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LES COLLABORATEURS DE TOLSTOÏ

Le conte fut publié dans la version d'André l'Extrême.

— Telle est ma méthode, déclara Tolstoï. Les paysans me corrigent et m'apprennent à écrire. Quel autre moyen de composer un ouvrage populaire ?...

A l'entrée du village de lasnaïa-Poliana, l'attention du voyageur est attirée involontairement par une chaumière en ruine, si vieille, que, semble-t-il, ses jours sont comptés.

Le toit, délabré par le vent et les intempéries, laisse depuis longtemps à découvert ses chevrons frêles , et la cheminée , en partie démolie, exhale des jets de fumée grise.

Les oiseaux se gardent bien de chercher un abri près de la maison inhospitalière ; passant au-dessus d'elle avec des cris perçants, ils se dirigent vers la forêt.

La haie, tristement inclinée vers le sol,

trace autour de la cour une ligne sinueuse.

Un chien noir velu, couché en rond, est toujours là, gardant d'un air indifierent cet endroit désert. Et une mélancolie profondie vous gagne à la vue de ce coin abandonné, tandis que « l'automne précoce )) de Nékrassof vous revient à la mémoire, ainsi que son (( sillon unique non ensemencé » qui vous plonge dans une triste ràverie.

Chaque passant, qu'il soit à pied ou en voiture, demande infailliblement :

— A qui est cette isba P

— A Constantin le Bienheureux.

— Pourquoi l'a-t-il ainsi néghgée ?

— Que lui importe ? Pourvu qu'il se chaufle au soleil !

— Poche bien garnie probablement.'^

A quoi 1 on répond au village : — Pas un sou ; en un mot, c est un bienheureux !

L'extérieur de Constantin ne rappelle que de fort loin la vie ascétique, et il est très évident que le nom de « bienheureux » est un sobriquet que lui ont donné ses concitoyens.

C'est un gars vigoureux, à l'épaisse chevelure blonde, et qui considère l'existence en Spartiate déclaré.

— Il faudrait tout de même travailler un peu, hein? disait parfois un moujik en apercevant le bienheureux par la porte entr'ouverte. Cela te ferait du bien.

— Pourquoi.'^ répondait Constantin sans broncher. Travailler pour qui ? (Et il promenait son regard sur le ciel, la forêt, les champs). La terre est vaste et fertile. Les champignons poussent en abondance. J'irai aux champs ou à la forêt et j'y trouverai de quoi me nourrir. Croyez-vous que je vais m'amuser à travailler?...

Il restait couché sur le poêle, et lorsque la chaleur le chassait, il sortait dans le petit pré, s'étendait avec insouciance sur le dos et restait là jusqu'à ce que ses membres s'engourdissent.

Cette singulière existence fut révélée à Tolstoï. Il s'intéressa à Constantin et voulut savoir pourquoi ce paysan vivait ainsi, et s'il

n'était pas possible de le transformer en travailleur utile. Au point de vue du comte, c'était un fait monstrueux, un exemple dangereux pour les autres, et il se décida à aller voir Constantin.

De grand matin, Léon NicolaïéM itch entra dans la chaumière et resta abasourdi devant la désolation, le désordre, l'abandon complet de ce logis.

Aucun soupçon de ménage. Nulle trace de main féminine soigneuse. On aurait dit le gîte de quelque harpagon ou d'un sorcier gardant des trésors invisibles.

— Y a-t-il quelqu'un ici ? appela le comte. Pas de réponse. Léon Nicolaïéwitch regarda

vers le poêle et aperçut Constantin couché.

— Pourquoi ne dis-tu rien.-^ Est-ce toi, Constantin ?

— Eh bien, quoi ;' répondit l'homme sans lever les yeux vers le visiteur. Si ça me plaît, je reste couché: quand cela me convient, je cause.

— Lève-toi, nous causerons.

— Pourquoi causer? tout va à merveille !

— Nous parlerons de la maison, du ménage.

