II. — CAMEROUN
Dans la conférence faite, au mois de février 1913 devant la Société de Géographie de Londres sir Harry Johnston rappelait a ses auditeurs que « la civilisation du Cameroun occidental est entièrement due à un groupe, peu nombreux, mais remarquable, de missionnaires britanniques baptistes, qui, avec leurs collègues de l'Inde occidentale, inculquèrent des principes d'ordre et des notions commerciales fructueuses aux indigènes de langue bantou habitant ces régions » Sir Harry Johnston faisait ainsi allusion aux établissements créés en 1845 par 1 Andais Alfred Saker. Celui-ci fonda d'abord la colonie de Bethel, près de Douala; puis il acheta au roi de Bimbia un territoire situe sur la baie d'Ambas, où il installa une vingtaine de familles. Cette seconde colonie reçut le nom de Victoria en l'honneur de la reine. En 1860 elle avait 50 habitants. Saker demanda que 1 Angleterre prît officiellement ce pays sous son protectorat. Le gouvernement britannique négligea d accomplir cette formalité; ses droits lui paressaient incontestables. L'anglais était a langue usuelle des populations de la côte, lorsque le grand armateur de Hambourg, M. Woermann, vint, en 1868, fonder à Douala, une maison de commerce dont il confia la direction à M. Thormahlen. Jusau'en 1884, Victoria fut une sorte de république relevant de la mission baptiste de Londres. Le 10 iuillet de cette année, une canonnière anglaise pénétra dans l'estuaire du Cameroun mais fe consul anglais n'était pas a bord. Ce même our arrivait le Môwe, portant le commissaire
allemand Nachtigal. Le 19, le consul anglais Hewett, venu sur la canonnière Flirt, protesta officiellement contre cette démonstration allemande, mais Nachtigal hissa le drapeau de sa nation à Bimbia, à Malimba, et à Petit-Batanga. De leur côté les Anglais arborèrent leur pavillon à Victoria et revendiquèrent la propriété de la côte de RiodelRey. Après quelques négociations, ils renoncèrent à ce dernier territoire. Poussés par eux, les indigènes se soulevèrent contre les Allemands. Le gouvernement de Berlin envoya une escadre commandée par le contre-amiral Knorr. Trois cents marins débarqués usèrent de représailles envers les gens de Joss et de Hickory, qui avaient brûlé le village du roi Bell, protégé des Allemands. Knorr publia une proclamation menaçant d'expulsion tout perturbateur, et du jugement par un tribunal militaire tout fauteur d'intrigues contre les Allemands. Le consul Hewett, reparaissant, à Noël, sur la canonnière Watchfull, renouvela ses protestations, mais vainement. Des pourparlers engagés aboutirent à un arrangement en 1886. Les établissements anglais de Douala furent achetés 40.000 marks par la mission bâloise. Le gouvernement britannique se déclara prêt à céder la colonie de Victoria dès que la mission allemande aurait fait l'acquisition des terrains. Devenue moyennant 55.000 marks propriétaire, la mission rétrocéda Victoria au gouvernement allemand.
Le mont Cameroun.
Les volcans qui forment les îles du golfe de Guinée se continuent sur la terre ferme par le mont Cameroun. C'est, grâce à sa situation près de la mer, un des sommets les plus imposants du globe. La forme du massif a été comparée à celle
d'une tortue ; il mesure environ 40 kilomètres, dans sa plus grande dimension. Les eaux marines et fluviales l'entourent de tous côtés. La plus haute cime, le Fako, dépasse 4.000 mètres. La première ascension en fut faite, en 1861, par l'Anglais Burton et le botaniste allemand Mann. Outre le cratère principal, il y a un grand nombre de cratères secondaires. La dernière éruption eut lieu au mois de mai 1909. Une des sources dégage, par seconde, 50 litres d'un gaz contenant, pour les deux cinquièmes, de l'acide carbonique pur. Les Allemands ont songé à utiliser ces émanations.
Le massif du Cameroun, ou plus exactement le versant maritime de ce massif, est au second rang parmi les régions les plus arrosées du globe (moyenne de Tannée à Biboundi : 200 jours pluvieux et 10 mètres d'eau). Cependant l'humidité est rare dans les hautes régions ; elle est, aussi, vite absorbée par le sol, extrêmement perméable. La neige, qui tombe quelquefois sur le Fako, disparaît au bout de quelques jours. Le massif est donc privé, pendant la saison chaude, de réservoirs d'humidité. On ne rencontre nulle part de sources au-dessus de 2.700 mètres, même au-dessus de 1900, sur le côté Nord -Est. Derrière Bouea, on parcourt plus de 40 kilomètres sans trouver d'eau. Ce n'est guère qu'au pied de la montagne, le long de la côte, que les sources abondent; il en est qui jaillissent au-dessous du niveau de la mer. Le massif du Cameroun a ainsi beaucoup moins d'importance hydrographique que le Manengouba, ou le Baloue, moins arrosés mais constitués, essentiellement, par des roches imperméables.
Les deux tiers du massif sont couverts par la forêt. Jusqu'à l'altitude de 1.000 mètres c'est la forêt tropicale, humide, très uniforme. Les arbres à caoutchouc y sont rares. Le cocotier crojt jusqu'à 500 mètres, le palmier à huile jusqu'à 4.000 mètres, mais, au delà de 800 mètres, les
fruits ne mûrissent plus. La forêt est percée de clairières par les plantations, les fermes indigènes ou bien les coulées de lave récente. Au delà de 1.000 mètres, on voit se développer une autre forêt, dont l'existence est due à la ceinture de nuages, qui enveloppe presque constamment la montagne; cette forêt finit entre 1.700 mètres et 2.100 mètres, selon l'exposition. A 2.100 mètres au maximum, commence la zone herbeuse. La flore offre quelques espèces européennes et sudafricaines ; elle ressemble surtout à celle de l'Abyssinie, du Kilimandjaro, et aussi de Madagascar. Aux grandes altitudes, la température baisse fortement la nuit. La mission Hassert et Thorbecke, en 1907, a relevé 4° G seulement, entre 2.300 mètres et 3.000 mètres.
La fauue est assez pauvre. Dans la forêt, l'éléphant n'est pas rare. En 1909, les fermes, destinées à l'alimentation des travailleurs de la plantation Debuntscha, furent presque entièrement détruites par ces animaux. A Bibundi il a fallu renoncer à certaines cultures, pour la même raison. Il y a des antilopes, des léopards, des singes. Les moustiques sont légion, comme partout d'ailleurs, au Cameroun.
Seules,, les régions inférieures sont habitées de façon constante. Au Nord-Ouest, il n'y a pas de village au-dessus de 600 mètres; à l'Est, cette limite est encore plus basse. Du côté de la mer, tous les établissements humains sont sur le rivage même. La montagne, tombant d'abord en falaises abruptes, commence, à partir de Bibundi, à s'éloigner de la mer et à former de larges terrasses; on trouve ici la première localité éloignée de l'Océan : Bomana. Les indigènes du mont Cameroun sont au nombre d'environ 17.000. Ils appartiennent à deux tribus : les Bambouko et les Bakwiri. Ces derniers, habitant le Sud-Est, sont chasseurs, cultivateurs et éleveurs. Pendant long-
temps ils eurent, à l'égard des Allemands, une attitude défiante et hostile. Ils ne furent soumis qu'en 1 894, après de rudes combats, où le capitaine von Gravenreuth trouva la mort, et deux prises d'assaut de leur capitale Bouea. Cette localité, située à 960 mètres, à la limite de la forêt vierge, entre des gorges profondes, anciennes coulées de lave, creusées par l'érosion, servit d'abord de sanatorium, puis en 1901 fut choisie pour être la résidence du gouverneur de la colonie. Elle a l'avantage de posséder de bonnes sources. Une ferme, installée avec des vaches de TAUgau, fournit du lait; un potager donne les légumes d'Europe. Mais Bouea a le désagrément d'être très souvent plongée dans le brouillard. A une lieue au-dessous, à Soppo, était un camp militaire, et le siège du commandement de la troupe coloniale.
