‹ Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nomChapitre 32 sur 54 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le Méchouar ou ancien palais des rois. — Les objeis curieux qu’on y voyait autrefois, tels que l’horloge merveilleuse et le Koran d’Othman.

La citadelle de Tlemcen s’élève du côté du midi de la ville et s’étend jusqu’aux remparts. On l’appelle Méchouar c’est-à-dire salle du conseil } nom que l’on donnait autrefois dans le Maghreb aux palais des sultans. Elle a deux portes voûtées, dont l’une s’ouvre dans la ville et l’autre regarde la campagne. La première se nomme bab et-Tsoutsiyah w>L>), porte du Mûrier, et la seconde

simplement bab el-Mécltouar Du temps de

Marmol, celle-ci était appelée babGadir ou porte d’Agadyr, et celle-là bab el-Djied, porte des Coursiers.

Depuis mon arrivée à Tlemcen, j’étais sorti plusieurs fois de la ville par la porte Tsoutsiyah, mais je ne m’étais jamais arrêté dans l’intérieur de la citadelle pour la visiter avec l’attention qu’elle méritait de la part d’un voyageur. Le samedi, 10 octobre, fut le jour choisi pour cette exploration.

Le Méchouar est une vaste enceinte de forme rectangulaire, entourée d’un mur fort haut et crénelé. Dans la partie occidentale, l’on voit une mosquée ornée d’un minaret, et

un corps de bâtiments, le tout transformé en un hôpital militaire. A droite et à gauche de la porte voûtée qui donne dans la ville, il y a des maisons occupées par le commandant de la place, l’intendant militaire, et pard’autresofïiciers attachés à l’administration de la localité. Une grande caserne construite en belles pierres de taille et pouvant contenir cinq cents cavaliers , remplace, dans la partie orientale du Méchouar, les pavillons dont se composait le palais des anciens rois et les jardins au milieu desquels s’élevaient ces pavillons. Les jardins renfermaient des orangers, des citronniers d’une dimension prodigieuse et d’une rare beauté. Les personnes qui m’ont fourni ces renseignements, regrettaient qu’on n’eût pas épargné ces arbres qui n’avaient peut-être pas leurs pareils dans l’Algérie entière. Mais estce que les messieurs du génie savent respecter quelque chose, quand il s’agit de réaliser leurs plans? Souvenirs historiques, antiquités, monuments des arts, rien n’est sacré à leurs yeux ; il leur faut le marteau, la démolition et le nivellement.

Pendant le cours des travaux, des substructions antiques d’un haut intérêt furent retrouvées dans cet endroit : on les a recouvertes sans qu’on en ait conservé le souvenir ; elles ont été soustraites peut-être à jamais à l’examen des hommes de science. L’on a également découvert dans le Méchouar des bagues, des sceaux, des bijoux, des médailles et autres objets curieux que les ouvriers ont fait disparaître et qui seront à coup sûr pour les historiens et les amateurs d’antiquités un sujet de regrets éternels. Le mur est revêtu intérieurement d’un contrefort et d’une terrasse ;

If

quelques pièces de campagne placées dans les créneaux montrent à la cité arabe leur bouche béante et prête à vomir la flamme et le fer.

Nous avons déjà dit dans un autre endroit, et nous croyons à propos de répéter ici, qu’en 1845, lorsque les Arabes tenaient les Français bloqués dans la citadelle, interceptant les communications avec le dehors et réduisant nos soldats à la famine, le gouverneur de Tlemcen faisait tirer quelques coups de canon sur le minaret de la Grande-Mosquée , et qu’alors les Musulmans, préférant la conservation du monument religieux à celle de leur propre vie, se hâtaient d’apporter des vivres et des provisions à la porte du Méchouar.

Pendant que j’explorais le côté méridional de l’enceinte, des ouvriers étaient occupés à creuser dans cet endroit les fondements d’une nouvelle bâtisse ; l’eau qui sortait de la terre avait envahi la tranchée, et les hommes avaient de la peine à continuer leur ouvrage. Dans les déblais que j’eus la curiosité d’examiner, je remarquai des fragments de tuyaux en poterie, débris des conduits qui amenaient anciennement les eaux de la Fewarah dans l’intérieur du Méchouar. Contre le mur, qui se confondait ici avec le rempart de la ville, étaient adossés, ainsi que du côté du Nord et de l’Ouest de la citadelle, des bâtiments et des pavillons solidement construits, lesquels servaient probablement de demeure aux gens employés à la cour des anciens rois de Tlemcen.

