‹ Tolstoï intimeChapitre 11 sur 44 · LE HANGAR D'UNE VEUVE · texte numérisé non relu

LE HANGAR D'UNE VEUVE

Il y a quelques années, nous partîmes — deux amis et moi — pour lasnaïa-Poliana. Arrivés au village nous trouvâmes Tolstoï en train de construire un poêle chez une veuve de paysan. Nous avions demandé aux gens que nous rencontrions s'ils avaient vu le comte; on nous avait répondu avec un plaisir évident qu'il était déjà au travail. En entrant dans la chaumière qu'on nous avait indiquée, nous vîmes Tolstoï tout entier à sa besogne; de temps à autre il échangeait un mot avec la paysanne. Il avait l'air d'un a éri table ouvrier de campagne. Sa blouse blanche, salie, tachée de suie et d'argile, la courroie qui lui

servait de ceinture, ses larges bottes de paysan couvertes de terre jusqu'à la tige, s'accordaient fort bien avec sa belle et noble tête, son large dos, dont la sueur abondante mouillait la chemise. Quant à la paysanne, elle lui donnait des conseils, en camarade pour ainsi dire, sans l'ombre de servilité. Elle ne voyait là rien d'extraordinaire : c'était tout simplement un brave homme qui lui venait en aide.

Après le déjeuner, Tolstoï s'en alla lire et écrire; puis, deux heures plus lard, il se rendit au hangar qu'il voulait recouvrir. Il portait le même costume ; cependant il avait changé de blouse. On savait qu'il ne distribuait pas d'argent à ceux qui étaient dans le besoin, mais que, dans son domaine, il venait en aide aux paysans, dans la mesure du possible, en leur donnant son travail personnel, des matériaux pour construire et des grains pour ensemencer.

Il travaillait au hangar, secondé par un paysan compatissant et un jeune ouvrier. Le

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