‹ Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nomChapitre 3 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Oran. — Sa topographie. — Prononciation de l'hébreu usitée chez les juifs de cette ville et ceux du Maroc.

La ville d’Oran, fondée l’an 290 de l’hégire par Mohammed ben Abou Aun ben Abdous et par une troupe d’Andalous (1), est bâtie sur le penchant et au pied d’une haute montagne qui s’élève dans la direction du nord-nord-ouest au sud-sud-est. Sur la cime de cette montagne est assis un château en ruines qui porte le nom de Santa-Cru^j les Arabes l’appellent Bordj el-Djebel et les Turcs Bordj- Moudjadjo. Au-dessous de ce château et à droite, l’on en voit deux autres, l’un qui s’appelle le fort Saint-André , et l’autre le fort Saint-Grégoire. Celui-ci porte le nom de Bordj-Topana chez les Turcs, et celui de Bordj-Hocein ben Zawa chez les Arabes. Au pied de la montagne, qui est fort rude et escarpée, se trouve le port d’Oran, nommé par les Arabes Mersa ’l-Saghir , c’est-à-dire le petit port, par opposition à celui de Mersa ’l-Kébir qui est beaucoup plus considérable.

Vers le sud et le sud-est, au niveau de la partie inférieure de la ville, sont deux autres châteaux qu’un ravin sépare l’un de l’autre : d’un côté c’est le fort Saint-Philippe, et de l’autre c’est la Moune, ainsi appelé du mot

(1) Voyez Ben Adliary, édition de M. Dozy, j>. 131.

espagnol la Mona , qui veut dire singe. Les Arabes le nomment Bordj el-Yahoudy , le fort du Juif. La citadelle, appelée la Vieille Cazbah , est située au nord-ouest dans la partie la plus élevée de la place. Yis-à-vis, c’est-à-dire sur le côté nord-est de la ville, s’élève le Château-N euf (ï) qui domine la mer à pic et qui sert de demeure au gouverneur de la province. Il est flanqué d’une grande tour que les indigènes disent fort ancienne. C’est un bastion régulier construit anciennement par les Espagnols , réparé et agrandi plus tard sous le règne de Charles III, ainsi que le constate une inscription espagnole gravée sur la porte et conçue en ces termes :

Reinando en las Espanas la magestad del Senor Carlos III, g mandando estas plazas el teniente-général don Juan-Martin Zermeno, inspector del regimiento fixo, se hizô esta puerta, se construgéron las bovedas para alojamiento de la guarnicion, ij se reedifîcô el castillo por la parte de la Marina ano de MDCCLX.

Sous le règne de sa majesté, notre seigneur Charles III, roi des Espagnes, et sous le commandement du lieutenant-général don Juan-Martin Zerméno, chef de ces places et inspecteur du régiment qui s’y trouve fixé, cette porte fut construite ainsi que les casernes pour le logement de la garnison. La partie qui regarde le quartier de la Marine fut aussi réédifiée la même année MDCCLX.

Au-dessous de cette inscription on en voit une seconde en arabe, dont malheureusement je n’ai pu lire que quelques mots.

(1) Les indigènes le désignent aussi sous le nom de Bordj el-Ahwar et sous celui de Casbah el-Djadidah, ou la nouvelle Casbah.

La colline sur laquelle se trouve perché le Château-Neuf est couverte de figuiers de Barbarie, d’agaves, d’acacias, d’orangers et d’autres arbres des pays méridionaux. Elle est traversée par une allée ombragée qui sert de lieu de promenade aux habitants de la ville et d’où l’on aperçoit une grande étendue de mer. Belombra , tel est le nom que porte cette charmante promenade. Sur les bords de cette allée et non loin d’un café, l’on voit une inscription latine qui fut transportée en 1833 de la vieille Arzew, VArsenaria Latinorum de Pline (1), et placée dans cet endroit par les ordres du général de Létang, dont la promenade porte le nom. Elle est gravée sur une pierre calcaire couleur grise et encadrée dans une moulure. La voici :

SEX -Corn ELI o SEX-FIL-QVIR-HO NORATO PONT- MILIT-EQVESTRIB- EXORNATO PROC- SEXAGENARIO PROC-MESOPOTA MIAE E-MA/-EXTES TAMEN-EIVSDEM M-CAECIL-CAEC!