Le massif du Cameroun est, par excellence, la région des plantations européennes de la colonie; celles-ci couvrent les flancs, au Sud et à l'Ouest. On n'y compte pas moins de dix grandes Compagnies de plantations. La plus importante est la Compagnie de Victoria, fondée en 1897, au capital de 3 millions de marks. Elle possédait, en 1910, 16.000 hectares, et occupait plus de 3.000 Noirs. La principale culture des plantations est celle du cacaoyer. Cet arbuste croît jusqu'à 700 mètres, mais les meilleures qualités de cacao sont récoltées au-dessous de 400. Grâce à l'amélioration des méthodes de culture et à l'introduction de variétés choisies, le cacao du Cameroun vaut celui de San Thomé. Au début, l'on avait fondé sur cette culture des espérances illimitées, à raison de la valeur, jugée inépuisable, du sol. Cette appréciation était trop optimiste. De grandes étendues sont impropres à cette culture, à cause de la nature caillouteuse du sol, semé de morceaux de basalte ou de lave. Ailleurs, la couche d'humus est souvent très peu profonde; de plus, elle est très
pauvre en chaux et en potasse, par suite de la forte action chimique des pluies. La richesse inépuisable du sol est une légende. Au bout de quelques années, les indigènes sont obligés de mettre leurs terres en jachère. Les plantations doivent avoir recours aux engrais artificiels; il en a été importé, en 1909, 460.000 kilogrammes. Le climat a aussi bien des inconvénients ; il est trop pluvieux pour les espèces fines ; il favorise le développement de végétations parasites et d'insectes nuisibles. Les mauvaises herbes prennent souvent une telle extension que l'on a vu les propriétaires de la plantation Debuntscha renoncer à la lutte et vendre leur domaine fort au-dessous de sa valeur.
D'autres cultures ont été introduites. La première plantation de caoutchouc a été établie en 1907. Le tabac et le café ont une importance tout à fait secondaire. Le café ne procure pas de bénéfices. Le tabac demande trop de soin, et, d'ailleurs, le climat, trop humide, contrarie le séchage et la fermentation. La culture du thé est très diversement appréciée; il semble que la qualité laisse à désirer. Le palmier à huile mérite une attention particulière. Dans la plupart des plantations, on le cultive comme culture intercalaire. Les plantations Bibundi et Victoria ont chacune une huilerie mécanique. On évalue le nombre des palmiers à 840.000, dont le quart sur le domaine de la Compagnie de Victoria. A raison de 7 m. 30, valeur moyenne d'un palmier, cela fait 6 millions de marks par an, soit 2 millions de plus que la valeur de l'exportation annuelle du Cameroun, en amandes et huile de palme. En 1910 s'est fondée à Tiko, près de Bimbia, YAfrikanische Frucht Ci0, pour la culture et le commerce des bananes, ananas et autres fruits exotiques.
Les Allemands n'ont pas trouvé sur place la
main-d'œuvre nécessaire. Les Bakwiri sont incapables d'un travail régulier. On les utilise comme porteurs, mais il a été impossible de les employer aux travaux de chemins de fer. Quelques chefs intelligents ont créé des plantations de cacao sur le modèle européen et, témoins des efforts faits par le gouvernement pour améliorer les races de bétail, ont fondé une sorte de syndicat d'éleveurs, placé sous le contrôle du chef de district. Mais ce sont là des exceptions. En somme, les Bakwiri n'ont pas donné ce qu'on attendait d'eux. Les planteurs ont dû faire venir des travailleurs des pays situés à plusieurs jours de voyage. Mais les habitants des savanes supportent très mal le climat humide du mont Cameroun. La proportion des décès est annuellement de 5 à 6 0/0. En 1907, une épidémie de typhus fit périr 108 Balis sur 125. Le voisinage immédiat de la mer constitue pour les plantations un précieux avantage. Victoria, « la perle du Cameroun », est située au fond de la baie d'Ambas, l'un des plus beaux sites du monde, qu'un député au Beichstag comparait au lac Majeur, mais avec des proportions plus grandioses. Un appontement de 180 mètres de long permet rembarquement et le déchargement des marchandises. Depuis 1889, Victoria possède un jardin d'essais et un institut agronomique, composé de deux sections : botanique et chimie biologique. Les frais d'entretien annuels s'élevaient à 60.000 marks. Victoria est reliée par une route à Biboundi; une autre conduit à Bouea; mais, à l'époque des pluies, envahie par la végétation, elle se trouve réduite à la largeur d'un étroit sentier. La Compagnie de Victoria a construit un chemin de fer à voie étroite de Kakaohafen à Soppo. Avec les embranchements, il a une longueur de 74 kilomètres. Sa destination est de desservir les plantations; mais il sert aussi à la circulation publique entre Victoria et Bouea.
Une compagnie anglaise de Liverpool, la Ambas Bay Trading C°, fondée au capital de 10.000 livres sterling, possède des factoreries à Victoria, Bimbia, Botadorf, Tiko, Rio del Rey, et aussi une plantation de cacao à Bwinga.
La région du Cross.
La délimitation anglo-allemande de 1885-1887 céda à l'Allemagne le bassin supérieur du Cross. La frontière rencontrait ce fleuve en aval de Nssanakang, suivait son cours entre Obokoum et Nssakpe, pour adopter ensuite celui d'un affluent, l'Aoua. Le Cross (600 kilomètres), né au Sud de Bali, porte d'abord le nom de Manjou jusqu'au confluent du Moum-Aja. La contrée est une région de formation sédimentaire, où les grès grossiers alternent avec des bancs de calcaire qui, probablement, sous l'action des forces volcaniques, ont subi de profondes cassures. Les géologues considèrent le bassin du Cross, ainsi que le bassin de la Bénoué, comme l'une des grandes zones d'affaissement de l'Afrique occidentale. Le sol est très vallonné et, généralement, recouvert par l'épaisse forêt vierge.
