‹ Togo et CamerounChapitre 4 sur 7 · NIE · texte numérisé non relu

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gation avait été reconnue. Nous disposions d'une troisième base d'opérations : la voie du Congo. Avec une décision admirable, les Français tirèrent parti de ces avantages. Le Comité de V Afrique française confia au lieutenant Mizon la tâche de découvrir une communication fluviale entre la Bénoué et le Ghari,puis de revenir par la Sangha, afin d'établir les droits de la France sur les pays du Tchad. Cette entreprise devait se relier à celle du capitaine Monteil, qui avait pris pour objectif la ligne Saï-Kouka, et aux entreprises de Crampel, Nebout et Dybowski, qui allaient de l'Oubangui au Chari. Mizon arriva, par la Bénoué, à Yola, le 20 août 1891 ; il y séjourna jusqu'au 15 décembre. Il gagna ensuite Ngaoundéré (janvier 1892), franchit la ligne de partage entre les bassins de la Bénoué et du Congo, puis, par Gaza, rejoignit l'expédition dirigée par de Brazza, au confluent du Kadéi et du Mambere (avril). A cette date, le capitaine Monteil, ayant accompli un voyage comparable à celui de Barth, était reçu par le cheik de Kouka, la capitale du Bornou. Quelques mois plus tard, Maistre, exécutant le plan de Crampel, découvrait le Gribingui et le cours supérieur du Chari, et retrouvait les itinéraires de Barth, de Nachtigal et de Flegel. Quittant le Logone à Laï, il prenait la direction de Lame et de la Bénoué et parvenait à Yola (janvier 1893). Une troisième exploration aboutissait en ce point, celle de Ponel, qui refit en sens inverse le voyage de Mizon, suivant l'itinéraire Bania, Gaza, Ngaoundéré; un traité de protectorat fut signé par l'émir de Yola. Ainsi, par les trois côtés : Soudan, Congo, bas Niger, nos couleurs étaient arrivées sur la Méditerranée africaine. Toutes nés possessions du continent noir devaient, semblait-il, communiquer sans interruption. « L'hinterland du Cameroun était fermé », disait Mizon à son retour, et, au banquet qui lui fut offert, M. Etienne jugeait

ainsi les résultats de sa mission : « Nous acquérons une influence exclusive sur tous les territoires qui se trouvent à l'Est de l'itinéraire parcouru par Mizon, entre Yola et le Congo ; ces territoires, qui comprennent l'important royaume de LAdamaoua, sont désormais placés sous l'influence française. »

Cependant, le comité allemand du Cameroun avait décidé d'envoyer dans l'intérieur une expédition dont le but était d'assurer à l'Allemagne l'Adamaoua, et de pénétrer ensuite dans le Bàguirmi, en explorant les rives du Chari. En quelquesjours, ce comité recueillit 60.000 marks. La direction de l'expédition fut donnée au baron von Uchtritz et au docteur Passarge. Les Allemands trouvèrent des auxiliaires dans les Anglais de la Compagnie du Niger; celle-ci, qui entretenait des rapports très hostiles avec Mizon, et qui retint sa deuxième mission, laissa passer sur son territoire l'expédition allemande. Uchtritz et Passarge furent à Yola en octobre 1893. Le lieutenant von Stetten avait conclu, auparavant, avec le sultan Zoubir un traité dont la valeur fut contestée par le gouvernement français, et dont le gouvernement anglais ne tint nul compte, car il s'attribua la possession de Yola et de la rive occidentale du Tchad, par le traité anglo-allemand du 15 novembre 1893. Ce traité abandonnait aux Allemands tous les territoires à l'Est, quoique l'expédition Uchtritz n'eût pas dépassé Maroua, et quoique, depuis le temps de Barth, aucun Allemands n'eût paru sur les rives du Tchad. Le gouvernement français, qui n'avait pas été consulté, s'empressa d'envoyer à Berlin une commission pour soutenir nos droits. Les Allemands invoquèrent l'arrangement de 1885, qui avait reconnu à l'Allemagne les territoires situés à l'Ouest du méridien 12,40; ils prétendaient que cette stipulation était valable, non pas seulemei t

pour le Cameroun méridional, mais pour toute la colonie. Le traité du 4 févrie ]1894 fut un compromis. La France obtint, ccmme voie d'accès à la Benoué, le Mao-Kebbi et les villes de Lame, Kounde, Gaza et Bania. Le territoire allemand s'étranglait à la hauteur de Bifara, de manière à n'avoir plus qu'une centaine de kilomètres de largeur, pour s'étaler ensuite, au Nord du 10° latitude, sur 500 kilomètres, et finir en « bec de canard » au Chari.

