerins qui s’adressaient au roi de la ville, pour lui demander un seul dinâr, comme les bédouins vont chercher de l’eau à un ruisseau; mais il ne pouvait leur donner ce seul dinâr... En un mot, cette ville est très-belle à voir et elle contient de très-belles choses ; mais ce sont des habitations sans habitants, des maisons sans propriétaires, des lieux que personne ne visite. Les nuages pleurent les malheurs de cette ville en versant leurs eaux; les colombes sur les arbres déplorent sa chute en poussant ■des gémissements. Si un hôte s’y arrête, cette ville lui donne

le malheur pour nourriture ; si un homme pauvre s’y trouve, elle lui donne le manteau de la mauvaise fortune pour vêtement (1). »

Cependant, au commencement de son règne, Ghamorâcen avait fait construire la soumâah ou minaret de la grande mosquée d’Agadyr, de même que celle de la grande mosquée de Tagrart (2) et le dôme sculpté à jour de cette dernière. Les successeurs de ce prince, voulant réparer les malheurs de la guerre, appelèrent à Tlemcen les habitants des localités voisines qui la peuplèrent ; de plus, ils l’embellirent par la construction de palais et d’hôtels qui étaient ornés de jardins, de fontaines et de jets cl’eau, et ils tâchèrent d’en rendre le séjour utile et agréable, en y fondant des collèges, des temples, des marchés, et en favorisant surtout les sciences et les arts. Sous leur domination, Tlemcen devint l’une des plus belles capitales de l’empire musulman et l’un des sièges les plus importants de l’autorité souveraine et du khalifat. Suivant le témoignage de Léon l’Africain, elle comptait alors plus de seize mille feux. Cela dura jusqu’à la prise de Tlemcen par les Beni-Mérin, rois de Fez, événement qui s’accomplit en 735 de l’hégire (1334 de J.-C.). A partir de cette époque jusqu’en 785, la gloire de la capitale du Maghreb-Moyen s’éclipsa en grande partie. Les guerres presque incessantes quelle eut à soutenir alors contre les Mérinites, éternels ennemis des Béni Abd’ el-

(1) Voyez Journal Asiatique, mai 1844, pag. 394 et 393.

(2) Yaliia ben-Khaldoun, Histoire des Déni Abd' el-Wâdy, fol. 14 r% et Tohfet el-Molouk de Mohammed el-Tenessy, pag. 84.

Wàdy, bannirent de ses murs la sécurité nécessaire à la culture des sciences et à la prospérité du commerce ; la population s’affaiblit considérablement, et la ville vieille devint presque déserte. Cependant elle parvint à se relever peu à peu de l’humiliation à laquelle elle avait été réduite, et après avoir été plusieurs années vassale des rois de Fez, elle fleurit de nouveau sous le gouvernement paternel des Béni Abd’ el-Wàdy qui remontèrent sur le trône de leurs ancêtres et régnèrent sous le nom de Beni-Zéyan.

Après le rétablissement de cette dynastie, Tlemcen vit renaître son ancienne splendeur ; les lettres y furent cultivées avec succès, et les savants accueillis avec faveur et distinction. L’on fonda exprès pour eux des écoles et des collèges, et les rois ne dédaignaient pas de venir eux-mêmes les entendre et de se mêler à la foule des étudiants. Les études y fleurirent surtout sous Abou-Hammou Mouça, qui était un poète très-distingué (1) , et sous Al-Motawekkel, ami et protecteur de Mohammed el-Tenessy, auteur de l’histoire des Beni-Zéyan (2).

(1) Le célèbre historien Abd’ er-ltahman ben-Khaldoun passa quelque temps au service de ce prince. Son frère Yahia, auteur d’une Histoire des Béni Abd’ el-Wâdy dont je possède un exemplaire, le seul, je crois, qui existe en Europe, était attaché à la cour d’Abou-IIammou en qualité de secrétaire ou d’écrivain.