Longtemps avant que le Cameroun devînt allemand, les populations du haut Cross, notamment les Ekoïs et les Bakogos, étaient en relations avec les Anglais de Calabar. Les premiers jouaient le rôle de courtiers, et apportaient à la côte le bois d'ébène, le caoutchouc et l'amande de palme. Mais le principal commerce était celui des esclaves que ces populations recrutaient dans les pays de savanes. Ces trafiquants, troublés dans leurs opérations, s'opposèrent violemment à la pénétration européenne. En 1899, le lieutenant Queis fut massacré par les Ekoïs. La Compagnie du Nord-Ouest Cameroun, fondée en cette année, eut ici des dé-
buts difficiles. Elle adopta, d'abord comme base d'opérations, le port de Vieux-Calabar, et mit en service un bateau monoroue qui remontait le Cross à la saison des pluies. Successivement furent établies : la station de Nssakpe par le commandant von Besser, la station de Nssanakang par le commandant Ramsay, la station de Ossidinge par le capitaine Glauning et la station de Tinto par le lieutenant Strumpell. Les canonnières anglaises avaient, jusqu'alors, remonté le Cross, et les indigènes se considéraient comme sujets de l'Angleterre. La Compagnie du Nord-Ouest créa plusieurs factoreries dont la plus occidentale était celle de Bascho. Mais bientôt les Allemands se virent menacés par une grave insurrection des Anyangs du district de Ossidinge (1903). Le lieutenant de Puckler, cbef de la station, fut tué ; 4 représentants de la Compagnie tombèrent assassinés. L'année suivante, le capitaine Langheld et le colonel Muller amenèrent des troupes. Comme la révolte s'était étendue à la Nigeria, les autorités anglaises prêtèrent leur concours. Cependant il fallut une rude campagne de cinq mois pour obtenir la soumission des insurgés. Ces troubles portèrent un coup sensible à la Compagnie Nord- Ouest. Cependant les factoreries furent rétablies. Une fabrique d'huile a été installée à Mamfe. Dans tout le district de Ossidinge, la culture du palmier a été propagée par les indigènes. Ce pays possède, aussi, des richesses minérales. On a constaté la présence du charbon et du sulfure de plomb. Près de Ossidinge se voient des filons de mica blanc, qui ont jusqu'à 2 m. 50 d'épaisseur et paraissent pouvoir être facilement exploités. De nombreuses sources salées jaillissent dans le lit du Cross. Les plus renommées sont celles de Nssanakang; c'est pourquoi l'Angleterre revendiqua, jusqu'en 1901, la possession de cette ville.
Nssanakang, situé à 250 milles marins de Vieux-
Calabar, a été atteint, à la fin de la saison sèche, en 1913, par un grand bateau à moteur anglais calant 1 mètre. Les sondages donnèrent plus de 1 m. 20 de profondeur d'eau. Pendant la période des pluies, la navigation remonte facilement jusqu'à Mamfe ; mais au-dessus, un barrage de roches rend le passage absolument impossible.
Un chemin conduit de Ossidinae à Ikassa au Nord de Rio del Rey, en traversant la région accidentée, à l'Ouest des monts Roumpi. Au delà de cette région s'étend jusqu'à la mer une zone de terres basses, inondées, couvertes de palétuviers et fiévreuses ; jusqu'à 50 kilomètres dans l'intérieur il n'y a pas un village nègre. Rio del Rey au fond d'un estuaire où se confondent les eaux de plusieurs fleuves a été déserté, en 1902, par la Compagnie Nord-Ouest. Toutes les factoreries allemandes établies dans ce district appartiennent à la Compagnie commerciale allemande de V Afrique occidentale.
Une autre voie relie le bassin du Cross à la côte, c'est la route de Rali, une des plus anciennes et des plus importantes routes de caravanes du Cameroun, laquelle aboutit à Victoria. Peu de routes ont été le théâtre de plus d'atrocités, au temps de la traite ; c'est par là que les marchands du Cross allaient vendre leurs esclaves aux Doualas. Elle fut suivie, en 1889, par le Dr Zintgraff qui fonda, pour la surveiller, la station de Johann Albrechtshôhe. Elle se trouve actuellement en très mauvais état d'entretien. Il fut question, en 1902, de prolonger par là, jusqu'au Cross, la petite ligne ferrée de Kakaohafen à Soppo, afin d'affranchir la Compagnie Nord-Ouest de l'obligation de faire passer ses transports par territoire anglais. Old-Calabar est, en effet, le débouché naturel de tout le bassin du Cross.
La plaine du Même, ancien golfe marin, ouvre au Nord du mont Cameroun une large brèche,
par où la côte de Rio del Rey communique avec la région des estuaires. Cette plaine, riche en humus, est extrêmement propre aux plantations, de même' que le versant de la montagne tourné de ce côté, lequel, quoique moins humide, mais aussi moins soumis à l'érosion, et moins envahi par les parasites, attend encore Les grandes entreprises européennes.
Les Pays-Bas du Cameroun : . , la région de l'huile.
Les Portugais qui découvrirent ces rivages, au xve siècle, avaient donné le nom de camarao > (crabe) à la baie sur laquelle s'ouvrent 5 estuaires, et dont la forme ressemble par là, selon la comparaison d'un géographe allemand, à une feuille d'érable à cinq pointes. Ce golfe a deux fois létendue du haff de Stettin. L'entrée, resserréeentre le cap Cameroun et la flèche de sable de Souelaba, n'a que 8 kilomètres de large. La baie du Cameroun reçoit les eaux du Moungo, du Wouri, du Dibamba et aussi, par un bras latéral, une partie des eaux de la Sanaga. Tous ces fleuves sont coupés de chutes, à l'endroit où commence la zone côtière, formée de sédiments gréseux, de l'époque tertiaire. Les alluvions, déposées par les eaux boueuses, augmentent incessamment la surface continentale. Le golfe est ainsi entouré, comme la côte de Rio del Rey, d'une ceinture de » marécages pestilentiels, couverts d'un inextricable fourré de palétuviers et de cocotiers. Cette zone, large d'environ 24 kilomètres, est découpée par le réseau compliqué d'innombrables bras et canaux. Au moment du reflux, beaucoup de terres > sont à sec. La profondeur de la baie varie de 1 mètre à 10 mètres ; une barre, placée à 6 mètres au-dessous du niveau marin, empêche les grands -
îque irançaj
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navires de pénétrer dans l'estuaire, jusqu'à Douala. Des travaux de dragage ont été entrepris pour débarrasser cet obstacle. Le Moungo est navigable pour les petites embarcations jusqu'à Moundame, le Wouri jusqu'à Yabassi, la Sanaga jusqu'à Edea, c'est-à-dire jusqu'aux chutes Herbert, hautes de 30 mètres.
Au delà de la zone basse des palétuviers s'étend, jusqu'aux hauts plateaux de l'intérieur, le domaine de la forêt primitive, toujours verte. Plus de 40 essences diverses de bois utiles y ont été reconnues ; à raison de 75 mètres cubes par hectare, le bénéfice pour 10.000 hectares serait de 750.000 marks, selon la remarque a'un économiste. L'arbre caractéristique de toute cette région est le palmier à huile ; c'est la grande réserve de richesses du Cameroun, pour l'avenir. Sur de grandes étendues, dans les districts de Douala, de Edea, de Yabassi, le palmier a été propagé, comme dans tout le pays de Ossidinge, par les indigènes.
Partout, dans la forêt vierge, les populations placées au plus bas degré de la civilisation, sont morcelées en une infinité de petits groupements indépendants et hostiles les uns aux autres. A Edea, sur un espace très restreint, on ne compte pas moins de 15 rois. Une exception est offerte parles Doualas; encore cette tribu, forte de 25 000 individus environ, obéit-elle actuellement à 5 souverains. Les Doualas, rusés trafiquants, étaient, à l'arrivée des Européens, les courtiers qui accaparaient tout le commerce de l'intérieur, échangeant les esclaves contre l'ivoire, le caoutchouc et l'amande de palme. Les commerçants allemands se résolurent à traiter directement avec les producteurs ; ils fondèrent les premières factoreries à Nkoum, àMoundame et à Yabassi (i 898). Les Doualas, se voyant évincés, ne tentèrent' aucun effort pour étendre leurs relations commerciales,
au fur et à mesure des progrès de la pénétration européenne. Quelques-uns, comme le roi des Akwas, cherchèrent à se créer de nouvelles res* sources ; la masse fut considérablement appauvrie. Le mécontentement qui en résulta s'est manifesté hautement, quand les autorités allemandes décidèrent de les exproprier pour assainir leur village et bâtir une ville à l'européenne.