Ce qui avait empêché l'expédition Uchtritz- Passarge de s'avancer plus loin que Maroua, c'était le danger causé par les incursions de Rabah. Ce conquérant avait fondé, en 1892, un royaume dans le Bornou; il avait fait de Dikoa, sa capitale, une ville florissante. La victoire gagnée à Kousseri, en territoire allemand, par les troupes françaises du commandant Lamy, renversa, d'un coup, cette puissance redoutable, et ouvrit, pour les pays du Tchad, une ère nouvelle de paix (1900). L'activité des explorateurs français ne s'était pas ralentie. Les officiers Lenfant, Kieffer, Loefler, l'administrateur Bruel étudiaient le Bornou, le cours inférieur du Logone, le Mao-Kebbi, le Ghari et le Bahr-Sahra. Ce sont ces explorations qui firent connaître aux Allemands la valeur du Haut-Cameroun. Ils avaient cherché, de nouveau, à y pénétrer par la Benoué, mais ils se heurtèrent, à leur tour, au mauvais vouloir de la Compagnie anglaise, au moment où, l'Angleterre ayant occupé Yola, ils éprouvèrent le contact de la puissance anglaise, sur un point où ils ne possédaient encore aucune organisation. Dans certains milieux coloniaux on se laissait aller au découragement. « A notre avis, écrivait la Koloniale Zeitschrift, on devrait examiner la question de savoir s'il ne serait pas plus avantageux d'abandonner à la France ou à l'Angleterre, contre des compensations ailleurs, ce fameux triangle Caprivi. Il nous resterait au

Cameroun un domaine suffisant. » La prise de possession du Haut-Cameroun ne pouvait se faire que par une expédition venue du Sud de la colonie. Le lieutenant Dominik marcha du pays Woute, par Banyo, sur Kontcha et Tchamba, et parvint à Garoua, en janvier 1902. Le colonel Pavel, qui le suivait, continua jusqu'au Bornou. A Dikoa il trouva le capitaine Dangeville, et l'Anglais Mac Carthy Morrogh. Il fut à Kousseri, en mai, et revint par Adoumre, Rei-Bouba, etNgaoundere. Son rapport faisait un tableau très admiratif des pays parcourus. Toute la contrée au Nord de la Benoué lui parut fort riche avec ses champs, à perte de vue, de maïs, de blé, d'arachides, de canne à sucre, de riz et de coton, avec ses nombreux troupeaux. Il dépeignait le Bornou entier, et le pays à l'Est de Maroua comme une vaste et unique plantation de cotonniers. Les parties les plus fertiles lui semblèrent être les rives inondées par le Tchad. L'ivoire ne se trouvait plus qu'en faible quantité; le caoutchouc, et surtout la gomme alimentaient le commerce. Le comité économique colonial, de son côté, se fit renseigner par la mission Bauer et Waldow; elle fut moins optimiste que le colonel Pavel. Le gouverneur de la colonie, de Puttkamer, se rendit, en 1903, dans le Haut-Cameroun. Le massif du Mandara déjà visité, en 1902, par Dominik, fut exploré, en 1905, par le capitaine Zimmermann. Le cours inférieur du Logone fut reconnu par les missions allemandes Stieber, von Bulow , Strumpell ; des postes militaires furent établis à Bongor, Boudougour, Mani Ilim et Miltou.