La citadelle est bâtie sur un terrain peu élevé au-dessus

du niveau de la plaine qui s’étend au Midi de la ville ; mais vue du côté du Nord et du quartier des Hadhars dont les maisons surgissent en amphithéâtre, elle domine entièrement la ville arabe et peut être considérée comme l’acropolis de Tlemcen.

Avant la fondation de Tagrart, en 462 de l’hégire, et même longtemps après cette époque, Tlemcen n’avait pas d’autre ouvrage de fortification que ses propres remparts et les tours dont ils étaient flanqués, car je ne parle pas du château appelée/-Ka/aa4,qui, étant situé à une lieue environ de la ville, sur le flanc septentrional du mont Sakharataïn, ne pouvait pas être d’un très-grand secours pour la défense de la place. Malgré cela, l’ancienne Tlemcen ne laissait pas que d’être une ville très-forte, comme l’attestent tous les historiens arabes dont nous avons cité ailleurs les paroles ; nous avons dit plus haut (1) que les Almoravides, chassés de Tagrart par les troupes d’Abd’ el-Moumen, purent se maintenir l’espace de quatre ans dans le quartier d’Agadyr ou ancienne Tlemcen. La ville, forte déjà par sa position naturelle, pouvait d’ailleurs faire usage pour sa défense des anciens ouvrages des Romains qui étaient encore debout en grande partie à l’époque dont nous parlons.

Dans l’origine, le Méchouar, qui avait été construit sur l’emplacement même où le roi Almoravide Youcef ben-Teschifyn avait fixé sa tente pendant qu’il assiégeait la ville de Tlemcen, le Méchouar, dis-je, fut simplement un hôtel

(1) Page 183.

gervant de résidence aux gouverneurs almoravides d’abord, et après eux aux gouverneurs almohades. Il fut ensuite habité par les rois de la dynastie des Béni Abd’el-Wâdy, qui tous se plurent à embellir leur demeure et à la rendre digne de la capitale de leurs États. Du temps d’Yahia ben-Khaldoun, qui florissait à la cour d’ Abou-Hammou II, le Méchouar était déjà devenu un palais pouvant rivaliser de magnificence et de splendeur avec les demeures royales de l’Orient les plus renommées. Voici en quels termes cet historien en parle : « Les rois de Tlemcen, dit-il, y possèdent un palais où l’on remarque des édifices splendides, des pavillons très-élevés, des jardins ornés de berceaux de verdure, et admirables tant par le goût avec lequel les plantes et les fleurs y sont disposées, que par la symétrie et les justes proportions qui régnent dans leur distribution et leur plan, si bien que par sa magnificence et sa beauté, cette demeure royale nuit à la renommée du Khawarnac, fait pâlir le Rocâfah et oublier le Sédyr (1).

(1) Histoire des Béni Abd’ el-Wâdy , fol. 2 r°. Le Khawarnac et le Sédyr sont deux châteaux célèbres qui furent bâtis par Nooman le Borgne près de Hirah. (Ce prince régna entre les années 390 et 418 de notre ère.) Ils tirent leur nom, l’un de la rivière Khawarnac qui coule dans les environs de Koufah, l’autre d’un canal appelé Sédyr qui se trouve dans le voisinage de Hirah. Adiyi ben-Zéid, poète arabe chrétien qui florissait dans la seconde moitié du sixième siècle, parle de ces châteaux dans les vers suivants qu’il adressa à un prince de Hirah :

« Songe, car la sagesse est le fruit de la réflexion, songe au maître du Khawarnac, lorsque du haut de son château il admirait le spectacle offert à ses regards.

« Ses richesses , l'étendue de ses possessions, le fleuve roulant à ses

La splendeur dont les princes Abd' el-Wàdites cherchèrent d’abord à s’entourer, était une suite presque nécessaire de leur vanité et de leurs prétentions : se disant les descendants des Édrissites et de Mahomet par Fatimah , femme d’Aly, ils se faisaient passer pour les héritiers légitimes de la double puissance, temporelle et spirituelle ; ils se décoraient des titres pompeux de khalifes et de sultans, et comme pour se dissimuler à eux-mêmes la nullité de leurs droits et la fausseté de leurs prétentions au souverain pontificat, ils avaient multiplié autour d’eux les dignités et les offices, créé une foule de services et d’emplois, tels qu’on en voyait dans les cours les plus brillantes de l’Orient.