Le commerce ne tire parti que d'une très faible quantité des ressources forestières. Les trois quarts des produits du palmier à huile pourrissent inutilisés. L'industrie et la fabrication de l'huile est encore dans l'enfance. Le cacao est cultivé par les indigènes sur les rives des fleuves et au bord de quelques criques. Des plantations européennes de palmiers, de cacao, de caoutchouc, existent sur le Bomono creek [Syndicat pour la culture du palmier), à Moundame [Compagnie JSord-Ouest), à Moukonje, près Douala, à Yabassi [Compagnie de caoutchouc du Cameroun) et sur la basse Sanaga [Compagnie de Vhinterland du Cameroun).
Des schistes noirs bitumineux, susceptibles de brûler après un léger échauffement, ont été découverts près de Douala. La vallée du Moungo posséderait aussi des suintements de pétrole. Des traces de fer magnétique et de cuivre ont été relevées dans la région de Edea.
La vallée du Moungo est en dehors du tracé de la ligne ferrée des monts Manengouba ; celle-ci s'en rapproche sur un point, près de Moundame, éloignée de quelques kilomètres. La basse Sanaga est reliée à Douala par le chemin de fer central, lequel franchit le Dibomba, au pont de Japoma. C'est à l'embouchure de ce fleuve, qui forme en quelque sorte la limite entre le Cameroun central et méridional, à Malimba, que résida, jusqu'en 1901, le gouverneur de la colonie.
Le Cameroun méridional :
la région du caoutchouc
Par delà une zone basse littorale, dont la largeur varie, du Nord au Sud, entre 120 et 50 kilomètres environ, le Cameroun méridional présente l'aspect d'un plateau élevé de 500 mètres au moins. Autour de Yaounde et de Loiodorf, jusqu'à la Pfalla, affluent du Nyong, et jusqu'à Akoafîm^ les croupes montagneuses dépassent l'altitude de 750 mètres ; quelques unes culminent à 1.000 mètres, 1.500 mètres au maximum. Le sol, sauf sur les crêtes formées de granit ou de gneiss, est composé de latérite, généralement très fertile. Le niveau ne s'abaisse, vers l'Est, au-dessous de 500 mètres, que dans les vallées inférieures du Kadei, du Boumba et du Ngoko. Les pluies sont un peu moins abondantes que dans les contrées de Victoria et de Douala (1.500 à 2.000 mètres par an en moyenne).
La forêt primitive compacte, qui commence près de la côte, finit en deçà de Yaounde et au Lobo, affluent du Dja. Plus loin, se montre la savane ; les étendues boisées réapparaissent dans les vallées, jusqu'au Doume et au Kadéi, et dans les régions relativement basses du Sud-Est, comme le bassin du Boumba. Les palmeraies, qui forment la lisière de la grande forêt vierge, couvrent le pays de la boucle du Dja, à l'Ouest de Lomie.
La forêt vierge est faiblement peuplée. Le lieutenant Morgen, parti de Kribi, en 1890, voyagea pendant dix jours sans presque rencontrer un village. Le pays avait été habité, au temps où l'ivoire et le caoutchouc y abondaient. Les indigènes de la forêt mènent, d'ailleurs, une vie errante. Chaque année, ils abattent un morceau de forêt, brûlent les troncs, et cultivent le sol, pen-
;dant une période de un à trois ans; puis ils s'en vont ailleurs. Les champs, délaissés, se transforment en brousse, dans laquelle croissent, naturellement, ou par les soins de l'homme, des bouquets de palmiers. Ces arbres se voient au bord de la route de Kribi à Yaounde, et dans les fermes voisines, où l'administration a créé des centres de population. De.même qu'au Togo et dans les autres régions tropicales, les vallées sont des .pôles répulsifs. C'est ainsi que l'on n'aperçoit aucune agglomération humaine sur les rives môme du Dja. Les villages sont sur le plateau, à une lieue environ de la rivière, en dehors des terres humides. La population du Sud-Cameroun appartient, pour la moitié occidentale au moins, à la famille des Pangoués ou Pahouins. Les principales tribus sont :. les Boule, au Sud de Ebolova, jusqu'au delà d'Akoafim, les Yaounde et les Mwele, entre la Sanaga et le Nyong, les Bakoko, ,dans le bassin inférieur de la Sanaga. La partie .orientale est habitée par des peuplades cannibales et guerrières : les Njem, dans la boucle du Dja ; les Ndzimus, à l'est de Lomie ; les Makas, dans les régions supérieures du Nyong et du Doume. , Le premier établissement militaire des Allemands dans le Cameroun méridional fut la station de Yaunde, fondée, en 1887, par le capitaine Kund et le lieutenant Tappenbeck. L'arrangement provisoire franco-allemand du 24 décembre 1885 avait fixé pour limite à la zone d'influence allemande, au Sud, le Rio Campo jusqu'au 7°, 40 de longitude Est, puis le parallèle prolongé jusqu'à sa rencontre avec le 12°, 40. La délimitation s'arrêtait à ce point, c'est-à-dire approximativement au méridien de Akoafim. Au delà, le champ restait ouvert aux. entreprises françaises comme aux entreprises allemandes. Tandis que les maîtres du Cameroun demeuraient inactifs, les explorateurs français obtenaient de remarquables
résultats. La mission Grampel, franchissant la ligne de partage entre l'Ogooué et le Congo, découvrait, en janvier 1889,1a rivière Dja, puis, se dirigeant vers l'Ouest, descendait le Ntem. Au printemps de 1890, l'administrateur Cholet remontait la Sangha, voie de pénétration très importante par sa direction Nord- Sud. Arrêté par des bancs de sable, il s'engagea dans le Ngoko, qui coule plus profond dans un lit plus resserré, entre des* rives plus hautes. Arrivé non loin du territoire allemand, il rebroussa chemin ; il avait été partout bien accueilli par les indigènes, avait signé des traités avec les principaux chefs et étudié les ressources commerciales du pays, particulièrement riche en ivoire et en caoutchouc. L'année suivante, le gouverneur, de Brazza, envoya les missions Gaillard et Fourneau ; le premier fondait le poste de Ouesso, le second compléta les études de Cholet et poursuivit l'exploration de la Sangha. De Brazza prit ensuite le commandement d'une expédition destinée à assurer l'influence française dans cette région. Le poste de Carnot fut établi, en 1894, par M. Clozel. A cette date, aucune expédition allemande n'avait paru sur la Sangha; cependant les Allemands réussirent à obtenir, par la convention franco-allemande de 1894, un accès à cette rivière et à prendre ainsi pied dans le bassin du Congo. La limite, fixée en 1885, devait être prolongée jusqu'au Ngoko; la frontière suivait cette rivière jusqu'à la rencontre avec le deuxième parallèle, puis ce parallèle jusqu'à la Sangha, et enfin, la Sangha, sur une trentaine de kilomètres. Dans le cas, était-il dit, où la rivière Ngoko, à partir de son intersection avec la frontière, ne couperait pas le deuxième parallèle, le tracé suivrait le Ngoko sur 35 kilomètres, pour rejoindre ensuite, par une ligne droite, l'intersection du deuxième parallèle avec la Sangha. En 1895 commencèrent les explorations du lieutenant von Stein qui, pen-