(2) Il y ah la Bibliothèque Impériale un exemplaire manuscrit de cet

ouvrage, mais en fort mouvais état et incomplet. Tornberg, qui en a donné de longs extraits dans son édition du Carias, appelle fautivement notre auteur Tunesanus, Tunisien, car Mohammed était originaire, non de Tunis ( mais de Tenez A Tlemcen, sa patrie, il n’est

connu que sous le nom de El-Tenaciyi Tunisien se dit en

Sous le règne d’Abou-Saïd Othman, fils et successeur de Ghamorâcen, Tlemcen fut assiégée par Youssouf Abou- Yakoub, roi de Fez. Ce siège, l’un des plus longs dont il soit fait mention dans l’histoire, dura plus de huit ans, c’est-àdire depuis l’an 698 (1298-99 de J.-C. ) jusqu’en 706 (1306-7). Il finit à la mort du prince Mérinite, qui fut tué dans son lit par un de ses eunuques. Les habitants avaient été en proie à la plus horrible famine et réduits au nombre d’environ deux cents personnes et de mille combattants ; le reste de la population avait péri par le feu ou par la faim ; une bonne partie s’était sauvée dans les montagnes et dans les villes voisines. Le siège ayant été levé par les Mérinites, le mur d’enceinte et les ouvrages de fortification, qui avaient beaucoup souffert des attaques des assiégeants, furent restaurés par le roi Abou-Ilammou , premier de ce nom, qui fit également nettoyer les fossés de la place et la pourvut de munitions de toute sorte.

En 735 (1336 de J.-C.), la capitale des Beni-Zéyan fut de nouveau assiégée par les Mérinites. Abou ’l-Haçan Aly commença le blocus le 11 schéoual de l’an 735 de l’hégire. Il avait établi son camp tout près des remparts, à l’Ouest de la ville. Comme le siège traînait en longueur et qu’il voulait se mettre, lui et ses troupes, à l’abri de l’intempérie de l’air, il bâtit dans le même endroit une cité. Tlemcen, livrée à la famine la plus horrible et réduite aux abois, fut enfin emportée d’assaut un mercredi, 28 de ramadan.

arabe El-Touneciji. [Annales regum Maurit.,vo.lu menposterius,

png. 361 et passim.)

l’an 735, après trente et un mois de résistance et de souffrances. Le malheureux roi Abou-Teschifyn, dont le courage n’avait pu sauver la ville, voulut au moins vendre chèrements ses jours et mourir d’une manière glorieuse : s’étant posté avec ses enfants et ses vizirs sur la place qui s’étendait devant la porte de son palais, il combattit avec ses compagnons jusqu’à ce qu’il fût tué par les ennemis (1). L’on dit que sa tête fut coupée et promenée ensuite sur une pique dans toutes les contrées du Maghreb. Avec lui finit le règne des Béni Abd’ el-Wâdy de la branche aînée. Les princes de cette famille qui, dans la suite, occupèrent le trône à Tlemcen , prirent le nom de Beni-Zéyan .

La ville bâtie par Abou ’l-Haçan n’eut pas une longue* existence, car lorsque les Beni-Zéyan furent rentrés en possession de leurs États, ils ne voulurent point que l’ouvrage de l’ennemi de leur famille restât éternellement debout ; ils démolirent peu à peu les nouveaux édifices, abattirent les fortifications et les remparts et firent passer la charrue sur le sol qui avait porté ta ville mérinite. Du temps de Mohammed el-Tenessy, vers le milieu du neuvième siècle de l'hégire, elle avait depuis longtemps fait place à un champ qui était livré à la culture (2). C’est

dans ce champ que campent aujourd’hui les convois qui arrivent d'Oran. L’on y voit, à l’extrémité Nord, une grande porte qui date de l’époque d’Abou ’l-Haçan, et, dans la partie Ouest, des restes de fortifications et des pans de

(!) Yahia ben-Kbaîdoun, fol. il v°.

{%) Mohammed el-Tenessy, Histoire des Beni-Zéyan page 89.

murs à demi-rasés. La terré s’y trouve partout mêlée à des fragments de verre et à des débris de toute sorte. En parcourant ce champ semé de ruines, on sent que l’on marche sur un sol que des Souvenirs historiques ont consacré.

Dans le cours de l’année 752 (1351 de J. -G.), Othman s’étant fait proclamer souverain à Tlemcen, le roi Mérinite Fàris abou-Inan (1) lui déclara la guerre. Tlemcen fut emportée d’assaut et Othman tué avec son frère Abou- Thabit. D’après Léon l’ Africain , Tlemcen comprenait à cette époque environ douze mille feux.

Sous le règne d’Abou-Hammou II , Tlemcen ayant été occupée par le sultan Mérinite Abd’ el-Aziz, fut ensuite reprise sur lui par Abou-Hammou (2).

Yahia ben-Khaldoun, qui florissait sous le règne de ce prince, nous a laissé une description de Tlemcen qui nous fait connaître l’état de cette ville à l’époque où il vivait. J'en donnerai ici la traduction :

« Cette capitale, dit-il, située dans le Maghreb, entre le Saharah et le Tell, est appelée Tilimcin dans la langue des Berbères, mot composé de tilim qui signifie elle réunit , et de cin qui veut dire deux, c’est-à-dire le Tell et le Saharah , suivant l’explication de notre chéikh, le docte Abou Abd’ Allah el-Abiliyi, qui connaissait parfaitement la langue parlée par le peuple. Tlemcen est aussi appelée Telschan,

(1) Abd’ er-Rahman ben-Khaldoun remplit quelque temps les fonctions de secrétaire auprès de ce sultan.