Et le comte se mit à lui expliquer qu'il ne pouvait pas continuer à mener une vie pareille, qu'il lui fallait travailler, comme les autres, réparer les murs croulants, et mettre tout en ordre.

— Vois plutôt chez les autres. Si tu n'es pas assez fort, je t'aiderai par mon travail, je te fournirai du bois, je restaurerai ta demeure, et tu deviendras un bon paysan.

Constantin, reconnaissant le comte, le remercia et parut être d'accord avec lui.

— Il y a du bois à volonté, ajouta Léon Nicolaïcwitch. Consens-tu.»^

— Je vous remercie bien, répondit Constantin, et il se tourna vers le mur.

Tolstoï partit, après avoir examiné la cour.

Le lendemain matin, Constantin s'étant un

peu dégourdi se traîna vers le bois du comte.

Il regarda les arbres, l'un après l'autre ; la scie grinça et larbre choisi tomba avec fracas, arrosé d'une sève pareille à du sang blanc.

Mais Constantin s'aperçut qu'il ne pouvait pas l'emporter. 11 envoya sa femme chez le comte pour demander un cheval et deux ouvriers.

Non seulement le comte ne refusa pas, mais il prêta quatre paysans et deux chevaux et ordonna en outre de couper du bois de tremble en quantité suffisante pour l'enclos.

Pendant que sa femme se rendait chez Tolstoï, Constantin se demandait s'il était bien utile de bâtir une nouvelle maison.

— A quoi bon ? se disait-il. C'est du luxe. Et je n'aime pas le luxe. Je me trouve bien sans cela. Pour ce qui est de la nourriture, il y aura une récolte abondante de champignons et de fraises cette année. Quelques fagots pour cuire les champignons me seraient plus nécessaires.

Sa femme et les ouvriers de Tolstoï l'arrachèrent à ses réflexions.

— Pas la peine, pas la peine, leur fit-il avec un signe de la main. J'ai changé d'avis, je ne veux pas démolir la maison, je m'y trouve bien ainsi. Dites seulement au seigneur, chers camarades, que des fagots m'arrangeraient mieux... pour les champignons...

c'est-à-dire...

— Mais accepte donc ce que nous t'apportons.

— Pas la peine.

Il refusa le bois et continua la même vie qu'auparavant dans sa chaumière chérie.

— Il s'est de nouveau caché dans son chenil, disaient les paysans.

— Il a honte devant le comte, affirmaient les femmes.

Peu de jours après, ayant découvert quelque part un volumineux cuveau, il le remplit d'eau. On s'étonna beaucoup et on se demanda quel usage en ferait Constantin.

Mais bientôt on l'oublia complètement.

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En vérité comment s'occuper de lui, quand une dure besogne vous retient dans les champs et les bois ?

Le comte, lui aussi, l'avait oublié.

Chaque jour, il partait labourer avec les moujiks. Un matin, il passa avec sa charrue près d'un terrain envahi par les mauvaises herbes.

— A qui est ce champ?

— A Constantin le Bienheureux.

Tolstoï arrêta son cheval, et à partir de ce

jour, s'occupa de défricher le terrain abandonné.

— Travailler pour un paresseux ! s'étonnaient les moujiks.

Du champ, le chemin menait vers la chaumière de Constantin. Un jour, on s'y rendit; on était curieux de voir le <( Bienheureux » et de pouvoir l'admonester en même temps.

Mais au lieu de le réprimander, on poussa un rire homérique. Le cuveau, qui avait tant intrigué les gens, servait au paresseux de baignoire improvisée. Il y était assis, abrité

du soleil par des bardanes et tenait un livre à la main.

Evidemment, les mouches l'ayant importuné, il avait décidé de s'en débarrasser en se mettant dans l'eau.

Et il était étrange de le voir là, bien tranquille, tandis que le comte travaillait activement à lui ensemencer sa terre.