dant dix ans, allait parcourir les bassins du Dja, du Nyong et du Doume. En 1897, trois ans par conséquent après le traité qui avait étendu jusqu'à la Sangha l'hinterland du Cameroun, eut lieu la première traversée, d'Ouest en Est, de Yaounde à Ouesso. Le lieutenant de Carnap et le lieutenant von Stetten furent alors les premiers Allemands qui naviguèrent sur la Sangha. En même temps, le lieutenant von Stein et le docteur Plehn occupaient Molundu sur le Dja. Ces expéditions préparèrent le terrain pour la Compagnie du Sud- Cameroun, fondée en 1898. Cette Compagnie obtint 9 millions d'hectares, au Sud du 4° de latitude et entre le 12° de longitude Est et la frontière orientale. La concession était faite en toute propriété pour une durée illimitée. C'était, au fond, une véritable donation. Pendant les années suivantes, le lieutenant von Bulow soumit les Boule et fonda la station de Ebolova, le docteur Plehn explora le Ngoko, son affluent le Boumba et fut tué près de Youkadouma (novembre 1899), le lieutenant von Stein et le médecin-major Hoesemann reconnurent que le Dja était le cours supérieur du Ngoko. En 1903, la Compagnie du Sud-Cameroun étendit son action au haut bassin de cette rivière; ses agents pénétrèrent dans le pays Njem, encore inexploré, et installèrent des factoreries en plusieurs lieux. Celles-ci eurent à souffrir des pillages et des attentats commis par les indigènes. Il fallut les expéditions du capitaine Scheunemann (1904-1906) pour maintenir les Njem dans la soumission, et assurer les communications entre les pays de la boucle du Dja et la côte. Une station militaire fut établie à Lomie. A leur tour, en 1905, les Makas s'étaient soulevés, interceptant toutes les routes conduisant au Nyong. Jusqu'en 1910, date de sa mort, le major Dominik, commandant la station de Yaounde, qui exerçait, dans tout le Cameroun méridional, les fonctions
d'une sorte de vice-gouverneur, eut à réprimer des troubles, provoqués, en grande partie, par les procédés inhumains de trafiquants blancs.
La valeur commerciale du Cameroun méridional réside dans sa richesse en caoutchouc. Jusque vers 1906, les principales quantités provenaient des districts de Kribi, Ebolova et Yaounde ; ce trafic était entre les mains des marchands de Douala. Mais ces régions étaient alors épuisées par la rafle. Les Allemands, à la recherche des nouvelles contrées à exploiter, se livrèrent à une mise en coupe réglée, au sud du parallèle qui formait la frontière franco-allemande. Ils s'avancèrent dans la haute vallée de l'Ivindo. Il y eut un premier incident en 1902. Un second se produisit en 1905. La rencontre entre Français et Allemands amena une effusion de sang. Les envahisseurs s'étaient avancés jusqu'à 200 kilomètres environ de Libreville. Ces incidents de Missoum- Missoum déterminèrent les gouvernements à faire établir, définitivement, le tracé de la frontière, jusqu'alors théorique ; ce fut l'objet de la mission Cottes-Foerster (1906). Les excès, commis en territoire allemand par les trafiquants, étaient tels qu'en octobre de cette année, l'administration ferma toutes les factoreries du district d'Ebolova, sauf le chef-lieu et la station de Kam, et interdit le recrutement des porteurs. Mais, aussitôt que les pays du Dja eurent été ouverts à l'activité économique par les campagnes du capitaine Scheunemann, ils furent envahis par une nuée de commerçants, avides d'exploiter les richesses d'ivoire et de caoutchouc, lesquels répandirent à profusion des pacotilles européennes et vendirent des armes au Njem et aux Ndzimus. Des conflits, qui dégénèrent en luttes à main armée, se produisirent entre les commerçants de Batanga et les agents de la Compagnie du Sud-Cameroun. En 1906, cette Compagnie vit son droit de propriété
foncière réduit à un million d'hectares. Son domaine actuel est borné à l'Est par le Boumba; il touche au Dja, sur une longueur d'environ 50 kilomètres. Pour la presque totalité, c'est une forêt inhabitée. Si la production du caoutchouc a augmenté, après 1906, c'est uniquement parce que l'exploitation a attaqué des pays demeurés auparavant indemnes : le bassin du Dja, et aussi les régions du Nyong, du Doume et de la Sanaga. Les principaux centres de production étaient, en 1912, le district de Molundu, la partie sud du district de Lomie, et du district de Akoafim, et le district du Doume, avec les régions avoisinantes. Mais on commençait déjà à envisager, pour l'avenir, l'épuisement de ces territoires, quand la crise du caoutchouc est venue porter une très sensible atteinte à la prospérité du Cameroun méridional, dont le caoutchouc constitue actuellement le seul élément. L'exploitation et le transport du caoutchouc occupaient, en 1910-1911, de 20.000 à 30.000 travailleurs, chiffre officiel qu'il eût fallu, paraît-il, doubler, pour avoir le nombre réel. Les porteurs, de même que les ouvriers agricoles, sont fournis, pour la plus large proportion, par la tribu des Yaounde; mais le moment est arrivé où celleci a presque atteint la limite de ce qu'elle peut donner.
Des plantations ont été créées à Gampo, à Lolodorf, à Dehane, sur le Nyong inférieur, à Longji, à Ebolova, à Akonolinga (Nyong), à Sangmelima et sur les bords du Doume. Les principales maisons de commerce représentées dans cette partie de la colonie sont : la Compagnie Sud-Cameroun, dont les deux établissements importants sont à Molundu et à Kribi, la maison Randad et Stein qui possède environ 30 factoreries (Longji, etc.), la Compagnie brémoise de V Afrique occidentale, la Compagnie africaine (Akoafim, etc.) et la maison Holtmann et Sutter
(Kribi). Deux maisons anglaises sont établies à Batanga, Kribi et Campo.
Le plus long et le plus important des fleuves qui traversent la grande forêt, la Sanaga (800 kilomètres, longueur de l'Elbe), est impropre à la navigation, au-dessus d'Edea. Son lit est embarrassé de sables mobiles; les divers obstacles sont trop grands pour qu'on puisse penser à les faire disparaître. Le Nyong est navigable sur 35 kilomètres, en partant de la mer. Au delà, se présente la section des rapides, longue de 200 kilomètres, jusqu'à Mbalmajo, ou Widimenge. De Widimenge à Abong-Mbang (150 à 200 kilomètres), le fleuve peut porter de petites embarcations; mais la mission envoyée par le comité économique colonial a constaté, en 1913, que, pendant les années sèches, la navigation est impossible, durant trois mois et demi, pour des bateaux ayant un tirant d'eau de 0 m. 80 -, Il en coûterait très cher pour rendre le fleuve navigable toute l'année. Les sources du Nyong sont à une distance de 60 kilomètres seulement du Doume, qui porte bateau à Ndimbelé. Le Ngoko peut être remonté, même aux basses eaux, par les petits vapeurs de la Compagnie du Sud-Cameroun, jusqu'à Molundu, où la rivière est barrée par les chutes de Plehn. Des bateaux ne calant pas plus de 1 mètre remontent, en temps de crue, jusqu'aux rapides de Dongo. De Dongo à la source, on compte quatre biefs, navigables pour les barques. Le Campo a trop de rapides pour être une voie utilisable.