Les principaux officiers de la cour des rois de Tlemcen étaient les suivants : 1° Les vizirs (.h; J'), 2° lehâdjib, 3° le secrétaire en chef, k° le ministre des finances, et

pieds, son magnifique palais de Sédyr, tout concourait à lui inspirer des idées flatteuses.

« Mais une pensée soudaine a fait frémir son cœur. Hélas! s’est-il écrié, qu’est-ce que la félicité de l’homme, quand la mort est là qui l’attend? »

(Traduction de M. Gaussin de Pereeval, dans son Essai sur l'histoire des Arabes avant l’ Islamisme, t. Il, p. 59.)

Quant au Roçâfah, il y avait en Orient plusieurs châteaux de ce nom, entre autres le Roçâfah construit à Koufah par le khalife Abbasside Almansor, et le Roçâfah que le khalife Haroun er-Raschid avait fait bâtir à Baghdad , sur la rive orientale du Tigre. Les rois arabes d’Espagne possédaient une maison de plaisance de ce nom dans les environs de Cordoue. ( Voy . Ibn-el-Adhdriyi el-Marreskoschiyi , édition de M. Dozy, p. 62 et 63. Leyde, 4849.) C’est peut-être à ce dernier château que fait allusion Yahia ben-Khaldoun.

5° les cadhis. C’est l’ordre dans lequel ils sont mentionnés par Yahia ben-Khaldoun.

Les vizirs (J,j J!) étaient au nombre de deux : l’un était chargé de l’administration militaire, et l’autre de l’administration civile. Le premier, que l’on désignait en particulier par le nom de vizir de l’épée ( ^^Lo), levait les troupes, les commandait au besoin et les licenciait ; le second, que l’on appelait le vizir de la plume conférait les emplois civils et était chargé de la police générale du royaume. Dans les derniers temps du règne des Beni-Zéyan, ces deux offices furent réunis entre les mains d’un seul ministre à qui l’on donnait le nom de mézouar

If office le plus élevé après le vézirah était le hhidjâbah (wLsnH). Le hhâdjib, ou chambellan, était l’homme de confiance du prince et son conseiller intime. Il servait d’intermédiaire entre le roi et ses grands officiers ; il commandait quelquefois l’armée et représentait la personne du prince. Le hhidjâbah était la dignité la plus honorable dont un homme pût être revêtu à la cour.

Le secrétaire en chef, ou grand chancelier (,^jU3l), était le chef du bureau de la chancellerie et de la correspondance. Il rédigeait les ordonnances et adresses ( .LiJ'fcY) émanant de l’autorité royale et y apposait Yalâmah (LYUl), formule consistant en ces mots : oli jyAJ Louange à Dieu

et action de grâces à Dieu! et autres de cette nature, que l’on écrivait en tète des actes officiels.

Le ministre des finances (Jlü^fw^.La) avait la garde et l’administration des deniers publics. 11 recevait les revenus de l’État, faisait recouvrer les impôts et fournissait à l’argentier ou payeur général les sommes ordonnancées par le roi.

Les càdhis étaient ordinairement au nombre de trois, savoir : le câdhi de la communauté (ïsUJJ ^li), qui était le grand-juge ou chef suprême de la justice ; le câdhi de la cour ^ remplissait les fonctions de no¬

taire pour les personnes attachées au palais du roi, recevait les plaintes de tous ceux qui venaient demander justice et était chargé d’y faire droit, et le câdhi militaire

qui accompagnait l’armée dans toutes ses expéditions, et dont la juridiction s’étendait exclusivement sur les gens de guerre.

A ces hauts dignitaires, ajoutez une foule d’officiers subalternes, tels que le gouverneur du palais, qui était en même temps le capitaine de la garde royale, le grand-écuyer, le commandant des pages, l’eunuque gardien du harem, et vous aurez une idée juste du personnel nombreux et brillant dont se composait la cour des rois de Tlemcen.

Pour rendre leur personne plus respectable, ils se montraient rarement à leurs sujets ; ce n’était que dans certaines circonstances qu’ils voulaient bien leur octroyer cette insigne faveur, et la chose se faisait alors avec tout l’apparat et la magnificence que demandait la dignité du trône et la majesté du pouvoir souverain. Mais de toutes les fêtes données par la cour, aucune n’égalait celle dont le Méchouar était

témoin lors de la solennité du Mauled, ou naissance du fondateur de Pïslam. Elle mérite une description particulière.