(2) Yahia ben-Khaldoun, frère d’Abd’ er-Rahman, fut secrétaire particulier de ce sultan.

mot composé de tell , terre haute, par lequel on entend Tlemcen, et de schan, honneur, dignité, c’est-à-dire qui possède l’honneur. C’est une ville solidement construite, jouissant d’une température agréable, pourvue d’eaux douces et possédant un territoire fertile et riche en productions. Placée sur le flanc d’une montagne, elle s’étend, dans sa longueur, d’orient en occident; l’on dirait une jeune épouse assise mollement sur son lit nuptial. Les branches des arbres qui s’élèvent au-dessus de ses édifices sont comme les fleurons d’une couronne qui brille sur un front majestueux. Du flanc de cette montagne, elle développe sa largeur sur une vaste plaine appropriée à la culture, dont les ondulations pareilles à des bosses de dromadaires, sont déchirées par le soc de la charrue, dont la houe ouvre les entrailles, après que les nues ont versé sur la terre leur rosée bienfaisante. Des hauteurs voisines de Tlemcen se précipitent des ruisseaux qui fournissent aux habitants l’eau qui leur est nécessaire. Cette eau leur est amenée pure et limpide par plusieurs canaux et conduits souterrains, et elle est ensuite distribuée aux collèges et aux mosquées par le moyen des fontaines et des bassins. Elle passe également dans les maisons des particuliers et dans les établissements de bains, où elle est reçue dans des citernes et des réservoirs ; l’excédant va arroser en dehors de la ville les vergers et les champs.

« Par la réunion de ces avantages, Tlemcen est une cité dont la vue fascine l’esprit, dont la beauté séduit le cœur. Ceux qui veulent la célébrer ne sont pas embarrassés pour trouver des sujets de louange; aussi a-t-elle été longuement chantée et fourni matière à des poésies charmantes et

suaves... »

Yahiaben-Khaldoun, poursuivant la description deTlemceu, parle de la fertilité du territoire de cette ville en ces termes :

« Tlemcen est située dans une contrée qui possède de nombreux villages peuplés par un mélange de Berbères et d’Arabes. Son territoire abonde en arbrisseaux et est remarquable par les espèces d’animaux qu’il nourrit, la nature des plantes qui y croissent, la richesse de sa végétation et l’abondance de ses produits. Il arrive souvent qu’un seul arpent de terre rend jusqu’à 400 grands moudd (le grand moudd contenant 60 berchals, et le berchal 13 rotl) de froment, d’orge et de fèves d’Égypte, comme cela conste par les registres de l’an 758. »

Yahia ben-Khaldoun donne ensuite les détails topographiques suivants :

« Tlemcen a cinq portes, savoir : la porte El-Djiad ( des Coursiers ) , au midi ; la porte El-Akabah (de la Montée ) , au levant ; la porte El-Halwa (de la Pâte sucrée ) , et la porte El-Kermedéin (les deux Tuiles ), au nord; enfin la porte Kachoutah, au couchant. Elle se compose de deux cités que renferme maintenant un seul mur d’enceinte (1). »

Le célèbre géographe et historien Abou’l-Féda, contemporain d’ Yahia ben-Khaldoun, abrégeant suivant sa coutume ce qui avait été écrit avant lui,, se contente de dire en parlant de Tlemcen :

(i) Yahia ben-Khaldoun, Histoire des BeniAhd’ el-Wédy, fol. 4 r°.

« Tlemcen est une ville célèbre, entourée de murailles et située au pied d’une montagne. Elle a treize portes, et l’eau lui est amenée d’une source qui est à la distance de six milles (1). Hors de son enceinte, il y a des courants d’eau et des arbres. Une rivière (2) qui se jette dans la mer et à l’embouchure de laquelle entrent de petits bâtiments, serpente au midi et au couchant de cette ville dont le sol est excellent et extrêmement productif. Tlemcen est la capitale d’un royaume où il y a beaucoup de ports et de places fortes (3) . »

Je ferai remarquer que le savant géographe se trompe quand il donne treize portes à Tlemcen ; nous venons de voir par le témoignage de Yahia beri-Khaldoun, que cette ville n’en comptait pas plus de cinq. En supposant qu’il n’ait mentionné que les principales, le nombre de treize me semblerait encore au-dessus de la vérité.