Le major Dominik a fait construire, dans le district de Yaounde, un grand nombre de routes. Celle qui conduit de là à Kribi est carrossable et pourvue de ponts de pierre, ainsi que la route de Longji à Kribi et à Campo. La construction d'une route semblable a été entreprise de Lolodorf à Ebolova et Sangmelima. D'autres ont été projetées de Ebolova à Ngoulemakong, de Ebolova
à Ambam, de Sangmelima à Akoafim et de Abong- Mbang à Doume. Le port de Kribi, débouché maritime des pays à caoutchouc, occupe le premier rang dans la colonie pour les exportations; mais, par suite du déplacement constant vers l'Est de l'exploitation, son importance tendait à diminuer au profit de Molundu et de la voie du Congo. (Mouvement commercial de Molundu : 74.000 kilog. en 1907, 143.000 en 1910.)
Le haut plateau central.
Le mont Cameroun, qui, comme nous l'avons dit, prolonge le soulèvement volcanique des îles du golfe de Guinée, est le commencement d'une chaîne de volcans éteints, orientée du Sud-Ouest au Nord-Est. C'est, d'abord, le mont Baloue ou Roumpi (900 m.), où le soubassement de gneiss et de granit est recouvert de formations éruptives récentes, et où se voit un lac de cratère, le lac des Eléphants. Le Même y prend sa source. Vient ensuite le système du Manengouba, dans lequel on distingue : les monts Bafarami, le mont Koupe (2.070 mètres), le mont Nlonako (2.400 mètres) et le mont Manengouba (2.110 mètres). Ce dernier paraît être le massif volcanique le plus puissant du Cameroun. Son cratère, l'Epoka, mesure de 2 à 3 kilomètres de diamètre. Le Manengouba est un centre hydrographique important, dont les eaux vont alimenter le Cross, le Moungo et le Wouri. Ce soulèvement de trachyte et de basalte est limité, à l'Ouest, par la ligne de rupture que forment la vallée supérieure du Moungo, la vallée du Kidde, qui en est le prolongement septentrional, et la plaine Mbo. Cette plaine, située à 800 mètres d'altitude, large d'environ 20 kilomètres, fut un fond de lac, avant que les eaux qui forment le Nkàm, affluent du Wouri, eussent réussi à se frayer un pas- ,
sage à travers les montagnes. Il suffirait d'élargir la gorge étroite qu'elles traversent, près de Bare, pour drainer cette cuvette de Mbo, que la saison des pluies transforme en un vaste marécage fiévreux, sorte de jungle peuplée de baffles et d'éléphants, et pour en faire une plaine fertile. Les habitants du village de Sanschu y cultivent le riz, sous la direction d'un nègre de Libéria. La plaine Mbo est surplombée, au Nord et à l'Est, par de hauts escarpements. Des crêtes allongées font ressembler ces montagnes à certaines parties du Jura suisse.
Les versants sud du Koupe et duNlonako, exposés aux vents pluvieux, sont garnis d'une épaisse végétation forestière. Celle-ci manque au plateau qui s'intercale entre l'écran de montagnes et le Manengouba et qui est, pour cette raison, relativement pauvre en eau. La position de Bare marque la limite septentrionale atteinte, de ce côté, par la zone de la forêt tropicale. Des masses distinctes de forêts couvrent les flancs bien arrosés du Manengouba et des monts Mbo. Partout où le sol est suffisamment humide, croissent en grand nombre, jusqu'à 1.000 mètres d'altitude et davantage, les palmiers à huile. La région du Manengouba produit la plus grande quantité de l'huile vendue par les tribus du Sud. Dans l'ensemble, tout ce pays offre le tableau d'un « pays de parc », formant la transition entre la grande forêt et la steppe.
Sur le sol fertile, au Sud-Ouest du Koupe et au Nord-Est du Manengouba, habitent les Bakossi, agriculteurs et éleveurs, comme les Bakwiri du mont Cameroun; mais ils prennent fort peu de soin de leur bétail. Ils obéissent à plusieurs rois. Les montagnards, autrefois très belliqueux, du pays Mbo, vivent disséminés en petites bourgades indépendantes.
Le pays Bakossi fut visité, pour la première fois, parle docteur Zintgraff; cet explorateur fon-
Afriaua Franco!
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da, comme nous l'avons vu, la station de Johann- Albrechtshôhe, destinée à les observer, à surveiller la route de Bali et à servir de base aux futures explorations. Les premiers missionnaires, retardés dans leur marche par les tribus côtières, parvinrent au Koupe en 1893; ils ont installé à Nyasosso une ferme d'élevage, où ont été tentés des croisements avec des bovidés de la race d'Allgau. Ce fut seulement en 1903-1904 que le Manengouba commença à être étudié scientifiquement par le docteur Ziemann; il avait mis seulement quatre jours et demi pour venir de Douala. La pénétration de cette région ne devint aisée qu'en 1905, après l'expédition du colonel Muller. Ensuite eurent lieu les missions de Rohrbach et Moisel en 1907, de Hassert etThorbecke en 1908. Un poste militaire a été établi à Bare (860 mètres) ; les cultures avoisinantes de pommes de terre, de maïs, de légumes donnent à ce coin de la savane l'aspect d'une campagne européenne. Le poste Mbo (1.650 mètres) est le plus élevé de ceux habités parles Européens; les nuits y sont si froides et si humides qu'il faut y faire du feu.
Au retour de son voyage, le docteur Ziemann déclara avoir découvert le chemin le plus court pour atteindre les hauts plateaux ; le Manengouba est, en effet, la partie de ces hautes terres la plus rapprochée de la côte. Celles-ci, avec leur climat sain, paraissaient présenter les conditions favorables à rétablissement d'immigrants européens, ce qui fut toujours, comme on sait, l'un des principaux objectifs de la colonisation allemande. Le Manengouba attira donc l'attention, particulièrement quand il s'agit de construire la première voie ferrée. Mais la ligne, ouverte en 1911, s'arrête à Nkongsamba et n'atteint même pas Bare. Elle devait remonter la vallée du Nkam, puis, au delà de la plaine Mbo, la vallée du Menua ; cette dernière, très sinueuse, comme l'autre, mais où
l'œuvre de l'érosion est plus avancée, entaillée entre des parois abruptes, revêtues d'une végétation très dense, semble opposer à l'entreprise de sérieuses difficultés.
Le plateau basaltique de Dschang précède, au Sud, le massif Bambouto (2.500 m.), qui tombe, en falaise escarpée, au-dessus de la cuvette de Tinto et du bassin du Cross. Au delà du plateau de Bali, se dressent les massifs volcaniques des pays de Bamenda, Babanki, Babessi et Bansso : les mêmes formations de granit ou de quartz disparaissent, en partie, sous le revêtement de laves. Dans les monts Babanki, le Mauwe, lac de cratère (2.350 m.), est entouré de cimes qui atteignent 3.000 mètres. Cette dernière série de volcans borde la zone d'affaissement des bassins supérieurs du Noun et du Mbam ; en une heure et demie de route, on descend, là, de 500 mètres.