LES PEDAGOGUES

Une trentaine d'enfants étaient rassemblés dans l'école de lasnaïa-Poliana. C'était en juin 1890. Le maître lisait à haute voix Vlass, le poème populaire de Nékrassof. Les enfants étaient vibrants, leurs yeux brillaient de la joie de pénétrer en ce monde spécial de beauté nouvelle, et les oreilles recueillaient avidement les phrases de cette merveilleuse histoire. Qu'arriverait-il au coupable Vlass?

(( Viendras-tu en aide à celui qui a pris le vêtement du berger, à celui qui a volé la besace du pauvre ? »

La voix du lecteur résonnait menaçante

dans la salle, et les enfants haletaient d'émotion.

Soudain, la vieille porte s'ouvrit toute grande ; les enfants du comte Tolstoï et son neveu Micha entrèrent bruyamment, avec des cris et des rires, dans l'intention d'écouter la lecture du maître. Les fils de Tolstoï, confus de troubler la classe, s'assirent à leur place et se turent, mais Micha, un enfant gâté, à l'air mutin, traversa la classe au galop, et ayant atteint le dernier banc, sauta sur les épaules d'un garçonnet dont il tira les oreilles. Celui-ci se mit à hurler : « Laisse-moi, laissemoi. Tu me fais mal. »

A un autre moment, la classe entière aurait ri et l'espièglerie de Micha aurait trouvé des imitateurs. Mais le poème était trop attachant pour qu'elle fût divertie aisément. Toutes les têtes se tournèrent vers l'interrupteur et des regards furieux tombèrent sur l'insolent qui empêchait d'écouter. Le maître d'école reprit sa lecture en élevant la voix, pour attirer l'attention de Micha et l'intéresser

Mais le taquin ne lâcha le gamin que pour grimper sur le banc, oii il commença à frapper du pied en poussant des éclats de rire perçants. Il était enchanté d'accaparer l'attention de tout le monde et de jouer un rôle.

— Assez, Micha! Laisse-nous écouter le conte, supplièrent quelques écoliers.

— Il est si beau qu'on en perd le souffle ! ajoutèrent d'autres, pour le persuader.

Micha lit la sourde oreille ; il continua à rire de plus belle et à sauter en sifflant.

— C'est trop fort, s'écrièrent plusieurs élèves, s'adressant au maître d'école. Que faut-il faire de lui.*^

— Attendons, peut-être se calmera-t-il ! répondit celui-ci.

— Mais non, répliqua-t-on, il est enragé, il continuera à s'égosiller jusqu'à demain ! Il faut le faire taire. Wania, emmène-le donc !

Wania, fils d'un cordonnier du village, était un garçon trapu, au visage large, couvert de taches de rousseur. C'était un élève très bien doué, intelligent et débrouillard,

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qui faisait d'assez bonnes compositions et jouissait de l'affection de tous ses camarades. Il sortit sans mot dire et revint bientôt, portant un objet de métal dans sa main.

— Maître, dit-il, nous allons le porter dans la chambre de débarras. Vous permettez.»^ Et nous l'enfermerons solidement, ce petit chien le gardera.

Il montra le cadenas qu'il tenait dans la main .

— Nous l'enfermerons! nous l'enfermerons ! répéta la classe en chœur. Prends-le, Wania !

On se précipita sur Micha. Dix ou douze petites mains courageuses le soulevèrent comme une plume, l'emportèrent dans le vestibule, puis dans le cabinet voisin.

La porte fut fermée à clef.

Le comte arriva sur ces entrefaites, étonné et souriant.

— Que se passe -t -il ici ?

— Il y a un prisonnier! dirent les écoliers en lui montrant le cadenas.

Micha, qui n'avait cessé de rire et même de siffloter derrière la porte, se mit à pleurer et à geindre, en entendant Tolstoï :

— Ouvre-moi, oncle Léon!

— Je n'en ai pas le droit ! repondit celuici qu'on avait renseigné ! Soumets-toi, promets à tes camarades de ne plus les déranger et de rester tranquille.