La possession de Dikoa ne fut assurée aux Allemands qu'en 1905, lors de la délimitation de la frontière occidentale. Le renversement du sultan de Yola par les Anglais donna l'indépendance à ses vassaux, les lamidos de l'Adamaoua allemand ; ils étaient au nombre d'environ 70.

Plusieurs durent être soumis par le lieutenant Dominik. Ils furent placés sous la surveillance du résident allemand de Garoua. Une autre résidence a été établie à Ngaoundere. Quant au Bornou, la résidence, d'abord fixée à Kousseri, a été trnsférée à Maroua. Autrefois, les Foulbés s'en allaient dans les montagnes capturer les indigènes et les réduire en esclavage. Les Allemands firent cesser ce régime. Seulement, les montagnards se livrèrent au brigandage, même aux dépens de leurs anciens dominateurs. La troupe coloniale eut souvent à sévir, notamment contre les Namdjis du massif Ssari, qui détroussaient les caravanes et contre les Hina des mont Mandara qui venaient exercer leurs déprédations jusque dans le voisinage de Garoua.

Garoua, qui renferme aujourd'hui 10.000 habitants, n'était encore qu'une localité insignifiante, quand, en 1904, la maison Randad et Stein y fonda une factorerie. La Benoué peut être remontée, jusqu'en ce point, deux mois par an, août et septembre, par des vapeurs monoroues, à fond plat, jaugeant 800 tonnes. La Compagnie Randad envoya à Garoua une de ces embarcations. L'année suivante (1906) la Compagnie anglaise établit, à son tour, une factorerie. Elle suscita toute sorte de tracasseries à sa rivale, voulant conserver le monopole de la navigation. En 1911, le gouvernement du Cameroun jugea plus économique, pour ses transports, d'utiliser la voie de la Benoué, en envoyant deux vapeurs à Lokodja, où les marchandises étaient transbordées sur un bateau anglais. Enfin en 1914, la Compagnie Woermann a fondé la Compagnie de transport Niger-Benoué. Le service fut fait, provisoirement par des allèges et des petits vapeurs ; au mois de janvier 1915 devaient être prêts trois grands vapeurs fluviaux. Cette Compagnie allemande espérait faire une sérieuse concurrence à la Compa-

gnie anglaise. L'exportation consiste en gomme, noix de kola, karité, caoutchouc, ivoire et un peu de cire. Le Faro est navigable sur 120 kilomètres environ ; au delà il devient impraticable et parcourt une vallée déserte, infestée par la tsétsé.

Les frontières.

Les voies de communication.

Le traité de 1894 spécifiait qu'aux lignes idéales, ayant servi à fixer les frontières, on substituerait un tracé, déterminé par la configuration naturelle du terrain. Les opérations effectuées sous la direction du commandant Moll et du capitaine von Seefried, pour la frontière orientale, par le capitaine Cottes et le capitaine Foerster, pour la frontière sud, préparèrent l'œuvre de la convention du 48 avril 1908.

Les travaux de la commission établirent que Binder, dont les Allemands avaient hâtivement pris possession, se trouve au Sud du 10°, et par conséquent appartenait à la France. Lere fut alors occupé parle lieutenant-colonel Gouraud. En 1903, le capitaine Lenfant avait démontré la possibilité de faire passer une embarcation du Mao-Kebbi, c'est-à-dire de la Benoué, au Logoné, par les marais du Toubouri. Les études poursuivies, depuis, parles missions Audouin, Mercier, Faure et Varigault ont fait voir que cette communication est accidentelle, intermittente et incertaine ; néanmoins cette voie, par laquelle se fit, après 1909, le ravitaillement de nos postes du Tchad, nous rendit des services appréciables. Les capitaines Lenfant, Loefler et Faure reconnurent aussi l'extrême fertilité de cette plaine du Mao-Kebbi, habitée par la dense population des Moundangs. Les coloniaux allemands avaient regretté, en 1908, de ne pas avoir adjoint au Cameroun cette riche

« colonie », ce chemin naturel de Garoua à Tsebe, sur le Logone. Ils les obtinrent en 1911, et nous cédèrent, en retour, la bande de territoire comprise entre le Ba Ili et le Ghari, laquelle complétait la pointe du bec de canard, gagné par nous en 1908.