Ces hautes terres ont souvent un climat assez rude. Au mois de juin, la nuit, près du lac Mauwe, les explorateurs Hassert etThorbeckeont constaté une température de 10°C. Dans les montagnes de Bamenda, ils virent le thermomètre marquer de 7 à 8", le matin, s'élever à 27° au milieu du jour, et descendre très fortement après 4 heures, tellement qu'il fallait allumer du feu. A Bagangou (1.850 m.), la nuit, ils relevèrent le minimum 3° C. A Bamenda, la température est toujours très supportable pour les Européens ; il y souffle, en hiver, un vent très fort, venu du Sud- Ouest.
Dans toutes ces régions, les versants bien arrosés des montagnes, les vallées, les gorges sont tapissés de forêts, riches en palmiers et en lianes à caoutchouc. Ailleurs," apparaît la steppe sauvage ou cultivée. Dans les pays de Dschang, de Bali, de Bamenda, où la population est assez dense, presque tout le sol disponible est utilisé ; on y récolte le maïs, les arachides, le coton. Les
habitants de la partie Sud du pays Bamenda élèvent beaucoup de bétail. Ils travaillent aussi le fer. Ce minerai est extrait de la latérite ou des roches basaltiques. Le village de Koumbo, dans le pays Bansso,est connu pour son commerce de noix de kola ; toute la contrée, aux environs, est plantée de kolatiers. La kola est achetée par des marchands haoussas, qui vont la vendre jusqu'au Tchad et au Oaadaï ; ils font de grands bénéfices, car, tandis qu'ici lacenlaine de noix vaut 3 marks, à Garoua, on paie 0 pf. 50 pour une demi-douzaine et même moitié, selon la saison. Dans le pays Babessi, tout le commerce et l'industrie sont aux mains des Haoussas. Une colonie haoussa, établie à Bamenda, se livre au trafic, notamment à la vente de la viande de bœuf. Cette partie des hauts plateaux est naturellement comprise dans la zone d'attraction des plaines du Sud-Ouest, du bassin du Cross, c'est-à-dire de Vieux Calabar, et delà côte de Victoria, par la vieille route de Balu Cette route, qui longe les montagnes à l'Ouest,, par ïinto et Ekoboum, fut suivie par le Dr Zintgraff, en 1890. Son voyage eut cet important résultat que les planteurs du mont Cameroun trouvèrent chez les Balis la main-d'œuvre dont ils avaient besoin, et que les populations voisines d'eux étaient incapables de leur fournir. Cependant, dans le haut pays de Bali, et plus au Nord, les indigènes, traqués par les Foulbés, chasseursd'esclaves, se montraient hostiles à tous les étrangers. En 1891, le Dr Zintgraff se vit arrêté et battu par les Bafut et les Bandeng. Deux agents de la maison hambourgeoise, Jantzen et Thormahlen qui l'accompagnaient, furent massacrés. Dix ans après seulement, en 1901 , ces populations furent réduites à l'obéissance par le colonel PaveL D'autres expéditions militaires durent être faites encore, en 190o et 1906, parle capitaine Glauning. Cet officier fut tué, en 1908, dans un combat contre
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les Mountschi, du pays de Kumbo. Zintgraff avait fondé la station militaire de Balibourg. La station établie à Fontemdorf a été transférée à Dschang {1.380 m.). Une ferme d'élevage, organisée par le gouvernement, fournit cbaquejourde la viande et du beurre frais. La station de Bamenda (1.460 m.) est la plus importante de toutes. Ce district possède une douzaine de factoreries européennes. La Compagnie du Nord-Ouest est représentée à Dschang. Celle-ci, dont le domaine comprend tout le haut plateau, jusqu'au delà du Mbam à l'Est, a éprouvé un dommage considérable, par suite de l'arrêt dans la construction du chemin de fer. La voie ferrée ne peut servir utilement le commerce que si elle est prolongée dans l'intérieur. Quant à la colonisation agricole européenne, elle suppose, au préalable, si l'on veut éviter les mécomptes, une connaissance approfondie de la nature du sol et des conditions climatériques. A cet égard, le professeur Thorbecke regrettait que la colonie du Cameroun ne possédât pas, comme l'Afrique orientale, un office géographique central, avec un certain nombre de stations météorologiques
Toute la zone montagneuse, du Manengouba aux monts Bansso, flanque, à l'Ouest, les hauts plateaux qui occupent tout le centre du Cameroun. Leur élévation minima est de 1.000 mètres dans la partie occidentale et septentrionale, 700 mètres -dans la partie méridionale et orientale. La surface est surmontée, par endroits, de pics granitiques, ou, comme aux environs de Ngaoundere, de dykes de basalte. Vers le Sud, ils s'inclinent par degrés successifs. Les eaux du Lom (cours supérieur de la Sanaga) et de ses affluents, le Djerem et le Mbam, grossi du Noun, ont creusé dans l'épaisseur de longs couloirs. A l'Est du massif de Bansso, entre les sources du Mbam et celles du Donga affluent de la Bénoué, la largeur
du haut plateau se trouve réduite à un isthme de 100 kilomètres à peine. Elle mesure 400 kilomètres, environ, au nord de Bertoua.
Entre le Nyong et la Sanaga, la savane se montre dans le pays de Yaounde ; elle caractérise la zone des plateaux, avec ses champs de graminées géantes, ses bouquets de mimosées, de palmiers, de karité et ses forêts-galeries. Celles-ci renferment des lianes très minces de caoutchouc landolphia, mais ce caoutchouc, qui ne subit aucune préparation, n'a que très peu de valeur. Le botaniste Ledermann, qui a vu ce caoutchouc acheté à Kontcha par des marchands haoussas, agents de la maison Pagenstecher, fit, à cette occasion, la remarque que, à sa connaissance, le Cameroun est très en retard sur d'autres colonies, comme, par exemple, le Congo belge, pour la préparation du caoutchouc. « Ici, dit-il, il y a des ateliers de séchage dans toutes les factoreries ; au Cameroun, je n'en ai vu aucune, et c'est seulement à la côte de Batanga que je constatai que les produits sont, au moins, lavés à l'eau de mer et empilés dans des tonneaux. »
La zone des savanes contraste avec la zone forestière, non seulement par la végétation, mais aussi par l'état social et politique des, populations. L'Islam a constitué là de véritables Etats organisés avec des villes ceintes de murailles : le Woute, grand Etat esclavagiste, boulevard de l'Islam, au Nord de la Sanaga ; le Bamoum, entre le Nkam et le Mbam; les sultanats de Banyo, Tibati, Ngaoundere. Le Bamoum renferme 100.000 habitants environ. La capitale, Foumban (1.180 m. ait.), doit avoir, selon Moisel, près de 20.000 habitants; c'est un grand marché d'ivoire, de caoutchouc, de chevaux. Les Allemands ont fait, aux environs, des essais de culture de coton et de tabac. Les steppes du Noun pourraient convenir à la culture cotonnière, les parties basses inondées, à la pro-
duction du riz. Les Allemands ont trouvé dans le roi du Bamoum, Joja, un allié toujours fidèle, tandis qu'ils ont rencontré, dans d'autres titats, une résistance plus ou moins forte. En 1890, le lieutenant von Morgen explora la vallée du Mbam, et fonda un poste à Balinga, près du confluent de cette rivière avec la Sanaga. En 1893, le lieutenant von Stetten s'engagea sur le chemin des caravanes qui conduit de Yaounde à Ngila, centre de commerce de l'ivoire, dans une région fertile, et à Yoko, poste extrême des Fullahs, et premier village du royaume de Tibati; mais il ne put pénétrer dans cette grande ville, défendue par de puissantes fortifications. Après avoir établi un poste à Yoko, le capitaine von Kamptz réussit à occuper Tibati (1899). Le sultan, dont l'autorité avait été maintenue mais qui demeurait hostile, fut déporté l'année suivante. Les Allemands devinrent alors définitivement maîtres de cette position très importante, au centre des hauts plateaux, au carrefour de nombreuses voies commerciales. Bertoua (850 m.), située aussi dans le domaine de l'influence haoussa, avait été visitée, en 1897, par le capitaine de Garnap et par le Français Perdrizet. Des factoreries allemandes se trouvent dans le Bamoum [Compagnie du Nord-Ouest), à Yoko [Compagnie africaine, et Compagnie Randad et Stein), à Tibati [Compagnie Randad), à Bertoua et Dendeng [Compagnie brémoise de V Afrique occidentale, et Compagnie Randad).