— Je promets ! fit Micha d'une voix traînante.

Un rire général lui répondit et le cadenas fut enlevé. Micha sortit tout triste, le visage rouge à force d'avoir pleuré et les mains couvertes de suie.

— Je voulais me sauver par la cheminée, avoua-t-il, j'ai grimpé sur le poêle, mais j'ai eu peur, il faisait trop noir dans le tuyau !

Les écohers partirent d'un nouvel éclat de rire : (( Quel dommage ! Tu aurais fait un beau nègre en sortant du poêle ! »...

L'un d'eux récita un vers de Vlass :

Les Éthiopiens sont noirs et leurs yeux brillent comme des charbons !

Puis chacun reprit sa place. Non seulement on écouta Vlass jusqu'au bout, mais les quatrains les plus frappants furent aussitôt appris par cœur; et les écoliers s'engagèrent à savoir « tout » pour le lendemain. Micha

promit aussi.

Lorsque le soir, à table, on reparla de ce fait, Tolstoï dit :

— Evidemment, les enfants ont failli en punissant; mais ce qui est bien, c'est qu'ils aient puni eux-mêmes. En agissant ainsi, ils se sont grandis à leurs propres yeux ; ils comprennent qu'ils sont des êtres responsables, et qu'ils peuvent accomplir une action importante, en commun, à la lumière du raisonnement. En outre, cette manière de se fier à leur raison et à leur justice, développe indubitablement en eux l'exercice de ces facultés. C'est justement en quoi consiste l'erreur de nos étonnants pédagogues ; eux qui ne connaissent pas l'âme humaine, ils croient que l'enfant est un être sans person-

nalité, et ils se permettent de faire sur les élèves des expériences cruelles, employant des moqueries qu'on peut assimiler à la vivisection, tant elles torturent ces pauvres âmes. (( Mais, pensez donc, ce sont des enfants, il faut les dresser ! » Et l'on crée des systèmes de tutelle désagréables et stupidcs, qui privent l'enfant du meilleur bien de la vie : l'indépendance et la liberté. Ces pédagogues à tête dure, cuirassés de préjugés, élèvent des montagnes de théories et ne permettent pas à leurs élèves-martyrs de faire un pas. Ils tiennent les rênes et tirent dessus jusqu'à ce que la folie s'ensuive ; ils appauvrissent leur cœur par des soupçons continuels et des ordres lassants. Ils l'offensent dans le sentiment le plus sacré de l'âme humaine, la conscience de l'honnêteté personnelle. Cette manière d'agir, digne des inquisiteurs, rend l'âme incertaine et la flétrit, habitue les petits à être guidés, à accepter servilement toute doctrine spirituelle, ce qui est humiliant. Les enfants le sentent; ils se vengent

de leurs persécuteurs en les haïssant toute leur vie, et en même temps que leurs persécuteurs, ils haïssent la science qu'ils représentent. Et les pédagogues en uniforme, sous le harnais, continuent à trotter par le vieux chemin ; allez essayer de les faire changer de voie ! Ce sont les gens les plus difficiles à convaincre! Il serait plus aisé de transporter cette colline de l'endroit oii elle est à un autre (Tolstoï désigna les hauteurs qu'on apercevait au delà du domaine), de dépouiller avec les mains un arhre abattu, de détourner le Volga de son lit, que de persuader nos pédagogues de leurs erreurs.

Ce n'est pas sans raison que les avocats les effacent de la liste des jurés assesseurs. Us savent que leur cœur est recouvert par les épines de la méfiance et que jamais ils ne pardonneront les péchés d'autrui. Au contraire, ils diront avec un sifllement malveillant : (( Crucifie-le! »

Mon Dieu, en quelles mains sont les âmes qu'il faudrait développer!