Dans les temps qui suivirent le règne d’Abou-Hammou, les querelles et les divisions qui éclatèrent parmi les princes de la dynastie desMérinites, l’ affaiblissement progressif de leur pouvoir et la décadence manifeste de leur empire, ne leur permirent plus de continuer leurs attaques contre la capitale des Beni-Zéyan. Délivrée des ennemis du dehors, Tlemcen fut déchirée par les dissensions intestines ;

(1) L’auteur veut sans doute parler ici de la source Fewarab qui est située à peu près à cette distance de la ville, du côté du levant.

(2) La Tafnah.

(3) Takouim el-Doldan , IV' climat , commencement du Maghreb- Extrême, frontière du Maghreb-Moyen.

les rois y étaient détrônés par l’ambition criminelle de leurs fils; les fils se disputaient à leur tour l’héritage de leur père ; ces luttes presque incessantes, ces prétentions au trône qui étaient toujours soutenues les armes à la main, bannirent de la ville l’ordre et la sécurité et affaiblirent insensiblement le pouvoir des Beni-Zéyan.

Pendant la dernière période de leur existence, ils ne vinrent à bout de maintenir leur autorité chancelante qu’au prix de concessions fort humiliantes ; ils sévirent peu à peu dépouillés des places les plus fortes de leur royaume ; les Turcs leur enlevèrent Alger avec toutes ses dépendances; la riche Oran tomba au pouvoir des Espagnols ; tantôt vassaux des uns, tantôt tributaires des autres, ils ne possédèrent bientôt plus que l’ombre de la puissance royale. Vers le commencement de l’année 1551, Tlemcen ouvrit ses portes à Mohammed el-Arraniyi, fils du schérif Mouley Mohammed (1) ; mais l’année suivante, ayant été attaquée de nouveau par les Turcs, elle fut forcée de capituler (2). Enfin, Mouley Haçan, dernier roi de Tlemcen, fut chassé de son palais par les Turcs et mourut trois ans après à Oran, où il était allé chercher un refuge. Elle fut définitivement annexée avec tout son territoire à la régence d’Alger, en 1560, sous Haçan ou Barberousse III.

(1) A cette époque, les schérifs venaient de succéder aux Beni-Ouattas dans le royaume de Fez et de Maroc. Les Beni-Ouattas, qui régnèrent depuis 1471 jusqu’en 1550, étaient une branche cadette des Beui-Mérin ou Mérinites. Certains historiens en font uno dynastie distincte de celle des Mérinites.

(2) Relation de l'origine et succès des Schérifs, etc. , par Diego de Torrès, traduite en français. Paris, 1636, pag. 285 et suiv.

Léon l’Africain, qui visita Tlemcen au commencement du seizième siècle, nous a laissé une description de cette ville extrêmement curieuse et qui montre l’importance dont elle jouissait encore à cette époque. En la transcrivant ici , je demande la permission de faire usage de la traduction de Jean Temporal, contemporain de notre auteur, traduction dont le style, bien que suranné et gothique, est empreint d’une certaine naïveté qui lui fera trouver grâce, je l’espère, aux yeux du lecteur.

« .... Telensin est une grande et royale cité Tous les

marchands et artisans sont séparés en diverses places et rues, comme nous avons dit de la cité de Fez; mais les maisons ne sont pas si belles, ni de telle étoffe et coutanges. Outre ce, il y a de beaux temples et bien ordonnés, etpour le service d’iceux, sont députés plusieurs prêtres et prédicateurs. Puis se trouvent cinq collèges d’une belle structure, ornés de mosaïques et d’autres ouvrages excellents, dont aucuns furent édifiés par les rois de Telensin et autres par ceux de Fez. Il y a encore plusieurs étuves, et de toutes sortes... Il s’y trouve, davantage, un grand nombre d’hôtelleries à la mode africane, entre lesquelles il en est deux où logent ordinairement les marchands genevois et véniciens ; puis une grande rue en laquelle demeure un grand nombre de juifs, jadis fort opulents, qui portent un turban jaune en tête, afin qu’on les puisse discerner d’entre les autres ; mais ils furent une fois saccagés à la mort du roy Abu Habdilla (Abou Abd’ Allah), en l’an neuf cent vingt et trois de l’hégire ; au moyen de quoi ils en sont pour le jourd’hui réduits h toute extrême pauvreté. Plusieurs fontaines