Tandis qu'au Sud le plateau s'abaisse par gradins, au Nord il est bordé généralement par des chaînes de montagnes, à travers lesquelles les rivières se sont ouvert des passages. Sur le front nord-ouest, les masses montagneuses, profondément entaillées par l'érosion, s'effrangent en promontoires séparés. La route de Banyo (1.100 m.) à Gaschaka (350 m.) s'enfonce dans un véritable golfe; de même la route de Banyo à Kontcha
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(420m.),àrouestdumassifduGenderou(2.000 m.) et la route de Tingere (1.130 m.) à Kontcha. La différence de niveau entre ces deux dernières villes est de 710 mètres. A l'Est du Mao-Deo et de Kontcha, se dresse d'abord le massif de l'Almi (1.600 m.), puis s'allongent plusieurs chaînes parallèles, dont la plus avancée, semblable à une véritable muraille, est la chaîne de Mana (1.800 à 2.000 m.). La ligne des hauteurs est ensuite coupée par le Faro. Cette rivière descend de 400 mètres en 30 kilomètres, avant d'atteindre le bord du plateau (ait. 500 m.). Celui-ci se relève dans la chaîne de Mbang. Les routes, partant de Ngaoundere (1.120 m.) vers le Nord, présentent de fortes déclivités, avant d'arriver en plaine (Telere 620 m., Tapare 275 m.). La chute du plateau devient moins brusque au-dessus des plaines de Bubandjida et du pays Laka.
En avant des chaînes bordières apparaissent des soulèvements isolés, que Térosiona détaché de la masse des plateaux : monts Chebchi (2.000m.), Atlantika (1.400 m.) et Toja, au Sud de Yola, et le massif de Ssari (2.200 m.), à l'Est du Faro.
Adamaoua et pays du Tchad.
A l'exception de ces massifs insulaires et des monts basaltiques du Mandara, s'étend, de la lisière des plateaux jusqu'au Tchad, une vaste plaine, ancien bassin de cette mer intérieure. La partie la plus basse, la vallée de la Bénouê, à l'Ouest de Rei- Bouba et de Adoumre,està un niveau au-dessous de 250 mètres. A la saison des pluies, le fleuve a 1.500 mètres de large, quand il reçoit le Faro qui en a 800. Le pays au Sud, jusqu'à Rei-Bouba, est la steppe, avec arbres à feuilles caduques, comme le baobab, avec buttes couvertes de brousse, et maigres forêts-galeries, où pousse le dattier.
Les dépressions, au sol argilo-sableux, forment de fertiles champs de labour (schollenland). Telles sont les vallées du Mao-Deo et du Mao-Biga, greniers à blé du lamidat de Banyo. Kontcha, avec ses grandes cultures de maïs, produit sur le voyageur une impression favorable, mais la ville est à demi-ruinée et déchue. Au Nord-Ouest de Garoua, s'alignent, du Nord au Sud, des escarpements de grès, entre lesquels se creusent des vallées marécageuses. Ailleurs, au delà de la Bénoué, domine le gneiss gris ; la brousse le recouvre dans les parties élevées. Les paysDemssa, Mendif, Maroua sont de véritables plaines, aux vallées encaissées. Au Nord des monts Mandara (600 mètres), dans le Bornou, c'est la plaine immense, tour à tour marécageuse et poussiéreuse. Au début de la période pluvieuse, en mai, le sol se recouvre de moissons et de riches prairies où paissent de nombreux troupeaux. Le maximum des pluies se produit en juillet. Le sol disparaît, alors, sous une nappe d'eau, qui atteint jusqu'à 0 m. 40. Les eaux du Logone emplissent les deux grandes cuvettes du pays Mousgou et du pays de Karnak-Logone. La saison sèche venue, un vent froid souffle presque constamment de l'Est ; le thermomètre descend, la nuit, jusque près du point de glace, et monte rarement, le jour, à plus de 20 degrés. Le sol, alors, se fendille, se crevasse. C'est la <r terre cassée ».
La population est composée de trois éléments : aborigènes , païens ; Foulbés et Kanouris, et Haoussas. Les premiers, ou se sont retirés dans la montagne, comme les monts du Mandara, ou bien se sont soumis aux conquérants et mélangés avec eux. Les Foulbés, dominateurs, ont été groupés, au début du xixe siècle, en une grande confédération par un chef nommé Adama, le fondateur de l'Adamaoua. L'émir, résidant à Yola, commandait à de nombreux feudataires, ou la-
midos; il payait lui-même tribut à l'empereur de Sokoto. Approximativement, les limites de l'Adamaoua sont celles du bassin supérieur de la Bénoué ; elles embrassent toute la partie Nord du plateau. Le Bornou est habité par les Kanouris et par des tribus nomades : Bororos et Arabes Scboua.
Le Bornou et l'Adamaoua sont entrés dans la géographie à la suite des explorations scientifiques de Barth, de Nachtigal et de Flégel. Le premier (1851) vit le cours inférieur du Logone, et la Bénoué à son confluent avec le Faro. Le second (1869-1873) recueillit des informations sur le cours moyen du Logone. Flegel (1879-1885) remonta la Bénoué jusqu'à sa source, et parcourut les sultanats de Ngaoundéré, Bayno, Gaschaka et Kontcha. Quand il entreprit son troisième voyage, son devancier, Nachtigal, avait pris possession, au nom de l'Empire, de la côte du Cameroun; il appela l'attention de ses compatriotes sur l'Adamaoua. A partir de 1890, le Tchad devint le but d'une course héroïque entre les explorateurs des trois nations qui se disputaient l'influence dans l'Afrique centrale. Les Allemands organisèrent au Cameroun les deux missions du docteur Zingraffet du lieutenant de Morgen ; elles échouèrent l'une et l'autre. Zingraff fut battu par les Bafut et les Bandeng, et recula jusqu'à la côte. Morgen tenta la traversée du plateau, mais le caractère défiant des musulmans rendait difficile la pénétration de ce côté; il se rabattit à l'Ouest, vers la Bé* noué, qu'il atteignit à Ibi, mais n'alla pas plus loin. L'Angleterre avait su faire admettre par nous ses prétentions à la possession du Soudan central,- au Sud de la ligne Saï-Barroua (traité de 1890), mais, au Nord de cette ligne, les routes du désert nous étaient ouvertes. Ouverte aussi était la voie fluviale de la Bénoué, où, comme dans tout le bassin du Niger, la liberté de la navi-