Tolstoï s'intéresse beaucoup à la littérature juive et lit tout ce qui a trait à la Bible et au Talmud. Mais le monde merveilleux des légendes antiques, pleines d'une inspiration lumineuse et rayonnante, le fascine tout particulièrement.

— Il y a dans ces légendes quelque chose d'extraordinairement doux, une majesté touchante, comme celle de l'aurore un beau jour d'été, dit-il. Elles valent surtout par la constance du thème éternel qui y revient, celui des mystères de l'âme humaine. Et comme le christianisme en est proche, on dirait qu'on l'atteint à travers ces symboles,

comme on croit pouvoir toucher de la main le ciel à l'horizon.

Tolstoï aime à transcrire ces apologues en les pénétrant de l'esprit chrétien. Souvent, il parle de ce passé qui met une douce clarté sur l'évangile nouveau dont il s'est fait l'apôtre.

Ces légendes oubliées renferment pour lui un océan de poésie, océan disparu, dont les grèves désertes gardent encore quelques traces de flots anciens. Il aime, entre autres, la légende da a sang versé » et la raconte souvent. La voici :

« Lorsque le roi Nabuchodonosor eut pris Jérusalem, il se rendit au Temple ; on le conduisit à la demeure des prêtres. Mais il s'arrêta sur le seuil, glacé d'effroi. A ses pieds, bouillonnait du sang frangé d'une claire écume rose.

Alors le roi se sentit envahi par une sorte d'ivresse et il resta immobile et comme enchaîné.

— C'est le sang des bœufs, des moutons et des agneaux immolés pour le sacrifice, s'écrièrent les prêtres d'une voix troublée.

Nabuchodonosor ordonna qu'on remplît une cruche du sang conservé pour les sacrifices afin de le comparer à celui qui était répandu sur le sol et il trouva que le sang des animaux était tout différent. Il fut enflammé de colère et cria :

— Dites-moi quel est ce sang, sinon je vous écorcherai vifs et jetterai vos cadavres en pâture aux oiseaux de proie.

Les prêtres eurent peur.

— Pitié, Seigneur I Nous te dévoilerons toute la vérité. Un prêtre nommé Zacharie vivait parmi nous ; c'était un juste. D'une voix forte comme celle de la mer, il appelait le peuple pour qu'il vînt adorer Dieu, et tonnait contre nos faiblesses, prédisant les incendies, la peste et l'esclavage, toutes choses qui sont arrivées. Mais il excita la fureur du peuple et on le massacra. Il fut assommé ici.

dans le Temple de Dieu, devant l'autel, au moment même où ses lèvres prononçaient des prédictions. Et depuis ce jour, rien n'a pu laver le sang de la victime, il est toujours là, criant vengeance au ciel, accusant les assassins devant le trône de la justice de Dieu.

— Ah! s'il en est ainsi, s'écria le roi, j'apaiserai ce sang et le vengerai.

Et il ordonna d'égorger tous les prêtres dans le sang bouillonnant du prophète.

Mais le sang bouillonnait toujours.

Courroucé, Nabuchodonosor ordonna d'immoler au même endroit un grand nombre d'adolescents et de petits enfants.

Le sang continuait à bouillonner.

Alors le roi assembla des milHers de beaux jeunes hommes et de belles jeunes filles, les égorgea tous sur la même pierre et mêla leur sang à celui du prophète.

Le sang bouillonnait toujours.

— Zacharie! Zacharie! s'écria le tyran.

N'es-tu donc pas satisfait ? Veux-tu que j'anéantisse toute la Judée?

Aucune voix ne répondit ; seul le sang continua à bouillonner,

— Malheur à moi, malheur à moi!

gémit le roi désespéré. Si tant de gens doivent soufïrir pour le sang d'un seul homme, quel sera mon sort, à moi qui ai versé celui de centaines de milliers de créatures?

Et des larmes qu'il ne put retenir roulèrent une à une de ses yeux.

Mais dès que la première larme fut tombée sur le sol, se mêlant au sang du prophète, le sang s'apaisa... »

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