Le tracé de cette époque attribuait à l'Allemagne un triangle dont le sommet était formé par le confluent de la Wina et du Mbere ; il remontait le cours de cette rivière et contournait à l'Ouest la ville de Kounde, nous laissant aussi Gaza, comme Pavait stipulé la convention de 1894 ; la Sangha devenait la limite du Cameroun, au Sud de Nola, à partir du confluent du Njoué.

Les Allemands avaient suivi, avec un très grand intérêt, les remarquables explorations du lieutenant Lancrenon et du commandant Lenfant. Le premier fut chargé en 1905, par le commissaire général Gentil, de rechercher et d'étudier les routes reliant la haute Sangha à Laï, que nous venions d'occuper. Parti de Kounde (altitude 900 mètres), il étudia le système hydrographique du Mbere (cours supérieur du Logone occidental) et de ses affluents. Les années suivantes (1906-1907), le commandant Lenfant, allant en sens inverse, de Laï àCarnot, révéla l'existence du plateau deYade. Situé au Sud du Mbere, formant la partie orientale du plateau de Baya (800 à 900 mètres), le haut plateau, ou massif de Yade (environ 1.200 mètres), est une sorte de Saint-Gothard africain, où prennent naissance le Lom (Sanaga), la Nana (Sangha), le Ouahme, tributaire du Ghari, et le Pennde (Logone oriental). Au sortir de la région montagneuse les eaux du Mbere et du Pennde coulent en plaine, sur 600 kilomètres de longueur (altitudes : Baibokoum : 475 mètres ; Gore : 440 mètres; confluent des deux cours d'eau : 375 mètres; lac Tchad : 295 mètres). De toutes les voies tentées pour pénétrer de la Sangha dans le bassin du Logone, la plus facile se trouva être

celle du Pennde. La route du Congo au Tchad était découverte. Elle rejoint, sur le plateau de Yade, la route de la Sanaga au Tchad. Ce système de routes avait trop de valeur, aux yeux des maîtres du Cameroun, pour qu'ils ne s'en assurassent pas la possession, en 1911. « Nous possédons maintenant, écrivait ensuite le capitaine Hutter, la voie d'accès la plus courte et la plus directe, non seulement vers le Cameroun septentrional, mais encore plus loin, vers le Baghirmi, le Ouadaï et les pays du Chari, c'est-à-dire vers les possessions françaises. » La frontière Est du Cameroun se trouvait portée jusqu'au Logone. Au Sud-Est, on se rappelle assez quelle bizarre configuration imposèrent les visées allemandes. Le « Nouveau Cameroun » projetait deux pointes, deux « antennes » , l'une jusqu'à l'Oubangui, l'autre jusqu'au Congo. Outre l'avantage d'atteindre directement le grand fleuve , les Allemands obtenaient celui d'agrandir, par l'annexion de la basse Sangha, leur « royaume du caoutchouc ». Les mêmes convoitises leur firent réclamer, en 1911, des territoires au Sud de la frontière de 1908; celle-ci se confondait avec le Ntem, le Kom, l'Aïna (cours supérieur de l'Ivindo); la nouvelle frontière abandonnait au Cameroun le cours de l'Ivindo, jusqu'au Djouah, et, passant au Sud de la Guinée espagnole, aboutissait au rio Mouni. L'acquisition d'une partie de cette baie était précieuse pour les Allemands, la côte du Cameroun méridional étant dépourvue de ports naturels.

L'importance des découvertes, faites par les missions Lancrenon et Lenfant, consistait en ce que d'elles dépendait la facilité de ravitaillement en bétail des régions de la Sangha. Les pays du Sud, privés naturellement de viande, offrent de vastes débouchés aux produits des pays septentrionaux, qui sont des pays d'élevage. Les Allemands, eux aussi, s'étaient préoccupés de l'ali-

mentation en viande du Cameroun méridional. En 1909, on évaluait à 500.000 têtes de gros bétail l'effectif du troupeau, dans les deux résidences de Garoua et de Kousseri. En y ajoutant 200.000 têtes, pour le district de Banyo, on obtenait un chiffre de 700.000, représentant une valeur de 21 millions de marks. Diverses tentatives furent faites pour fournir de la viande, dans la région côtière. Au mois de janvier 1909, une boucherie fut ouverte à Douala. D'après les statistiques officielles, en l'année 1911,20.000 têtes de gros bétail et 8.000 de petit bétail furent amenées de l'Adamoua dans le Sud.