Dans la soirée du 12 de rebie el-awel, jour de la fête, le roi donnait aux grands de l’État, aux officiers de la cour, aux notables de la cité, aux syndics des arts et des métiers, un banquet splendide et somptueux. « On y apportait, dit un historien arabe, des tables servies qui, par leur forme circulaire, ressemblaient à des lunes, et par leur splendeur, à des parterres fleuris. Elles étaient chargées des plats les plus exquis et les plus variés; il y en avait pour satisfaire tous les goûts, faire l’admiration de tous les yeux, charmer toutes les oreilles par leurs noms, exciter l’appétit et l’envie de manger à ceux qui n’avaient pas faim, les engager à s’approcher et à prendre part au festin commun (1). Le sol était garni d’une quantité innombrable de tapis et de coussins rangés avec ordre et proprement pour servir de siège et d’appui aux convives. D’immenses flambeaux fixés dans des chandeliers de cuivre doré , répandaient des flots de lumière dans toute la salle, pareils à des colonnes de feu. Le roi était assis sur son trône, dans le lieu le plus honorable de la salle du banquet. La vue de sa personne réjouissait tout le monde ; l’éclat de sa majesté dilatait toutes les poitrines ; la grandeur de sa gloire remplissait l’esprit de stupéfaction ; il éclipsait par sa magnificence les grands et les nobles de son peuple qui environnaient son trône. Les notables (2) de la ville et les syndics des métiers occupaient

(1) Mohammed et-Tenessy, p. 94.

(2) Yahia ben-Khaldoun, fol. 24 r°.

chacun une place distincte, suivant le rang et la condition à laquelle il appartenait ; ils formaient des groupes et des bandes qu’on aurait pris volontiers pour les compartiments divers d’un jardin parsemé de fleurs. Leurs yeux, peu accoutumés à tant de magnificence et de splendeur, avaient de la peine à rester ouverts, et lorsqu’ils en parlaient, le respect inspiré par le lieu leur faisait baisser le ton de la voix, en sorte qu’on n’entendait que des chuchottements, et que les esprits étaient dominés par le sentiment de l’admiration et saisis de ravissement. Des pages, revêtus de longues tuniques de soie rayée, parcouraient tous les rangs, tenant dans leurs mains des cassolettes où brûlaient des parfums, et aspergeant l’assistance avec des eaux de senteur. On respirait partout l’odeur de l’ambre gris dont la fumée remplissait l’air ; partout les convives recevaient des aspersions d’eau de rose de Nisibe.

Au festin succédait le chant des louanges de Mahomet qui durait jusqu’au lever du jour. A une certaine distance du trône s’élevait une estrade en guise de chaire. Près du bord de cette estrade se tenait le chantre chargé officiellement de célébrer les louanges du prophète, qui étaient toujours en vers. L’on choisissait pour cette fonction une personne douée d’une voix douce et agréable, versée dans la connaissance des règles de la poésie et de la musique arabe. Quand il n’était pas lui-même l’auteur de la pièce, il se contentait de répéter les compositions d’autrui. Dans la récitation du poème, il faisait sentir la mesure des pieds et il exprimait fidèlement les diverses modulations qu’exigeaient le commencement, le milieu et la fin du vers, suivant

le rhythme sur lequel le poëme avait été composé. Quand le chant était fini, il était rare qu’il ne se présentât pas quelque poète de la ville ou de la cour avec une pièce de sa composition, faite pour la circonstance. Celui-ci était aussi quelquefois remplacé par un autre, et il arrivait souvent que dans la même nuit on entendait cinq ou six poèmes différents en l’honneur de Mahomet. Les rois eux-mêmes, quand ils étaient poètes, ne dédaignaient pas d’apporter à cette solennité le tribut de leur muse et le fruit de leurs inspirations religieuses. Les historiens arabes nous ont laissé plusieurs cacydâh de ce genre sortis de la plume du célèbre Àbou-Hammou Moucé IL Lorsque cela arrivait, c’était le chantre officiel à qui revenait l’honneur de réciter le poème royal.

Parmi les objets rares que l’on conservait dans le Méchouar et que l’on exhibait pour embellir la salle de réunion pendant la nuit solennelle du Mauled, celui qui excitait le plus l’admiration des spectateurs, c’était une horloge à sujet qui était généralement connue sous le nom de khezânet el-mendjânah (iiLsrM LilyA), l’appareil de l’horloge (1).