Ll AN VS-HERES-

(1) Histor. nal., libr. V, cap. î.

Sexto Cornelio, Sexti filio, Quirinu (tribu) Honorato pontifiai, mllitiis equestribus exornato, procuratori sexagenario, procuratori Mesopotamiæ et Mauritaniæ, ex testamento ejusdem Marcus Cæcilius Cæcilianus heures.

Je dois cette transcription à M. Hase, qui a déjà publié ce monument dans le Journal des Savants (année 1837, page 653). Cet académicien remarque avec raison que Sextus Cornélius Honoratus, qui vivait, selon lui, au second siècle de notre ère, était, comme nous dirions aujourd’hui, administrateur de troisième ou quatrième classe, sexagénarius, puisqu’il ne touchait que 60,000 sesterces d’appointements, ses collègues plus avancés en grade en recevant jusqu’à 100,000 et 200,000 (1).

Comme la ville est construite sur les côtés d’une gorge étroite au fond de laquelle coule un ruisseau, il s’ensuit que pour la parcourir, il faut partout monter et descendre ; partout des rampes, partout des escaliers, jamais un terrain plat, ce qui rend le service des voitures à peu près impossible. La grande artère de la ville part du fort Saint-Philippe et arrive au fort Lamoule, où se trouve la porte qui conduit au port de Mersa ’l-Kébir. Cette artère prend successivement les noms de rue Napoléon, place Napoléon, rue Saint-Philippe, place Kléber, rue de la Marine. Un vaste et profond

(1) Le docteur Sbaw a donné, dans ses Voyages (tom. 1, pag. 39), plusieurs épitaphes qu’il 'avait découvertes h Arzew. — L’auteur de l’ouvrage intitulé : Les prisonniers d’Abd el-Kader ou cinq mois de captivité chez les Arabes (Paris, 1837; in-8°, tom. I, pag. i), nous apprend que les officiers du brick le Loiret, ont vu également à Arzew, dans le courant de l'année 1836, des pierres couvertes d’inscriptions latines,

ravin courant de l’est à l’ouest la divise en plusieurs parties.

Cette position a aussi ses avantages pour la ville. L’eau s’y trouve en abondance, et on y voit quantité de fontaines et d’abreuvoirs qui sont pour la plupart alimentés par trois grandes sources. L’une est située à trois quarts de lieue du mur d’enceinte, à la naissance de la vallée sur les flancs de laquelle s’élève la ville. Un château-fort la protège. C’est le fort Bordj ras el-Aïn, autrefois appelé Bordj el-Aioun, et connu par les Espagnols sous la dénomination de San-Fernando. C’est un ouvrage avancé du fort Saint-Philippe , qui fut construit pour remplacer la T our des Saints ; cette tour défendait la prise d’eau. Un des magasins voûtés du Bordj ras el-Aïn existe encore. Elle forme un ruisseau qui va se jeter en serpentant dans la mer, à quelques pas du port, après avoir mis en mouvement les roues d’un moulin dans le quartier de la Marine.

On ne saurait rien voir de plus verdoyant et de plus enchanteur que les bords de ce ruisseau. Ses eaux coulent à travers des bosquets de figuiers, de grenadiers, d’orangers et de toute sorte d’arbres. Depuis Oran jusqu’à la source c’est un jardin continu et d’une fraîcheur délicieuse. Les deux autres sources, aussi d’une grande abondance, sont situées, l’une près des remparts au sud-est, vers le haut des flancs de la vallée, l’autre au levant de la ville, où elle est amenée par divers canaux souterrains.

Malgré le grand nombre de ses fontaines, Oran n’a pas d’eau fraîche; et l’on est obligé d’y faire usage d’alcarazas,

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