Après l'acquisition du «. Nouveau Cameroun », la question des voies de communication, longtemps négligée, passa à l'ordre du jour. On se mit à étudier des voies de chemin de fer; en même temps le Comité économique colonial organisait une mission scientifique, à l'effet de rechercher dans quelle mesure les voies navigables pourraient compléter les voies ferrées. On résolut de procéder avec la plus grande énergie à la construction de celles-ci ; afin d'aller plus vite, il fut proposé que l'Etat avançât les capitaux nécessaires à la colonie, au lieu que ce fût celle-ci qui empruntât. Le projet, préparé par le gouvernement, allait être soumis au Reichstag, à la session d'automne de 1914. On sait quel était le programme de travaux à entreprendre, lesquels doteraient la colonie d'un réseau de 2.800 à 3.000 kilomètres de chemins de fer. Ce programme a été discuté et critiqué, en dernier lieu, au mois de juillet 1914, par M. Kolbe, dans une revue nouvelle : Bas Grôssere Deutschland. La plus grande Allemagne.

Le plan prévoyait le prolongement de la ligne des monts Manengouba ou Nordbahn jusqu'à Foumban seulement. Des difficultés techniques s'opposent, au dire des ingénieurs, à son extension

vers le Nord, dans la direction de Garoua. La Mittellandbahn devait être continuée, au delà de Mbalmajo, par Akoafim, vers Ouesso. Le but était de « relier à la côte le bassin de la Sangha, et, en même temps, de contrecarrer le projet français visant à mettre le Sud du Cameroun dans la dépendance des ports français, par une ligne aboutissant à Ouesso ». On envisageait, pour l'avenir, le prolongement vers Ipfondo, sur l'Oubangui, et la Nouvelle-Anvers, de manière à raccorder à Douala le Congo navigable. A Mbalmajo, ou en un point situé à l'Ouest de ce lieu, devait se détacher une seconde ligne, conduisant par Bertoua à Nola; comme pour la ligne précédente, on prévoyait un prolongement futur jusqu'à l'Oubangui, jusqu'à Singa. Mais Nola a beaucoup perdu de son importance, par suite de la crise du caoutchouc, et, d'ailleurs, ce lieu n'est accessible, pour la navigation, que pendant une partie de l'année. Aussi M. Kolbe jugeait-il que cette ligne servirait surtout au transport du bétail et à l'alimentation des districts pauvres en viande. De Bertoua était tracée, en projet, une troisième ligne passant par Kounde et Rei-Bouba, pour gagner Maroua et Mora. A cette ligne étaient rattachées, par des embranchements, d'un côté Dikoa, Ngaoundere et Tibati, de l'autre Kousseri et Gore. Des embranchements dirigés dans le sens de la latitude, faisait observer M. Kolbe, rendent peu de services parce qu'ils relient entre eux des pays de climats semblables. De plus, pour Tibati et Ngaoundere, villes situées à la lisière des pays d'élevage, il en résulterait cette anomalie que les marchandises, destinées à la côte, devraient, d'abord, prendre la direction opposée à celle-ci, avant de subir un transbordement. Il serait préférable, pensait M. Kolbe, de desservir Tibati et Ngaoundere au moyen de la Nordbahn poussée au delà de Foumban. Celle-ci devrait, il est vrai, descendre dans la vallée du