(t) Le mot ( niendjdnah ), que je traduis par montre ou hor¬

loge, ne se trouve point dans les dictionnaires. 11 dérive du grec jxayyavov, qui, outre ses significations ordinaires de vénéfice, prestige, adresse, etc., veut dire également machine, et dans ce sens il est synonyme de \>:r;fwr\, machine, appareil, machine de guerre, ensemble de pièces artistement réunies. C’est de ce dernier que les Arabes ont formé ( mendjanyk ), ( mendjalyh ), (mendjanyn) et

( mendjanoun ), qui ont la même signification que le grec. Le sens que j’attribue à outre qu’il m’est fourni par l’ensemble de

Cette horloge merveilleuse, disent les historiens, était ornée de figures d’argent d’un travail ingénieux et d’une structure solide. Sur le plan supérieur de l’appareil s’élevait un buisson sur lequel était perché un oiseau avec ses deux petits sous les ailes. Un serpent, sortant de son repaire situé au pied de l’arbuste, grimpait doucement et sans bruit vers les deux petits qu’il guettait et qu’il voulait surprendre. Sur la partie antérieure il y avait dix portes, c’est-à-dire autant que l’on comptait d’heures dans la nuit, et à toutes les heures une de ces portes tremblait et faisait entendre un frémissement. Aux deux coins de l’appareil etde chaque côté était une porte ouverte, plus longue et plus large que les autres. Audessus de toutes ces portes et près de la corniche, l’on voyait le globe de la lune qui tournait dans un grand cercle et marquait par son mouvement la marche naturelle que ce satellite suivait dans la sphère céleste pendant cette nuit.

la description que les auteurs arabes nous font de l’appareil, est conforme à celui que l’on a toujours donné en Barbarie, et nommément à Tunis, à un autre mot qui n’est que la corruption du nôtre, savoir U & (: magânah ) ou ï&Ls ( mengalah ). Les Berbers, qui ont défiguré le nom déjà corrompu par les Arabes modernes, appellent une montre üJliLL» (■ mounghâlah ), remplaçant la lettre gaf par un ghcün. Ce qui lève toute incertitude sur la valeur de cette expression, c’est l’autorité d’Ahmed el-Makkariyi, qui, dans la Yie de Liçan ed-Dyn ibn-el-Khatyb, rapportant quelques vers que ce vizir avait composés au sujet d'une borloge, dit . , 4 t -A j 1 Sj

HjUs-U « Liçan ed-Dyn (Dieu lui fasse miséricorde!) a dit au sujet de l'horloge (iiLJl), que les Maglirebins nomment Mengânah (liLs-'-M). » Suivent les vers en question. Voy. mss. de la Bibliothèque Impériale, n° 759, fol. 91 v°.

Au commencement de chaque heure, au moment où la porte qui la représentait frémissait, deux aigles sortaient du fond des deux grandes portes, et venant s’abattre sur un bassin de cuivre , ils laissaient tomber dans ce bassin un poids également de cuivre qu’ils tenaient dans leur bouche ; ce poids entrait par un trou qui était pratiqué dans le milieu du bassin et arrivait ainsi dans l’intérieur de l’horloge. Alors le serpent qui était parvenu au haut du buisson, poussait un sifflement et mordait l’un des petits oiseaux que son père cherchait en vain à défendre par ses cris redoublés. Dans ce moment , la porte qui marquait l’heure présente s’ouvrait toute seule, et il paraissait une jeune esclave ornée d’une ceinture et douée d’une rare beauté. De la main droite elle présentait un cahier ouvert où le nom de l’heure se lisait dans une petite pièce écrite en vers ; la main gauche, elle la tenait placée sur sa bouche comme pour salùer le souverain qui présidait la réunion et le reconnaître par ce geste en qualité de khalife.

Les vers qui indiquaient les heures de la nuit et étaient tracés sur le cahier que l’esclave tenait ouvert dans sa main, s’adressaient ordinairement au roi et renfermaient des éloges pour sa personne. Yahiaben-Khaldoun nous a conservé ceux qu’il composa, d’après l’ordre d’Abou-Hammou II, pour la fête du Mauled de l’année 770 de l’hégire. Quoiqu’ils sentent un peu la flatterie, j’en donnerai ici la traduction, au risque de causer quelque ennui à mon lecteur.

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