s'écoulent dans la cite, mais les sources sont au dehors, de sorte que facilement les ennemis en pourrayent détourner l’eau. Et sont les murailles merveilleusement hautes et fortes, donnant l’entrée par cinq portes très-commodes et bien ferrées, joignant lesquelles sont les loges des officiers, gardes etgabeliers. Hors laquelle ville se voient de belles possessions et maisons (de campagne), là où les citoyens ont accoutumé en temps d’été demeurer pour le bel ébat qu’on y trouve, pour ce qu’entre la plaisance et bel assiète du lieu, il y a des puits et fontaines vives d’eau douce et fraîche ; puis au dedans le pourpris de chacune possession sont des treilles de vigne qui produisent des raisins de diverses couleurs et d’un goût fort délicat, avec des cerises de toutes sortes et en si grande quantité, que je n’en vei jamais tant en lieu où je me sois retrouvé. Outre ce, il y croît des figues douces, qui sont noires, grosses et fort longues, lesquelles on fait sécher pour manger en hyver, avec pêches, noix, amandes, melons, citrouilles et autres espèces de fruits. Sur un fleuve nommé Sefsif, distant de la cité par l’espace de trois milles, y a plusieurs moulins à blé, et dautres aussi plus prochains d’icelle en un côté de la montagne Elcalha.

« Du côté du midi, retournant devers la ville, demeurent plusieurs juifs, advocats, notaires, lesquels soutiennent et plaident les causes. Il y a plusieurs lecteurs et écoliers en diverses facultés, tant en la loy comme aux mathématiques, et ont leurs provisions ordinairement des collèges.»

Sous la domination tyrannique des Turcs, Tlemcen ne tarda pas à déchoir du haut rang qu’elle occupait parmi les villes du Maghreb-Moyen ; un grand nombre d’habitants

ne pouvant supporter le joug de ces étrangers, passèrent dans le Maroc où ils s’établirent pour toujours. Tlemcen ne fut plus considérée alors que comme la troisième ville de la régence d’Alger ; elle fut comprise dans le ressort du beylick d’Oran et confiée au gouvernement d’un simple caïd.

Vers l’an 1670, ayant pris parti pour les Marocains contre le bey Iïaçan, elle fut presque entièrement détruite par les Turcs vainqueurs.

Le voyageur anglais Shaw, qui visita Tlemcen vers le milieu du dix-huitième siècle, affirme qu’à cette époque il n’existait guère plus qu’un sixième de l’ancienne cité.

En 1834, Tlemcen, dont la population était encore d’environ vingt mille âmes, fut vainement assiégée pendant un mois par Âbd’ el-Kâder ; les Turcs et les Koroughlis, qui ne voulaient pas se soumettre à l’émir, ni reconnaître la domination française, s’étaient renfermés dans le Méchouar d’où ils pouvaient défier impunément l’ennemi (1).

Deux ans après, Tlemcen ouvrit ses portes à l’armée française, qui y fit son entrée le 13 janvier 1836.

Le 12 juillet de l’année suivante, elle fut évacuée par les Français en vertu du honteux traité de la Tafna. Abd’ el-Kâder en fit alors la capitale de la province du Gharb et y créa un khalifah pour la gouverner. Mais le 30 janvier 1842, Tlemcen fut de nouveau occupée par les troupes françaises et elle devint le centre d’une subdivision militaire.

(1) Oran sous le commandement du général Desmichels. Paris, 1835, page i 63.

Lors du soulèvement général de la province de l’Ouest en 1845, Tlemcen ne dut son salut qu’à la défense habile et ingénieuse du général Gavaignac, son gouverneur. S’étant renfermé avec ses troupes dans le Méchouar, il s’y maintint pendant cinq mois, malgré les attaques quotidiennes des Arabes qui étaient maîtres du reste de la cité (1).

Pendant cette guerre, Tlemcen a vu s’accumuler ses ruines, et sa population, qui n’était pas déjà trop nombreuse, a été réduite presque de moitié. Lorsque j’ai visité cette ville, six mois après, elle comptait 2,670 Koroughlis, 2,070 Hadhars, 1,5.85 Israëlites.et 500 Européens, en tout 6,826 habitants. Je ne parle pas des soldats, de diverses armes qui formaient la garnison, ni des malades tant civils que militaires qui remplissaient les hôpitaux.

(1) L’on m’a raconté à Tlemcen que lorsque les Français assiégés dans le Méchouar avaient épuisé leurs provisions de bouche, ils tiraient quelques coups de canon contre le minaret de la grande mosquée, et qu’alors les Arabes, qui craignaient que cet édifice sacré ne fût détruit, s’empressaient d’apporter des vivres à la porte du Méchouar pour faire cesser la canonnade.

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