Mbam, pour remonter ensuite sur le plateau • mais cet inconvénient ne serait-il pas compensé par 1 avantage de trouver ici d'excellentes terres alluviales, propres aux plantations, dont les produits alimenteraient le trafic? Et si la Nordbahn arrivait à Ngaoundere, pourquoi ne la continuerait-on pas jusqu'à Garoua? On peut objecter que la section Ngaoundere -Garoua serait plus difficile à construire et à exploiter que la section Kounde- Garoua , cependant les deux lignes auraient à descendre du plateau, pour aborder la vallée de la benoue ; et puis, à supposer que les dépenses de construction fussent plus élevées dans le premier cas, les frais d'exploitation seraient moindres, le trace, au départ de Douala, étant plus court que par Yaounde et Bertoua. Enfin ce prolongement de la Nordbahn aurait, sur le projet gouvernemental, 1 avantage de mieux ouvrir au commerce toute la partie occidentale de la colonie.

; L'adoption de ce contre-projet aurait pour conséquence de rendre inutile la ligne Bertoua- Kounde. A celle-ci, M. Kolbe proposait de substituer une ligne allant directement de Bertoua à Gore, ou à un autre point de la vallée du Pennde Gette dernière permettrait de « pacifier et de relier a la côte, par le chemin le plus court, les territoires nouvellement acquis, incomplètement soumis, extrêmement riches et habités par une population dense, laborieuse et très avancée en matière agricole. » Pour ce motif, M. Kolbe repoussait le projet gouvernemental, d'après lequel Gore était atteinte, au moyen d'un embranchement suivant la vallée de la Wina. « La ligne Doua a-Gore-Fort-Archambault pourrait très bien, dans 1 avenir, devenir une section d'un chemin de ter transcontinental dont la partie terminale existe déjà dans les chemins de fer du Soudan oriental. Si nous construisons, ou si les Français construisent cette ligne jusqu'à Fort-Archam-

bault, il ne manquera que la section Fort-Archambault-El-Facher-El-Obeid pour la raccorder aux chemins de fer soudanais. La yoie Fort-Archambault-Douala est la plus courte qui soit pour aller du centre des pays du Chari-Tchad à la côte. Aucune autre ne peut lui faire concurrence. » Aussi M. Kolbe pensait-il que tous les produits de cette région seraient exportés par là, et que le gouvernement français, lui-même, choisirait cette route pour une partie, au moins, de ses transports.

La partie du Cameroun située au Nord de Gore serait-elle, ainsi, suffisamment ouverte au commerce? se demandait M. Kolbe; et il répondait que, pour en juger, il faudrait savoir jusqu'où ie Logone est navigable. « Dans l'assemblée générale de la Société coloniale, Ton a dit qu'il ne faut pas trop compter sur la navigabilité des fleuves. C'est vrai. Ce n'est pourtant pas une raison pour ne pas faire étudier le Logone. La France a bien dépensé un million de francs pour étudier le Chari et ses affluents, preuve de la valeur qu'elle attribuait à cette voie navigable. » Dans le cas où le Logone ne pourrait être utilisé, M. Kolbe pensait que le mieux serait de construire un chemin de fer parallèle à cette rivière et menant à Lere ou à Binder, de manière à ouvrir le pays Laka, « qui, d'après M. Soif, a plus de 2 millions d'habitants. La longueur totale du réseau aurait peut-être, par là, de 200 à 300 kilomètres de plus que la longueur prévue par le gouvernement; mais, par ce moyen, l'on coloniserait les pays les plus peuplés et les plus avancés du Cameroun dans l'ordre économique. »

L'examen de ces projets de voies ferrées montre, d'abord, que le gouvernement et les coloniaux allemands n'avaient pas seulement en vue le Cameroun ; ils s'étaient proposé d'étendre la mainmise économique de l'Allemagne sur les colonies voisines, sur nos territoires du Chari-Tchad, sur

le Moyen-Congo belge, et même sur le Soudan oriental, s'assurant ainsi tous les avantages des agrandissements territoriaux obtenus en 1911. En second lieu, la disposition des lignes projetées qui, vers l'Ouest, se soudent en une artère maîtresse aboutissant à Douala, révèle l'intention du gouvernement allemand de concentrer tout le commerce de la colonie dans cette ville, dont il avait l'ambition de faire le plus grand port de toute l'Afrique occidentale.

Camille Martin, ,

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